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Libéralisme économique (version social-libéralisme)

version social-libérale du libéralisme économique

C'est en économie que le social-libéralisme a reçu la plus forte opposition pour des raisons à la fois idéologiques et d'intérêts particuliers. Au début du XXe siècle, il a dû affronter une part des industriels qui en Angleterre ont quitté le Parti libéral pour le Parti conservateur[1] et ce d'autant plus que ce courant a contribué avant 1914 à l’instauration de l'impôt sur le revenu[N 1]. Si le social libéralisme fait confiance au marché il ne lui fait pas une confiance aveugle et s'oppose au laissez-faire. Il accorde un place importante à ce que les autorités juridiques et politiques s'assurent que le marché fonctionne bien et que des intérêts ne viennent fausser la concurrence, il accepte avec Keynes l'emploi de politique macro-économique pour stabiliser l'activité économique.

Sommaire

Régulation des marchés et concurrenceModifier

Si l'idée de régulation des marchés et de surveillance de la concurrence est présente chez les sociaux-libéraux anglais, c'est surtout l'école américaine qui la mettra au premier plan. Hobson développe la notion de « rente comprise » non plus simplement comme rente de la terre comme dans le cas de l'école classique mais comme rente liée à une concurrence faussée liée soit au jeu des acteurs économiques soit à l'interaction entre politiques et agents économiques qui va conduire à l'adoption de mesures administratives ou législatives qui faussent le jeu de la concurrence au profit de quelques-uns. C'est dans ce cadre que John Atkinson Hobson analyse l'impérialisme au début XXe siècle[2].

Toutefois, c'est aux États-Unis que l'étude de la concurrence va le plus occuper les sociaux-libéraux. En effet, à la fin du XIXe siècle ce pays connaît un très fort regroupement d'entreprises avec la constitution de grands oligopoles tandis que les juges de la Cour suprême des États-Unis refusent d'intervenir considérant que leur mission est de défendre un laissez-faire « à la Herbert Spencer ». Cela va entraîner une réaction à la fois d'économistes et de juristes de tendance sociale-libérale. Concernant les économistes américains, ils ont souvent été formés en Allemagne par des économistes de l'école historique allemande, tels John Bates Clark et Richard T.Ely. Les juristes quant à eux souvent liés à la Harvard School of Law, tels Oliver Wendell Holmes, Louis Brandeis ou Roscoe Pound. Ces économistes et ces juristes portent une double critique sur la situation prévalant alors. D'une part les juges de la Cour suprême ont oublié que les lois ne sont ni des forces aveugles qui s’imposent aux hommes, ni l’incarnation d’une raison naturelle toute puissante, mais qu'elles sont trouvées à travers l’expérience et la raison, entendues comme incluant un effort sur soi et un certain détachement des passions[3]. D'autre part, en lien avec leur vision de la loi, il convient de veiller à ce que les entreprises ne faussent pas la concurrence[4].

Plus tard la position de ces juristes sera confortée par les travaux menés par Edward Mason et Joe Bain qu'on associe généralement à l'école structuraliste de Harvard. Dans le modèle « SCP » d’Edward Mason, la structure du marché (« S ») influence le comportement des firmes (« C ») et leurs performances (« P »)[5]. En règle générale, les structuralistes ne croient pas qu'il faille laisser le marché se réguler tout seul car pour eux les grandes entreprises ne sont pas forcément les plus efficaces du fait de la théorie de l’inefficience-X[6]. Par ailleurs, ils ne croient pas que le libre jeu du marché permette seul de remettre en question les positions dominantes. C'est en partie dans la lignée de ces travaux que John Maurice Clark développe l'idée de workable competition (« concurrence efficace ») qui a une certaine influence sur la façon dont le Traité de Rome conçoit la concurrence[7].

Concernant la régulation financière et bancaire, si l'on en croit Arthur Schlesinger, « le libéralisme antitrust de l'école Brandeis-Wilson qui voulait libérer l'économie de l'emprise du grand capital... fit passer la loi sur les valeurs mobilières (Securities Act) et le Glass-Steagall Act sur les banques » [8]

La régulation macro-économiqueModifier

 
John Maynard Keynes, un des pères de la macroéconomie.

Le nouveau libéralisme va reprendre le combat déjà mené par Thomas Malthus et Jean de Sismondi contre la loi de Say qui en économie peut être vue comme une justification de l'auto-régulation des marchés. Hobson le premier dans un livre écrit en collaboration avec Albert F. Mummery, The Physiologie of Industry, attaque cette loi ce qui brise sa carrière universitaire[9], tant le dogme est alors ancré chez les économistes. C'est John Maynard Keynes qui réussit là où Hobson et d'autres avant lui ont échoué. Toutefois, la vision de l'économie que le social-libéralisme va adopter avec Keynes est plus technique, plus scientifique[10], plus indépendante de la politique que celle préconisée par Hobson. Quoi qu'il en soit, la macroéconomie keynésienne, notamment sous sa forme de la synthèse néoclassique, est très largement adoptée par le social-libéralisme[11].

Une fois le tabou de la loi de Say levé, l'optique keynésienne - et plus généralement celle de l'école de Cambridge - devient dominante en économie et le social-libéralisme, avec des auteurs comme Paul Samuelson ou Robert Solow, contribue à forger ce qui est jusque dans les années 1970 le mainstream (« courant principal ») en économie[11]. Toutefois, le lien entre politique et économie est différent. En lien avec leur volonté de traiter (« hard facts »)[12], l'économie a dans le social-libéralisme une existence autonome par rapport au politique.

Libre-échange et régulation économiqueModifier

La question de l'abandon du libre-échange et du retour à un protectionnisme fondé sur l'Empire britannique s'est posé au début XXe siècle. Les nouveaux libéraux se sont prononcés en faveur du libre-échange. Hobhouse a été secrétaire de la Free Trade Union qui défendait le libre-échange. Hobson était sur la même position et, dans le protectionnisme le fondement de la politique impériale anglaise de l'époque à laquelle les nouveaux libéraux étaient farouchement opposés. Sur ce point, les Nouveaux libéraux se différenciaient nettement sur de la Fabian Society. L'opposition des deux penseurs au protectionnisme n'est pas tant d'ordre économique que d'ordre politique et éthique. En effet, pour eux, le protectionnisme favorise les replis sur soi et l'emprise des bureaucraties qui entraînent des tentations militaristes. Or, pour eux, « c'est de l'essence du libéralisme que de s'opposer à l'usage de la force, la mère de toutes les tyrannies »[13].

S'ils sont favorables au libre-échange, de façon générale, comme économiquement ils ne sont pas pour un libéralisme de laisser-faire, ils vont contribuer à encadrer le libre-échange de façon qu'au niveau international comme au niveau national, la concurrence ne soit pas faussée. Se pose alors la question de la création d'institutions internationales chargées de réguler les relations tant commerciales que politiques. Sur ce point, ce sont des auteurs que l'on peut qualifier de « socio-libéraux » qui vont créer l'étude des relations internationales[14]. Parmi les figures de prou, on peut citer Norman Angell (un ami de Woodrow Wilson[15]) et David Mitrany (un ancien étudiant de Hobhouse et de Graham Wallas à la London School of Economics)[16]. La pensée de David Mitrany, le fonctionnalisme, marque non seulement les institutions internationales mais également la démarche des pères fondateurs de l'Union européenne, tels Robert Schuman et Jean Monnet. Pour Mitrany, la régulation de l'économie au niveau national est dangereuse car elle peut conduire à des conflits économiques entre États et menacer ainsi la paix. Aussi, selon lui, il vaut mieux réguler l'économie à un niveau supranational. Comme il est méfiant envers un fédéralisme mondial dont il ne voit pas sur quelle base il serait possible de l'instituer, il va préconiser l'approche fonctionnaliste (c'est-à-dire une régulation par fonction : fonction finance, fonction commerce international, fonction juridique) qu'il considère comme plus réaliste[17].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Sur le rôle de Cordell Hull aux États-Unis dans la création de l'impôt sur le revenu voir Schlesinger, T2, 1971, p.214

RéférencesModifier

  1. Hobson 2000, p. 122
  2. Blanchon, p.123
  3. Clavé 2005, p. 99
  4. Clavé 2005, p. 94
  5. Emmanuel Combe, 2003, « État, marché et concurrence : analyse comparée des politiques de la concurrence européenne et américaine», in Benoît Ferrandon, « Concurrence et régulation des marchés », Cahiers français, no 313, p. 14
  6. Michel Glais, 2003, « État, marché et concurrence : Les fondements d’une politique de la concurrence », in Benoît Ferrandon, « Concurrence et régulation des marchés », Cahiers français, no 313, p. 22
  7. Voir document sur Europa où l'article 66 est lié au concept de Workable Competitition [1]
  8. Arthur Schlesinger 1971, p. 26
  9. Prum, p. 112
  10. Freeden p175"
  11. a et b Dostaler
  12. Freeden p252
  13. Hobhouse 1994, p. 21
  14. Asworth 1999, p. 1
  15. Asworth 1999, p. 8
  16. Asworth 1999, p. 76
  17. Asworth 1999, p. 86-93

Articles connexesModifier

SourcesModifier

  • (en) Thomas McGraw, Prophets of Regulation: Charles Francis Adams, Louis D. Brandeis, James M. Landis, Alfred E. Kahn, Oxford, Harvard University Press,
  • Sabine Saurugger, Théories et concepts de l'intégration européenne, Les Presses de SciencePo, (ISBN 978-2-7246-1141-0)
  • Jean-Pierre Potier, « Libéralisme et socialisme dans la pensée d'Alfred Marshall », dans Maurice Chrétien (dir.), Le Nouveau libéralisme anglais, economica
  • (en) John Atkinson Hobson, The Crisis of Liberalism: New Issues of Democracy, Delaware, Adamant Media Corporation, (ISBN 1421227819)
  • Arthur Schlesinger, L'Ère de Roosevelt : la crise de l'ordre ancien 1919-1933, vol. 1, Denoël, (1re éd. 1956)