Lionel Daunais

artiste lyrique, compositeur et parolier canadien

Lionel Daunais (Montréal, - ) était un chanteur, baryton d'opéra, compositeur et metteur en scène québécois. Il est un des membres fondateurs du Trio lyrique et est cofondateur des Variété lyriques.

Lionel Daunais
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Lionel Daunais, vers 1937
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BiographieModifier

Né à Montréal le 30 décembre 1901, Lionel Daunais est le fils de Pierre-Paul Daunais, comptable, et de Louise Morache[1]. Il étudie le chant auprès de la soprano Céline Marier (1871-1940). Plus tard, vers 1930, il étudie l'harmonie et la composition, avec le pianiste, compositeur et arrangeur d'œuvres folkloriques Oscar O'Brien (1892-1958)[2].

En 1922, il se produit à l'académie Querbes d'Outremont lors d'un concert d'élèves[3]. En 1923, il obtient le premier prix au Montreal Musical Festival, organisé par la Metropolitan Choral Society au Théâtre Saint-Denis[4]. En 1925, il est proclamé « Lauréat de l'Académie de musique du Québec »[réf. nécessaire]. L'année 1926 marque le début de la carrière de chanteur professionnel de Daunais. En janvier, il fait ses débuts à l'opéra en interprétant le rôle d'Ourrias dans Mireille au théâtre Orphéum[3]. Peu après, en mars, il offre son premier récital au Ritz-Carlton Montréal[3]. Toujours en 1926, il remporte le Prix d'Europe[3]. Grâce à ce prix, il se rend à Paris afin de poursuivre ses études sous la direction d'Émile Marcellin de l'Opéra-Comique et de Marcel Dupré [4],[3]. À Paris, il se produit avec l'orchestre Pasdelous sous la direction de Désiré-Émile Inghelbrecht[4].

En 1929, il devient premier baryton pour l'Opéra d'Alger[5], où en très peu de temps il prépare et interprète 23 rôles importants[réf. nécessaire], dans notamment Carmen (Bizet), Faust (Gounod), Manon (Massenet), La Traviata (Verdi), Le Barbier de Séville (Rossini)[3].

À son retour au Canada, en 1930, il participe au troisième Festival du Canadien Pacifique à Québec avec un quatuor d'Ottawa, Les Troubadours de Bytown, dans lequel il remplace alors le barde Charles Marchand[3] (1890-1930) tout juste décédé et qu'appuyait musicalement Oscar O'Brien[réf. nécessaire]. La même année, il tient le rôle de Champlain dans L'Ordre de Bon Temps de Healey Willan (1880-1968) et il débute comme premier soliste à La Société canadienne d'opérette à Montréal dans le rôle de Clément Marot dans La Basoche (1890) d'André Messager (1853-1929)[4],[3]. Grâce à la Société canadienne d'opérette, il interprétera de nombreux autres rôles jusqu'en 1935[3].

En 1932, Daunais fonde l'ensemble vocal le Trio lyrique formé de la contralto Anna Malenfant (1905-1988)[6] et du ténor Ludovic Huot (1897-1968) qui sera remplacé par Jules Jacob (1906-1969) vers 1940[réf. nécessaire]. En 1936, Daunais fonde, avec Charles Goulet[7], les Variétés lyriques[8].

Le Trio lyrique (1932-1965)Modifier

En 1932, Daunais fonde « Le Trio lyrique » (avec la contralto Anna Malenfant (1905-1988)[6] et Ludovic Huot (1897-1968), ténor remplacé par Jules Jacob (1906-1969) vers 1940).

Le Trio lyrique se produit avec le pianiste Allan McIver (1904-1969) qui réalisera aussi toutes les harmonisations des premiers disques du groupe chez His Master's Voice.

Ce trio est engagé en 1933 par « La Commission canadienne de radiodiffusion » (qui sera plus tard renommée Société Radio-Canada, SRC) pour l'émission « Une heure avec vous », une série d'émissions qui se poursuivra (en direct) pendant 87 semaines, sous la direction musicale de Giuseppe Agostini (1890-1971).

En 1936, le trio se produit à New York pendant six mois à une émission du réseau radiophonique américain CBS.

En 1944, depuis Montréal, Le Trio lyrique commence à se produire (en direct) sur la chaîne française (alors souvent bilingue) de la Société Radio-Canada (SRC)[9].

À la fin des années 1940, le Trio lyrique enregistre sur disque (78 tr/min) quelques-uns de ses plus importants succès, toutes des chansons fantaisistes de Lionel Daunais : « Aglaé », « Le petit chien de laine », « La tourtière », « Intanouiche in'tanaga » et « Monsieur le curé ». Chacun des membres menant une carrière personnelle importante, Le Trio lyrique se produit pourtant à de très nombreuses émissions de radio, surtout à la SRC, animant notamment sa propre émission le samedi soir à 21 heures.

Le Trio lyrique enregistre en 1954, en guise d'apogée, un microsillon (33 tr/min) de ses chansons les plus appréciées, auparavant interprétées partout dans les salles et sur les ondes.

En 1962, Radio-Canada et les journaux québécois fêtèrent les trente ans du Trio Lyrique.

Le trio devait met fin à ses activités vers 1965, mais il s'est temporairement reconstitué à l'automne 1971 (avec le ténor Guy Piché, en remplacement de Jules Jacob, décédé), pour l'enregistrement à la SRC d'une rétrospective de l'œuvre de Lionel Daunais.

Tant Lionel Daunais, l'un des premiers auteurs-compositeurs canadiens-français d'importance, que Le Trio Lyrique entier ont eu un impact important sur le développement d'une chanson « française nord-américaine » originale, qui se démarque aussi bien de la française que de l'américaine. Les voix du trio sont des voix de chanteurs d'opérette. La diction est très soignée. Les thèmes sont québécois ou canadiens-français, et plus ruraux qu'urbains, réflétant l'époque actuelle ou récente. Et cette chanson puise dans les racines folkloriques, même parfois religieuses, avec une aimable dérision qui permet la saine distanciation à laquelle Daunais a toujours tenu.

Les Variétés lyriques (1936-1955)Modifier

En 1936, Lionel Daunais fonde avec Charles Goulet[7] « Les Variétés lyriques ». Cette association dure jusqu'en 1955, sans subvention ni privée ni gouvernementale, mais sur simple abonnement de saison, jusqu'à ce que l'apparition des téléviseurs dans les domiciles incite les spectateurs à moins fréquenter les salles de spectacles pour parvenir à payer ces dispendieux nouveaux appareils n'offrant de spectacle que sur petit écran monochrome. Pendant cette période de quelque 20 ans, Lionel Daunais aura chanté aux Variétés lyriques dans 813 représentations, d'une dizaine d'opéras et plus de 60 opérettes, tout en étant, de plus, souvent responsable de la mise en scène et des répétitions des artistes lyriques et scéniques, tandis que Charles Goulet préparait et dirigeait tant les chœurs que les musiciens de l'orchestre…

Combien d'interprètes (musiciens, chanteurs, comédiens) et d'artisans, techniciens, spécialistes de tous ordres… y furent-ils soutenus et rassasiés, durant ces quelque 20 ans où l'assistance venait se délecter et rire devant la scène ? La sensibilité de Daunais est présente partout, qui est douce espièglerie, aussi. Avec lui, place au jeu et à la musique, à la poétique fantaisie ; point de platitude ni de naïveté, sinon pour en rire !

Le parolier, compositeur, harmonisateurModifier

Auteur des paroles et de la musique d'une centaine de mélodies pour voix et piano et 18 pour chœur, dont sa merveilleuse mise en musique et harmonisation à quatre voix de poèmes tels que Le Pont Mirabeau (de Guillaume Apollinaire), Daunais fit également l'harmonisation d'une quarantaine de chants folkloriques et composa une trentaine de chansons pour enfants.

ArchivesModifier

Le fonds d'archives de Lionel Daunais est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[10].

Le Fonds Lionel-Daunais contient la plupart de ses œuvres et autres documents qui furent siens.

Un admirable pionnierModifier

Il a été un admirable pionnier, l'un des grands artisans, créateurs d'emplois et animateurs de la scène lyrique au Québec, sous toutes ses formes, et un grand auteur-compositeur-interprète et harmonisateur, un agréable fantaisiste et musicien, ainsi qu'un immense éveilleur.

HonneursModifier

À titre posthumeModifier

Écoute d'enregistrements sonoresModifier

CitationsModifier

  • « Il y a souvent un esprit cocasse dans votre musique et lorsque quelqu'un vous en fera la remarque, n'en rougissez pas, c'est un don très rare ! » — Francis Poulenc à Lionel Daunais
  • « Le matin j'ouvre le journal
       Pour voir si tout va toujours mal[11]
          […]
       Les patates[12] seront bonnes cette année
       Boum badiboum !
       Si l'hiver peut finir au mois d'mai[13].
       Boum badiboum !
       On les mange en purée
       Comme à l'accoutumée
          […]
       Ou en french potatoes[14] [chips ! ]
          […]
       Si ton bras sait porter l'épée[15],
       Les patates seront bonnes, c't'année ! »
    — Lionel Daunais, Les patates (extraits de cette chanson)

Notes et référencesModifier

  1. La date de naissance est erronée dans plusieurs sources. Certaines rapportent que Lionel Daunais est né en 1902 et d'autres, le 31 décembre 1901. Or, il serait né le 30 décembre 1901 et aurait été baptisé le 31 décembre 1901 dans la paroisse Saint-Enfant-Jésus dans la localité de Montréal. Cette information est tirée des registres de l'état civil du Québec.
  2. Oscar O'Brien dans l'Encyclopédie de la Musique au Canada
  3. a b c d e f g h et i « Lionel Daunais | l'Encyclopédie Canadienne », sur www.thecanadianencyclopedia.ca (consulté le 22 janvier 2021)
  4. a b c et d Sœur Marie-Valentine et Pelletier Frédéric, Dictionnaire biographique des musiciens canadiens, Lachine, Mont-Sainte-Anne, (lire en ligne), p. 71-72
  5. Michel Biron et Bibliothèque nationale du Québec, Catalogue des fonds et collections d'archives privées, Montréal, Bibliothèque nationale du Québec, (lire en ligne), « Fonds Lionel Daunais », p. 112
  6. a et b Anna Malenfant (Shediac, près Moncton, N.-B., 16 octobre 1905 - Montréal, 15 juin 1988), contralto, professeure, compositrice sous le nom de « Marie Lebrun ». D.Mus. honoris causa (Université de Moncton, 1975). — Voir sa fiche dans l'Encyclopédie de la musique au Canada (Encyclopédie canadienne).
  7. a et b Charles Goulet (Liège, 4 avril 1902, naturalisé canadien 1921 - Montréal, 12 mars 1976), pianiste, violoniste, baryton, chef de chœur, professeur, impresario, administrateur, haut fonctionnaire, ... D.Mus. (Université de Montréal, 1937) : sa thèse de doctorat s'intitulait « L'Art du chant choral ». — Voir sa fiche dans l'Encyclopédie de la musique au Canada (Encyclopédie canadienne).
  8. Pascal Blanchet, « L’Âge d’or de l’opérette à Montréal : les Variétés Lyriques (1936-1955) », Jeu : revue de théâtre, no 120,‎ , p. 191–199 (ISSN 0382-0335 et 1923-2578, lire en ligne, consulté le 22 janvier 2021)
  9. Historique de la chaîne française de Radio-Canada — Un texte d'Yvon Chouinard (2005).
  10. Fonds Lionel Daunais (MSS107) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).
  11. « Pour voir si tout va toujours mal » : pour les Canadiens-français, « faire patate » est une expression poétique populaire signifiant « échouer », « rencontrer son Waterloo », « perdre la face », « n'avoir pas su résister dans l'eau bouillante », « aller mal », … Les journaux quotidiens n'ont jamais assez d'espace pour souligner ce qui va bien, ce qui est drôle; ils ne relatent que ce qui a « fait patate ».
  12. Les patates (pommes de terre) sont si faciles à cultiver (dans une terre plutôt sablonneuse) et si peu dispendieuses, qu'elles sont la nourriture du commun, du vulgaire, des pauvres : qu'elles soient bonnes ou pas, ils s'en empiffrent —  pas le choix ! Les pauvres Irlandais immigrés au Canada dans la seconde moitié du XIXe siècle, leur grande famine obligeant, les ont popularisées.
  13. « Si l'hiver peut finir au mois d'mai » — allusion plaisante au long hiver québécois : il y a, certaines années, risque de gel au sol jusqu'à la fin de mai à Montréal, jusqu'à la mi-juin à Québec, jusqu'à la fin de juin à Gaspé
  14. « Ou en french potatoes » — moquerie : les Québécois francophones utilisent souvent l'expression « patates frites » pour désigner les [pommes de terre] « frites ».
  15. « Si ton bras sait porter l'épée » — allusion espiègle aux paroles de l'Hymne national canadien : « […] / Car ton bras sait porter l'épée, / Il sait porter la croix. / Ton histoire est une épopée / Des plus brillants exploits. / […] » !

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier