Luc-Normand Tellier

économiste canadien

Luc-Normand Tellier (né le à Montréal, Québec, Canada) est professeur émérite d’économie spatiale de l’Université du Québec à Montréal.

Formation et enseignementModifier

Luc-Normand Tellier a une double formation en économie et en urbanisme. Détenteur d’un baccalauréat en science économique (1968) et d’une maîtrise en urbanisme (1971) de l’université de Montréal, il a aussi obtenu un Master (1971) et un Ph.D. (1973) en science régionale de l’université de Pennsylvanie. Par la suite, il a enseigné à l’Institut d’urbanisme de l’université de Montréal avant de fonder le rassemblement en études urbaines de l’université du Québec à Montréal en 1976, lequel est devenu le Département d’études urbaines et touristiques en 1980. Il a été directeur de ce rassemblement et de ce département pendant treize ans ainsi que du centre « Urbanisation » de l’Institut national de la recherche scientifique de 1981 à 1983. Il a reçu le titre de « professeur émérite » de l’université du Québec à Montréal en 2012.

Les triangles de Fermat et de WeberModifier

En 1971, Tellier a découvert la première solution numérique directe, sans itérations, des problèmes du triangle de Fermat (ou point de Fermat) et du triangle de Weber[1]. Bien avant les contributions de Von Thünen qui datent de 1818, le problème du triangle de Fermat peut être vu comme le point d’origine même de l’économie spatiale. Il a été formulé par Fermat avant 1640. Le problème du triangle de Weber, qui est une généralisation du problème de Fermat, a été formulé pour la première fois par Thomas Simpson en 1750 et il a été popularisé par Alfred Weber en 1909. Le problème du triangle de Fermat consiste à localiser un point D par rapport à trois points A, B et C de façon à minimiser la somme des distances entre D et chacun des trois autres points, tandis que le problème du triangle de Weber consiste à localiser un point D par rapport à trois points A, B et C de façon à minimiser la somme des coûts de transport entre D et chacun des trois autres points.

Dans (Tellier 1985), il formule un tout nouveau problème, le problème d’attraction-répulsion qui constitue une généralisation à la fois des problèmes de Fermat et de Weber. Il résout ce problème pour la première fois dans le cas du triangle et il réinterprète la théorie économique spatiale et, en particulier, la théorie de la rente foncière à la lumière des concepts de forces d’attraction et de répulsion issus du problème d’attraction-répulsion. Le problème d’attraction-répulsion a été à l’origine de plusieurs contributions de mathématiciens, dont celles de Chen, Hansen, Jaumard et Tuy (1992)[2] et de Jalal et Krarup (2003)[3]. De plus, il prélude, selon Ottaviano et Thisse (2005)[4], la Nouvelle économie géographique qui vit le jour au cours des années 1990 et qui valut un « prix Nobel d'économie » à Paul Krugman en 2008. Le problème d’attraction-répulsion consiste, dans sa version simple, à localiser un point D par rapport à trois points A1, A2 et R de façon à annuler les forces d’attraction exercées par A1 et A2, et la force de répulsion exercée par le point R.

Le modèle et la théorie topodynamiquesModifier

En 1989, Tellier a mis à contribution le problème d’attraction-répulsion pour élaborer un tout nouveau type de modèle démo-économique, le modèle topodynamique. Ce modèle non-économétrique conçu dans le contexte d’un espace continu a cette propriété de pouvoir produire des projections démo-économiques dans des régions où les autres modèles démo-économiques peuvent difficilement le faire à cause de la pauvreté des données disponibles. Le modèle topodynamique précède la formulation des premiers modèles de la Nouvelle Économie Géographique.

En 1995, il publie avec Claude Vertefeuille un article introduisant le concept d’inertie topodynamique et lui proposant des bases mathématiques. Cet article soulève un débat qui conduit à raffiner le concept et à consolider grandement ses bases mathématiques, en collaboration avec Martin Pinsonnault. En 1997, il publie un autre article, qui introduit le concept de corridor topodynamique et l’idée d’une nouvelle section de la science économique destinée à compléter la micro-économie, la méso-économie et la macro-économie, à savoir l’anoéconomie, qui doit étudier les phénomènes spatio-économiques observés à une échelle supérieure à celle des États (c’est-à-dire à celle de la macro-économie) dans une optique de très longue période (« ano », en grec ancien, signifie « en remontant dans le temps et dans l’espace » ; voir l’étymologie d’ « anode »).

En 2005 (en français) et en 2009 (en anglais), il publie un livre qui interprète l’histoire urbaine du monde à la lumière de la théorie topodynamique qu’il a élaborée au cours des années[5].

En mettant à contribution les concepts de forces d'attraction et de répulsion ainsi que l'analyse des champs vectoriels, il élabore un système métrique urbain permettant de délimiter mathématiquement les frontières des aires urbaines (villes centrales, agglomérations, régions métropolitaines, mégalopoles, etc) uniquement à partir de la distribution spatiale des populations et des emplois[6].

Rapprochement des pays de l'ArctiqueModifier

Dans son premier livre (Tellier 1977), Tellier a proposé un rapprochement entre le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Suède et, éventuellement, un Québec indépendant. Il a lancé cette idée dix-neuf ans avant la Déclaration d'Ottawa de 1996 et la création du Conseil de l'Arctique, qui réunit ces pays ainsi que la Russie et les États-Unis[7].

Recherches historiquesModifier

Parallèlement à ses travaux en économie spatiale, Tellier a publié en 1987 un livre sur le clan Le Tellier, l’un des deux principaux clans qui se sont disputé les faveurs du roi de France à Versailles, aux XVIIe et XVIIIe siècles[8]. C’est dans ce clan que naquit le libéralisme économique, en réaction au colbertisme qui animait le clan rival. En 2017, il publie un livre sur L'émergence de Montréal dans le système urbain nord-américain, 1642-1776. Cet ouvrage aborde la naissance de Montréal dans une perspective économique spatiale et à partir des arbitrages faits à Paris, Versailles et Londres.

Luc-Normand Tellier est le petit-fils de Raymond Tellier, cousin germain de Louis Tellier[9] et de Sir Joseph-Mathias Tellier, ce dernier étant le grand-père de Paul Tellier. Il est aussi le beau-fils du comédien Jean-Pierre Masson.

Sélection de publicationsModifier

ArticlesModifier

  • Tellier, Luc-Normand et Boris Polanski, « The Weber problem: frequency of different solution types and extension to repulsive forces and dynamic processes », Journal of Regional Science, vol 29, no 3, 1989, p. 387-405
  • Tellier, Luc-Normand et Claude Vertefeuille, « Understanding spatial inertia: centre of gravity, population densities, the Weber problem and gravity potential », Journal of Regional Science, vol. 35, no 1, 1995, p. 155-164
  • Tellier, Luc-Normand, « The Weber Problem: Solution and Interpretation », Geographical Analysis, vol. 4, no 3, 1972, p. 215-233
  • Tellier, Luc-Normand, « From the Weber Problem to a "Topodynamic" Approach to Locational Systems », Environment and Planning A, vol. 24, 1992, p. 793-806
  • Tellier, Luc-Normand, « A challenge for regional science: revealing and explaining the global spatial logic of economic development », Papers in Regional Science, vol. 76, no 4, 1997, p. 371-384
  • Tellier, Luc-Normand et Martin Pinsonnault, « Further understanding spatial inertia: a reply », Journal of Regional Science, vol. 38, no 3, 1998, p. 513-534
  • Tellier, Luc-Normand et Jérémy Gelb, "An Urban Metric System based on space-economy : Foundations, and implementation”, Regional Science Policy and Practice, 2018 :1-16. DOI:10.1111/rsp3.12141.
  • Tellier, Luc-Normand, "Characterizing urban form by means of the Urban Metric System", Land Use Policy, (ISSN 0264-8377), en ligne le 12 mai, 2020, publication papier, novembre 2021, article 104672.
  • Tellier, Luc-Normand et Guillaume Marois, "The 'Invasion Peril' in light of the topodynamic theory, and some recent statistics", in Karima Kourtit, Bruce Newbold, Peter Nijkamp et Mark Partridge (dir.), The Economic Geography of Cross-Border Migration, Bâle, Suisse : Springer Nature, 2021, pp. 15-32.
  • Tellier, Luc-Normand, « Integrating Entropy in the Topodynamic Approach and the Urban Metric System », in Aura Reggiani, Laurie Schintler, Roberto Patuelli & Danny Czamanski (dir.), Entropy, Complexity and Spatial Dynamics, Royaume-Uni, Cheltenham Glos, Edward Elgar, Chapter 12, 2021, pp. 198-215.

LivresModifier

RéférencesModifier

  1. (en) L.-N. Tellier, « The Weber Problem: Solution and Interpretation », Geographical Analysis, vol. 4, no 3, 1972, p. 215-233.
  2. (en) Pey-Chun Chen, Pierre Hansen, Brigitte Jaumard et Hoang Tuy, « Weber's Problem with attraction and repulsion », Journal of Regional Science, vol. 32, 1992, p. 467-486.
  3. (en) G. Jalal et J. Krarup, « Geometrical solution to the Fermat problem with arbitrary weights », Annals of Operations Research, vol. 123, 2003, p. 67-104.
  4. (en) Gianmarco Ottaviano et Jacques-François Thisse, « New Economic Geography: what about the N? », Environment and Planning A, vol. 37, 2005, p. 1707-1725.
  5. (en) Cet ouvrage est commenté dans David Cosandey, Le secret de l'Occident, Paris, Flammarion, 1997, 864 pages, p. 34-35. Concernant ce livre, visionner la vidéo suivante: https://www.youtube.com/watch?v=v3xwAbOYUas présentant la conférence prononcée par L.-N. Tellier à l'Université Harvard le 6 novembre 2017.
  6. (en) Voir: Luc-Normand Tellier et Jérémy Gelb, 2018, “An Urban Metric System based on space-economy : Foundations, and implementation”, Regional Science Policy and Practice, 2018 :1-16. https://doi.org/10.1111/rsp3.12141. Cet article a valu à ses auteurs le RSPP Best Paper Award 2020 décerné par la Regional Science Association International.
  7. (en) Cet ouvrage a suscité plusieurs écrits jusque dans les pays scandinaves. Voir, entre autres: "Canada og Skandinavien i tæt samarbejde, og de bliver førende i verden", Lands-Avisen Aktuelt, Copenhague, 18 novembre 1978, p. 2.
  8. (en) Cet ouvrage est cité dans plusieurs livres sur le règne de Louis XIV, par exemple dans: Olivier Chaline, Le règne de Louis XIV, Paris, Flammarion, 2005; Jean-Christian Petitfils, Louis XIV, Paris, Perrin, 1995; Thierry Sarmant et Mathieu Stoll, Régner et gouverner: Louis XIV et ses ministres, Paris, Perrin, 2010.
  9. Une Chronique héraldique publiée, en juillet 1904, par Gabriel de La Roche-Lambert, marquis de La Roche-Lambert-Mions en complément de l'Armorial général de France des d'Hozier présente le Juge Louis Tellier comme un descendant de Charles Le Tellier de Morsan. Voir : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k92302t/f57.image

Source biographiqueModifier

Les débuts de la carrière de L.-N. Tellier ont fait l'objet d'un article dans le dictionnaire suivant: Réginald Hamel, John Hare et Paul Wyczynski, Article "Tellier, Luc-Normand", Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord, Montréal, Fides, 1989, p. 1274.