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Mahabharata

épopée sanskrite de la mythologie hindoue
(Redirigé depuis Mahâbhârata)

Combat entre Kripa et Shikhandi (Inde, vers 1670).

Le Mahabharata (en sanskrit महाभारत / Mahābhārata ou Mahâbhârata), littéralement « La Grande Guerre des Bhārata »[1], ou « La Grande Histoire des Bharata »)[2] est une épopée sanskrite (itihâsa) de la mythologie hindoue comportant, selon le décompte de Vyâsa (Mahabharata I, 2, 70-234), 81 936 strophes (shlokas) réparties en dix-huit livres (parvan)[3],[4]. Il est considéré comme le plus grand poème jamais composé[2].

Le Mahâbhârata est un livre sacré de l'Inde, qui relate la « Grande Geste » des Bhārata, grand poème épique datant des derniers siècles av. J.-C. C'est une saga mythico-historique, contant des hauts faits guerriers qui se seraient déroulés environ 2 200 ans avant l'ère chrétienne[5], entre deux branches d'une famille royale : les Pandava et leurs cousins, les Kaurava, pour la conquête du pays des Arya, au nord du Gange. C'est l'un des deux grands poèmes épiques de l'Inde, fondateur de l'hindouisme avec le Ramayana. On peut penser que la date de l'épopée primitive du Mahabharata est bien antérieure à celle du Ramayana, comme les faits eux-mêmes qui sont la matière de l'un et de l'autre poème.

Sommaire

Origines et contexte historiqueModifier

L'origine de ces deux grandes épopées indiennes très anciennes est incertaine. Le Mahabharata est censé avoir été rédigé par Ganesh sous la dictée du sage Vyasa. En réalité on ne sait s'il s'agit d'une œuvre collective, revue et modifiée au fil des siècles (IVe siècle av. J.-C. - IVe siècle apr. J.-C.), ou celle d'un unique poète, composée dans un contexte particulièrement précis de l'histoire indienne. Ces deux points de vue opposés, parfaitement défendables en l'absence de données historiques et scientifiques sûres, conduisent à une compréhension globale de l'œuvre radicalement différente. Dans l'hypothèse d'un poète unique, renforcée par l'incroyable unicité du récit et de son intrigue subtile (peut-être beaucoup trop pour un lecteur non-initié), l'épopée constituerait en partie une réponse à la montée du bouddhisme après le règne d'Ashoka (dynastie des Maurya), vers 300 av. J.-C., dans un contexte socio-politique de crise bien identifié. Les prédications du Bouddha rejettent en bloc les enseignements védiques et la société brahmanique, menaçant par là-même la suprématie des brahmanes. L'épopée illustre un drame cosmique, une perturbation du dharma, de l'ordre sociocosmique, que pourrait bien incarner le bouddhisme. Les références y sont constamment implicites tout au long du récit mais les interprétations, toutefois, se tiennent et, vu sous cet angle, sont logiques.

Le Mahabharata, dont tout Indien connaît l'histoire, reste très actuel, à tel point que les héros divins restent des exemples. Ainsi, si l’épouse de Râma dans le Ramayana, Sîtâ, est le modèle de la femme fidèle, dans le Mahabharata les femmes sont les égales des hommes, combattent à leurs côtés et ont leur franc-parler.

Forme et manuscritsModifier

Le Mahabharata ne comporte pas moins de 250 000 vers — quinze fois plus que l'Iliade — généralement partagés en shloka[6] de 32 syllabes chacun, formant deux hémistiches de 16 syllabes, partagés eux-mêmes en deux pada de 8 syllabes. Mais on trouve aussi, en bien moindre quantité, certains passages en prose ou avec d'autres mètres.

Une des principales difficultés pour la création d'une édition critique et pour les exégètes consiste en la multiplicité des manuscrits qui ont été conservés, ceux du nord étant en général plus courts, ceux du sud plus développés[7].

StructureModifier

Le Mahabharata relate l'histoire d'une guerre entre les Pandava, les fils du roi Pandu, et les Kaurava, les fils du roi Dhritarashtra, le frère aîné et aveugle de Pandu, tous de la caste des guerriers, les Kshatriya, dans la région de Delhi. Le texte a probablement tout d'abord été une compilation d'histoires de dieux et de héros transmises oralement, représentées par des troupes de théâtres, contées par les prêtres et les samnyasins, les pèlerins, avant de trouver une forme écrite dans un sanskrit légèrement archaïque, dite « sanskrit épique ». Il a connu ensuite une adaptation dans les langues en Inde et s'est propagé dans l'Asie du Sud-Est avec l'indianisation de celle-ci.

L'événement majeur du texte est l'apparition de Krishna (Krisna), le huitième avatar de Vishnou (Vishnu).

Mais le Mahabharata est aussi un recueil de mythes hérités de la tradition védique, insérés dans le récit sous forme de longues digressions. À ce sujet on peut citer les récits cosmogoniques du rishi Markandeya qui préfigureront les Puranas, un « résumé » du Ramayana en 18 chapitres (le chiffre 18 occupant une place centrale dans toute l'épopée, elle-même subdivisée en dix-huit livres) et aussi les exploits du bouvier Krishna qui donneront corps à de nombreux poèmes souvent érotiques sur ses amourettes avec les gopis.

Le Mahabharata est composé des dix-huit parva (chapitres ou livres) suivants :

  1. Adiparvan (आदिपर्वन्) - Le Livre des commencements
  2. Sabhaparvan (सभापर्वन्) - Le Livre de l'assemblée
  3. Aranyakaparvan (अरण्यकपर्वन्) - Le Livre de la forêt
  4. Virataparvan (विराटपर्वन्) - Le Livre de Virata
  5. Udyogaparvan (उद्योगपर्वन्) - Le Livre des préparatifs
  6. Bhishmaparvan (भीष्मपर्वन्) - Le Livre de Bhisma
  7. Dronaparvan (द्रोणपर्वन्) - Le Livre de Drona
  8. Karnaparvan (कर्णपर्वन्) - Le Livre de Karna
  9. Shalyaparvan (शल्यपर्वन्) - Le Livre de Shalya
  10. Sauptikaparvan (सौप्तिकपर्वन्) - Le Livre de l'attaque nocturne
  11. Striparvan (स्त्रीपर्वन्) - Le Livre des femmes
  12. Shantiparvan (शांतिपर्वन्) - Le Livre de l'apaisement
  13. Anushasanaparvan (अनुशासनपर्वन्) - Le Livre de l'enseignement
  14. Ashvamedhikaparvan (अश्वमेधिकापर्वन्) - Le Livre du sacrifice royal
  15. Ashramavasikaparvan (आश्रम्वासिकापर्वन्) - Le Livre du séjour en forêt
  16. Mausalaparvan (मौसलपर्वन्) - Le Livre des pilons
  17. Mahaprasthanikaparvan (महाप्रस्थानिकपर्वन्) - Le Livre du grand départ
  18. Svargarohanaparvan (स्वर्गारोहणपर्वन्) - Le Livre de la montée au paradis

Au tout début du Mahabharata, au Livre I, « Le Livre des Commencements », dans la forêt Naimisha, un brahmane de grande lignée, Shaunaka, réunit traditionnellement une session sacrificielle tous les douze ans. Un conteur se présente, et il va raconter pour la première fois en entier le grand récit du Mahabharata, tel qu'il l'a entendu de la bouche même de Vaishampayana, le disciple de Vyasa, lors du Sacrifice des Serpents ordonné par le roi Janamejaya. Il commence par raconter l'histoire des ancêtres de son hôte : Cyavana, l'ascète farouche rajeuni par les dieux, Pramadvara, l'Eurydice indienne, mordue par un serpent et sauvée de la mort par son époux Ruru.

L'un des épisodes du Mahabharata, la Bhagavad-Gita (Le Chant du Seigneur), inclus dans le sixième livre, est à lui seul un traité de la « Voie de l'Action » que l'on pourrait rapprocher des traités de chevalerie du Moyen Âge, et qui montre que la connaissance doit précéder toute action, car sans elle, l'action ne serait que vaine agitation. Chef-d'œuvre de la pensée hindouiste, il raconte les conseils moraux donnés par Krishna à Arjuna, qui se désespère de devoir participer à une bataille où beaucoup de ses amis et parents risquent de perdre la vie. C'est un texte fondamental pour connaître la vie de l'Inde classique et c'est aussi un exposé des idéaux hindouistes. La Bhagavad-Gita est aussi essentielle dans le yoga. C'est au cœur de celle-ci que Krishna transmet à Arjuna les différentes formes du yoga.

RésuméModifier

Le Mahabharata est une épopée immense qui contient de multiples micro-récits, épisodes et digressions : le présent résumé n'en mentionne que les épisodes principaux. En outre, il existe de nombreux manuscrits du Mahabharata transmettant des variantes assez différentes du texte et de longueur très variable : le résumé qui suit ne fait que relater la trame générale.

La trame principale du Mahabharata relate une lutte dynastique ayant pour enjeu le trône du royaume de Hastinapura où règne le clan des Kuru. Deux branches de la famille sont aux prises : les Pandava et les Kaurava. Les Kaurava constituent la branche aînée de la famille, mais Duryodhana, l'aîné des Kaurava, est plus jeune que Yudhishthira, l'aîné des Pandava : tous deux revendiquent le droit à hériter du trône.

La lutte entre les deux branches de la famille s'étend sur des années et connaît plusieurs retournements de situation. Elle se termine en guerre ouverte avec la bataille de Kurukshetra, dont les Pandava finissent par sortir vainqueurs. Au cours de la bataille surgissent de nombreux dilemmes où entrent en conflit les obligations consécutives aux liens de parenté, d'amitié et de loyauté qui se sont noués précédemment entre les combattants.

Le Mahabharata se termine par la mort de Krishna, la fin de sa dynastie et la montée au ciel des frères Pandava. La mort de Krishna marque aussi, dans la cosmogonie hindoue, le début de l'ère de Kali Yuga, quatrième et dernier âge de l'humanité, où les grandes idées et les valeurs nobles se sont effondrées et où l'humanité s'achemine vers la dissolution complète des actions justes, de la morale et de la vertu.

Les générations les plus anciennesModifier

 
Shantanu fait sa cour à Satyavati la pêcheuse. Tableau de Raja Ravi Varma.

L'ancêtre du roi Janamejaya, Shantanu, roi de Hastinapura, a une brève liaison avec Ganga, la déesse-fleuve du Gange, qui lui donne un fils, Devavrata. Devavrata devient le futur héritier (il prend plus tard le nom de Bhishma et devient un grand guerrier). Bien des années après, le roi Shantanu est à la chasse lorsqu'il voit Satyavati, la fille du chef des pêcheurs, et il lui demande sa main. Le père refuse de consentir à moins que Shantanu ne promette de transmettre le trône au futur fils que pourrait avoir Satyavati. Pour résoudre le dilemme auquel se trouve alors confronté Shantanu, Devavrata accepte de renoncer à sa prétention légitime au trône. Comme le pêcheur n'est pas sûr que d'éventuels enfants de Devavrata acceptent aussi ce renoncement, Devavrata jure de rester célibataire toute sa vie afin d'aider à honorer la promesse de son père.

Satyavati donne à Shantanu deux fils : Chitrangada et Vichitravirya. À la mort de Shantanu, Chitrangada devient roi. Il règne paisiblement quelques années, puis meurt. Le fils cadet, Vichitravirya, règne alors sur Hastinapura. Pendant ce temps, le roi de Kāśī célèbre un svayamvara pour ses trois filles (un svayamvara est alors une cérémonie au cours de laquelle une jeune princesse choisit un mari parmi les prétendants présents). Mais il néglige d'inviter la famille royale de Hastinapura. Afin d'assurer le mariage de Vichitravirya, Bhishma assiste au svayamvara sans y avoir été invité et enlève les trois princesses, Amba, Ambika et Ambalika. Ambika et Ambalika acceptent d'épouser Vichitravirya. En revanche, l'aînée des princesses, Amba, indique à Bhishma qu'elle veut épouser le roi de Shalva, que Bhishma a vaincu lors de la cérémonie. Bhishma accepte de la laisser repartir, mais le roi de Shalva refuse d'épouser Amba, car il est toujours en colère après sa défaite face à Bhishma. Amba propose alors à Bhishma de l'épouser, mais il refuse à cause de son vœu de célibat. Amba entre alors dans une terrible colère et devient l'ennemie jurée de Bhishma, qu'elle tient pour responsable de son humiliation. Par la suite, elle se réincarne dans le corps d'un homme et renaît sous le nom de Shikhandi (ou Shikhandini). Pendant la bataille de Kurukshetra, c'est elle qui causera la perte de Bhishma, avec l'aide d'Arjuna.

Les Pandava et les KauravaModifier

Vichitravirya meurt jeune sans avoir encore d'héritier. Satyavati demande alors au sage Vyasa, d'engendrer des fils avec les deux veuves. L'aînée, Ambika, ferme les yeux en voyant Vyasa, et elle donne naissance à un fils, Dhritarashtra, qui est aveugle de naissance. Ambalika, elle, pâlit et faiblit en voyant Vyasa : le fils dont elle accouche, Pandu, qui sera pâle (Pandu d'ailleurs signifie le Pâle) et de santé fragile. Devant l'état délicat de ces deux premiers fils, Satyavati demande à Vyasa de tenter un troisième essai. Mais cette fois, Ambika et Ambalika envoient à leur place une servante, qui donne à Vyasa un fils, Vidura. Il se révèle de santé robuste et surtout d'une immense sagesse, mais il est le fils d'une servante et donc sera toujours subordonné à ses frères. Il devient néanmoins le premier ministre et conseiller (Mahamantri ou Mahatma) des rois Dhritarashtra et Pandu.

Les jeunes princes grandissent. Dhritarashtra est sur le point d'être couronné lorsque Vidura intervient et, puisant dans sa connaissance de la politique, indique qu'un aveugle ne peut pas être roi, car un roi aveugle ne peut ni contrôler ni protéger ses sujets. La cécité de Dhritarashtra fait donc que le trône revient à Pandu. Pandu prend deux épouses : Kunti et Madri. Dhritarashtra épouse Gandhari, princesse du Gandhara, qui décide de se bander les yeux pour le reste de sa vie afin de partager la souffrance de son mari. Le frère de Gandhari, Shakuni, en est scandalisé et jure de se venger de la famille des Kuru. Un jour, alors que Pandu se repose dans une forêt, il surprend un cerf qui s'accouple. Il abat le cerf mais il se trouve que l'animal est en fait un sage s'étant métamorphosé, Kindama, qui lui lance une malédiction : De même que lui-même périt sans avoir eu le temps de jouir durant l'amour, de même Pandu mourra avant d'avoir pu consommer entièrement son prochain rapport sexuel. Pandu abdique alors et se retire dans la forêt en compagnie de ses deux épouses, et son frère Dhritarashtra devient roi malgré sa cécité.

Cependant, Kunti, la première épouse de Pandu, s'est fait accorder un vœu par le sage Durvasa : un mantra (une formule de prière) qui lui permet d'évoquer n'importe quel dieu. À la demande de Pandu, désireux d'avoir des fils pour s'assurer un bon au-delà, Kunti utilise ce mantra pour demander à trois divinités, Dharma (le dieu de l'ordre universel), Vayu (le dieu du vent) et Indra (seigneur du ciel et de la foudre) de lui donner des fils. Ces trois dieux lui donnent ainsi trois fils : Yudhishthira, Bhima et Arjuna. Kunti partage ensuite son mantra avec la seconde épouse de Pandu, Madri, qui invoque ainsi deux dieux jumeaux, les Ashvins : elle en a deux fils jumeaux, Nakula et Sahadeva. Un peu plus tard, Pandu et Madri finissent par faire l'amour et Pandu succombe. De remords, Madri meurt sur le bûcher funèbre de son mari. Kunti élève les cinq frères, qui sont dès lors appelés généralement les cinq Pandava, signifiant "fils de Pandu".

De son côté, Dhritarashtra, le roi aveugle de Hastinapura, a donc épousé Gandhari. Elle lui donne cent fils. Ce sont les cent frères Kaurava, dont l'aîné est Duryodhana et le second Dushasana. Deux autres Kaurava connus sont Vikarna et Sukarna. Mais les cent frères Kaurava sont tous nés après la naissance de Yudhisthira, le premier Pandava. Pour cette raison (entre autres), les deux fratries, Pandava et Kaurava, revendiquent chacune le trône de Hastinapura, et c'est cette rivalité qui monte en puissance peu à peu et va déboucher sur la bataille de Kurukshetra.

Lakshagraha (la maison de laque)Modifier

Après la mort de Pandu et de Madri, Kunti et les cinq Pandava retournent vivre au palais de Hastinapura. Sous la pression considérable de son royaume, Dhritarashtra nomme Yudhishthira prince héritier. Cependant Dhritarashtra préfère son propre fils, Duryodhana, pour la succession, et cette ambition personnelle l'empêche de rester juste par la suite.

Shakuni, Duryodhana et Dushasana trament une ruse pour massacrer les Pandava. Shakuni fait appel à un architecte, Purochana, pour construire un palais composé uniquement de matériaux très inflammables, dont la laque et le ghî (beurre clarifié). Il fait ensuite présent de ce palais aux Pandava et à Kunti qui y emménagent, et a l'intention de l'incendier bientôt. Mais les Pandava sont prévenus par leur oncle avisé, Vidura, qui leur envoie un mineur pour creuser un tunnel d'évacuation. Lorsque l'incendie criminel se déclenche, les Pandava et Kunti peuvent ainsi s'échapper . À Hastinapura, tout le monde croit qu'ils ont péri.

Mariage des Pandava avec DraupadiModifier

 
Draupadi et ses époux, les cinq Pandava. Au centre, Yudhishthira avec Draupadi. En bas : Bhima à gauche, Arjuna à droite. Debout sur les côtés, les jumeaux Nakula et Sahadeva. Tableau de Raja Ravi Varma, vers 1900.

Pendant cette période durant laquelle ils doivent se cacher des Kaurava, les Pandava apprennent qu'un svayamvara a lieu afin de trouver un époux à Draupadi, la princesse du royaume de Pāñcāla. Les Pandava, déguisés en brahmanes, participent à la compétition. L'épreuve que les prétendants doivent réussir consiste à bander un puissant arc en acier, puis à tirer une flèche pour atteindre une cible suspendue au plafond (un poisson artificiel qui se déplace constamment), mais le tireur n'a pas le droit de regarder directement la cible : il peut seulement en regarder le reflet dans de l'huile disposée au-dessous. La majorité des princes échouent, beaucoup n'étant même pas capables de soulever l'arc. Mais Arjuna réussit. De retour chez eux, les Pandava disent à Kunti : « Arjuna a remporté un concours, regarde donc ce qu'il a gagné ! » Sans détourner les yeux de ce qu'elle fait, Kunti leur demande de partager entre eux ce qu'Arjuna a gagné, quoi que ce soit. Cette parole, à laquelle s'ajoute l'explication sur une vie antérieure de Draupadi, fait qu'elle devient l'épouse commune des cinq frères Pandava.

IndraprasthaModifier

Après la noce, les Pandava, forts de leur alliance avec le royaume de Pāñcāla grâce à Draupadi, se trouvent de nouveau en position de réclamer leur part du royaume. Ils sont de nouveau invités à Hastināpura. Les aînés et parents de la famille des Kuru entament des négociations et parviennent à un partage du royaume : les Pandava obtiennent un petit territoire. Yudhishthira bâtit une nouvelle capitale pour son royaume : Indraprastha, qui prospère rapidement. Mais ni les Pandava ni les Kaurava ne sont réellement satisfaits par cet arrangement.

Peu après, Arjuna quitte le royaume et épouse la sœur de Krishna, Subhadra. Yudhishthira, soucieux de consolider sa stature en tant que roi, demande conseil à Krishna. Après tous les préparatifs nécessaires et l'élimination de quelques opposants, Yudhishthira accomplit la cérémonie du rājasūya yajña, grâce à laquelle il est reconnu comme un roi particulièrement éminent.

Les Pandava se font construire un nouveau palais par Maya, un Danava (fils de Danu). Ils invitent leurs cousins Kaurava à Indraprastha et font visiter ce palais à Duryodhana, qui y est trompé par des illusions d'optique. Il prend d'abord un sol de verre pour une flaque d'eau et refuse de marcher dedans. Détrompé, il se trouve peu après devant une étendue d'eau, y met le pied imprudemment et tombe. Draupadi éclate de rire et le ridiculise en attribuant cette maladresse au fait que Duryodhana est le fils d'un roi aveugle. Outragé et intérieurement furieux, Duryodhana jure de se venger de cette humiliation.

La partie de désModifier

 
Draupadi humiliée par les Kaurava après la première partie de dés. Miniature de l'école Basohli attribuée à Nainsukh, vers 1765.

Shakuni, l'oncle de Duryodhana, organise alors une partie de dés contre le roi Yudhishthira, qui est joueur. Shakuni amène Yudhishthira à miser toujours plus de richesses à chaque coup, mais il joue avec un dé pipé de façon à gagner à tous les coups. Yudhishthira perd ainsi toute sa fortune, puis son royaume. Il finit par parier ses propres frères, lui-même et enfin son épouse, mais perd tout et tous sont réduits en esclavage. Les Kaurava jubilent. Ils insultent les Pandava impuissants et tentent de déshabiller Draupadi devant toute la cour, mais son honneur est préservé par Krishna, qui crée miraculeusement des longueurs infinies de tissu pour remplacer celles qui sont retirées aux vêtements de Draupadi.

Draupadi, en colère, demande si Yudhishthira avait réellement le droit de la jouer, mais personne n'ose répondre. Dhritarashtra, Bhishma et les autres anciens de la famille restent ébahis devant la tournure que prennent les choses. Duryodhana reste inflexible : il n'y a pas de place pour deux rois à Hastināpura. Cependant, des bruits de mauvais augure se font entendre. De mauvais gré, Dhritarashtra entreprend une conciliation : il libère Draupadi et lui demande de formuler un souhait. Elle demande aussitôt la libération de ses frères. Dhritarashtra ordonne alors une seconde partie de dés, dont l'enjeu ne sera plus la liberté o