Maître de la Chronique scandaleuse

enlumineur parisien

Maître de la Chronique scandaleuse
Période d'activité
Activité
EnlumineurVoir et modifier les données sur Wikidata
Lieu de travail
Mouvement
Histoire de la Toison d'or, Frontispice, Maître de la Chronique scandaleuse. Paris BnF Français 138 fol. 1.
Voragine, La Légende dorée (1493), Frontispice.
Lactance, Institutiones divinae (1502-1505), fol. 93v.

Le Maître de la Chronique scandaleuse est un maître anonyme enlumineur actif à Paris à la fin du XVe et au début du XVIe siècle. Il est baptisé ainsi par Nicole Reynaud[1], du nom de son ouvrage le plus considérable, dit la Chronique scandaleuse[2],[3]. On le rencontre aussi sous le nom de Maître de Morgan 291 ou Maître de Jean de Bilhères[4].

Éléments biographiques et stylistiquesModifier

Son origine probablement parisienne est plausible par sa collaboration fréquente avec d'autres enlumineurs de Paris, par les initiales typiquement parisiennes de ses livres, la diversité d'origine de ses mécènes princiers, et par sa contribution à l'illustration d'ouvrages de luxe imprimés par le libraire Antoine Vérard dans la dernière décennie du XVe siècle[1].

Malgré son éclat spectaculaire et l’abondance de ses rehauts d'or, la technique de l'artiste est rapide et la plupart de ses miniatures ont mal résisté au temps. Les ouvrages plus tardifs sont typiques d'une époque de transition, et du conflit d'une nouvelle génération avec l'enluminure traditionnelle, comme la représente par exemple le Maître de Jacques de Besançon qui apparaît archaïque dans sa manière minutieuse et dans ses compositions routinières[1]. Vérard fait plus souvent appel à la facture classique, dans sa perfection technique et sa culture traditionnelle, du Maître de Jacques de Besançon, mais l'artiste reprend du service avec Vérard, après son l'éclipse auprès de Louis XII, auprès d'autres clients princiers.

Ouvrages enluminésModifier

 
Pierre Sala posant son cœur dans une marguerite, un jeu de mots avec le prénom de sa future épouse Marguerite Bullioud.
 
« Adieux de Jason à Hypsipyle », Epîtres d’Ovide, coll. Arcana, fol. 38.
  • La Chronique scandaleuse, 1502[2].
Il s'agit d'une célèbre chronique parisienne du temps de Louis XI. L'exemplaire entièrement peint de la main du maître est une copie, avec interpolations de Jean de Roye a été terminé à la fin de 1502 pour un membre de la famille de Dammartin. Il comporte 536 pages en vélin, douze miniatures et armoiries.
L'édition de 1493 de La Légende dorée de l’imprimeur Antoine Vérard, sous le titre La Vie des saints en françoys, est un tirage spécial à l'intention du roi Charles VIII, dont l'exemplaire personnel est richement décoré de plus de 160 illustrations ou miniatures. Il comporte 294 folios de dimension 346 × 245 mm. Les cent-dix petites miniatures dans les marges et le texte sont du Maître de Jacques de Besançon. La grande miniature du frontispice, insérée sur un feuillet spécial, est du Maître de la Chronique scandaleuse. Elle représente le roi entouré de ses prédécesseurs avec Charlemagne et saint Louis; la reine Anne de Bretagne figure avec sa suite dans une sorte de prédelle, au registre inférieur.
Le Maître de la Chronique scandaleuse n'intervient, dans ce volume d 276 folios de 315 × 215 mm, qu'en second derrière Jean Pichore ou un artiste proche; il fournit trois miniatures (folios 93v, 127v et 222) d'une grande fraicheur et bien conservées, où on sent l'influence de Jean Poyet[1].
  • Livre de la dédicace du temple saint francoys[7].
  • Guillaume Fillastre, Histoire de la Toison d'or[8]. Frontispice. Il s'agit d'un exemplaire exéuté pour un membre de la famille Baraton[1].
  • Jean Mansel, Fleur des histoires[9]. Seul le folio 24 de cet exemplaire inachevé, entrepris avec le Maître de Jacques de Besançon, est dû à l'artiste.
  • Ovide, Héroïdes (début) et trois ballades de la « Dame de Sy ». Manuscrit sur vélin, Paris, vers 1493, 26,5 × 19 cm, 59 folios.
Peintes sans doute pour Anne de Bretagne. La « Dame de Sy » ou « Dame sans Sy » (sans tache) est Marie de Montberon, morte en 1492. Traduction en vers français de cinq des Héroïdes d’Ovide par Octavien de Saint-Gelais ou par François Robertet. Le manuscrit contient en outre une épitaphe intitulée « l’arrest de la louenge de la dame sans sy »[10].
  • André de la Vigne, Description du couronnement et de l'entrée à Paris d'Anne de Bretagne[11].
  • Livre d'heures de Charles Quint[12]. L'artiste est l'un des enlumineurs de ce foisonnant livre d'heures, « qui forme comme un florilège de l'enluminure parisienne autour de 1500 »[1].
  • Boccace, Des nombres malheureux, 1494[13]. Illustration d'un prologue spécial d'Antoine Vérard adressé à Charles VIII.
  • Fontaine de toutes sciences du philosophe Sydrach, vers 1496[14]. Illustration d'un ouvrage adressé à Charles VIII. De grandes miniatures sans bordures décoratives, peintes par larges masses à grands coups de pinceaux, avec peu de rehauts d'or.
  • Livre d'heures à l'usage de Rome destiné à Marie de la Cauchie (?), vers 1500, 18 miniatures de la main du maître, les autres étant attribuées au Maître d'Étienne Poncher[15].
  • Épîtres de saint Paul glosées, 1508[16]. Imprimé pour Louise de Savoie. Miniature de frontispice représentant le don de l'ouvrage à la princesse, accompagnée de gravures surpeintes par son atelier. L'ouvrage a appartenu à la bibliothèque personnelle de François Ier[17].
  • Michel Riz, Changement de fortune en toute propriété, entre 1507 et 1509[18]. Composé et peint pour Marguerite d'Autriche, aux figures très proches du Filliastre pour la famille Baraton[1].
  • Heures Poncher, vers 1500[19]. Livre d'heures exécuté pour Denise Poncher, les illustrations sont du Maître de la Chronique scandaleuse, de Jean Pichore, du Maître du Cardinal de Bourbon et du Maître de Jacques de Besançon.
  • Pierre Sala, Enigmes ou Petit Livre d'amour, dit autrefois Emblesmes et devise d'amour, vers 1500-1505, conservés à Londres, à la British Library[20],[21]. C'est une collection de poèmes et d’énigmes. Ce petit livre de 20 folios comporte douze miniatures de la main du Maître de la Chronique scandaleuse.
  • Louenges a Nostre Dame d'Antoine Vérard, vers 1505-1510[22]. Petit livre manuscrit offert par le libraire parisien à Louise de Savoie et composé d'après des textes précédemment imprimés par lui. 7 miniatures de la main du maître[23].
  • Second tome d'un manuscrit de La Grande Vie de Jésus-Christ destiné à Philippe de Gueldre, 2 grandes miniatures et 81 petites, chez le libraire Günther Rare Books, conservé dans une collection privée (le premier tome a été enluminé par le Maître de Philippe de Gueldre, Bibliothèque municipale de Lyon, Ms.5125)[24].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France : 1440-1520, Flammarion et Bibliothèque nationale de France, , 439 p. (ISBN 2-08-012176-6)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f et g Avril et Reynaud 1993, « Le Maître de la Chronique scandaleuse », notices 150 et 151, pages 274-277.
  2. a et b Bibliothèque nationale de France, Clairambault 481.
  3. Le titre exacte est Interpolation de la Chronique de Louis XI de Jean de Roye (dite Chronique scandaleuse), par Jean Le Clerc. Manuscrit achevé le 23 décembre 1502 par Jean Le Bourg, de Valognes.
  4. Le manuscrit Lat. 1072 de la Bibliothèque nationale de France est un livre d'heures à l'usage de l'abbaye de Saint-Denis. Au bas des folios 176 et 194, armes de Jean Bilhères de Lagraulas, abbé de Saint-Denis (1474-1499) pour qui le manuscrit a été exécuté. (Source : Heures manuscrites identifiées).
  5. Bibliothèque nationale de France, Rés. Vélins 689.
  6. Bibliothèque nationale de France, Lat. 1671.
  7. Bibliothèque nationale de France, Fr. 1680.
  8. Bibliothèque nationale de France, Fr. 138.
  9. Besançon, bibliothèque municipale, ms. 851.
  10. Vente Christie’s, Londres, King Street, 7 juillet 2010 lot 42, collection Arcana.
  11. Waddesdon Manor, ms. 22.
  12. Madrid, Bibliothèque nationale, Vit. 24-3.
  13. Bibliothèque nationale de France, Vélins 774.
  14. Bibliothèque nationale de France, Vélins 487.
  15. Manuscrit passé en vente le 31 octobre 2012 à la maison de vente Alde à Paris (lot75) : cf. catalogue
  16. Bibliothèque nationale de France, Vélins 124.
  17. Maxence Hermant (dir.), Trésors royaux : La bibliothèque de François Ier, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 320 p. (ISBN 978-2-7535-4185-6), p. 83 (notice 25)
  18. Vienne, Österreichische Nationalbibliothek, Cod. 2625.
  19. Les Heures Poncher sont conservées au Getty Center, et décrite dans la notice des Heures Poncher du musée.
  20. Londres, British Library, Stowe 955
  21. Avril et Reynaud 1993, « Jean Perréal, dit Jean de Paris », notice 208, pages 368-369.
  22. BNF, Fr.2225
  23. Maxence Hermant (dir.), Trésors royaux : La bibliothèque de François Ier, op. cit., p. 75 (notice 20)
  24. Notice de la librairie Günther Rare Books