Les Suppliantes (Eschyle)

tragédie grecque d'Eschyle

Les Suppliantes
Auteur Eschyle
Genre tragédie grecque
Date d'écriture entre 466 et 463 av. J.-C.
Personnages principaux

Les Suppliantes est une tragédie grecque antique du poète Eschyle, probablement écrite dans les années 466 à 463 av. J.-C.

Buste d'Eschyle, musées du Capitole

Genèse et histoireModifier

GenèseModifier

À la suite de la publication, en , d'un papyrus d'Oxyrhynque, la création des Suppliantes est désormais située entre et [1]. Il n'est pas exclu qu'il s'agisse de la reprise d'une pièce plus ancienne[1].

Les Suppliantes est la première pièce d'une tétralogie comprenant les Égyptiens, les Danaïdes et le drame satyrique Amymoné[2].

Manuscrits

Manuscrit M[3] :

  • Laurentianus 32 9 (Mediceus)

Copies du manuscrit M[3] :

  • Bononiensis 2271
  • Guelferbytanus Gudianus gr. 4o 88
  • Laurentianus San Marco 222
  • Parisinus gr. 2886
  • Scurialensis T.1.15

Le texte des Suppliantes ne nous a été transmis que par un unique manuscrit daté du Xe siècle et aujourd'hui conservé à la bibliothèque Laurentienne : le Laurentianus 32, 9, dit le Mediceus et noté M[4]. Cinq autres manuscrits contiennent les Suppliantes : datés du XIVe au XVIe siècle, ils semblent n'être que des copies — directes ou indirectes — du manuscrit M dont ils permettent de corriger certaines erreurs[5].

Censure de la pièce au XXIe siècleModifier

Cette pièce devait être représentée dans l'amphithéâtre Richelieu, à la Sorbonne, le lundi 25 mars 2019, dans une mise en scène de Philippe Brunet, professeur de grec ancien à l'université de Rouen et directeur de la compagnie de théâtre Démodocos. Sa représentation a été empêchée par des associations étudiantes [6],[7]. L’accès des spectateurs à la salle a été bloqué, et une partie de la troupe a été séquestrée. Le motif en était que les acteurs avaient été vus grimés en noir dans une précédente représentation [8], faisant ainsi valoir une accusation de blackface de la part d'associations, parmi lesquelles la Ligue de défense noire africaine (LDNA), la Brigade anti-négrophobie, et le Conseil représentatif des associations noires (CRAN). La présidence de l'université a dénoncé cette censure, déclarant : « Empêcher, par la force et l'injure, la représentation d'une pièce de théâtre est une atteinte très grave et totalement injustifiée, à la liberté de création… Les accusations de racisme ou de racialisme sont révélatrices d'une incompréhension totale ». Par ailleurs Philippe Brunet s’est expliqué sur sa page facebook. « Désolé d'avoir heurté ou blessé quelqu'un si je l'ai fait. (…) En mettant en scène la pièce des Suppliantes d'Eschyle, avec son texte, et rien que son texte, je dois mettre en place une opposition entre des Grecs d'Argos, supposés plus ou moins blancs, et les Danaïdes, venues d'Égypte, à la peau noire et au costume bariolé. ». Cette censure a suscité un vif émoi dans la presse[9]. La pièce s'est jouée deux mois plus tard avec des masques symbolisant les personnages[10], conformément à la grande tradition du théâtre antique. Ici des masques dorés pour signifier les Argiens (des Grecs) et des masques sombres pour signifier les filles de Danaos (les Danaïdes de la légende, venues d'Égypte).

RésuméModifier

PersonnagesModifier

Le chœur représente les cinquante Danaïdes[11],[N 1].

Les trois personnages sont Danaos, Pélasgos et un héraut[12]. Deux acteurs suffisent pour interpréter ces trois rôles[12].

Le roi d'Argos se présente d'abord comme le fils de Palaichtôn[13] (Παλαίχθων)[14],[N 2]. Lui-même se nomme ensuite Pélasgos[13] (Πελασγός)[14] avant de préciser qu'il est l'éponyme[14] des Pélasges. Il se donne le titre d'archégète (ἀρχηγέτης)[14].

PlanModifier

La pièce ne comporte pas de prologue[20]. Elle débute par la parodos, compte quatre épisodes — entre lesquels s'intercalent trois stasima[20] — et s'achève pas l'exodos.

  • Prologue-parodos
  • Premier épisode : Danaos, le chœur ; le Roi
  • Intermède choral
  • Deuxième épisode, intermède choral et troisième épisode enchaînés : Danaos, le chœur
  • Intermède choral
  • Exodos : scène avec le héraut ; le roi, le héraut ; Danaos ; chœur final (dédoublé).

ArgumentModifier

AnalyseModifier

L'ouverture de la tragédie par la parodos chorale au lieu d'un prologue dialogué n'est plus une trace d'archaïsme ; elle correspond à une intention dramatique délibérée. Dans Les Perses, l'introduction chorale crée l'atmosphère. Dans Les Suppliantes le chœur est le personnage principal : il est formé des Danaïdes, héroïnes légendaires dont l'image s'est modifiée au cours des siècles et des œuvres, et recouvre sans doute des symboles fort divers : nymphes hydrophores ou guerrières intrépides ; bienfaisantes, puis épouses criminelles. Ce caractère composite se trahit peut-être dans la tragédie où elles font tantôt figure d'Amazones farouches, tantôt de « colombes timides poursuivies par un épervier cruel ».

La légende telle que l'a mise en scène Eschyle se rattache à celle d'Io, reprise dans le Prométhée du même auteur : Danaos est le descendant à la troisième génération d'Épaphos, fils d'Io, né en Égypte après que sa mère a repris forme humaine. Danaos, selon la tradition, régnait en Libye, son frère Égyptos sur l'Égypte. Égyptos avait cinquante fils qui devaient épouser les filles de Danaos mais celles-ci, redoutant ce mariage, s'enfuirent avec leur père. Au moment où s'ouvre la tragédie des Suppliantes, elles abordent au pays d'Argos, berceau de leur race, et demandent l'hospitalité et la protection du roi du pays, qu'Eschyle nomme Pélasge, contre les Égyptiades qui les poursuivent. Le roi, après avoir consulté son peuple, y consent et repousse la demande d'extradition brutalement présentée par un héraut égyptien. La tragédie s'achève sur l'hymne de reconnaissance des Danaïdes, malgré la menace de guerre qui plane sur le pays. L'histoire se poursuit dans Les Égyptiens, Les Danaïdes puis le drame satyrique d'Amymone.

Adaptations et mises en scène notablesModifier

  • En 2019, la troupe de Théâtre Le Tiroir de Laval (Mayenne), dirigée par Jean-Luc Bansard met en scène la pièce avec des acteurs professionnels et des migrants bénévoles[21].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Leur nombre est déduit du qualificatif d'Egyptos « père de cinquante enfants »[11].
  2. Le grec ancien παλαίχθων est un adjectif[15]. Sa plus ancienne occurrence connue se trouve chez Eschyle lui-même qui, dans les Sept contre Thèbes, l'emploie comme épithète d'Arès[15],[16]. Les deux autres occurrences connues de l'adjectif sont une inscription citée par Eschine dans son Contre Ctésiphon[17],[18] et une épigramme à Héraclès Sôter[19]. Dans les Suppliantes, Eschyle donne le seul emploi connu de Παλαίχθων comme nom propre[15].

RéférencesModifier

  1. a et b Morin 2013, p. 82.
  2. Jouan 1998, p. 12.
  3. a et b Sommerstein 2019, p. 47.
  4. Sommerstein 2019, p. 45.
  5. Sommerstein 2019, p. 46.
  6. « Eschyle censuré à la Sorbonne », Le Point,‎ (lire en ligne).
  7. « Une pièce d'Eschyle accusée d'être racialiste empêchée à la Sorbonne », Nouvel Obs,‎ (lire en ligne).
  8. « Une pièce d'Eschyle accusée d'être racialiste empêchée à la Sorbonne », Libération,‎ (lire en ligne).
  9. « Fallait-il boycotter les Suppliantes », Libération,‎ (lire en ligne).
  10. « Deux mois après la polémique sur le blackface, la pièce Les suppliabtes se déroule dans le calme », sur France Culture.
  11. a et b Morin 2013, p. 92.
  12. a et b Morin 2013, p. 97-98.
  13. a et b Jouan 1998, p. 13.
  14. a b c et d Bonnard 2004, chap. II, § 62.
  15. a b et c Sommerstein 2019, p. 163.
  16. Bonnard 2004, chap. II, § 64.
  17. Bonnard 2004, chap. II, § 63.
  18. (grc) SEG, XXVIII, 44.
  19. (grc) SEG, « XXXVI, 555 ».
  20. a et b Morin 2013, p. 93.
  21. « Laval. Une 33e représentation pour " Les Suppliantes " samedi 19 mai », Ouest France,‎ (lire en ligne)

Voir aussiModifier

ManuscritsModifier

  • Grec 2886, xvie siècle (présentation en ligne, lire en ligne).
  • Bologne, Bibliothèque universitaire, fonds principal, 2271 (110), fos 61-70vo  (Pinakes 9715)
  • Florence, Bibliothèque Laurentienne, fonds Plut., 32.09, fos 179-188 (Pinakes 16274)
  • Florence, Bibliothèque Laurentienne, fonds S. Marco, 222, fos 34-47vo  (Pinakes 16877)
  • L'Escorial, Bibliothèque royale, fonds principal, Τ. I. 15 (Revilla 135), fos 367-381vo  (Pinakes 15407).
  • Paris, Bibliothèque nationale de France, fonds Supplément grec, 988, fos 1-99 (Pinakes 53635).

ÉditionsModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier