Mère corbeau

Mère corbeau (en allemand : Rabenmutter [ˈʁaːbˌmʊtɐ][1]) est une expression péjorative de la langue allemande qui désigne une mère de famille négligeant ses enfants[2]. Ce terme est avant tout employé pour dévaloriser les femmes qui privilégient leur carrière à leur maternité[3], ou pour stigmatiser celles qui retournent travailler peu après l'accouchement. Il est à rapprocher des termes francophones de « mère indigne » ou de « mauvaise mère »[4].

Ce terme traduirait un phénomène de société qui jouerait un rôle, selon certains sociologues et démographes[3],[4], dans la démographie allemande.

Alors que l'expression française est souvent utilisée pour traduire l'allemand, il existe en espagnol mexicain l'expression Mamá cuervo qui a un sens diamètralement opposé à l'expression allemande : elle désigne une mère aimante qui place l'intérêt de ses enfants avant tout[5]. Elle à rapprocher de l'expression nord-américaine de parent hélicoptère.

OrigineModifier

La première mention documentée du terme a lieu en 1350 sous la plume de Konrad von Megenberg dans son ouvrage Buch von den natürlichen Dingen[6]. C'est dans la société allemande entre la Renaissance et l'Aufklärung une façon de faire de l'amour maternel un devoir sous peine de mauvaise réputation[7].

Ce terme trouverait son origine[8] dans l'ancien testament, dans le livre de Job 38:41, où il est écrit[9] « Qui prépare au corbeau sa provende, quand ses petits crient vers Dieu et titubent faute de nourriture ? ». Martin Luther a employé le terme, en traduisant le livre de Job en allemand[10].

La métaphore biblique tient sans doute aux oisillons tombés du nid. Mais selon l'ornithologue Julian Heiermann, membre du Naturschutzbund Deutschland, cette référence dépréciative aux corbeaux ne pourrait pas être plus contraire à la réalité : « les corbeaux sont des oiseaux aux petits soins pour leur progéniture, des parents exemplaires ». Le corbeau est un oiseau nidicole dont les petits sont très vulnérables et entièrement dépendants des adultes pendant plusieurs semaines ce qui contraint ces derniers à s'en occuper sans relâche. Julian Heiermann compare le corbeau avec la poule, « dont le temps consacré à ses poussins lui laisse beaucoup plus de temps libre »[8].

Article connexeModifier

Notes et référencesModifier

  1. Prononciation en allemand standard (haut allemand) retranscrite selon la norme API.
  2. (de) Gabriele Scheffler, Schimpfwörter im Themenvorrat einer Gesellschaft, Tectum Verlag, , 192 p. (ISBN 978-3828881723)
  3. a et b Noémie Rousseau, « Le regret d’être mère, ultime tabou », sur Libération,
  4. a et b « En Allemagne : le désir d’enfant se heurte encore au spectre de la "mère corbeau" », sur Connexion française (consulté le 19 novembre 2018)
  5. (es) Adriana Acosta Bujan, « 3 consejos para una Mamá Cuervo », sur Familias (consulté le 19 novembre 2018)
  6. (de) Nina Puri, Karriere im Eimerchen? : Warum Mütter nicht zum Arbeiten kommen, Knaur TB, , 240 p. (ISBN 978-3426786260, lire en ligne)
  7. (de) Claudia Opitz-Belakhal, « Pflicht-Gefühl. Zur Codierung von Mutterliebe zwischen Renaissance und Aufklärung », Querelles, J.B. Metzler, vol. Kulturen der Gefühle in Mittelalter und Früher Neuzeit, no 7,‎ , p. 296 (ISBN 978-3476019080)
  8. a et b (de) « Woher kommt der Ausdruck „Rabenmutter“? », sur Wissenschaft,
  9. « Livre de Job, 38 », sur Association épiscopale liturgique pour les pays francophones (consulté le 19 novembre 2018)
  10. (de) Manfred Günther, Wörterbuch Jugend - Alter: Vom Abba zur Zygote, RabenStück Verlag, , 128 p. (ISBN 978-3935607391)