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Lekë III Dukagjini (1410-1481), surtout connu sous le nom de Lekë Dukagjini, était un membre de la famille mystérieuse Dukagjini à propos de qui peu de choses sont connues. Il est supposé faire partie de la noblesse albanaise du XVe siècle[1]. Dukagjini, contemporain de Gjergj Kastriot Skanderbeg, est connu pour la Kanuni i Lekë Dukagjinit (Kanun en français) un code de droit institué parmi les tribus du Nord de l'Albanie.

Sommaire

BiographieModifier

Son prénom Lekë est un diminutif d'Alexandre[2]. Le lieu de naissance de Lekë Dukagjini est à Gjakovë où il passé une période de son enfance. Jusqu'à 1444, il est pronoier de Koja Zaharia[3]. Il a pris la suite à la tête du comté après son père, le prince Pal Dukagjini, en 1446, qui meurt d'apoplexie[4].

Dukagjini combat sous le commandement de Gjergj Kastriot Skanderbeg contre les Ottomans au cours des deux dernières années de la guerre légendaire de Skanderbeg. Même s'ils se battent ensemble, les deux hommes se sont déjà retrouvé de chaque côté du champ de bataille, les alliances albanaises se faisant et se défaisant beaucoup au cours de cette période.

Lekë Dukagjini tue Lekë Zaharia Altisferi, le prince de Dagnum, lors d'une embuscade. Les deux princes sont opposés pour savoir qui a le droit épouser Irene Dushmani, l'unique enfant de Lekë Dushmani, prince de Zadrima. En 1445, les deux princes sont les invités au mariage de la sœur cadette de Skanderbeg, Mamica, qui se marie à Muzaka Thopia. À peine Irene Dushmani apparaît au cours du mariage, les hostilités débutèrent[5]. Dukagjini demande Irene de l'épouser, mais Zaharia, ivre et jaloux, agresse Dukagjini. Certains princes essayent d'arrêter le combat, mais finalement cela ne fait qu'ajouter plus de personnes dans le conflit faisant plusieurs morts avant que la paix ne soit rétablie[6],[7]. Aucun des deux princes en opposition n'a subi de dommage physique, mais après l'événement Dukagjini se sent humilié moralement. Deux ans plus tard, en 1447, dans un acte de vengeance, Dukagjini tue donc Zaharia.

La mort de Zaharia laisse sa principauté sans successeur, forçant sa mère à remettre la forteresse à l'cz[8],[9],[10]. Au cours de cette même année, Skanderbeg essaye sans succès de capturer Dagnum mais la tentative débouche sur guerre Albanais- Vénitiens (1447-1448). En mars 1451 Lekë Dukagjini et Božidar Dushmani prévoient d'attaquer Drivast, alors contrôlée par les Vénitiens[11], mais leur complot est découvert et Božidar est contraint de fuir en exil[12]. En 1459 les forces de Skanderbeg capturent la forteresse de Sati de l'Empire ottoman et Skanderbeg décide de la céder à Venise en vue de garantir une relation cordiale avec Signoria. Juste après, il envoie ses troupes en Italie pour aider le roi Ferdinand pour retrouver et maintenir son royaume après la mort du roi Alphonse V d'Aragon[13],[14]. Avant que les Vénitiens ne parviennent à prendre le contrôle de Sati, Skanderbeg les prend de vitesse et sécurise les environs. Il force ainsi Lekë Dukagjini et ses forces à fuir[15].

Dukagjini continue à se battre avec un succès limité contre l'Empire ottoman, étant nommé chef de la résistance albanaise après la mort de Skanderbeg, jusqu'à 1479. À certains moments, ses forces s'allient même avec les Vénitiens avec la bénédiction du pape.

Les victoires militaire de Dukagjini contre les Ottomans n'ont réellement jamais été de très grands succès. De plus, il ne parvint jamais à unir ni son pays et ni le peuple albanais, au contraire de Skanderbeg. Les loyautés sont alors fragiles, les trahisons étaient choses communes, et l'Albanie tombe sous la soumission complète des Ottomans à la fin du XVe siècle.

HéritageModifier

Même si sa vie est grandement occultée par la légende de Skanderbeg, Dukagjini est connu par la mise en place des lois qui régissent les hauts plateaux du nord de l'Albanie, et que l'on connait sous le nom de Kanuni i Lekë Dukagjinit (le code de Lekë Dukagjini). Bien que les spécialistes de l'histoire et des coutumes de l'Albanie se réfèrent généralement au texte de Gjeçovi comme étant la seule version existante du Kanuni non contestée et écrite par Lekë Dukagjini, c'est en réalité incorrect. En effet, le texte du Kanuni, souvent contesté et qui connaît de nombreuses interprétations différentes qui ont évolué de façon significative depuis le XVe siècle, a seulement été nommé d'après le nom Dukagjini[16]. Alors que Skanderbeg est souvent désigné comme le «prince de dragon" qui a osé lutter contre tous les ennemis, les chroniques dépeignent Dukagjini comme le «prince des anges" qui, avec dignité et sagesse, a assuré la continuité de l'identité albanaise.

L'ensemble des lois ont été actifs dans la pratique depuis longtemps, mais leur codification de date que de la fin du XIXe siècle par Shtjefën Gjeçovi[17],[18]. Les lois les plus contestées du Kanun sont celles qui régissent les vendettas. Celles-ci, après avoir été interdites pendant de nombreuses années sous le régime d'Enver Hoxha, et contenues par la fermeture des frontières, ont recommencé, après la chute du communisme au début des années 1990, dans le nord de l'Albanie (et se sont par la suite propagées à d'autres parties de l'Albanie et même chez les expatriés) .

RéférencesModifier

  1. (en) Robert Elsie, Historical Dictionary Of Kosovo, Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-5309-6, lire en ligne), p. 91 :

    « ... litle-known and somewhat mysterious figure thought to have been a fifteenth- century prince »

  2. Noel Malcolm, « Kosovo: a short history », New York, New York University Press, (ISBN 978-0-8147-5598-3, OCLC 37310785) : « Lek or Lekë being abbreviated form of Alexander », p. 17
  3. (sr) Ivan Božić, « Nemirno pomorje XV veka », Beograd, Srpska književna zadruga, (OCLC 5845972) : « велики пронијари Павле и Лека Дукађини », p. 291
  4. (en) Shaban Demiraj, Gramatika e gjuhës shqipe, Enti i teksteve dhe i mjeteve mësimore i Krahinës Socialiste autonome të Kosovës, (lire en ligne), p. 101
  5. Francione 2003, p. 61
  6. Francione 2003, p. 62
  7. Hodgkinson 1999, p. 83
  8. Fine 1994, p. 557
  9. Franco p. 84.
  10. Hodgkinson 1999, p. 83–84
  11. Oliver Jens Schmitt, « Das venezianische Albanien (1392-1479) », München, R. Oldenbourg Verlag GmbH München, (ISBN 3-486-56569--9, consulté le 17 janvier 2012) : « Die eigene Herrschaft im Norden war nicht ungefährdet, wie die Aufdeckung eines Anschlags Božidar Dushmans und Leka Dukagjins gegen Drivasto erwies (Marz 1451),.. », p. 308
  12. (sr) Zarij M. Bešić, Istorija Črne Gore, Volume 2, Part 2, Titograd, Redakcija za istoriju Črne Gore, (lire en ligne) :

    « У Дривасту je окупљао млетачке противнике Божидар Душман и, у спрези с Леком Дукађином, припремао побуну у граду и по селима. Завјера je откривена и Bијеће четрдесеторице осудило га je у марту 1451. год. на тридесетогодишње изгнанство с Млетачких поседа у Албанији »

  13. Athanase Gegaj, « L'Albanie et l'Invasion turque au XVe siècle », université de Louvain, (OCLC 652265147) : « En 1459, Scanderbeg occupa la ville de Sati (Sapa) et beaucoup d'autres localités. Bien qu'il eut enlevé ces places aux Turcs, il se montra disposé à les céder à la république de Venise », p. 241
  14. Fan Stilian Noli, « George Castrioti Scanderbeg (1405–1468) », International Universities Press,‎ , p. 65 (OCLC 732882) :

    « After the death of Alphonse V rapprochement with Venice became a necessity. It came very slowly and painfully. In 1459 he returned the fortress of Sati to the Venetians though he had conquered it from the Turks. »

  15. (sr) Ivan Božić, « Nemirno pomorje XV veka », Beograd, Srpska književna zadruga, (OCLC 5845972) : « Када је Лека порушио тврђаву Сати пре него што ће је предати Млечанима, Скендербег је заузео град и села по његовој околини, потиснувши одатле Леку. », p. 378
  16. (en) Anna Di Lellio, The Case for Kosova: Passage to Independence, Anthem Press, (ISBN 978-0-85728-712-0, lire en ligne), p. 181 :

    « The first version of the kanun to be codified was based on the ethnographic work by an Albanian Franciscan priest by the name of Shtjefën Gjeçovi. Students of Albanian history and society sometimes refer to Gjeçovi's rendition as if it is the... »

  17. (en) Clarissa De Waal, Albania today: a portrait of post-communist turbulence, I.B.Tauris, (lire en ligne), p. 72
  18. (en) Bernard Cook, Europe since 1945: an encyclopedia, Garland Publishing, (ISBN 0-8153-4057-5, lire en ligne), p. 22

Articles connexesModifier

BibliographieModifier