Luis Carrero Blanco

amiral et homme politique espagnol

Luis Carrero Blanco
Illustration.
Luis Carrero Blanco en 1963.
Fonctions
Président du gouvernement d'Espagne

(6 mois et 11 jours)
Chef de l'État Francisco Franco
Prédécesseur Francisco Franco
Successeur Torcuato Fernández-Miranda (intérim)
Carlos Arias Navarro
Vice-président du gouvernement

(5 ans, 10 mois et 18 jours)
Chef de l'État Francisco Franco
Président du gouvernement Francisco Franco
Prédécesseur Agustín Muñoz Grandes
Successeur Torcuato Fernández Miranda
Sous-secrétaire de la Présidence

(16 ans et 4 jours)
Chef de l'État Francisco Franco
Président du gouvernement Francisco Franco
Prédécesseur Aucun
Successeur Aucun
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Santoña (Espagne)
Date de décès (à 70 ans)
Lieu de décès Madrid (Espagne)
Nature du décès attentat politique
Sépulture Cimetière de Mingorrubio (Madrid)
Nationalité Espagnole
Parti politique FET de las JONS
Profession Marin militaire
Religion Catholicisme

Signature de Luis Carrero Blanco

Luis Carrero Blanco
Présidents du gouvernement d'Espagne

Luis Carrero Blanco né le à Santoña (Cantabrie) et mort assassiné le à Madrid, est un homme d'État et amiral espagnol, président du gouvernement du au .

Homme fort du régime franquiste, il fut tué par le groupe indépendantiste basque ETA, quelques mois après avoir été nommé chef du gouvernement par le dictateur espagnol Francisco Franco.

BiographieModifier

Origines et formationModifier

Issu d’une famille de militaire, premier fils de Camilo Carrero Gutiérrez (1879-1936), lieutenant-colonel de l’armée, Carrero étudia au Colegio Manzanedo de Santoña puis rejoignit l’école navale de San Fernando en 1918. Entre 1920 et 1921 il effectua un stage en Amérique du sud à bord d’un croiseur. Il participa ensuite à la Guerre du Rif (1924-1926). En 1935, il est nommé professeur à la Escuela de Guerra Naval de Madrid, l’Ecole de la guerre navale. [1]

Guerre Civile et Seconde guerre MondialeModifier

En 1936, quand éclata la Guerre d'Espagne, il se trouvait derrière les lignes républicaines dans son école de Madrid. Pour éviter d'être arrêté par les forces gouvernementales après l'échec du soulèvement de la caserne de la Montana, il se réfugia dans les ambassades mexicaine et française. Il dut traverser le front afin de rejoindre le « camp des rebelles », où il servit dans la marine pendant le conflit. Il eut divers postes, comme celui d’officier sur le cuirassé Alfonso XIII, commandant du destroyer Huesca et du sous-marin General Sanjurjo (GS) (de classe General Mola (GM), en réalité italien, de classe Archimede cédé par Mussolini aux franquistes). En , il quitta le commandement du sous-marin pour débarquer aux îles Canaries et devenir chef d’état-major de la division des croiseurs, qu’il occupa jusqu’à la fin . Juste avant la fin du conflit, il devint chef des opérations de l’état-major général de la Marine.

 
Armoireries du Premier Duc de Carrero Blanco

Après la victoire des Franquistes et le début de la dictature de Francisco Franco, il devint l'un de ses plus proches collaborateurs et le directeur des opérations navales. Sollicité par le ministre de la Marine Moreno Fernandez, en 1940, il écrivit un rapport devenu célèbre, qui préconisa la neutralité espagnole. Il se déclara opposé à l'entrée de l'Espagne aux côtés de l'Axe durant la Seconde Guerre mondiale, contrairement aux Phalangistes, lui-même étant de sensibilité monarchiste[réf. nécessaire][2]. Ce désaccord se concrétisera une fois devenu l’homme de confiance du dictateur Franco.

Grand ami du géneral français Maxime Weygand, il était le principal contact des Forces françaises libres (FFL) en Espagne et à ce titre n'hésita à informer ou à aider la Résistance française. Il renseignait notamment les FFL et les Forces françaises de l'intérieur (FFI) sur la fiabilité des maquisards espagnols engagés auprès de la Résistance française bien qu'ils savait pertinemment que parmi ceux-ci se cachaient des éléments douteux. Il n'hésitait pas à faire nommer par le gouvernement franquiste certains Espagnols engagés auprès des Français, dont le capitaine Buiza[réf. nécessaire].

Carrière politique sous le gouvernement de FrancoModifier

 
Luis Carrero Blanco (au centre), en compagnie de Franco (à sa gauche), 1963.

Devenu ministre en 1957, vice-amiral en 1963 puis amiral en 1966, il est vice-président du gouvernement de 1967 à 1973. Particulièrement proche de Franco, il œuvra à museler la Phalange et à écarter la possibilité d'un régime totalitaire dans lequel cette dernière aurait le monopole. Politiquement, il ne s'attachait clairement à aucun parti, même si ses opinions catholiques très conservatrices le rapproche de l’Opus Dei, qu’il favorisait lors du remaniement du gouvernement en 1956. Il était vu comme hostile à la démocratie libérale et atteignit sa plus haute position quand il fut nommé président du gouvernement le 6 juin 1973 et faisait de lui le successeur de Franco comme chef du gouvernement et le positionnant comme son probable futur héritier politique. [3],[1]

AssassinatModifier

Il fut tué à Madrid le par quatre membres de l'ETA, organisation indépendantiste basque d'extrême gauche, qui firent exploser une bombe[4] située dans un tunnel creusé sous la rue Claudio Coello au passage de sa Dodge Dart GT 3700, lors de son retour de la messe à laquelle il avait assisté dans l'église Saint-François-de-Borgia (es). La voiture, non conçue pour résister à une attaque, s'envola sous l'explosion d'une charge de 75 kg de dynamite, par-dessus le toit de la maison jésuite jouxtant l'église et retomba dans son jardin intérieur. Outre Luis Carrero Blanco qui décède quelques heures plus tard à la clinique Francisco Franco, le chauffeur et un officier furent tués dans l'attentat. Le véhicule, qui ne fut pas désintégré mais resta d'un seul tenant, reste conservé par le Musée de l'Armée à l'Alcazar de Tolède.

Cet attentat (surnommé Operación Ogro, « l'Ogre » étant le surnom donné à Carrero Blanco par ses opposants) constitua le principal coup porté par l'ETA à la dictature franquiste. Dans le communiqué revendiquant cet attentat, l'ETA expliqua d'ailleurs que Carrero Blanco avait été choisi comme cible parce qu'il constituait un élément essentiel à l'équilibre du franquisme (le récit de la préparation ainsi que de l'attentat par des membres de l'ETA sera publié dans un livre, longtemps interdit et clandestin : Opération Ogro[5]).

Les historiens[Lesquels ?] estiment que la mort de Carrero Blanco, symbole du « franquisme pur et dur » et principal homme de confiance du chef de l'État, ruina toute chance pour le Franquisme de se perpétuer après la mort de Franco en 1975[réf. nécessaire].

La CIA aurait pu être mêlée à l'opération contre Carrero Blanco à cause de son implication dans le projet visant à doter l'Espagne d'une arme nucléaire[6], le projet Islero.

Dans la culture populaire espagnoleModifier

 
Plaque commémorative sur le lieu de l'attentat.
 
Monument commémoratif à Santoña.

La violence de l'explosion qui a coûté la vie à Luis Carrero Blanco a donné naissance à un slogan largement scandé au cours des défilés contestataires des années 1970 : « Et hop, Franco, plus haut que Carrero Blanco ! » On raconte[réf. nécessaire] également que les chauffeurs de taxi priés de rejoindre la rue de l'attentat demandent volontiers « ¿A qué altura? », jeu de mots où « altura » signifie à la fois l'emplacement dans la rue et la hauteur. Une boutade populaire[7] en Espagne fait également de lui « le premier astronaute espagnol ».

Les chansonniers de l'époque plaisantaient sous le manteau en posant une devinette : « qui est né sur terre, a vécu sur les mers et est mort dans les airs ? », en référence à son grade d'amiral et à son attentat[réf. nécessaire].

Au cinémaModifier

  • Dans son film Balada triste (2010), Álex de la Iglesia traite, entre autres, du sujet du franquisme, qui dirigea l'Espagne durant trente-six ans. À un passage du film, le réalisateur mêle l'histoire et la fiction : le personnage principal, Javier le clown triste (interprété par Carlos Areces), assiste à l'attentat contre Blanco, et est accusé à tort d'y avoir participé.
  • Gillo Pontecorvo a réalisé un film sur son assassinat : Opération Ogre (1979).

ŒuvresModifier

Sous son nomModifier

  • La Victoria del Cristo de Lepanto
  • Arte naval militar. Tomo segundo. El buque de guerra (de la galera al portaaviones).
  • España y el mar, Ed, Nacional, 1941
  • Lepanto (1571-1971), Salvat Editorial/Alianza editorial, 1971.

Sous le pseudonyme de Juan de la CosaModifier

  • La gran baza soviética
  • Las modernas Torres de Babel
  • Comentarios de un espanol. Las tribulaciones de don Prudencio. Diplomacia subterranea.
  • España ante el mundo. (Proceso de un aislamiento), Publicaciones Españolas, 1975.

Notes et référencesModifier

  1. a et b (es) Javier Tusell, Carrero : la eminencia gris del régimen de Franco, Madrid, Themas de Hoy, , 478 p. (ISBN 84-7880-347-5)
  2. Philippe Nourry, Juan Carlos, , 496 p. (ISBN 979-10-210-0198-5, lire en ligne), p. 39.
  3. Canal, J., Baby, S., Luis, J., Michonneau, S., Yusta, M., Histoire de l'Espagne Contemporaine De 1808 à nos jours, Armand Colin, , 342 p. (ISBN 978-2-200-61460-7)
  4. Un article du Monde libertaire no 1509 (20 mars 2008), intitulé « État et ETA », parle d'une tonne de TNT.
  5. Julen Agirre, Opération Ogro, comment et pourquoi nous avons exécuté Carrero Blanco, Seuil, 1974
  6. https://diario16.com/la-cia-utilizo-a-eta-para-asesinar-a-carrero-blanco/
  7. « Dans l'herbe tendre: Histoire de fantôme espagnol : l'astronaute a encore frappé », sur Dans l'herbe tendre, (consulté le )

Voir aussiModifier

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