Mack the Knife

Mack the Knife est la version en anglais de la chanson Die Moritat von Mackie Messer, en français La complainte de Mackie, écrite par Bertolt Brecht sur une musique de Kurt Weill, pour leur comédie musicale Die Dreigroschenoper, en français L'Opéra de quat'sous, dont la première a lieu à Berlin en 1928 au Theater am Schiffbauerdamm.

Plusieurs artistes américains, notamment Louis Armstrong et Bobby Darin, ont repris la chanson dans les années 1950, la transformant en standard de jazz.

L'Opéra de quat'sousModifier

Une moritat (de mori, mortel et tat, fait) est une sorte de complainte médiévale narrant des événements dramatiques, chantée par les ménestrels. Dans L'Opéra de quat'sous, le chanteur de la moritat, avec son orgue de Barbarie, ouvre et clôt l'œuvre avec l'histoire du redoutable Mackie Messer (Mackie-le-Surineur en français, Mack the Knife en anglais). Le personnage est basé sur le bandit de grand chemin Macheath du Beggar's Opera de John Gay, lui-même inspiré d'un voleur ayant réellement existé, Jack Sheppard. Le personnage de Brecht est beaucoup plus cruel et sinistre, transformé en antihéros moderne.

La pièce s'ouvre avec le chanteur de la moritat comparant Macheath à un requin puis racontant quelques-uns de ses vols, meurtres, viols et autres crimes.

La chanson a été ajoutée à la pièce très peu avant sa première représentation en 1928. Harald Paulsen (en), créateur du rôle de Macheath, souhaitait une introduction plus approfondie de son personnage[1].

Mack the KnifeModifier

La première version en anglais de la chanson date de 1933, lorsque L'Opéra de quat'sous (en anglais The Threepenny Opera) est créé à Broadway. Les paroles sont signées Gifford Cochran et Jerrold Krimsky. La pièce est un four et il faut attendre plus de vingt ans avant qu'elle ne trouve le succès : elle est recréée en 1954 avec des paroles de Marc Blitzstein et se joue plus de six ans off-Broadway.

 
Etiquette du 45 tours de Louis Armstrong de 1956.

En 1956, Louis Armstrong reprend Mack the Knife en face A d'un 45 tours, avec les paroles de Blitzstein.

Lors de l'enregistrement, il ajoute spontanément dans les paroles le nom de Lotte Lenya, la veuve de Weill[2], présente dans le studio. Celle-ci était la vedette de la version originale de 1928 mais aussi de la version américaine de 1954. La plupart des versions suivantes reprendront cet hommage.

En 1959, c'est au tour de Bobby Darin de proposer une version jazz de la chanson. Le succès est énorme : la chanson atteint la première place du Billboard Hot 100 et reste en haut des classements pendant neuf semaines. Bobby Darin remporte alors deux Grammy Awards : celui de l'enregistrement de l'année et celui du meilleur nouvel artiste.

La version de Bobby Darin est la référence pour les reprises suivantes et Frank Sinatra – qui la reprendra en 1984[2] et 1994 – la qualifiera de version "définitive". Elle est classée 3e du Top 100 de tous les temps du Billboard magazine, et 251e dans Les 500 plus grandes chansons de tous les temps selon Rolling Stone.

L'année suivante, Ella Fitzgerald donne son interprétation du titre, en concert à Berlin. Victime d'un sérieux trou de mémoire, elle improvise des paroles et du scat sur une bonne partie de la chanson. Sa version, présente sur l'album Ella in Berlin : Mack the Knife, lui permet de remporter le Grammy Award de la meilleure chanteuse pop.

Versions notablesModifier

RéférencesModifier

  1. (de) Bertolt Brecht et Fritz Henneberg, Brecht-Liederbuch, Francfort-sur-le-Main, Suhrkamp, , 533 p. (ISBN 3-518-37716-7), p. 388.
  2. a et b (en) "Mack the Knife – Sinatra Song of the Century #95" by Mark Steyn, 8 décembre 2015 (consulté le 2 septembre 2020)

Voir aussiModifier

Liens externesModifier