Lobby pro-israélien

L'expression lobby pro-israélien désigne les groupes de pression et d'influence pro-israéliens.

Aux États-UnisModifier

Plusieurs groupes de pression pro-israéliens existent aux États-Unis. Certains sont issues de la communauté juive, d'autres de communautés chrétiennes[1].

La question de l'importance du lobby pro-israélien aux États-Unis fait régulièrement l'objet d'articles et d'analyses géo-politique[2],[3].

En 2006, la publication d'un article[4], puis d'un livre[5] de John Mearsheimer et Stephen Walt a suscité une controverse sur le poids de ce lobby sur la politique des États-Unis au Moyen-Orient. La thèse que Noam Chomsky privilégie est que les intérêts stratégico-économiques de l'État et du monde des affaires dirigent davantage la politique étrangère des États-Unis que le lobby pro-israélien[6].

Stratégie de communicationsModifier

Certains lobbys, groupes d’intérêts et think tanks sont devenus des parties prenantes importantes en ce qui concerne la politique étrangère américaine[7]. Parmi ces groupes, le lobby pro-israélien figure parmi les plus influents. Le lobby a ainsi mis en place diverses stratégies de communication afin d’orienter le discours public de sorte que celui-ci soit en faveur des politiques gouvernementales vis-à-vis l’État hébreu. Cette orientation du discours passe, entre autres, par les grands médias américains.

Influencer l'opinion publiqueModifier

Aux États-Unis, entre 1950 et 1960, plusieurs chercheurs partageaient cette vision que l’opinion publique ne peut influencer les décisions entourant la politique étrangère car celui-ci était entre autres, mal informé puisqu’il ne porterait que très peu d’intérêts pour la politique. Il s’agit du consensus Almond-Lippmann qui a balisé les recherches sur l’opinion publique durant la Guerre froide. Ce consensus s’est peu à peu dissipé lors de la guerre du Vietnam [8]. Aujourd’hui , il n’y a pas d’unanimité auprès des chercheurs en ce qui concerne le degré du rôle de l’opinion publique dans la formulation de la politique étrangère américaine. Il y a cependant une approbation générale sur le fait que l’opinion publique ne dicte pas les priorités de la politique étrangère, mais définit, d’une certaine façon, les balises et l’ensemble des possibilités d’actions qu’ont les dirigeants politiques [9] En étant conscient que le gouvernement américain est particulièrement sensible à l’opinion publique, le lobby pro-israélien a donc pour objectif d’orienter l’opinion du public de sorte que celui-ci soit convaincu que les États-Unis et Israël partagent les mêmes valeurs et intérêts[10]. Le lobby veille ainsi à ce que les grands médias soient également favorables à Israël, et ne remettent pas en question le soutien américain à l’État hébreu [10].

Influencer les médias américainsModifier

Lorsqu’il s’agit de la formulation et la conduite de la politique étrangère, les médias américains occupent une place de choix. En effet, étant le point de convergence des débats publics, ils sont également les chiens de garde de la démocratie [9] et par le fait même forment le quatrième pouvoir [11]. Ces derniers forgent l’opinion publique [7]. Par ailleurs, certains auteurs sont critiques à l’égare des médias dont Élisabeth Noëlle- Neumann qui par sa théorie la spirale du silence  explique comment les médias créer un climat plutôt favorable à l’opinion qui est majoritaire au sein de la population [11].

Parmi les sources d’informations du peuple américain, la télévision est encore parmi le principal support utilisé. En effet, selon le Pew Research Center , 57% des Américains s’informent via la télévision alors que 20% s’informent via les journaux [12]. Ainsi, plusieurs acteurs du lobby tentent d’influencer les représentations de l’État hébreu présentées par les think tanks, les universités et spécialement par les médias [10]. Les médias américains sont donc, en grande majorité, particulièrement favorables à Israël. Les membres du lobby exercent une certaine pression sur les médias afin qu’ils propagent une image positive de l’État hébreu. Lorsqu’un reportage ou un article présente de l’informations qui est jugées comme étant anti-israéliens par le lobby, des membres du groupe organisent des manifestations, des pétitions ou lance des actions de boycott [10].

Selon Mearsheimer et Walt (2007), il est important de faire la nuance : il est faux de croire que le lobby pro-israélien contrôle les médias, bien au contraire. Si le lobby déploie autant d’effort afin d’orienter le discours des grands médias, c’est justement parce qu’il n’en a pas le contrôle [10]. Le lobby s’emploie donc à diffuser sa vision au travers les grands médias américains, afin d’influencer le discours public et par le fait même, les décisions politiques gouvernementales. Le lobby bénéficie du soutien d’un bon nombre de chroniqueurs et des rédacteurs en chef parmi les quotidiens les plus lus, dont le Washington Post et le New York Times [10]. Afin de conserver une image positive d’Israël, les acteurs du lobby sélectionnent des journalistes ayant une bonne réputation afin que ceux-ci transmettent une vision favorable d'Israël auprès un grand public. Ainsi, le lobby pro-israélien a beaucoup de poids sur le traitement médiatique et réussit donc à faire passer leurs messages dans les diverses sphères médiatiques[10].

L'AIPACModifier

Né en 1951 aux États-Unis, l'AIPAC ou « American Israel Public Affairs Committee » est un groupe de pression visant à soutenir Israël. L'AIPAC travaille avec les démocrates, républicains et indépendants pour adopter des politiques publiques qui améliorent la relation américano-israélienne[13].

Le JINSAModifier

Né en 1976 aux États-Unis, le JINSA ou « Jewish Institute for National Security Affairs » est un groupe formé d'hommes politiques et de généraux américains favorable au rapprochement d'Israël et des États-Unis et proche du néoconservatisme. On trouve parmi ses membres et sympathisants l'ancien administrateur américain de l'Irak Jay Garner et des proches du président George W. Bush comme Richard Perle et Dick Cheney.

AutresModifier

  • B'nai B'rith est une organisation juive des droits de l'homme[14]. Elle est engagée dans une grande variété de services communautaires et d'activités de soutien, incluant la promotion des droits pour les communautés juives, l'assistance aux hôpitaux et aux victimes de catastrophes naturelles[15]et la lutte contre l'antisémitisme, le racisme et la xénophobie à travers sa Ligue anti-diffamation. La devise du B’nai B’rith est « Bienfaisance, Amour Fraternel et Harmonie »[16]. L'organisation est parfois qualifiée de lobby pro-israélien.[Information douteuse]

En FranceModifier

  • Le CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) dit s'être donné parmi ses axes de mission « d'affirmer sa solidarité envers Israël et son soutien à une solution pacifique au conflit du Proche-Orient ». Cette solidarité se manifeste aussi lors des guerres de cet État[17]. Il lutte contre le racisme et l'antisémitisme et milite pour la transmission de la mémoire du peuple juif[18].
  • La LICRA est une organisation opposée au racisme et à la banalisation des actes xénophobes, en apportant une aide juridique aux victimes, souvent mal informées de leurs droits[19].
Bruno Guigue critique l'organisation dans une tribune intitulée « Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l'ONU » sur le site oumma.com, que Luc Rosenzweig a qualifié de « torchon antisémite » sur le site de l'Association France-Israël[réf. non conforme].

Le CRIF et la LICRA sont parfois qualifiés en France de « lobby pro-israélien ». Sur le site de l'IRIS, le chercheur Pascal Boniface n'hésite pas à parler de « prêche partial pro-israélien » dans une critique du livre 100 mots pour se comprendre, contre le racisme et l’antisémitisme édité par la LICRA, ainsi qu'à à s'interroger sur le même terme de « lobby » à propos du CRIF[21],[22]. Dans son livre Les groupes pro-israéliens en France: une typologie, Le chercheur Marc Hecker pose également la question de la pertinence de l’expression « lobby pro-israélien »[23].

En SuisseModifier

En 2011, la CICAD est mise en cause par Dominique Ziegler dans une tribune d'opinion publiée dans le journal le Courrier[24], où il affirme que cette organisation est un lobby pro-israélien. La CICAD réagit en accusant Ziegler « d'être enfermé dans une idéologie haineuse envers Israël et d'instrumentaliser le conflit israélo-palestinien »[25]. La même année, Hani Ramadan critique à son tour l'organisation. [26],[27].

Notes et référencesModifier

  1. Par exemple les millénaristes, mentionnés dans Ibrahim Warde, « Il ne peut y avoir de paix avant l’avènement du Messie », Le Monde diplomatique, septembre 2002
  2. Serge Halimi, Le poids du lobby pro-israélien aux États-Unis, Le Monde diplomatique, août 1989.
  3. Serge Halimi, Aux Etats-Unis, M. Ariel Sharon n’a que des amis, Le Monde diplomatique, juillet 2003
  4. John Mearsheimer, Stephen Walt, The Israel Lobby, London Review of Books, 23 mars 2006.
  5. John Mearsheimer et Stephen Walt (trad. de l'anglais par N. Guilhot, L. Manceau, N. Marzouki, M. Saint-Upéry), Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine [« The Israel Lobby and U.S. Foreign Policy »], Paris, La Découverte, coll. « Poche », (1re éd. 2007), 504 p., Poche (ISBN 978-2-7071-5701-0)
  6. Noam Chomsky, The Israel Lobby?, mars 2006, traduction en français
  7. a et b Théories de la politique étrangère américaine, Auteurs, concepts et approches. Montréal, Montréal, Les presses de l’Université de Montréal,
  8. La politique étrangère des États-Unis ; fondements. acteurs, formulation., Paris, SciencePo. Les presses,
  9. a et b La politique étrangère des États-Unis : fondements, acteurs, formulation., Paris, SciencesPo. Les presses,
  10. a b c d e f et g John J. Mearsheimer et Stephen M. Walt, Le Lobby pro-Israélien et la politique étrangère américaine, Abel-Hovelacque, Paris, la découverte/poche.
  11. a et b Philippe Boudreau et Claude Perron, Lexique de science politique, Montréal, Chenelière Éducation,
  12. (en) « About four-in-ten Americans often get newa online »
  13. www.aipac.org/
  14. (en) « B'nai B'rith International », sur le site du B'nai B'rith
  15. Encyclopaedia Judaica, 1970
  16. « Le B'nai B'rith Europe », sur le site du B'nai B'rith Europe
  17. Lors de la guerre de Gaza 2008-2009, le président du CRIF a déclaré au Figaro que 95 % des Juifs de France était en accord avec les opérations armées israéliennes. Il a depuis lors[Quoi ?]nuancé cette affirmation
  18. http://www.crif.org/fr
  19. Tribune, 28 février 2008
  20. « Mobilisation générale : Manifestation de soutien jeudi 31 juillet devant l’Ambassade d’Israël », Tribune juive (France), (consulté le 30 juillet 2014)
  21. « La Licra, son livre contre le racisme et l’antisémitisme: un prêche partial pro-israélien », sur iris-france.org, (consulté le 18 mars 2018)
  22. « Le CRIF, un lobby? », sur iris-france.org, (consulté le 18 mars 2018)
  23. « Les groupes pro-israéliens en France : une typologie », sur cairn.info, (consulté le 18 mars 2018)
  24. Dominique Ziegler, Manœuvre perverse, 19 octobre 2011, le Courrier
  25. [1]Basse attaque contre la CICAD[2]
  26. la CICAD ne se démarque pas de ce qu'il appelle les « crimes commis par le gouvernement israélien » selon Hani Ramadan, Lutter contre la violence sioniste et condamner l’antisémitisme, 10 novembre 2011, Le Temps (la copie web est en accès limité)
  27. Texte de l'article sur le blog de Hani Ramadan

SourcesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

  • [vidéo] Marije Meerman, Amérique : le lobby pro-israélien, 2007