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Attribué à François Jouvenet, Portrait présumé de Madame de Miramion (1693), localisation inconnue[1]

Marie Bonneau de Rubelles, dame de Miramion, née le à Paris et morte le dans la même ville, est une aristocrate française.

BiographieModifier

Origine familiale et jeunesseModifier

Marie Bonneau de Rubelles est la fille de Jacques Bonneau, seigneur de Rubelles, un contrôleur des gabelles et de Marie d’Ivry. Son père, extrêmement riche, la marie le à Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion, conseiller au Parlement. Son mari est un cousin germain de l’abbé de Choisy. C’est ce lien avec Mme de Miramion qui en fera son biographe.

Cependant, les épreuves s’accumulent : elle perd son mari moins de huit mois après leur mariage, le alors qu'elle est enceinte de quatre mois et demi. Elle accouche d'une fille, Marguerite (future Mme de Nesmond), le . L’accouchement a duré 46 heures.

En 1647, Mme de Miramion contracte la petite vérole. Elle n’en garde pas de séquelles, sauf, dit-on, la fraîcheur de son teint. Elle perd ses propres parents et se rapproche de ses beaux-parents.

Elle devient orpheline en 1647, veuve, mère d'une petite fille mais richissime puisque la mort de son père lui a fait hériter de 1 200 000 livres.

L'enlèvementModifier

C’est alors que lui arrive une aventure qui fait le tour de Paris, voire de l’Europe : Roger de Bussy-Rabutin, cousin de Madame de Sévigné et futur auteur de l’Histoire des Gaules, apprend qu’il ne serait pas indifférent à cette jeune et riche veuve, alors que ses ressources financières ne lui permettent de soutenir son rang. Il apprend que Mme de Miramion détient 400 000 livres de rentes. Un curé félon lui fait accroire qu’il agrée à la veuve, mais qu’elle ne peut se déclarer sans qu’on lui fasse violence. Bussy-Rabutin investit 1 000 livres qui lui reste dans l’enlèvement de Mme de Miramion au cours d'un déplacement de celle-ci dans la montée du mont Valérien et l’emmène au château de Launay près de Sens. Il lui faut 24 heures pour prendre conscience des protestations furieuses de la captive.

Pendant deux ans, Mme de Miramion et sa famille poursuivent Roger de Bussy-Rabutin en justice. Il s’en tire en sacrifiant 4 000 autres livres et elle lui pardonne.

Mme de Miramion semble avoir véritablement été éprouvée par le rapt. On lui conseille de se retirer dans un couvent pour en éviter un nouveau, ce qui va au-devant de sa piété.

La religieuseModifier

Elle fait vœu de chasteté le et le renouvelle à Noël de la même année. Elle collabore d’abord aux œuvres de Vincent de Paul et de Louise de Marillac, puis développe ses propres institutions. Quoique toujours attirée par le retrait du monde, elle déploie son esprit d’entreprise et son efficacité gestionnaire dans les œuvres qu’elle finance. À ses débuts, elle est proche de la compagnie du Saint-Sacrement dont elle partage la foi ardente et le goût des œuvres concrètes rondement menées.

Ainsi, Mme de Miramion « fonda plus de cent écoles pour la protection et l'éducation des filles et des femmes pauvres ; elle créa des retraites pour l'édification spirituelle mais aussi pour la santé et le repos de femmes pauvres ou bourgeoises. Elle forma des infirmières qui apprirent à panser et administrer des médicaments et surveilla la mise en place et le fonctionnement de dispensaires de soins médicaux. Elle se chargea de l'administration d'hôpitaux pour les indigents ; elle réforma les règlements de plusieurs institutions de charité ; elle lutta contre la faim et le froid des démunis en organisant des distributions de soupe populaire et de vêtements ; enfin, à travers toutes ces activités, elle veilla à la propagation et à l'homogénéisation de la foi. Madame de Miramion avait, nul ne peut en douter, un don particulier pour tout ce qui relevait de l'administration institutionnelle. Elle le dit elle-même : « Mon esprit aime naturellement à entreprendre et à faire beaucoup. »[2]

Après avoir fondé en 1662 la communauté de la Sainte Famille, composée de sept à huit personnes, vouée aux soins des malades et à l’instruction des petites filles pauvres, elle la réunit à celle des Filles de Sainte Geneviève. Elles essaiment à Amiens, La Ferté-sous-Jouarre dans le diocèse de Meaux dont l'évêque est Bossuet. Mme de Miramion vit avec les femmes qu’elle recueille, vêtue comme elles, proche d’elles. Elle ne leur impose nulle clôture. Ses hôtes quittent les Miramiones quand elles le veulent. Sa charité est beaucoup plus tolérante et douce que celle que pratiquaient d’autres communautés.

Une héroïne du royaumeModifier

 
Cour intérieure de l'Hôtel de Miramion.

« Dans les dernières années du siècle, elle deviendra quasiment un personnage d'État : c'était la Trésorière des aumônes royales. En 1692, elle sera chargée de rétablir la discipline dans les maisons du Refuge et de Sainte-Pélagie. En 1695, elle fondera, avec l'appui du roi, l'Apothicairerie des pauvres, c'est-à-dire la Pharmacie Centrale. Pendant les années de disette (1694-1695), elle dépensera son énergie à lutter contre la famine et les épidémies, à stimuler l'œuvre d'assistance des pouvoirs publics et à soutenir financièrement l'Hôpital général[3] ». » Mme de Miramion achète en 1675 l'hôtel jouxtant l'actuel hôtel de Nesmond sur le quai de la Tournelle face à l’île Saint-Louis. C’était, jusqu'en 2012, le musée des hôpitaux de Paris. Sa fille, relève Saint-Simon, « fut la première femme de son état qui ait fait écrire sur sa porte « Hôtel de Nesmond. » On en rit, on s'en scandalisa, mais l'écriteau demeura et est devenu l'exemple et le père de ceux qui de toute espèce ont peu à peu inondé Paris. »[4].

À la fin du XVIIe siècle, Mme de Miramion est donc révérée. Madame de Sévigné, dont elle est l’exacte contemporaine[5] la décrit à la cour : « Le Roi et toute la cour sont charmés de la tragédie d’Esther. Mme de Miramion et huit jésuites, dont le P. Gaillard était, ont honoré de leur présence la dernière représentation ; enfin c’est un chef-d’œuvre de Racine. Si j’étais dévote, j’aspirerais à la voir. » Parmi les huit jésuites se trouvaient le père de La Chaise, confesseur de Louis XIV, et le célèbre prédicateur Bourdaloue.

Elle meurt le . Un grand concours de peuple rend hommage à sa dépouille. Saint-Simon lui consacre une nécrologie : « C'était une femme d'un grand sens et d'une grande douceur, qui de sa tête et de sa bourse eut part à plusieurs établissements très utiles dans Paris ; et elle donna la perfection à celui de la communauté de Sainte-Geneviève, sur le quai de la Tournelle, où elle se retira, et qu'elle conduisit avec grande édification, et qui est si utile à l'éducation de tant de jeunes filles et à la retraite de tant d'autres filles et veuves. Le roi eut toujours une grande considération pour elle, dont son humilité ne se servait qu'avec grande réserve et pour le bien des autres, ainsi que de celle que lui témoignèrent toute sa vie les ministres, les supérieurs ecclésiastiques et les magistrats publics. »

Notes et référencesModifier

  1. Huile sur toile, 56 × 46 cm. Vente Paris, hôtel Drouot (Delorme-Collin du Boccage, , lot 62.
  2. Haase-Dubosc 1999, p. 222.
  3. Cette pharmacie peut être tenue pour le germe de l’actuelle Assistance publique de Paris.
  4. Haase-Dubosc 1999, p. 223.
  5. Nées et mortes toutes deux la même année.

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • François-Timoléon de Choisy, Vie de Madame de Miramion, Paris, Ant. Dezallier, 1706 ; réimpression, Paris, 1707.
  • Roger de Bussy-Rabutin, Mémoires, T I., Éd. Ludovic Lalanne, Paris, Charpentier, 1857, p. 163 sq.
  • Louis Chabaud, Madame de Miramion et la charité, Paris, P. Lethielleux, 1904.
  • Danielle Haase-Dubosc, Ravie et enlevée, De l’enlèvement des femmes comme stratégie matrimoniale au XVIIe siècle, Paris, Albin Michel, , p. 219-266.
  • Tallemant des Réaux, Historiettes, t. I, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1960, p. 749-750 et notes.
  • Jean Orieux, Bussy-Rabutin, Le libertin galant homme (1618-1693), Paris, Flammarion, 1958.
  • Jacqueline Duchêne, Bussy Rabutin, Paris, Fayard, 1992.
  • René et Suzanne Pillorget, France Baroque, France classique 1589-1715, t. I : « Récit », Paris, Bouquins-Robert Laffont, 1995, p. 368-369.
  • René et Suzanne Pillorget, France Baroque, France classique 1589-1715, t. II : « Dictionnaire », Paris, Bouquins-Robert Laffont, 1995, p. 179.

Articles connexesModifier