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Littérature camerounaise

Guillaume Oyônô Mbia, Lauréat du Grand Prix des Mécènes, reçoit son parchemin des mains du Dr Adamou Ndam Njoya, Président du Jury des GPAL 2014.

La littérature camerounaise, c'est-à-dire les textes littéraires d'auteurs originaires du Cameroun, puise aux sources d'une riche tradition orale et connaît un puissant développement[1].

Sommaire

HistoireModifier

Jusqu'à une époque très récente, les débuts de la littérature écrite d'origine camerounaise furent à tort fixés au sein des luttes pour l'indépendance du Cameroun qui virent paraître une série de textes dont la plus plupart sont d'expression française. En effet, s'il est indéniable que la littérature camerounaise écrite se développe dans le contexte colonial, il n'en demeure pas moins que ses premiers textes précèdent les administrations coloniales anglaise et française au Cameroun en 1919[2].

Littérature de l'époque colonialeModifier

  • Jean-Louis Njemba-Medou, auteur de l'œuvre Nnanga kon (1932), dont un prix porte désormais le nom (Prix Nnanga kon)[3].

Évolution[4]Modifier

La littérature camerounaise, entendue comme des textes écrits originaires du Cameroun, s'étend sur plusieurs langues et écritures, dont celles inspirées de l'alphabet romain, arabe, ou encore de l'écriture bamoun. Ses auteurs écrivent ou ont écrit en Allemand[5], en Anglais[6], en Français, mais aussi dans les langues locales[7]. Comme dans beaucoup de pays d'Afrique subsaharienne, elle connaît un certain essor avec la période post-indépendance[8], la publication d'un ouvrage constituant alors à l'époque une marque d'intelligence qui généralement pouvait valoir l'octroi d'un poste de responsabilité dans l'administration. Et à lire certains auteurs de l'époque, on pourrait se demander si la vocation était leur seule motivation, sauf le respect dû à nombre d'entre eux passés à la postérité. On constate ainsi que la majorité des auteurs des années 1960, 70, 80, étaient pour la plupart des fonctionnaires. Dans les années 1990 et 2000, la littérature camerounaise connaît un certain relâchement[8]. Écrire un livre n'est plus alors forcément une preuve de génie, le nombre d’intellectuels s'étant exponentiellement multiplié, en comparaison des années pré et post-indépendance. La production livresque n'est pas non plus la priorité du gouvernement, préoccupé par des problèmes d'ordre économique. On note alors une baisse de publication de qualité, un manque de motivation des promoteurs culturels à encourager la littérature. Cependant depuis le début de la décennie en cours, la littérature camerounaise semble de nouveau sur la pente ascendante. Les sponsors et mécènes jusqu'ici indifférents commencent à montrer un certain intérêt. Les Grands prix des associations littéraires, pour exemple, bénéficient du soutien des Brasseries du Cameroun, la principale entreprise brassicole du pays. Le mécénat est certes rare mais un peu plus présent que dans les dernières années: En 2014, le mécène Pierre Flambeau Ngayap, membre du Jury qui a consacré le jeune auteur Eric Mendi aux GPAL 2013[9] pour son roman "Opération Obama", s'est permis de financer l'achat d'une centaine d'exemplaires de cet ouvrage pour les offrir à des étudiants de l'Université de Yaoundé II-Soa[10].

Littérature par genreModifier

La littérature commence donc à n'en pas douter par des œuvres telles que Die Jaunde-Texte, ouvrage en allemand et en ewondo publié en 1913 par Charles Atangana et son neveu Paul Messi ou le Sa'angan du sultan Njoya publié en shü-mom, communément appelée écriture bamoun. Même s'ils n'ont pas tous les attributs nécessaires pour faire partie de ce que la conception moderne ou postmoderne regroupe sous le terme de littérature, ces textes pourraient bien être considérés comme littéraires. Ils furent suivis en 1932 par Nnango kon, un texte de fiction en langue boulou rédigé par un certain Jean-Louis Njemba-Medou[2]. Cette dernière œuvre est considérée comme la toute première fiction livresque de la littérature camerounaise.

RomanciersModifier

Les premiers romanciers francophones sont Mongo Béti (Ville cruelle, 1954) et Ferdinand Oyono [11],[2](Le Vieux Nègre et la Médaille, 1956), suivis de Benjamin Matip[2] (Afrique, nous t'ignorons, 1956), Joseph Owono (Tante Bella, 1959), Evemba Njoku'a Vembe (Sur la Terre en passant, 1966), Francis Bebey (Le Fils d'Agatha Moudio, 1967), René Philombé (Un sorcier blanc à Zangali, 1969), Rémy Medou Mvomo (Afrika ba'a), Guillaume Oyônô Mbia (Chroniques de Mvoutessi, 1971-1972), Charly Gabriel Mbock (Quand saigne le palmier, 1978), Bernard Nanga (Les Chauves-Souris, 1980), Yodi Karone (Le Bal des caïmans, 1980), et bien d'autres auteurs.

 
Léonora Miano, femme de lettres camerounaise d'expression française.

La littérature camerounaise compte également de nombreuses contributions féminines, dont, pour les romans, Thérèse Kuoh-Moukouri (publiée en 1969), Rabiatou Njoya(à partir de 1977), Delphine Zanga Tsogo (à partir de 1983), Calixthe Beyala (à partir de 1987)[12], Léonora Miano (à partir de 2005).

PoésieModifier

La poésie est active depuis 1947[13], date de la parution du premier recueil de Louis-Marie Pouka, qui présida la première séance de l'Association nationale des poètes et écrivains camerounais, fondée en 1960 par René Philombé. On peut citer les poètes : François Sengat Kuo (Fleurs de latérite, 1954), Charles Ngande, Étienne Noumé, Jean-Paul Nyunaï, Patrice Kayo (Hymnes et Sagesses, 1970), Samuel Eno Belinga (Masques nègres, 1972), Fernando d'Almeida (Au seuil de l'exil, 1976), Francis Bebey, Paul Dakeyo (Soweto ! Soleils fusillés, 1977), Mohammadou Moddibo Alliou (Sur les chemins de la Sa'iira, 1979). Parmi les femmes, peuvent être citées Jeanne Ngo Maï, et Werewere Liking, créatrice du « chant-roman » (Orphée-Dafric, 1981), Daniel Tongning (Le Monde de Mes Amours, 2013).

EssaisModifier

Beaucoup des auteurs cités ont également écrit des essais :

  • Thomas Melone (De la négritude dans la littérature négro-africaine),
  • Martien Towa (Léopold Sédar Senghor : négritude ou servitude),
  • Paul Dakeyo, Fernando d'Almeida et Ambroise Kom [14],
  • Daniel Tongning (Lettres camerounaises).

Quel que soit le genre : roman, poésie, théâtre, nouvelle, pamphlet (Vive le Président !, 1968, de Daniel Ewandé ; Main basse sur le Cameroun, 1972, de Mongo Béti), la contestation du pouvoir politique constitue l'un des traits majeurs de la littérature camerounaise.

ThéâtreModifier

La pièce de Stanislas Awona, Le Chômeur, ouvre en 1960 la voie à Guillaume Oyônô Mbia (Trois Prétendants... un mari, 1964), qui remporte un immense succès populaire, Jean-Baptiste Obama (Assimilados, 1966), Pabé Mongo, E.N. Vembe, Werewere Liking, Yodi Karone. La satire tragi-comique les anime souvent, notamment Kum'a N'Dumbe III (Kafra-Biatanga, 1973), Franz Kayor (pseudonyme: Paul Tchakoute), René Philombé, Dave Mktoi (pseudonyme: David Kemzeu Mokto)[15].

Prix littérairesModifier

 
14 janvier 2015, juste après la cérémonie de remise de prix des GPAL 2014, le lauréat Charles Salé pose avec des responsables de Grenier Littéraire, l'association qui a proposé son ouvrage au Jury.

Depuis 2013, le Cameroun est présent dans le paysage des prix littéraires au niveau africain et même mondial, avec les Grands prix des associations littéraires (Gpal). Certains auteurs très doués jusque-là ignorés ou peu connus du public ont été révélés et consacrés par ce prix, qui a également l'avantage d'être bilingue, accueillant des livres écrits en Français ou en Anglais. On pourrait citer Eric Mendi, pratiquement inconnu jusqu'à sa distinction aux Gpal 2013 dans la catégorie Belles-Lettres pour son roman «Opération Obama»[16], Charles Salé consacré aux Gpal 2014 pour «La'afal. Ils ont dit...», et le romancier congolais Fiston Mwanza Mujila, honoré aux Gpal 2015 pour «Tram 83». Les Gpal décernent également diverses autres récompenses littéraires[17].

Notes et référencesModifier

  1. Gabriel Deeh Segallo, « Cinquante années de littérature camerounaise…cinquante années de progrès ? », Mondes francophones, 2012
  2. a, b, c et d Philippe Decraene, « Sa littérature est l'une des plus riches de toute l'Afrique francophone », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  3. Source: Lebledparle.com
  4. Le texte de cette section est extrait de la page Culture du Cameroun
  5. Exemple d'auteur germanophone: Pr Kum'a Ndumè III
  6. Article du Pr Pierre Fandio: in Le journal du Cameroun
  7. Article sur Nnanga Kon, Ouvrage écrit en langue Bulu: Grin.com
  8. a et b Voir cet article
  9. Rapport du Jury des Gpal 2013: Camer:be
  10. De cette donation naîtra la Journée de l'Étudiant-Gpal
  11. Anthologie de la littérature camerounaise : des origines à nos jours, Afrédit, Yaoundé, 2007, (ISBN 9956-428-14-0)
  12. Jacques Bessala Manga, « Les amazones de la littérature camerounaise », Langaa,‎ (lire en ligne)
  13. Anthologie de la poésie camerounaise (Collection of Poetry), Patrice Kayo, Presses Universitaires de Yaounde, 2000)
  14. (Dictionnaire des œuvres littéraires négro-africaines de langue française, des origines à 1978)
  15. Regards historiques et critiques sur le théâtre camerounais, Jacques Raymond Fofie, Études africaines, éditions L'Harmattan, (ISBN 978-2-296-54281-5),février 2011.
  16. Rapport du Jury des Gpal 2013
  17. Un article faisant référence à d'autres prix Gpal

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Christophe Cassiau-Haurie, Histoire de la bande dessinée au Cameroun, L'Harmattan, Paris, 2016, 234 p. (ISBN 978-2-343-08333-9)
  • Philippe Decraene, « Sa littérature est l'une des plus riches de toute l'Afrique francophone », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  • Pierre Fandio, La littérature camerounaise dans le champ social : grandeurs, misères et défis, l'Harmattan, Paris, Budapest, Kinshasa, 2006, 244 p. (ISBN 978-2-296-02370-3)
  • Pierre Fandio, Les lieux incertains du champ littéraire camerounais : la postcolonie à partir de la marge, l'Harmattan, Paris, 2012, 273 p. (ISBN 978-2-296-99105-7)
  • Patrice Kayo, Panorama de la littérature camerounaise, Librairie Panafricaine, Yaoundé, 1978, 62 p.
  • Romain Konka, Histoire de la littérature camerounaise, I , R. Konka, Paris, 1983, 176 p. (ISBN 2-904424-00-8)
  • Daniel S. Larangé, « La négrattitude féminine : l'éternel féminin face à l'effacement des gen(re)s »', in Dialogues francophones, no 16, 2010, p. 213-226.
  • Daniel S. Larangé, « Pour un discours social postmoderne : phénomène de média(tisa)tion et d'intermédia(lisa)tion dans l'écriture franco-camerounaise : les exemples de Calixthe Beyala et Léonora Miano », in Dialogues francophones, no 17, 2011, p. 127-149.
  • Daniel S. Larangé, Le Pari(s) littéraire des écrivaines franco-camerounaises, éd. La Tortue Verte, Dossier no 1, « Ce que Paris fait aux littératures francophones », 2011, p. 66-79
  • Marcelline Nnomo, Nol Alembong et Faustin Mvogo (dir.), Rupture et transversalité de la littérature camerounaise, Éditions CLÉ, Yaoundé, 2010, 443 p. (ISBN 978-995-609178-2)
  • Alice Delphine Tang et Marie-Rose Abomo-Maurin (dir.), La littérature camerounaise depuis la réunification, 1961-2011 : mutations, tendances et perspectives, l'Harmattan, Paris, 2013, 256 p. (ISBN 978-2-343-00781-6)
  • Eric Mendi, Opération Obama, Le Club des muses, 181 p., 2012 (Grand prix des associations littéraires 2013, catégorie « Belles-lettres »)
  • Charles Salé, La'afal. Ils ont dit..., l'Harmattan, 180 p., 2014 (Grand prix des associations littéraires 2014, catégorie « Belles-lettres »)
  • Raphaël Thierry, Le marché du livre africain et ses dynamiques littéraires : le cas du Cameroun, Presses universitaires de Bordeaux, Pessac, 2015, 368 p., (texte remanié d'une thèse) [notes de lecture par Sarah Burnautzki in Questions de communication, no 30, 2016, p. 395-397, [lire en ligne]]
  • Fiston Mwanza Mujila, Tram 83, Éditions Métailié, 208P., 2014 (Grand prix des associations littéraires 2015, catégorie « Belles-lettres »)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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