Luc Montagnier

virologue français, prix Nobel de médecine

Luc Montagnier, né le à Chabris (Indre), est un biologiste virologue français. Entré au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 1960, dont il deviendra plus tard directeur émérite de recherche, il a été professeur à l’Institut Pasteur, où il a dirigé l’unité d’oncologie virale de 1972 à 2000, professeur et directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire au Queens College de l'université de la ville New York, avant de prendre la direction d'un institut de recherche à l'Université Jiao-tong de Shanghai. Il est membre de plusieurs Académies des sciences et de médecine.

Luc Montagnier
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Luc Montagnier en 2008.
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Président
Fondation mondiale prévention et recherche SIDA (d)
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Luc Antoine MontagnierVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Luc Antoine Montagnier
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Distinctions

Avec Françoise Barré-Sinoussi et Harald zur Hausen, il reçoit le Prix Nobel de physiologie ou médecine de 2008, pour la découverte, en 1983, du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) responsable du syndrome d'immunodéficience acquise (sida). Son rôle dans la découverte de ce rétrovirus est cependant discuté.

Depuis la fin des années 2000, il multiplie les prises de positions sans rapport avec les connaissances en biologie et en médecine et dépourvues de tout fondement scientifique. Il défend notamment les théories de la « mémoire de l'eau » de Jacques Benveniste, de la téléportation de l'ADN et prend position contre les vaccins. Les sceptiques disent qu'il est atteint de la « maladie du Nobel » (qui consiste, pour un prix Nobel à se mettre à travailler sur des sujets dans lesquels il n'a aucune compétence ou bien sur des théories pseudo-scientifiques). Ces prises de position l'ont amené à être marginalisé par la communauté scientifique.

BiographieModifier

Luc Montagnier est issu d'une famille du Berry, fils unique d'un père expert-comptable et d'une mère au foyer[2].

À Paris, à 23 ans, il est assistant à la faculté des sciences de Paris. Il se perfectionne dans les méthodes de culture de cellules humaines en conditions stériles. En 1957, la première description d'un ARN viral (celui du virus de la mosaïque du tabac) par Fraenkel-Conrat (en), Gierer (de) et Schramm (de) détermine sa vocation : devenir un virologue grâce à l'approche moderne de la biologie moléculaire.

En 1960, il entre au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), puis effectue des stages en Grande-Bretagne, dans des laboratoires de virologie. En 1963, à Carshalton, dans le laboratoire de F. K. Sanders, il découvre la forme réplicative des virus à ARN, en isolant une molécule infectieuse en double hélice d'ARN analogue à celle de l'ADN dans le virus murin encephalomyocarditis (en)[3]. C'est la première fois que l'on démontre qu'un ARN peut se répliquer comme l'ADN, en produisant un brin complémentaire. Il travaille ensuite à Glasgow où il montre que, chez le virus oncogène Polyomavirus, l'ADN nu seul comporte le pouvoir oncogène.

De retour en France, à l'Institut Curie, en collaboration avec Philippe Vigier, il étudie la réplication et la structure de l'ARN d'un rétrovirus, le virus du sarcome de Rous. Il démontre que ce rétrovirus intègre son patrimoine génétique dans l'ADN des cellules infectées[réf. nécessaire].

En 1972, à l'invitation de Jacques Monod, il crée l'unité d'oncologie virale dans le nouveau département de virologie de l'Institut Pasteur. Ses recherches vont alors porter en partie sur l'interféron et sur son rôle dans l'expression génétique des virus. En 1982, il découvre une nouvelle activité enzymatique associée aux mitochondries des cellules cancéreuses.

En 1975, il est rejoint par Jean-Claude Chermann et sa collaboratrice, Françoise Barré-Sinoussi, spécialisés dans la recherche de transcriptase inverse, qui s’attellent à chercher des rétrovirus infectant des humains.

Découverte du VIHModifier

En 1983, c'est la découverte avec ses collaborateurs Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi d'un nouveau rétrovirus humain, le Lymphadenopathy Associated Virus (LAV), maintenant reconnu comme le virus agent causal du sida. L'équipe qu'anime Luc Montagnier dès le début de cette découverte s'attache, dans des conditions difficiles, à caractériser ce nouveau virus et à démontrer son rôle dans le sida, notamment par l'étude de ses propriétés biologiques et la mise au point d'un test de diagnostic sérologique.

En 1986, le groupe de Luc Montagnier découvre un second virus associé au sida en Afrique de l'Ouest[4], mais très différent du premier par ses séquences moléculaires.

Luc Montagnier est le premier chef du nouveau département « Sida et rétrovirus » de l'Institut Pasteur, à Paris, qu'il dirige de 1991 à 1997[5].

Par ailleurs, Luc Montagnier et ses collaborateurs démontrent que des mycoplasmes augmentent considérablement l'effet cytopathogène du virus. Cette observation est le point de départ d'une recherche encore en cours sur le rôle des cofacteurs infectieux dans la virulence et l'effet pathogène du virus, recherche pouvant conduire à de nouvelles approches thérapeutiques et vaccinales.

En 1993, il crée la Fondation mondiale prévention et recherche sida (FMPRS), sous l'égide de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), dont le but est de créer des centres de recherche en Afrique[6]. En 1997, alors âgé de 65 ans, il peut continuer à travailler comme chercheur émérite, mais la loi lui interdit de diriger un laboratoire de recherche en France[7]. C'est pour cette raison qu'à partir de cette année et jusqu'en 2001, il est professeur et directeur du Centre de biologie moléculaire et cellulaire au Queens College de l'université de la ville New York[8],[9].

Avec son collègue italien Vittorio Colizzi, Luc Montagnier participe à plusieurs conférences, notamment en Afrique, pour lutter contre la propagation du VIH[réf. nécessaire].

Fin de carrièreModifier

En 2010, Luc Montagnier annonce qu'il fuit le « climat de terreur intellectuelle » en France pour prendre la direction d'un nouvel institut de recherche en Chine à l'Université Jiao-tong de Shanghai, afin de poursuivre ses recherches sur la formation dans l'eau de « nanostructures » induites par l'ADN[10],[11].

En 2012, alors que Montagnier est pressenti pour présider un laboratoire de recherches au Cameroun, 44 autres prix Nobel signent une lettre au président du pays pour dénoncer « [les solutions de Montagnier] qui n’ont aucun début de preuves scientifiques » et le prévenir d'« un impact désastreux sur la qualité du système de santé au Cameroun »[12]. En , lors d'une conférence aux côtés d'Henri Joyeux, ancien médecin polémique, anti-vaccins, et aux théories elles aussi controversées, Montagnier signe, selon Le Figaro, « son arrêt de mort scientifique, après un lent naufrage » : en quelques semaines, plus d'une centaine de scientifiques condamnent dans une pétition ses propos irresponsables sur des risques qu'il allègue aux vaccins[13].

Marginal selon certains, il finit par faire l'objet de vives critiques et même d'être accusé de charlatanisme à partir des années 2000. Il affirme en effet que l'ADN émettrait spontanément des ondes électromagnétiques quand il est fortement dilué dans l'eau, ce qui permettrait une « téléportation de l'ADN ». Selon lui, le traitement des personnes autistes pourrait se faire à l'aide d'antibiotiques, puisque l'autisme, selon lui, serait dû en partie à des infections bactériennes, mais aussi le traitement du sida au Cameroun par l'alimentation et l'homéopathie. Ses affirmations polémiques sont notamment basées sur les théories de la « mémoire de l'eau » de Jacques Benveniste[14],[15],[16],[17],[18],[19].

Les sceptiques disent qu'il est atteint de la « maladie du Nobel » (qui consiste, pour un prix Nobel à se mettre à travailler sur des sujets dans lesquels il n'a aucune compétence ou bien sur des théories pseudo-scientifiques)[20],[21],[22].

Recherches et déclarations controverséesModifier

Téléportation de l'ADN et « applications » polémiquesModifier

Dans deux publications datant de 2009[23],[24] dans une revue dont il préside le comité éditorial[25], Montagnier et son équipe décrivent une propriété inédite de l'ADN d'agents infectieux, les bactéries dans un cas et le VIH dans l'autre : l'ADN induirait des nanostructures dans l'eau émettant des ondes électromagnétiques de basse fréquence après filtration, agitation et dilution.

À partir de ses expériences, Montagnier émet l'hypothèse que des bactéries seraient impliquées dans l'autisme et d'autres maladies chroniques, qu'il pourrait détecter avec sa méthode[26]. Présentées lors d'une intervention en 2012 à l’Académie nationale de médecine, ses déclarations font de nouveau scandale[27].

En 2015, l'équipe de Montagnier annonce avoir enregistré les signaux électromagnétiques que l'ADN émettrait, et avoir pu les envoyer par mail à un laboratoire italien qui s'en serait servi pour reconstituer à l'identique l'ADN « enregistré » dans un tube d'eau pure ainsi « informée »[28]. Cette expérience a valu au professeur d'être la « risée » du monde scientifique, qui a simplement ignoré ces résultats considérés comme « absolument invraisemblables »[29],[30].

Luc Montagnier indique se rapprocher des recherches et des thèses du docteur Jacques Benveniste. En , dans une interview à la revue Science, il déclare : « On me dit que certains ont reproduit avec succès les expériences de Benveniste, mais qu'ils ont peur de les publier à cause de la terreur intellectuelle de la part de ceux qui ne les comprennent pas »[31]. Ces théories sont considérées comme étant le résultat de fraudes scientifiques ou d'artefacts expérimentaux[réf. souhaitée].

SIDAModifier

Dans le documentaire The House of Numbers de 2009 niant la relation de causalité du VIH envers le sida, Luc Montagnier a déclaré qu'avec un bon système immunitaire, épaulé d'une bonne nutrition antioxydante, l'organisme se défend mieux contre les attaques virales [32] et que l'on peut « être exposé au VIH plusieurs fois sans être infecté de manière chronique », si l'on a un « bon » système immunitaire :

« Je crois que c’est l’une des façons d’aborder le problème pour diminuer le taux de transmission. Je crois qu’on peut être exposé au VIH plusieurs fois sans être infecté de manière chronique. Si vous avez un bon système immunitaire, il se débarrassera du virus en quelques semaines. Et c’est cela aussi le problème des Africains : leur nourriture n’est pas très équilibrée, ils sont dans un stress oxydatif, même s’ils ne sont pas infectés par le VIH. À la base, leur système immunitaire ne fonctionne pas bien, et donc peut permettre au virus de rentrer dans l’organisme et d’y rester. »

En 2010, à l'âge de 78 ans, il est recruté dans le cadre de son projet par l'Université Jiao-tong de Shanghai, en Chine[33].

Papaye fermentéeModifier

En 2002, Luc Montagnier propose au pape Jean-Paul II de guérir sa maladie de Parkinson à l'aide de gélules à base de papaye fermentée, dont l'effet antioxydant protégerait du vieillissement[34]. Il déclare, évoquant des essais non publiés : « On a essayé sur des patients atteints de sida, en Afrique, qui étaient sous trithérapie. Avec la papaye, leur système immunitaire se rétablissait beaucoup mieux », et que le traitement permettrait aussi de lutter contre l'alcoolisme. À l'occasion de la publicité offerte par ce chercheur, les pharmacies françaises se mettent à vendre différentes préparations à base de ce fruit fermenté[35]. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) est saisie en 2004 et rend un avis concluant qu'aucune démonstration de l'implication de la préparation de papaye fermentée n'est apportée et que toutes les vertus prétendues sont avancées sans preuves scientifiques et simplement diluées dans des considérations biologiques générales sur le système anti-oxydant, le vieillissement ou le système immunitaire[36].

Maladie de LymeModifier

En 2016, Luc Montagnier, qui croit à une forme chronique de la maladie de Lyme[37], propose une approche pour le moins inédite — décriée et considérée comme insensée par la majorité du corps médical —[38] qui permettrait de diagnostiquer cette maladie là où d'autres tests, plus traditionnels et d'ordinaire couramment pratiqués, auraient précédemment échoué à détecter la présence de bactéries borrélies reconnues comme étant les principaux vecteurs de transmission, s'effectuant généralement par le biais de morsures de tiques infectées. Le professeur Daniel Christmann, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Strasbourg, réfute la pertinence d'une telle méthode qui consisterait à « capt[er] des ondes électromagnétiques émises par l'échantillon de sang étudié[39] ». Certains médecins prescrivaient à leurs patients de faire réaliser ce test en adressant leurs échantillons à feu la société Nanectis — créée en 2006[40], puis fermée en 2018 « à cause de charges salariales trop lourdes et de manque de capitaux[41] » — gérée, à l'époque, par Luc Montagnier[40],[41]. Les analyses auraient alors coûté à chaque patient entre 300 et 400 , à régler sous la forme d'un « don libre », c'est-à-dire en partie déductible des impôts[42].

VaccinsModifier

Le , il participe avec Henri Joyeux à une conférence de presse où il déclare être d'accord avec plusieurs arguments des anti-vaccins qui sont réfutés par la communauté médicale[43],[44],[45] :

  • les vaccins seraient responsables de morts subites du nourrisson et Montagnier déclare avoir « un dossier judiciaire américain concernant un bébé mort aux États-Unis après avoir été vacciné » ;
  • les adjuvants à base de sel d'aluminium seraient « responsables d’une tempête immunitaire chez le nourrisson » ;
  • le « paracétamol, que l'on donne aux nourrissons quand ils ont une réaction au vaccin, c’est du poison ».

Une centaine d'académiciens des sciences et de médecine co-signent une tribune à la suite de cet événement, qui considèrent que Montagnier « utilise son prix Nobel pour diffuser, hors du champ de ses compétences, des messages dangereux pour la santé, au mépris de l’éthique qui doit présider à la science et à la médecine ». Selon la Revue médicale suisse, le professeur — « séduit par l'irrationnel » — est « renié par l'Institut Pasteur, dont il est toujours professeur émérite, et dénoncé par l’Académie nationale de médecine, dont il est toujours membre sans jamais plus y mettre les pieds »[22].

Pour Le Figaro, Montagnier « signe son arrêt de mort scientifique », après un « lent naufrage » depuis ses déclarations sur la mémoire de l'eau, ou celles sur les Africains et le VIH[13]. La presse publie des articles où les arguments de Montagnier sont réfutés un par un[45],[46],[47]. Par exemple, Montagnier déclare : « Certains enfants décèdent 24 heures après avoir été vaccinés. On a quand même le droit de s’interroger sur cette corrélation temporelle. C’est juste du bon sens. » Robert Cohen, professeur de pédiatrie à l’hôpital de Créteil, répond qu'il est simple d'expliquer cette corrélation temporelle : les premiers mois de la vie du bébé sont à la fois ceux où la mort subite est la plus fréquente, et ceux où on les vaccine. Il est donc naturel que, statistiquement, certaines morts subites aient lieu quelques jours après la vaccination[45]. Le magazine en ligne Slate.fr affirme qu'une étude anglaise de grande ampleur a été menée entre 1993 et 1996, dont la conclusion est celle-ci : « Plus d’un tiers des morts subites inexpliquées sont survenues entre 2 et 4 mois, âges des vaccinations. Pour qu’il s’agisse plus que d’une coïncidence, il faudrait que la couverture vaccinale soit supérieure chez les enfants morts que chez les contrôles. Or, c’est le contraire qui a été constaté. »[47].

Sciences et Avenir fait remarquer « en raisonnant par l'absurde, il est aussi possible de remarquer une corrélation temporelle entre les couches, les petits pots, et la mort subite du nourrisson. »[46].

Luc Montagnier persiste néanmoins dans la relation temporelle, même s'il indique qu'on ne peut pas démontrer de causalité entre les vaccins et la mort subite du nourrisson : « On ne peut pas démontrer une causalité, mais il y a une relation temporelle »[44].

Coronavirus SARS-CoV-2Modifier

En , Luc Montagnier émet l'hypothèse que le coronavirus 2 du syndrome respiratoire aigu sévère à l'origine de la pandémie de Covid-19, est « sorti d’un laboratoire chinois avec de l’ADN de VIH ». Selon lui une séquence du virus de l'immunodéficience humaine aurait été introduite dans le génome du coronavirus pour tenter de faire un vaccin[48].

Cette thèse est réfutée par la communauté scientifique[49],[50] ; les séquences « sont de tout petits éléments que l’on retrouve dans d’autres virus de la même famille, d’autres coronavirus dans la nature. Ce sont des morceaux du génome qui ressemblent en fait à plein de séquences dans le matériel génétique de bactéries, de virus et de plantes », précise notamment le virologue Étienne Simon-Lorière[51],[52],[N 1] de l'Institut Pasteur[54].

Selon une analyse publiée, le 17 mars 2020, dans la revue Nature Medicine, par un groupe de chercheurs de cinq universités différentes (Columbia, Scripps, Edimbourg, Sydney et Nouvelle-Orléans), le SARS-CoV-2 ne serait pas une construction de laboratoire ni un virus délibérément manipulé : « bien que les preuves montrent que le SARS-CoV-2 n'est pas un virus délibérément manipulé, il est actuellement impossible de prouver ou de réfuter [d'autres théories]. Cependant, puisque nous avons observé toutes les caractéristiques notables du SARS-CoV-2, […] dans les coronavirus apparentés dans la nature, nous ne pensons pas qu'un type de scénario en laboratoire soit plausible[55] ».

Selon le journal Le Monde, « tous les indices convergent vers une origine naturelle du nouveau coronavirus » et « Aucun emprunt génétique suspect – notamment au virus du VIH comme certaines théories complotistes, relayées entre autres par le professeur Luc Montagnier, le suggèrent – ne permet de dire qu’il y aurait eu intervention humaine. »[56].

Attribution du NobelModifier

 
Virus HIV fixé sur un lymphocyte vu en microscopie électronique (fausses couleurs, le VIH est en vert).

En janvier 1983, Willy Rozenbaum, un infectiologue travaillant à l’hôpital de la Pitié-Salpétrière, prélève pour Jean-Claude Chermann un ganglion cervical chez « Bru », un jeune homosexuel de trente-trois ans qui présente des adénopathies suspectes depuis un mois, après avoir séjourné à New York en 1979 et y avoir eu de nombreux partenaires sexuels ; il meurt du sida en 1988.

Les lymphocytes du prélèvement sont mis en culture le jour même à l’Institut Pasteur par l'équipe de Luc Montagnier (l'équipe de Jean-Claude Chermann travaillant avec des rétrovirus contrairement au Dr Montagnier, pour éviter les risques de contamination) en présence d’interleukine 2 (qui stimule la culture des lymphocytes T) et de sérum anti-interféron (qui assure une bonne production de virus par les cellules). Après 15 jours de culture, Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi détectent une faible activité transcriptase inverse. Cette enzyme est produite par les rétrovirus pour intégrer spécifiquement l'ADN de sa cible. Cette activité enzymatique persiste jusqu’au , puis disparaît avec la destruction des lymphocytes. Jean-Claude Chermann verse le liquide de la première culture sur une nouvelle culture de lymphocytes, provenant d’un second donneur de sang. L’activité enzymatique réapparait avec ces lymphocytes, traduisant la reprise d'une activité virale du VIH. Ils concluent donc bien à un rétrovirus, mais celui-ci est différent des rétrovirus connus. En effet, le HTLV-1 ne détruit pas les cellules infectées. Et les anticorps anti-HTLV-1 fournis par Robert Gallo, le découvreur du rétrovirus, ne reconnaissent pas le nouveau virus.

Le , le virus est vu au microscope électronique à la surface des lymphocytes par Charles Dauguet, à l’Institut Pasteur ; entouré d’une enveloppe, il ressemble davantage à un lentivirus qu’à un HTLV-1. Il est appelé LAV, pour Lymphadenopathy-Associated Virus, après avoir été isolé chez d’autres patients atteints d’un sida avéré et que son tropisme pour les lymphocytes CD4 a été démontré.

La découverte est publiée dans le numéro de Science du , à côté d’un autre article de Gallo et Essex impliquant le HTLV-1 (renommé Human T-Leukémia virus) comme cause du sida[57].

En , Jean-Claude Chermann présente les résultats à Long Island, en apportant la preuve de l’existence d’anticorps anti-LAV détectés par un test ELISA mis au point à l’hôpital Bichat-Claude-Bernard. Gallo conteste l’appartenance du LAV au groupe des rétrovirus, rapporte la présence du HTLV-1 ou d’anticorps anti-HTLV-1 chez des patients atteints du sida, et présente pour la première fois le virus HTLV-III (Human T-Lymphotropic Virus). C’est le début de la controverse.

À partir du HTVL-III isolé par culture entre le et janvier 1984, l’équipe de Gallo met au point un test sérologique positif chez 88 % des malades du sida. Cette souche n'est pas comparée au LAV, mais, en fait, il s’agit du même virus, appelé LAV/HTLV-III puis HIV (Human Immunodeficiency Virus) par une commission de nomenclature en 1986.

Le séquençage du génome de ce virus à ARN, réalisé dès 1984 à l’Institut Pasteur, montre qu’il est très variable en raison des erreurs commises par la transcriptase inverse lors de la réplication, or la souche du LAV isolée par Jean-Claude Chermann et celle du HTLV-III de Robert Gallo sont pratiquement identiques. Jean-Claude Chermann a envoyé son virus à Robert Gallo (à la demande expresse de Mikulas Popovic, collaborateur de ce dernier) dès le . Robert Gallo n’admettra jamais avoir triché, mais la polémique se terminera par un compromis relatif au partage des droits sur la mise au point du test sérologique de dépistage[58].

Luc Montagnier entre alors en jeu en tant que directeur de Jean-Claude Chermann pour défendre la découverte de l'Institut Pasteur. À l'époque, son équipe ne travaille pas sur les rétrovirus : c'est donc par son rôle de responsable administratif de Jean-Claude Chermann qu'il se retrouve lié à la découverte. Le conflit entre Luc Montagnier et Robert Gallo pourrait alors se solder par un accord stipulant que l'équipe américaine est co-découvreuse du virus. Mais Jean-Claude Chermann refuse de signer l'accord. Un an plus tard, forcé par Luc Montagnier, il signe et démissionne de l'Institut Pasteur. Luc Montagnier reprend alors les travaux de Jean-Claude Chermann.

La paternité unique des pasteuriens dans la découverte du virus sera ensuite définitive – bien que les travaux de Robert Gallo aient été essentiels pour la connaissance du virus – et confirmée par l'attribution du Prix Nobel de physiologie ou médecine le à Françoise Barré-Sinoussi et Luc Montagnier, décision qui exclura le groupe de Robert Gallo de la découverte[59].

Si Luc Montagnier se présente comme le découvreur du virus, son équipe, en revanche, ne travaillait pas sur les rétrovirus en 1983. Pour corriger ce qui peut alors paraître comme une injustice, le président Nicolas Sarkozy promet de financer les travaux que Jean-Claude Chermann a poursuivi hors de l'Institut Pasteur[60]. Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi ont regretté de ne pas partager leur prix avec lui, alors qu'il était pourtant l'un des cosignataires de la publication de mai 1983 dans la revue américaine Science, où il rendait compte de la découverte du VIH[61].

Engagements publicsModifier

Dans sa jeunesse, Montagnier est communiste. Membre du Parti communiste français (PCF), pendant la guerre d'Algérie, il est à l'initiative, en 1957, avec Michel Crouzet, d'une pétition nationale au sujet de l'affaire Audin, autrement dit de la disparition de l'universitaire Maurice Audin, arrêté, torturé et exécuté par l'armée française[62]. Il prend part à la création du comité du même nom[63].

Il lance le premier Sidaction aux côtés de Line Renaud en 1994[2].

Se disant agnostique[2], il milite pour que les religions ne refusent pas les apports des sciences.

En 2007, il prend publiquement la défense des infirmières bulgares[2], accusées en Libye d'avoir inoculé le virus du Sida à leurs patients.

En 2008, il est entendu comme témoin, lors du procès de l'affaire de l'hormone de croissance, pour avoir rédigé en 1980 une recommandation sur le danger de transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob[64].

DistinctionsModifier

Il a reçu de nombreux prix scientifiques dans sa carrière et d'honneur de par le monde[65]

Il est récompensé le pour ses travaux sur le virus du sida, dont la « découverte a été essentielle à la compréhension actuelle de la biologie de cette maladie et à son traitement antirétroviral », selon le comité Nobel.

Prix et récompensesModifier

DécorationsModifier

Sociétés savantesModifier

HonneursModifier

Il est directeur de recherche émérite au CNRS[73] et professeur émérite à l'Institut Pasteur.

Il a plusieurs doctorats honoris causa :

PublicationsModifier

  • Luc Montagnier, Des Virus et des hommes, Odile Jacob, , 300 p.
  • Luc Montagnier, Sida et société française, La Documentation française,
  • Luc Montagnier, R.Daudel, Le Sida, Flammarion, coll. « Dominos »,
  • Luc Montagnier, Les Combats de la vie, Jean-Claude Lattès,
  • Luc Montagnier, Michel Niaussat et Philippe Harrouard, Le Nobel et le Moine : dialogues de notre temps, Libra Diffusio,
Sélection d'articles
  • (en) Brule F, Khatissian E, Benani A, Bodeux A, Montagnier L, Piette J, Lauret E, Ravet E., « Inhibition of HIV replication: a powerful antiviral strategy by IFN-beta gene delivery in CD4+ cells. », Biochem Pharmacol, vol. 6, no 74,‎ , p. 898-910
  • (en) Ahuja SK, Aiuti F, Berkhout B, Biberfeld P, Burton DR, Colizzi V, Deeks SG, Desrosiers RC, Dierich MP, Doms RW, Emerman M, Gallo RC, Girard M, Greene WC, Hoxie JA, Hunter E, Klein G, Korber B, Kuritzkes DR, Lederman MM, Malim MH, Marx PA, McCune JM, McMichael A, Miller C, Miller V, Montagnier L, Montefiori DC, Moore JP, Nixon DF, Overbaugh J, Pauza CD, Richman DD, Saag MS, Sattentau Q, Schooley RT, Shattock R, Shaw GM, Stevenson M, Trkola A, Wainberg MA, Weiss RA, Wolinsky S, Zack JA., « A plea for justice for jailed medical workers », Science, vol. 314, no 5801,‎ , p. 924-5
  • (en) Gallo RC, Montagnier L., « The discovery of HIV as the cause of AIDS », N Engl J Med, vol. 24, no 349,‎ , p. 2283-5
  • (en) Montagnier L., « Historical accuracy of HIV isolation », Nature Medicine, vol. 10, no 9,‎ , p. 1235
  • (en) Gallo RC, Montagnier L., « Historical essay. Prospects for the future », Science, vol. 298, no 5599,‎ , p. 1730-1
  • (en) Montagnier L., « Historical essay. A history of HIV discovery », Science, vol. 298, no 5599,‎ , p. 1727-8
  • (en) Salamon R, Marimoutou C, Ekra D, Minga A, Nerrienet E, Huët C, Gourvellec G, Bonard D, Coulibaly I, Combe P, Dabis F, Bondurand A, Montagnier L., « Clinical and biological evolution of HIV-1 seroconverters in Abidjan, Côte d'Ivoire, 1997-2000. », J Acquir Immune Defic Syndr., vol. 2, no 29,‎ , p. 149-57
  • (en) Moureau C, Vidal PL, Bennasser Y, Moynier M, Nicaise Y, Aussillous M, Barthelemy S, Montagnier L, Bahraoui E., « Characterization of humoral and cellular immune responses in mice induced by immunization with HIV-1 Nef regulatory protein encapsulated in poly(DL-lactide-co-glycolide) microparticles », Mol Immunol, vol. 8, no 38,‎ , p. 607-18

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Étienne Simon-Lorière est responsable du laboratoire de « génomique évolutive des virus à ARN » à l'institut Pasteur[53].

RéférencesModifier

  1. Article du magazine Le Point sur Luc Montagnier.
  2. a b c et d Luc Montagnier, un combat pour la vie (2009), film documentaire écrit et réalisé par Valérie Exposito, coproduit par France Télévisions et Scientifilms, 52 min. Le film a été diffusé dans l'émission Empreintes sur France 5.
  3. (en) L. MONTAGNIER et F. K. SANDERS, « Replicative form of Encephalomyocarditis Virus Ribonucleic Acid », Nature, vol. 199, no 4894,‎ , p. 664–667 (ISSN 0028-0836 et 1476-4687, DOI 10.1038/199664a0, lire en ligne, consulté le 18 octobre 2018)
  4. (en) F. Clavel, D. Guetard, F. Brun-Vezinet et S. Chamaret, « Isolation of a new human retrovirus from West African patients with AIDS », Science, vol. 233, no 4761,‎ , p. 343–346 (ISSN 0036-8075 et 1095-9203, PMID 2425430, DOI 10.1126/science.2425430, lire en ligne, consulté le 12 novembre 2017)
  5. « Montagnier Luc (1932-) », sur Universalis (consulté le 25 mai 2020).
  6. « Pourquoi Luc Montagnier reçoit enfin le Nobel de médecine », sur leparisien.fr, (consulté le 25 mai 2020)
  7. Sylvestre Huet, « Le Nobel Luc Montagnier embauché en Chine », sur sciences.blogs.liberation.fr, Libération, (consulté le 24 mai 2020)
  8. BIENVAULT Pierre, « Luc Montagnier cherche de nouveaux horizons », La Croix,‎ (lire en ligne, consulté le 7 juin 2020).
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Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Maxime Schwartz et Jean Castex, La Découverte du virus du sida. La vérité sur « l’affaire Gallo/Montagnier », Paris, Éditions Odile Jacob, , 208 p. (ISBN 978-2-7381-2288-9, lire en ligne)
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Articles connexesModifier

Liens externesModifier