Lucien Cuénot

Lucien Cuénot (Lucien Claude Marie Julien Cuénot), né le à Paris 17e et mort le à Nancy[1], est un biologiste, généticien français et théoricien de l'évolution. En France, il est pionnier dans cette discipline et à pouvoir rivaliser avec les fondateurs du courant néo-darwinisme qui prédominait dans les pays anglo-saxons.

Lucien Cuénot
Image dans Infobox.
Lucien Cuénot en 1921.
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Lucien Claude Jules CuénotVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Conjoint
Geneviève de Maupassant (1881-1947)
Enfants
Alain Cuénot (d)
Claude Cuénot (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Membre de
Distinction

BiographieModifier

Ses recherches sont rattachées à la naissance de la génétique en France associée à une hostilité de la communauté scientifique qui privilégiait essentiellement le courant lamarckiste. Ses travaux sont confrontés à une forte réticence de la part de chercheurs qui l'accusent d'être un "finaliste chrétien". La tradition humaniste et catholique française rejetait pleinement le darwinisme et les idées libérales à tendances eugéniques dans les pays anglo-saxons. Par la suite, le courant laïc et républicain ont permis la reconnaissance de ses travaux[2],[3].

ÉtudesModifier

Fils d'un employé de la poste, il grandit à Paris et obtient une bourse pour poursuivre sa scolarité ayant un vif intérêt pour les sciences naturelles[4].

Durant ses études supérieures, il suit les cours de Félix-Joseph-Henri de Lacaze-Duthiers à la Sorbonne. En 1887, il soutint sa thèse sur l'anatomie des Astérides[5]. Par la suite, il fut nommé préparateur à la faculté des sciences de Paris. Puis, il devint maître de conférences à Nancy en 1890 et professeur en zoologie en 1898, poste qu’il conserva jusqu’à sa retraite en 1937[6].

Un théoricien de l'évolutionModifier

En 1894, Lucien Cuénot est pionnier en France en affirmant l'impossibilité de la transmission des caractères acquis (doctrine de Jean-Baptiste de Lamarck et de la pangenèse de Charles Darwin), tout en adhérant à la théorie de l'évolution formulée par Lamarck et reprise par Darwin (les êtres vivants dérivent les uns des autres par petites variations fortuites continues passées au crible de la sélection naturelle après avoir été transmises par d'hypothétiques gemmules) mais aussi à la théorie de August Weismann (1834-1914) (1883), qui postulait en plus l'existence d'un support matériel de l'hérédité [pas clair]. La redécouverte des lois de Mendel chez les végétaux en 1901 imposa l’idée que des particules matérielles indépendantes et juxtaposées (appelées plus tard gènes) se transmettaient, selon des lois statistiques immuables, de génération en génération. La France est à cette époque, du fait de sa tradition lamarckiste scientifique et sociale, bien loin d’accepter une telle idée. En 1902 pourtant, Lucien Cuénot retrouva ces lois chez l’animal en utilisant des lignées de souris[7].

Entre 1901 et 1909, Lucien Cuénot élabore la théorie de la préadaptation, lors de ses observations de faune cavernicole en Lorraine. La théorie de Lucien Cuénot postule qu'une place vide est investie par une faune avoisinante, par hasard préadaptée à l’endroit : tout se passe comme si certaines espèces possédaient déjà, dans un milieu voisin, le potentiel génétique capable d’exprimer la morphologie, la physiologie et le comportement ad hoc[8].

En 1905, il découvre le premier cas de gène létal chez l’animal. En 1907, il découvre le premier phénomène d’épistasie où plusieurs gènes situés à des endroits différents du chromosome interviennent dans la même voie biochimique, et, en 1908, le premier cas de pléiotropie où certains gènes peuvent agir sur plusieurs caractères en apparence indépendants.

Entre 1908 et 1912, il démontre l’origine héréditaire de certains cas de cancer. En collaboration avec le professeur Philibert Guinier (1876-1962) écrivit, en 1912, des articles prémonitoires entrevoyant ce que les lois de l’hérédité et la sélection pourraient apporter à la gestion des peuplements forestiers. En outre, dès 1903, Lucien Cuénot proposa une interaction possible entre mnémon (gène), diastase (enzyme) et pigments ce qui, dans le contexte français de l'époque, était une prouesse.

En 1925, Lucien Cuénot écrit L'adaptation, ouvrage dans lequel il distingue trois types d'adaptations successives. Il considère aussi l'adaptation statistique ou adaptation physiologique et éthologique qui se traduit par une convergence des formes. Enfin, il met en évidence les limites de l'adaptation.

Il fut membre de l'Académie de Stanislas[9] et de la Société des sciences de Nancy[10].

DécorationsModifier

  Commandeur de la Légion d'honneur (décret du 18 octobre 1948)

OuvragesModifier

Liste partielle des publications scientifiquesModifier

  • Contribution à l'étude anatomique des Astérides, thèse de doctorat ès sciences naturelles à la faculté des sciences de Paris, 1887
  • « Présentation d'une poule à plumage de coq », Bulletin des séances de la Société des Sciences de Nancy et de la Réunion Biologique de Nancy série II, tome I, fascicule III, Société des sciences de Nancy, Nancy, 1900, p. 132
  • « Le peuplement des places vides dans la nature et l'origine des adaptations », Rev. gén. Sc., 1909
  • « Théorie de la préadaptation », Scientia VIII, 1914
  • « L'origine des espèces et le mutationnisme », Revue suisse de zoologie, tome 36, no 5, Société zoologie suisse, Genève, 1929, p. 161-167
  • La Loi en biologie, Paris, Alcan, 1934
  • « Présentation d'une carte de géographie zoologique de la France », Bulletin de la Société des sciences de Nancy Nlle série, no 2, Société des sciences de Nancy, Nancy, 1937, p. 41-44
  • « L'adaptation chez les animaux », Bulletin de la Société des sciences de Nancy Nlle série, no 9, Société des sciences de Nancy, Nancy, 1937, p. 268-282
  • « Présentation d'un arbre généalogique du Règne animal », Bulletin de la Société des sciences de Nancy Nlle série, tome III, no 4-5, Société des sciences de Nancy, Nancy, 1938, p. 110-115
  • Invention et finalité en biologie, Paris, Flammarion, 1941
  • (avec Jean Rostand), Introduction à la génétique, Paris, Centre de documentation universitaire, 1936
  • (avec L. Mercier) :
    • « Sur quelques espèces reliques de la faune de Lorraine. La vie épigée de Niphargus aquilex », Bulletin de la Société zoologique de France, tome XXXIX, Société zoologique de France, Paris, 1914, p. 83
    • « Remarques sur la présence de Niphargus aquilex dans les différentes sources des environs de Nancy », Bulletin de la Société zoologique de France, tome XLVI, Société zoologique de France, Paris, 1921, p. 34

Notes et référencesModifier

  1. « Archives de l’état civil de Paris en ligne, mairie du 17e arrondissement, année 1866, acte de naissance no 2283 (voir page 30), avec mention marginale du mariage et du décès », sur Archives de Paris (consulté le )
  2. Annette Lexa-Chomard, « Lucien Cuénot (1866-1951)-La biologie, enjeu idéologique et source d’inspiration philosophique », Inist,‎ (lire en ligne)
  3. Annette Lexa-Chomard, « L'injuste purgatoire de Lucien Cuénot », sur Pourlascience.fr (consulté le )
  4. Robert Courrier, « Notice sur la vie et les travaux de Lucien Cuénot », Institut de France-Académie des Sciences,‎ (lire en ligne)
  5. « LUCIEN CUÉNOT (1866-1951) », sur www.professeurs-medecine-nancy.fr (consulté le )
  6. Stéphane Schmitt, « Lucien Cuénot et la théorie de l’évolution : un itinéraire hors norme », La revue pour l’histoire du CNRS, no 7,‎ (ISSN 1298-9800, DOI 10.4000/histoire-cnrs.535, lire en ligne, consulté le )
  7. Nathaniel Herzberg, La souris, reine contestée des labos dans Le Monde du 18 février 2015, Suppl. Sciences et Médecine, p. 4
  8. Encyclopædia Universalis, « LUCIEN CUÉNOT », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  9. (fr) « CUÉNOT Lucien Claude Jules Marie », sur le site du Comité des travaux historiques et scientifiques (CTHS) (consulté le )
  10. (fr) Maubeuge, P.-L. (1961) - « Historique de la Société des Sciences de Nancy et de la Société Lorraine des Sciences », Bulletin de la Société lorraine des sciences, tome I no 1 [PDF], Nancy, p. 43
  11. Josserand (1952) - « Bibliographie. Lucien Cuénot avec la collaboration d'Andrée Tétry. L'évolution biologique. 1 vol., 592 p., 197 fig., Paris 1951, chez Masson », sur Société linnéenne de Lyon (consulté le ), Bulletin mensuel de la Société linnéenne de Lyon tome 21 fasc. 1, Société linnéenne de Lyon, Lyon, p. 24

SourcesModifier

  • Chomard-Lexa (Annette), Lucien Cuénot, l'intuition naturaliste, Paris, L'Harmattan, 2004. Préface de Jean Gayon (ISBN 2-7475-6153-4).
  • Chomard-Lexa (Annette), L'injuste purgatoire de Lucien Cuénot, Les Génies de la Science, revue trimestriel de Pour la science, n°24, août-septembre : 12-17.
  • Buican (Denis), "Lucien Cuénot et la redécouverte de la génétique", Pour la science, 45,  : 21-29.
  • Buican (Denis), "Le mendélisme en France et l'œuvre de Lucien Cuénot", Scientia, CXVII, 1-4, 1982 : 105-117.
  • Chomar-Lexa (Annette), "Lettre à Lucien Cuénot, Sur la vie, l'évolution, la quête de vérité, Gérard Louis Éditeur, .
  • Diligent (Marie-Bernard), "Lucien Cuénot (1866-1951) par Andrée Tétry (1907-1992), Histoire d'un ouvrage inédit", Mémoires de l'académie nationale de Metz, 2002 : 75-130 PDF
  • Grimoult (Cédric), "L'évolution théorique d'un évolutionniste: Lucien Cuénot", Ludus Vitalis. Revista de Filosofia de la ciencias de la vida (Mexico), IX, 16, 2002 : 3-25. (ISSN 1133-5165).
  • (en) Limoges (Camille), "Natural selection, phagocytosis, and preadaptation : Lucien Cuénot, 1886-1901", Journal of the history of medicine and allied sciences, 31, 1976: 176-214. DOI:10.1093/jhmas/XXXI.2.176

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier