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Ludwig Mies van der Rohe

architecte allemand

Ludwig Mies van der Rohe
Image illustrative de l'article Ludwig Mies van der Rohe
Ludwig Mies van der Rohe (1912).
Présentation
Nom de naissance Ludwig Mies
Naissance
Aix-la-Chapelle, Allemagne
Décès (à 83 ans)
Chicago, États-Unis
Nationalité Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Drapeau des États-Unis États-Unis (1944)
Mouvement Bauhaus, Style International
Activités Architecte, designer, enseignant
Formation Bruno Paul et Peter Behrens
Œuvre
Réalisations Pavillon allemand (Barcelone)
Immeubles 860 et 880 Lake Shore Drive (Chicago)
Kluczynski Federal Building (Chicago)
Seagram Building (New York)
Neue Nationalgalerie (Berlin)

Ludwig Mies van der Rohe, né Ludwig Mies[N 1] le à Aix-la-Chapelle et mort le à Chicago, est un architecte allemand, naturalisé américain en 1944.

Après des débuts comme architecte pour Bruno Paul puis Peter Behrens, il fonde son propre cabinet d’architecture en 1912. Durant la première partie de sa carrière, il réalise de nombreuses villas, allant du style prussien avec la maison Riehl au modernisme avec le Pavillon de l’Exposition internationale de 1929. De 1930 à 1933, il dirige l’école du Bauhaus. L’arrivée au pouvoir du parti national-socialiste l’empêchant continuer sa carrière en Allemagne, il émigre en 1938 aux Etats-Unis, à Chicago où il devient directeur de l’Illinois Institute of Technology. Outre quelques projets de villas, telle la Farnsworth House, il réalise ses édifices les plus monumentaux, parmi lesquels les Immeubles 860 et 880 Lake Shore Drive, le Seagram Building et le Kluczynski Federal Building.

Les plans et projets de Mies van der Rohe sont caractérisés par des formes claires et l'utilisation intensive du verre et de l'acier. Ses travaux posent les bases pour la construction de grands bâtiments aux façades de verre (les gratte-ciel), souvent développées en murs-rideaux. Inspiré par les mouvements architecturaux d’avant-garde du début du XX tels l'expressionnisme, le constructivisme, le De Stijl, ses constructions majeures font de lui un acteur incontournable du mouvement moderne.

BiographieModifier

Enfance et débuts comme architecteModifier

Ludwig Mies naît le à Aix-la-Chapelle. Il est le fils de Michael, exerçant le métier de tailleur de pierre, et d’Amalie[1]. Il travaille d'abord dans l'entreprise familiale de tailleurs de pierre avant d'être engagé comme dessinateur dans le bureau d'architecture de Bruno Paul à Berlin, de 1906 à 1908. En parallèle, il étudie à l’école des arts appliqués ainsi qu’à l’école des beaux-arts de Berlin[2]. Dès 1906, il assume le suivi de son premier projet individuel dans le nouveau quartier de Babelsberg à Potsdam, où il conçoit la maison de Sofie et Alois Riehl dans un style prussien du XIXe siècle[3],[4]. Le couple est tellement satisfait du résultat qu’il n’hésite pas à recommander le jeune architecte dans leur entourage[5].

 
Peter Behrens, Patron de Ludwig Mies de 1908 à 1912.

Le succès de ce premier projet lui permet d’entrer au service de l’architecte Peter Behrens en 1908[6] et il travaille sous son patronage direct. Il commence à réaliser ses dessins innovants mêlant acier et verre, empruntant certaines idées à Karl Friedrich Schinkel[7]. C'est dans l'atelier de Behrens qu'il fera également la connaissance du Corbusier et de Walter Gropius, le futur fondateur du Bauhaus[8]. En 1910, Ludwig Mies conçoit la maison du marchand d'art Hugo Perls à Berlin-Zehlendorf[8]. L’architecte élabore plusieurs projets non réalisés. Son monument en l’honneur de Bismarck à Bingen am Rhein, imaginé avec son frère Ewald, n’est pas retenu par le jury du concours[N 2]. Plus tard, il est mis en compétition avec l’architecte néerlandais Hendrik Petrus Berlage pour concevoir la villa et le musée du couple d’industriels et mécènes Kröller-Müller. Là encore, son projet n’est pas retenu[9].

C'est au cours de cette période au sein de l’agence de Behrens qu'il rencontre Adele Bruhn, dite « Ada », la fille d’un riche industriel. Il l'épousera en 1913[10], et trois filles : Dorothea (connue sous le nom de Georgia), Marianne et Waltraut[11].

La confirmationModifier

En 1912, il fonde son propre cabinet d’architecture à Berlin. Puis, en 1915, il est appelé à servir sous les drapeaux, dans le conflit de la Première Guerre mondiale[10]. À l'issue de la guerre, beaucoup de changements touchent l’architecte, tant sur les plans professionnel que personnel. Mies van der Rohe collabore avec le mouvement d’avant-garde Novembergruppe, dont il organise les expositions d'architecture jusqu’au milieu des années 1920[12],[13]. Il se sépare de sa femme, sans pour autant divorcer officiellement. Il change son nom en « Mies van der Rohe », accolant au nom de son père (Mies) celui de jeune fille de sa mère (Rohe) en les reliant par une particule noble « van der »[14].

C'est durant cette période qu'il commence à envisager l'utilisation de matériaux plus maniables comme l'acier et le verre afin de répondre aux conditions économiques de l'après-guerre, et au souci de créer des espaces intérieurs les plus souples possibles dans les constructions. Entre 1921 et 1924, il imagine une série de cinq projets non-réalisés, mais qui feront date dans la philosophie architecturale moderniste[14]. Le premier édifice, surnommé nid d’abeilles, est un immeuble élevé de bureaux sur la Friedrichstraße à Berlin. Sa conception est inhabituelle tant par sa forme que sa structure[15]. Sur une empreinte triangulaire au sol, un îlot central est flanqué de trois tours au formes anguleuse. Avec la structure, Ludwig Mies van der Rohe invente le concept de « peau et os » avec une charpente en acier supportant des sols en porte-à-faux et des façades entièrement vitrées[16]. Un second projet imaginé l’année suivante reprend le concept structurel et cristallin de la tour nid d’abeilles avec cette fois-ci des formes organiques. Le troisième édifice proposé en 1923 est un imposant monolithe de béton abritant des bureaux[17]. Les deux derniers projets de l’architecte sont des villas de campagne, l’une en brique et l’autre en béton[18]. Durant cette période, il contribue à la revue d'avant-garde G: Material zur elementaren Gestaltung (de) (« G : Matériel pour une conception élémentaire »), lancée en juillet 1923[19].

 
Immeuble du Weissenhof à Stuttgart conçu par l’architecte en 1927.

En 1925, le Deutscher Werkbund, association pour la promotion de l'innovation dans les arts appliqués et l'architecture, confie à Ludwig Mies van der Rohe la direction artistique de l’exposition Die Wohnung (« L’habitation ») qui doit se tenir dans le quartier du Weissenhof à Stuttgart en 1927. Il y réunit les grand noms du courant Neues Bauen tels Le Corbusier, Mart Stam, Bruno et Max Taut et Walter Gropius. Ludwig Mies van der Rohe y réalise un bloc d’appartements[20]. Il en conçoit également le mobilier avec Lilly Reich. C’est à l’occasion de cette exposition que les deux créateurs nouent une relation professionnelle et intime[21]. Parmi leurs créations communes pour ce projet, la chaise cantilever MR20 est restée dans les annales. Elle se compose d’une structure en porte-à-faux faite de tubes d'acier chromé et d’une assise cannée[22]. Le couple a conçu au préalable le pavillon numéro 4 de l’exposition, dit « Glassraum ». Celui-ci permet à Ludwig Mies van der Rohe de solliciter des mécènes spécialisés dans le matériau verre dans l’optique de construire l’immeuble Weissenhof[23].

 
Pavillon allemand de l'Exposition internationale de 1929 à Barcelone, détruit en 1930 et reconstruit dans les années 1980.

En 1928, le gouvernement allemand lui offre la possibilité concevoir le pavillon représentant le pays à l'Exposition internationale de 1929 de Barcelone[24]. Le Pavillon de Barcelone repose sur un large socle longeant un bassin. Son aspect moderniste tranche radicalement avec celui de l'architecture des bâtiments alentour, construits pour la même exposition. Il emploi de matériaux luxueux comme le marbre, le travertin ou l'onyx doré[25]. Ludwig Mies van der Rohe applique son principe constructif de peau et os qu’il a théorisé et commencé à appliquer ces dernières années. Il utilise le plan libre qui procède de la libération des murs de leur fonction porteuse. Les grande façades vitrées font s’interpénétrer l’intérieur et l’extérieur[24]. L’architecte fait encore équipe avec Lilly Reich pour l’agencement intérieur. Ils imaginent la MR90, dite « chaise Barcelone », l’une des créations iconiques du couple, qui tire sa forme d’un siège curule de la Rome antique[26].

En parallèle de l’exposition de Barcelone, Ludwig Mies van der Rohe travaille sur la Villa Tugendhat, située à Brno en République tchécoslovaque et achevée en 1930[27]. Conçue pour Fritz et Grete Tugendhat, cette habitation, bâtie sur un terrain en pente, s’articule sur trois niveaux : le rez-de-chaussée avec les chambres et les pièces de service, le rez-de-jardin avec les pièces à vivre et le niveau du sous-sol. L’utilisation du plan libre permet d’agencer les espaces sans les cloisonner[28]. Autre mobilier issu de la collaboration avec Lilly Reich, la chaise Brno (modèle MR50) est conçue spécialement pour cette habitation. C’est une chaise cantilever dans l’esprit du modèle MR20 dotée d’un châssis en acier[29].

Depuis 1927, ses meubles sont produits et commercialisés. Tout d’abords par Berliner Metallgewerbe Joseph Müller jusqu’en 1931, puis Bamberg Metallwerkstätten[30]. Cette même année il expose son travail à l'Exposition de la construction de Berlin et signe un contrat d’exclusivité pour quinze modèles de chaises avec Thonet Mundus, le leader mondial de la fabrication de meuble à l’époque[30].

Directeur du BauhausModifier

 
Bâtiment principal du Bauhaus de Dessau.

De 1930 à 1933, il dirige l'école des arts Bauhaus à Dessau puis à Berlin. Devenu le chef de file du courant moderniste, il est choisi par Walter Gropius, le fondateur de l’école d’arts appliqués, pour remplacer Hannes Meyer. Considéré comme apolitique et consensuel par rapport à son prédécesseur, il semble être le bon choix pour ménager les conservateurs qui gagnent de plus en plus de pouvoir dans la région[31]. Depuis la crise économique de 1929, les fonds accordés par la ville sont drastiquement restreints. L’hostilité envers ce que représente l’école, le modernisme et les positions communistes des étudiants, est de plus en plus forte[32]. Dès sa première année de fonction, il fait expulser par la police les étudiants communistes[33],[34].

Ludwig Mies van der Rohe achève la transformation pédagogique du Bauhaus. Il revoit le cursus d’architecture, devenu l’élément central de l’école, qui se déroule désormais en six semestres[35]. Il se partage l’enseignement de cette matière avec Ludwig Hilberseimer. Les deux professeurs donnent également des cours de théorie de la construction et de planification de l’aménagement urbain[36]. Ludwig Mies van der Rohe privilégie la théorie et le dessin. Il demande à ses élèves de prendre en compte l’organisation spatiale et fonctionnelle. Si cet objectif est atteint, Mies van der Rohe les poussent à y intégrer l’espace et la lumière[35].

En 1931 Gunta Stölzl démissionne de son poste de directrice des ateliers de tissage. Ludwig Mies van der Rohe propose alors à Lilly Reich de le rejoindre et de reprendre la direction de la section laissée vacante. Il la nomme également directrice de l’atelier de second œuvre[37]. En septembre 1932, une fraction du parti national-socialiste, parvient à faire fermer l’établissement par le Conseil municipal de Dessau. Ludwig Mies van der Rohe réussit néanmoins à réouvrir le Bauhaus à Berlin-Steglitz en octobre 1932, avec le statut d’établissement privé. Cependant en avril 1933, après l’arrivée au pouvoir du parti nazi, l’école de Berlin est fermée à son tour[38].

En 1933, son projet moderniste pour l’extension de la Reichsbank n’est pas retenu. Le chancelier Adolf Hitler lui préfère la proposition d’Heinrich Wolff, présentant un bâtiment plus volumineux[39]. Il signe une déclaration de soutien à Hitler et adhère à la Chambre de la culture du Reich espérant continuer à recevoir des commandes. Il dessine le pavillon de l'industrie minière à l'exposition « Peuple allemand-Travail allemand ». Il propose également un pavillon pour l’Exposition universelle de Bruxelles de 1935, rejeté par Hitler, qui piétine la maquette[40].

1938, l'émigration aux États-UnisModifier

Comprenant que sont avenir professionnel est dans une impasse s’il reste en Allemagne, il songe à l’exil. Après un premier voyage aux États-Unis en 1937 où il rencontre Frank Lloyd Wright, il y retourne pour de bon l’année suivante. Il s'installe à Chicago où il dirige le département d'architecture de l’Armour Institute of Technology à Chicago renommé plus tard l’Illinois Institute of Technology (Institut de technologie de l'Illinois)[41]. Il est chargé de réaménager le campus de l'université jusqu’en 1958, date à laquelle il quitte ses fonctions. Certaines de ses réalisations les plus célèbres s'y trouvent encore dont le Crown Hall (siège de l'école d'architecture de l'IIT). Dès 1938 il fait venir à l’IIT ses anciens collaborateurs au Bauhaus : Walter Peterhans enseignant le visual training et Ludwig Hilberseimer, professeur d’urbanisme au Department of City and Regional Planning[13]. Sur le plan personnel, il rencontre Lora Marx, une sculptrice récemment divorcée de l'architecte Samuel Marx, qui devient sa compagne[42]. Il acquiert la nationalité américaine en 1944[43].

 
Farnsworth House à Plano dans l'Illinois.

Aux États-Unis il continue à concevoir des habitations individuelles. En 1945, Le docteur Edith Farnsworth lui commande une maison de campagne d'une seule pièce au cœur d’un domaine de 24 hectares dans les environs de Chicago[44]. Poursuivant ses expérimentations du pavillon de Barcelone, il conçoit la Farnsworth House en verre et acier sur pilotis de 135 m2. Une fois terminée, la maison ne satisfait pas sa propriétaire, lui reprochant notamment son manque de vivabilité et son coût[N 3],[43]. L’édifice devient malgré tout l’un des emblème de la carrière de l’architecte et un icône de l'Architecture moderne[45].

Vers les gratte-cielModifier

Dès 1947, une rétrospective de son œuvre, avec son concours, est organisée par le Museum of Modern Art de New York[13]. L’année suivante il entame la conception des immeubles 860 et 880 de Lake Shore Drive pour le promoteur immobilier Herbert Greenwald[46]. Ces tours de 26 étages et 82 m de haut sont emblématiques du Style international. L’architecte concrétise les principes du projet d’immeuble la Friedrichstraße de Berlin. Les tours 860 et 800 de plan octogonal sont munies de murs-rideau et sont dépouillées de toute ornementation. Tout ces éléments incarnent l’approche minimaliste de l’architecte. L’une de ses phrases fétiches est d’ailleurs « moins, c'est plus » (ou « moins, c'est mieux », less is more en anglais)[N 4],[47].

En 1955, Herbert Greenwald engage à nouveau l’architecte, assisté de l’urbaniste Ludwig Hilberseimer, pour développer le Lafayette Park. Ce grand projet urbanistique est destiné à réhabiliter une partie du quartier du Downtown de Détroit (Michigan). Cet ensemble doit accueillir différents types de logements, des maisons de ville aux immeubles résidentiels[48].

En 1956 il achève le Crown Hall, bâtiment principal du collège d'Architecture de l'Institut de technologie de l'Illinois. L’architecte imagine un édifice de forme rectangulaire dont le toit est suspendu à quatre poutres en acier. Ces poutres reposent sur des piliers extérieurs également en acier de part et d’autre des façades entièrement constituées de grandes baies vitrées. L’architecte estime que ce bâtiment est « la structure la plus claire [qu’il ait] conçue, celle qui exprime le mieux [sa] philosophie »[N 5],[49].

En 1954, il est engagé, par l’intermédiaire de Phyllis Lambert, directrice de la planification du projet du Seagram Building[N 6] à New York, commandité par son père, l’homme d'affaires Samuel Bronfman[50]. Celle-ci veut un gratte-ciel innovant et moderne pour accueillir les locaux l’entreprise. Pour cela il travaille avec l’architecte Philip Johnson pour concevoir l’édifice[51]. Après sa première incursion dans la construction de grande taille avec les immeubles de Lake Shore Drive, il récidive ici avec une hauteur démultiplié. Il s'agit d'une vaste réalisation d’acier et de verre qui atteint les 160 m de haut. L’architecte y adjoint une grande place, avec une fontaine en face de la structure, créant un espace ouvert sur Park Avenue. Terminé en 1958, Seagram Building devient une référence architecturale pour les gratte-ciel construits aux alentours dans les années suivantes, modifiant le visage des mégapoles et de New York en particulier[52]. En 1981, le polémiste et critique d'art Tom Wolfe souligne dans From Bauhaus to Our House que, pour satisfaire au Règlement des constructions, notamment aux normes de prévention d'incendie, certains éléments de structure métallique durent être protégés par du béton, puis être recouverts d’acier, ce qui compromet l'expression directe et claire de la structure voulue par Mies van der Rohe[53].

En 1957, la République fédérale d'Allemagne décerne à l’architecte la « médaille Pour le Mérite für Wissenschaften und Künste » (médaille Pour le Mérite au titre des arts et des sciences)[54]. En 1962, il est choisi pour concevoir la Neue Nationalgalerie (« nouvelle galerie nationale ») de Berlin prévue pour abriter des collections d'art moderne du XXe siècle. C’est le premier et le dernier édifice qu’il exécute en Allemagne depuis son émigration aux États-Unis. L’architecte s'inspire de deux projets non-réalisés : l’immeuble de bureaux Bacardí à Cuba[N 7],[55] et le Musée Georg Schäfer à Schweinfurt[56]. Le musée ouvre en 1968. Le pavillon reprend les grands principes architecturaux de l’architecte. Seuls huit pylônes supportent un toit à caissons en acier. les murs-rideaux en retrait sur chaque façades ne sont pas porteurs. La structure est donc réduite à l'essentiel et donne l'impression d'une extrême légèreté[56]. Les salles du musée se trouvent dans le soubassement habillé de granit.

En 1963, l’architecte reçoit la Médaille présidentielle de la Liberté des mains du président américain Lyndon B. Johnson[57]. C’est la plus haute distinction civile des États-Unis. La même année il poursuit le développement de gratte-ciel. Mies van der Rohe est recommandé par Phyllis Lambert pour intégrer le groupe d’architecture (John B. Parkin and Associates et Bregman and Hamann Architects) en charge de la conception du Toronto-Dominion Centre[58]. Cet ensemble de plusieurs bâtiments et gratte-ciel est destiné à accueillir le siège social de la Banque Toronto-Dominion, et fournir des locaux à bureaux à plusieurs autres entreprises. Mies van der Rohe a pratiquement carte blanche pour créer le Centre Toronto-Dominion[59] car au final c'est lui qui imagine l’ensemble du complexe[60]. L’architecte conçoit trois bâtiments : la tour principale de 56 étages, siège de la banque achevé en 1967, le pavillon bancaire terminée l’année suivante, et la tour Royal Trust de 46 étages inaugurée en 1969[61]. l’ensemble repose sur une grande dalle de granit sous laquelle se situe un vaste centre commercial souterrain[62]. Toujours fidèle à son style, les immeubles présentent des façades en murs-rideaux appliquées sur des structures en poutres d’acier. Le complexe, dans son ensemble et dans ses détails, est un exemple classique du style international[61].

Les créations des dernières annéesModifier

 
Le Chicago Federal Center avec le Kluczynski Federal Building et le Dirksen Federal Building.

Sur le même principe que le complexe Toronto-Dominion Centre, Ludwig Mies van der Rohe conçoit l’ensemble de la Federal Plaza dans le quartier du Loop de Chicago[57]. Destiné à remplacer le Chicago Federal Building détruit en 1965, ce nouveau complexe comprend le Kluczynski Federal Building haut de 42 étages et achevé en 1974, le Dirksen Federal Building qui s'élève sur 30 étages, inauguré en 1964. Sur la place principale, l’architecte dispose un bâtiment bas : l’US Post Office Loop Station[63].

L’achitecte construit deux immeuble à Baltimore. Le One Charles Center, construit en 1962[64], est une tour de 23 étages qui marque le début de l’implantation de bâtiments modernes dans le centre-ville de Baltimore. La base de l’édifice en forme de « T » repose sur une dalle de béton[65]. Le second immeuble dénommé Highfield House est situé en périphérie de la ville, près de la Johns Hopkins University. La Highfield House est construite en 1964 et abrite des appartements locatifs sur 15 étages avant de devenir un immeuble en copropriété en 1979[66].

Ludwig Mies van der Rohe conçoit plusieurs projets dans le secteur de Montréal dont le Westmount Square, un important complexe immobilier situé sur l'Île de Montréal dans la ville enclavée de Westmount. Il comprend deux tours d'habitation et une tour à bureaux de 20 étages et 83 mètres de haut chacune surplombant un centre commercial au rez-de-chaussée[67],[68]. L’ensemble est achevé en 1968[69].

Fin de vieModifier

 
Tombe de Ludwig Mies van der Rohe au cimetière de Graceland à Chicago.

Mies van der Rohe meurt le 17 août 1969 à Chicago d'un cancer de l'œsophage dû à son goût marqué pour le tabac[70]. Sa tombe se trouve au cimetière de Graceland dans cette même ville, où ses cendres se trouvent sous une simple dalle de granit noir, à l'ombre d'un févier d'Amérique[71]. À ce moment, les immeubles IBM Building et Kluczynski Federal Building sont encore en construction ; ils sont achevés (respectivement en 1973 et 1975) par son agence, The Office of Mies van der Rohe.

Style et méthodeModifier

Sous l'influence de Peter Behrens, Ludwig Mies développe une approche de design basée sur des techniques de construction avancées et sur le classicisme prussien[4]. Son projet, dessiné en 1921, de gratte-ciel entièrement en verre sur la Friedrichstraße à Berlin, constitue un des projets majeurs du mouvement moderne[72] et de l'expressionnisme en architecture. Mies éprouve aussi une certaine sympathie pour les choix esthétiques du constructivisme russe et du groupe néerlandais De Stijl[73]. Ses constructions majeures parmi lesquelles le pavillon de Barcelone, le Seagram Building et la Farnsworth House font de lui un acteur incontournable du mouvement moderne[6].

Son architecture est aussi marquée par la dissociation de l'enveloppe et de la structure où toute la construction s’appuie sur l'ossature. Cette technique, dite architecture de peau et d'os, où les os sont définis par l’ossatures d'acier et la peau par les murs-rideaux de verre, crée des intérieurs lumineux[14]. Aussi, la disparition de murs porteurs à l’intérieur des bâtiments témoignent de son obsession de définir une « structure claire » lui laissant toute liberté pour l'aménagement des espaces intérieurs[74]. Il peut ainsi décloisonner les espaces, les ouvrir et adapter leur forme à leur fonction sans contraintes techniques[75]. Ses réalisations témoignent de son intérêt prononcé pour le rapport intérieur-extérieur. L'espace extérieur est en effet considéré comme un prolongement de l'espace intérieur[75].

Mettant en œuvre et appliquant ses formules célèbres Less is More[N 8],[76] et God is in the details (« Moins, c'est plus » et « Dieu se cache dans les détails »)[77], Mies van der Rohe cherche à créer des espaces neutres et contemplatifs, grâce à une architecture basée sur la simplicité des matériaux et le refus de l'ornement[75]. Ses matériaux de prédilextion sont le béton, l'acier et le verre.

RéalisationsModifier

Première partie (1907 – 1938)
Seconde partie (1939 – 1969)

Hommages et PostéritéModifier

Hommages et expositions posthumesModifier

 
Timbre de la poste allemande pour le centième anniversaire le la naissance de Mies van der Rohe, en 1986. A l'arrière-plan, la Neue National Galerie de Berlin.

En 1977, le MoMA de New York organise l’exposition Ludwig Mies van der Rohe: Furniture and Drawings [78].

En 2001, le Mies van der Rohe Award est devient le prix officiel d'architecture de l'Union européenne[79],[80].

En 2012, à l'occasion du 126e anniversaire de naissance de Mies, le moteur de recherche Google utilise le Crown Hall de l'Illinois Institute of Technology comme doodle[81].

À Düsseldorf, un parc porte son nom[82].

Archives et associationsModifier

Une section administrativement indépendante du département d'architecture et de design du MoMA de New York est créée en 1968 par les administrateurs du musée. La Ludwig Mies van der Rohe Archive est fondée pour répondre à la volonté de l'architecte de léguer l'ensemble de son œuvre au musée. Les archives se composent d'environ dix-neuf mille dessins et estampes, dont un millier produits par Lilly Reich ; de documents écrits (principalement ses correspondances d’affaires) couvrant presque toute la carrière de l'architecte ; de photographies de bâtiments, de maquettes et de meubles ; de bandes sonores, de livres et de périodiques[83].

Des documents d'archives sont également conservés par l’Art Institute of Chicago. La collection Ludwig Mies van der Rohe (1929-1969) inclut plusieurs types d’archives : correspondance, articles, et documents en relation avec son travail à l’Illinois Institute of Technology. La collection Ludwig Mies van der Rohe Metropolitan Structures Collection (1961-1969) comprend des albums et des photographies documentant ses projets à Chicago[84].

D'autres archives sont conservées à l'Université de l'Illinois de Chicago (collection de livres personnels), au Centre canadien d'architecture de Montréal (dessins et photos), à la Newberry Library de Chicago (correspondance personnelle) et à la bibliothèque du Congrès de Washington DC (correspondance professionnelle).

En Espagne, la Fundació Mies van der Rohe voit le jour en 1983 afin de reconstruire le Pavillon allemand de l’exposition universelle de 1929[85]. En 2002, la Mies Van der Rohe Society est créée à Chicago et a pour préserver l'intégrité architecturale des bâtiments conçus par Ludwig Mies van der Rohe à l'Illinois Institute of Technology[86].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. En 1921, il accole au nom de son père (Mies) celui de jeune fille de sa mère (Rohe) en les reliant par un « van der » artistique.
  2. La guerre ne permettra pas de construire le projet retenu
  3. La Farnsworth House fait l’objet d’un procès entre l’architecte et Edith Farnsworth en 1953.
  4. Expression probablement énoncée par son ancien patron, l’architecte Peter Behrens.
  5. The clearest structure we have done, the best to express our philosophy
  6. Seagram est alors la plus importante entreprise de spiritueux d’Amérique du Nord
  7. Immeuble jamais construit en raison de la Révolution cubaine. Ludwig Mies van der Rohe achève finalement cet immeuble en collaboration avec Félix Candela à Mexico en 1961.
  8. Mies n'est pas l'auteur de cette phrase (devenue une sorte de devise du minimalisme). C'est Robert Browning qui l'a écrite en 1855 dans son recueil de poèmes Hommes et femmes (Men and Women). Il s'agit de la traduction d'un proverbe allemand né quelques décennies plus tôt, Weniger ist mehr (de).

RéférencesModifier

  1. Franz Schulze 1985, p. 10.
  2. Claire Zimmerman 2017, p. 7.
  3. Claire Zimmerman 2017, p. 19.
  4. a et b Odile Benyahia-Kouider, « L'enchanteur de Berlin », sur Télérama.fr, (consulté le 8 octobre 2019)
  5. Jean-Louis Cohen 1996, p. 15.
  6. a et b Charlotte Fiell, Peter Fiell 1999, p. 471-475
  7. Claire Zimmerman 2017, p. 8.
  8. a et b Jean-Louis Cohen 1996, p. 16.
  9. Claire Zimmerman 2017, p. 20-21.
  10. a et b Claire Zimmerman 2017, p. 9.
  11. Franz Schulze 1985, p. 97.
  12. Franz Schulze 1985, p. 104.
  13. a b et c (en) « Ludwig Mies van der Rohe - Bauhaus director, 1930 – 1933 », sur bauhaus100.com (consulté le 13 octobre 2019)
  14. a b et c Claire Zimmerman 2017, p. 10.
  15. Franz Schulze 1985, p. 96.
  16. Claire Zimmerman 2017, p. 23.
  17. Claire Zimmerman 2017, p. 25.
  18. Claire Zimmerman 2017, p. 27.
  19. Livia Plehwe, « G-Material zur elementaren Gestaltung », sur journals.openedition.org, Trajectoires, (consulté le 17 octobre 2019).
  20. Claire Zimmerman 2017, p. 28.
  21. Claire Zimmerman 2017, p. 11.
  22. (en + de + fr) Charlotte Fiell et Peter Fiell, 1000 chairs, Taschen, , 624 p. (ISBN 3822836443), p. 112.
  23. (en) Jurjen Zeinstra, « Glasraum StuttgartLilly Reich and Ludwig Mies van der Rohe », sur dash-journal.com (consulté le 17 octobre 2019).
  24. a et b Claire Zimmerman 2017, p. 39.
  25. Franz Schulze 2012, p. 119.
  26. (en + de + fr) Charlotte Fiell et Peter Fiell, 1000 chairs, Taschen, , 624 p. (ISBN 3822836443), p. 114.
  27. Claire Zimmerman 2017, p. 45.
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  30. a et b Charlotte Fiell et Peter Fiell 2012, p. 473.
  31. Magdalena Droste 2006, p. 82.
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  33. Charles Jencks, Mouvements modernes en architecture, vol. 5, Editions Mardaga, coll. « Architecture + recherches », , 551 p. (ISBN 9782870090732), p. 124-128.
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AnnexesModifier

BibliographieModifier

CentréeModifier

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  • Phyllis Lambert, Mies Van der Rohe : l'art difficile d’être Simple, Montréal, Centre canadien d'architecture, .
  • Giovanni Leoni, Ludwig Mies Van der Rohe, Arles, Actes Sud, .
  • Fritz Neumeyer, Mies Van der Rohe : réflexions sur l’art de bâtir, Paris, Le Moniteur, .
  • (en) Franz Schulze, Mies van der Rohe : A Critical Biography, University of Chicago Press, , 355 p. (ISBN 9780226740607).
  • (en) Franz Schulze, Mies van der Rohe : A Critical Biography, New and Revised Edition, University of Chicago Press, , 493 p. (ISBN 9780226756004).
  • (en) Claire Zimmerman, Mies van der Rohe : 1886-1969 - The Structure of Space, Taschen, coll. « Basic Art », , 96 p. (ISBN 978-3-8365-6042-9).

GénéralisteModifier

  • Magdalena Droste (trad. Sara D. Claudel), Bauhaus : 1919-1933 - réforme et avant-garde, Hong Kong, Cologne, Paris, Taschen, coll. « Petite collection », , 96 p. (ISBN 978-3-8365-6013-9).
  • (en) Charlotte Fiell, Peter Fiell, Design of the 20th Century, Cologne, Taschen, (ISBN 3-8228-5873-0).
  • Michael Siebenbrodt et Lutz Schöbe, Bauhaus, Parkstone International, , 256 p. (ISBN 9781780428710)
  • Knoll International France, catalogue de l'exposition Ludwig Mies van des Rohe à Paris en mai 1970.

Article connexeModifier

Liens externesModifier

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