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Les Feuilles mortes

Chanson française de 1946 écrite par Jacques Prévert et composée par Joseph Kosma.
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Les Feuilles mortes

Single de Yves Montand
Sortie 1949 ou 1950
Enregistré n/a
n/a
Durée n/a
Genre Chanson française
Format 78 tours
Auteur Jacques Prévert
Compositeur Joseph Kosma
Producteur n/a
Label Disques Odéon

Les Feuilles mortes est une chanson française écrite par Jacques Prévert et composée par Joseph Kosma.

Sommaire

HistoireModifier

La chanson a pour origine un thème instrumental de la partition que Joseph Kosma avait composée pour le ballet de Roland Petit Le Rendez-vous (1945). Le refrain se calque sur un motif musical d'une mélodie pour une voix de soprano et piano, intitulée Poème d'octobre, composée par Jules Massenet en 1876. Sur ce motif, Prévert, auteur de l'argument du ballet, a écrit à l'intention de Marcel Carné, qui était désireux d'adapter au cinéma le sujet du ballet, un texte qu'il disait être « simple comme bonjour »[Note 1]. La chanson devait initialement figurer au générique du film de Carné, intitulé Les Portes de la nuit. Dans le film, seules des bribes en sont fredonnées par Diego (Yves Montand) puis par Malou (Nathalie Nattier)[Note 2].

Sorti en décembre 1946, le film est un échec commercial, mais la chanson va devenir au bout de quelques années un succès international. Dans son livre de souvenirs, La Vie à belles dents, Marcel Carné[1] note à ce propos :

« Jacques se montrait surtout ulcéré de ce que la presse ait complètement passé sous silence Les Feuilles mortes. C'était pourtant vrai. Aucune critique, c'est dire leur clairvoyance, n'avait signalé la chanson qui, quatre ans plus tard, allait faire le tour du monde, et figurer au répertoire des plus grands chanteurs d'Amérique, Sinatra et Nat King Cole en tête. Durant quatre années en effet, Montand qui l'a créée, Juliette Gréco qui l'a reprise[2], n'arriveront pas à l'imposer ! Le premier déclara à qui voulait l'entendre qu'il l'avait inscrite à son répertoire parce qu'il l'aimait, mais qu'il faisait un “bide” chaque fois qu'il la chantait. À Robert Valey, son secrétaire d'alors qui le pressait d'enregistrer un disque, il répondra que “la mélodie est trop compliquée et n'a aucune chance d'intéresser le public…” »

Montand a prétendu avoir été le premier à l'interpréter en public[réf. nécessaire]. « Il a manqué d'élégance », faisait remarquer Cora Vaucaire en 1995, cédant à la curiosité d'Alain Poulanges (entretien sur France Inter) ; en effet, elle aurait été la première à l'interpréter au cabaret L'Échelle de Jacob[3]. Elle revendique aussi avoir été la première à enregistrer ce titre en 1948 sur le label Le Chant du Monde[3], mais la sortie de son 78 tours répertorié par la BnF date de 1950[4]. À peu près au même moment, Marianne Oswald en a donné une version partiellement en allemand[réf. nécessaire]. Jacques Douai en a été le premier interprète masculin (1947)[réf. nécessaire][Note 3].

Cora Vaucaire, habituée à défendre Jacques Prévert sur scène, a longuement bataillé pour imposer cette chanson sans couplet / refrain et à laquelle « manque un pied » — remarquaient certains à l'époque —, bref une chanson bien trop subtile pour « un public de cons », a-t-on expliqué un soir à Cora Vaucaire, qui la chantait à l’Échelle de Jacob.

Yves Montand l'enregistre dans sa version studio en 1949, mais tandis que son éditeur indique la sortie de son 78 tours en [5], la BnF répertorie sa parution la même année que celle du disque de Cora Vaucaire, soit 1950[6].

En 1949, Johnny Mercer l'adapte en anglais : Autumn Leaves connaît un succès remarquable et devient un standard du jazz. En 1955, l'enregistrement de Roger Williams de la mélodie Autumn Leaves a été le succès numéro 1 pendant quatre semaines, devenant le seul disque de piano de l'histoire à figurer en tête du classement Billboard Hot 100. Frankie Veloz l'a repris en salsa et il existe une version disco interprétée par Grace Jones. On dénombre à ce jour plus de 600 interprétations différentes, mais pas une de Marlene Dietrich, à laquelle une anecdote prétend que Jacques Prévert aurait refusé ce privilège parce qu'elle avait refusé de jouer dans Les Portes de la nuit après sa rupture avec Jean Gabin. Yves Montand — qui rencontrait pourtant un grand succès dans le monde anglo-saxon — s'est toujours refusé à chanter Les Feuilles mortes en anglais. Juliette Gréco contribua à populariser cette image de la France lors de ses tournées à l'étranger (récitals toujours interprétés en français) dès 1951 notamment au Brésil (« Son premier contrat en dehors de La Rose rouge ») où, en tant que débutante, elle est stupéfaite à son arrivée à Rio de Janeiro par les nombreux journalistes qui l'attendent, puis par l'« incroyable foule de gens qui bouche la porte d'entrée de l'endroit où Gréco doit chanter. » Elle découvre pourquoi : suite à une rumeur, « ils attendent que la chanteuse existentialiste chante nue... » Sans qu'elle ait besoin de se dénuder, elle rencontre le succès : « son contrat est prolongé de deux mois »[7], ensuite aux États-Unis (gala April in Paris Ball (en), 1952), puis en Allemagne à l'occasion de son mémorable Récital à la Philharmonie de Berlin (20 minutes d'ovation[Note 4], 1966), mais également au Japon, (Récital 1982 et 1987, enregistrement uniquement commercialisé au Japon[8]) et à bien d'autres occasions. Tino Rossi enregistra Les Feuilles mortes chez Pathé Marconi en 1955. Quant à Cora Vaucaire, elle livrait encore une interprétation piano/violoncelle au théâtre des Bouffes du Nord en 1999.

Serge Gainsbourg rend hommage aux Feuilles mortes avec La Chanson de Prévert.

Des chanteurs classiques, tels Bruno Laplante (avec Marc Durand), François Le Roux (avec Jeff Cohen), Françoise Masset (avec Christine Icart), Damien Top (avec Luc Baiwir) ou encore Philippe Jaroussky, ont donné des interprétations dans le style des mélodies françaises (ou du lied allemand).

La veuve du compositeur, Lily Kosma, a fait don à la ville de Nice des droits de la chanson, sous réserve qu'une rue de la ville porte le nom de Joseph Kosma. Une petite rue du quartier des musiciens porte en effet le nom du compositeur.

Le baryton David Serero a enregistré une version avec le chanteur de rhythm and blues Jermaine Jackson mêlant les versions françaises et anglaises.

Interprétations notablesModifier

ChansonModifier

Cora Vaucaire, Yves Montand, Richard Anthony, Alain Barrière, Andrea Bocelli, Dalida, Grace Jones, Jacques Douai, Fairuz (en arabe), Juliette Gréco, Daniel Guichard, Françoise Hardy, In-Grid, Kevin Johansen, Bernard Lavilliers, Nicole Martin (sur son album Cocktail de douceur, 2010), Al Martino, Marcel Mouloudji, Édith Piaf, Iggy Pop (album Préliminaires, 2009), Sheila & Ringo, Moune de Rivel, Tino Rossi, Jean Sablon, Eddy Mitchell (2009, album Grand Écran), April March, Lambert Wilson (album Wilson chante Montand).

En version anglaise, la chanson Autumn Leaves est interprétée notamment par : Édith Piaf, Eric Clapton, Frank Sinatra, Nat King Cole, Eartha Kitt, Tony Bennett, Barbra Streisand, Susan Boyle, Jermaine Jackson, Emmy Rossum (version alternée anglais-français), Mark Lanegan, Bob Dylan, Eva Cassidy.

Mélodie classiqueModifier

Maurice André, Philippe Jaroussky, Jason Kouchak, François Le Roux, Françoise Masset, Damien Top.

ElectroModifier

JazzModifier

Bob Dylan, Cannonball Adderley, Gene Ammons, Chet Baker, Dee Dee Bridgewater[9], Eva Cassidy, Nat King Cole, John Coltrane, Miles Davis, Billy Eckstine avec Benny Carter, Lisa Ekdahl, Bill Evans, Erroll Garner, Stan Getz, Stéphane Grappelli, Ahmad Jamal, Keith Jarrett, Diana Krall, Eddy Louiss, Bobby McFerrin accompagné de Chick Corea, Joe Pass, Art Pepper (Intensity, 1960), Michel Petrucciani, Ringo Shiina, Sarah Vaughan, Oscar Peterson, Wynton Marsalis, Michael Brecker, Paula Cole, Frank Sinatra, Dee Dee Anderson, Leslie Odom Jr..

RockModifier

François Cambuzat & Putan Club, Matthew Caws & Lara Meyerratken, Eric Clapton, Iggy Pop, The Quiets, Billy Talent[réf. nécessaire].

Opéra lyriqueModifier

Anne Rodier (soprano).

Serge Kakudji (Mozart)

Autour de la chansonModifier

En , paraît l'album de Juliette Gréco Peut-être que… sur lequel figure la chanson Les Feuilles de tabac écrite par Boris Bergman et composée par Maurice Dulac. Cette chanson (une samba) fait référence aux Feuilles mortes, car en deux endroits sont insérés des montages de Gréco reprenant de courts extraits des Feuilles mortes[Note 5], Prévert et Kosma étant d'ailleurs crédités par la Sacem[10]. Bien que Bergman et Dulac « Se prévalent de l'accord de Joseph Kosma. […] Quelques semaines plus tard, une volte-face du compositeur [Kosma] et la menace d'une action légale contraignent Philips à procéder à un nouveau tirage du 33 tours Peut-être que… en rétablissant la chanson sans les extraits des Feuilles mortes »[11]. Il existe donc deux versions de l'album vinyle Peut-être que… de 1968 et les rééditions des Feuilles de tabac sont expurgées des extraits des Feuilles mortes[Note 6].

Dans la cultureModifier

  Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section proviennent du générique de l'œuvre audiovisuelle présentée ici.   Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données IMDb.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le manuscrit autographe de Prévert a été acquis en juin 2010 par le Musée des lettres et manuscrits, sur le site duquel il est présenté : [1].
  2. Si, sur la bande originale, c'est bien Montand qui chante (contrairement à ce qu'on a parfois prétendu)[Qui ?], sa partenaire a été doublée par la cantatrice Irène Joachim. Ces quelques minutes ont été reportées sur CD, cf. Intégrale Yves Montand. 1, 1945-1949, Frémeaux & Associés, Vincennes, 2001, CD 1, plage 5.
  3. Aucune trace d'un enregistrement de Jacques Douai datant des années 1940 dans le catalogue général de la BnF
  4. Exceptionnellement, parce que « cela les fait rire et nous rapproche dans le bonheur d'être ensemble », elle interprétera La Fourmi en allemand (Die Ameise) pour ce public. Extraits de ses mémoires Je suis faite comme ça, éditions Flammarion, 2012 (ISBN 9782081254893) et CD 19 Juliette Gréco internationale, intégrale L'Éternel Féminin, Mercury/Universal, 2003.
  5. La chanson traite de la vie des feuilles sur le mode humoristique, deux suppressions (texte en italique) après le couplet :

    Et les feuilles de chêne
    Ont bien de la peine
    Sachant qu'elles finiront
    Comme dans la chanson :
    Les feuilles mortes se ramassent à la pelle, [suppression 1]
    Les souvenirs et les regrets aussi. [suppression 1]
    […]
    Le vent du Nord les emporte. [suppression 2].

  6. Une différence d'une durée de 23 secondes entre la 1re version vinyle originelle de min 41 s et les versions expurgées de min 18 s.

RéférencesModifier

  1. Extrait de La Vie à belles dents, Paris, Éditions Jean-Pierre Ollivier, , 488 p..
  2. Voir 1952 : Juliette Gréco chante ses derniers succès.
  3. a et b http://www.epmmusique.fr/fr/cd-chanson-francaise/1817-cora-vaucaire-ses-plus-jolies-chansons-cora-vaucaire-3540139869071.html
  4. Catalogue général (notice BnF no FRBNF37813471).
  5. Le 78 tours Odéon 282066 sort le 9 mai 1949. Source : livret du coffret CD Yves Montand ce monsieur-là, parut en 2011.
  6. Catalogue général (notice BnF no FRBNF37939760).
  7. Citations extraites de son autobiographie, Jujube, éditions Stock, 1982 (ISBN 9782234008168).
  8. Volume 19 (Gréco en scène) de son intégrale L'Éternel Féminin.
  9. Dee Dee Bridgewater, Les Feuilles mortes
  10. Les Feuilles de tabac dans le répertoire des œuvres Sacem
  11. Livret no 10 La Panthère de l'intégrale de Juliette Gréco, L'Éternel Féminin (Mercury Records/Universal Music réf. 980.042-6, 2003).