Le Tunnel (Ernesto Sábato)

livre de Ernesto Sábato

Le Tunnel
Auteur Ernesto Sábato
Pays Drapeau de l'Argentine Argentine
Genre Roman psychologique
Version originale
Langue espagnol
Titre El túnel
Éditeur Sudamericana
Lieu de parution Buenos Aires
Date de parution 1948
ISBN 9788432215148
Version française
Traducteur Michel Bibard
Éditeur Éditions du Seuil
Lieu de parution Paris
Date de parution 1995
Nombre de pages 139
ISBN 2-02-023928-0
Chronologie

Le Tunnel (en espagnol : El túnel, est un roman psychologique écrit par l'Argentin Ernesto Sábato. Il présente dans le personnage de María Iribarne la compréhension de la totalité et de l'absolu, ainsi que les zones occultes et mystérieuses qui pousseront Juan Pablo Castel à l'assassiner. Le peintre, en donnant forme à ses obsessions internes, doit renoncer à toute autre option, dans un processus à la fois constructif et destructif qui centralisera l'analyse des motivations du crime.

Œuvre essentielle d'Ernesto Sábato, Le Tunnel offre les éléments basiques de sa vision métaphysique de l'existentialisme. C'est une œuvre qui approfondit le pessimisme dans chaque dialogue ou pensée des personnages[1].

Avec sa publication en 1948, Sábato obtient la reconnaissance internationale en recevant des éloges de personnalités importantes telles que Thomas Mann et Albert Camus.

Histoire par chapitresModifier

I et IIModifier

Présentation du personnage, Juan Pablo Castel, peintre.

III à VModifier

Juan Pablo rencontre María dans une exposition de peinture où il expose : il remarque une jeune femme qui regarde fixement une petite fenêtre avec une femme faisant face à la mer, dans un de ses tableaux ; il commence alors à s'obséder pour la fille et la cherche partout en ville. Dans sa recherche, le peintre fantasme sur toutes les possibilités dont il dispose pour la rencontrer et l'aborder dans la rue, tout en ayant une série de réflexions qui montrent sa posture vis-à-vis de la peinture et des expositions qu'il évite.

VI à VIIIModifier

Castel retrouve María dans la rue et la suit jusqu'à des bureaux ; il entre dans l'immeuble derrière elle et lui demande le nom des bureaux. María le reconnaît et rougit. Castel lui fait savoir qu'il l'a cherchée, qu'ils doivent parler de la « fenêtre » de son tableau, ce que María ne semble pas comprendre. Voyant cela, Castel s'excuse et part. María le rattrape et demande pardon, disant qu'au contraire elle y pense beaucoup, et part à son tour. Le peintre ne cesse de penser à elle et décide de la chercher à nouveau.

IX à XIIModifier

Le jour suivant, Castel va au même endroit et attend que María passe à nouveau ; il la voit enfin, la prend par le bras et l'emmène à un parc près de là. Le peintre lui confesse qu'il ne cesse de penser à elle et qu'il a besoin d'elle ; il lui demande de ne jamais se séparer de lui. Il lui demande qu'ils parlent du tableau de la fenêtre, et María lui explique qu'il lui semblait que le tableau était un message de désespoir ; elle ajoute qu'il ne gagnera rien à la voir : elle fait du mal à tous ceux qui s'approchent d'elle.

Plus tard, Castel l'appelle par téléphone ; il ne parvient pas à comprendre le ton mystérieux de María, qui finalement lui dit qu'elle doit raccrocher. Juan Pablo lui dit qu'il l'appellera le lendemain. Agité par l'appel, Castel ne peut dormir et va dans un café, très tôt le matin. Il appelle la maison de María, mais la femme de ménage lui dit qu'elle est partie à la campagne, non sans avoir laissé une lettre qui lui était destinée. Lorsqu'il arrive chez María, il est reçu par un homme aveugle qui lui donne la lettre et se présente comme Allende, mari de María. Surpris, Castel ouvre la lettre, qui dit seulement « Moi aussi je pense à vous ». Allende révèle à Castel la maison où se trouve María, ainsi que celle de son cousin Hunter, qui vit en face.

XIII à XVIModifier

Très confus par ce qu'il vient de se passer et par le contenu de la lettre, Castel commence à déduire une série d'hypothèses sur l'histoire qu'il est en train de vivre et sur la raison pour laquelle María ne lui avait pas mentionné qu'elle était mariée.

Plusieurs jours plus tard, il appelle pour demander l'adresse de la maison où se trouve María et lui écrit une lettre pour lui demander qu'elle l'appelle dès qu'elle rentre à Buenos Aires. María répond en disant qu'elle pense à lui et qu'elle le sent entre la mer et elle. Ils continuent à s'écrire jusqu'à ce que María rentre à Buenos Aires ; ils se donnent rendez-vous et Castel la questionne sur son départ subit à la maison de campagne.

XVII à XXModifier

Pendant plus d'un mois, ils entretiennent une relation constante, mais Juan Pablo se tourmente fréquemment, et tourmente par la même occasion María, qu'il envahit de questions sur sa vie privée, ses relations, ses réactions, l'« amour fraternel » qu'elle dit sentir pour Allende, etc. De telles situations arrivent à des extrêmes et un jour Castel menace María de la tuer s'il apprend qu'elle le trompe.

XXI a XXVModifier

Accablé par l'usure de la relation, Castel se perd dans la boisson. Une nuit, il rêve qu'un homme lui tend un piège et le transforme en oiseau ; il se voit étant un oiseau et parle avec un autre de cette espèce, mais personne ne s'en rend compte, sauf lui. En se réveillant, il appelle la maison de María et découvre qu'elle est à nouveau partie à la maison de campagne. Il lui écrit et lui demande pardon. Plusieurs jours plus tard, il reçoit une réponse de María l'invitant à passer quelques jours à la maison où elle se trouve. En arrivant à la gare « Allende », un chauffeur l'attend, prétextant une indisposition de María. Dans la maison, il est reçu par Hunter et sa cousine Mimí, qui lui pose des questions sur ses peintures. Les cousins discutent tandis que Castel se demande pour quelle raison María ne sort pas de sa chambre.

XXVI à XXVIIIModifier

Finalement, María fait son apparition et tous les deux vont marcher sur la plage, prétextant qu'ils vont voir des dessins de Castel. Ils restent silencieux face à la mer et María lui avoue combien elle était émue par le tableau de la fenêtre, et combien elle désirait le connaître, ayant elle aussi eu les mêmes sentiments que lui, tous deux cherchant quelqu'un. En rentrant à la maison, Hunter est très agité, visiblement jaloux. Cela révèle à Castel la relation qu'il semble y avoir entre eux ; il se retire tout d'un coup dans sa chambre et les entend se disputer. Le lendemain, très tôt, il décide de partir.

XXIX à XXXIIIModifier

Castel, confus et déçu par la situation avec María, ne cesse de boire, de se battre dans les bars et maltraite les prostituées. Il envoie une lettre à María dans laquelle il explique son départ subit de la maison de campagne et la remercie pour ses attentions, mais déclare ne pas croire qu'elle l'aime, expliquant qu'il ne peut comprendre comment elle peut l'aimer tout en aimant son mari et en couchant avec Hunter. Il va à la poste déposer la lettre et, quelques minutes après l'avoir fait, regrette ; il essaie inutilement de la récupérer, mais les employés du bureau de poste ne le lui permettent pas.

Castel appelle María à sa maison de campagne pour lui demander qu'elle vienne le voir, sous peine de se tuer. Elle lui fait comprendre qu'il n'y a plus lieu de se revoir, qu'ils ne feront que se faire du mal ; mais Juan Pablo menaçant de se suicider, elle accepte. Celui-ci ne cesse de la questionner sur sa relation avec Hunter et va chercher Lartigue, un ami proche de Hunter, pour lui demander depuis quand ce dernier a commencé à avoir des relations avec María. Face au refus et à la nervosité de Lartigue, Castel confirme ses soupçons. Il appelle à la maison de María de Buenos Aires, où elle se trouve, et lui donne rendez-vous le lendemain.

XXXIV à XXXIXModifier

María ne se présente pas au rendez-vous, et, quand il l'appelle chez elle, Juan Pablo découvre qu'elle est rentrée un peu plus tôt à la maison de campagne. Castel emprunte la voiture d'un ami et conduit jusqu'à ladite maison. Quand il arrive, il se rappelle nostalgiquement des moments heureux vécus avec María et rêve d'elle étant une enfant galopant à cheval, les cheveux aux vents : « en tous cas, il n'y avait qu'un seul tunnel, obscur et solitaire : le mien, le tunnel où s'était déroulée mon enfance, ma jeunesse, toute ma vie. » Il comprend qu'il a toujours existé un mur de verre qui le sépare de María. Après avoir attendu, Castel voit au travers de la fenêtre de la maison qu'ils descendent les escaliers, se tenant par le bras et se préparant à aller se balader au parc.

Quand il entre dans la maison de campagne, Castel se sent mourir en remarquant que seule une lumière s'allume, celle de la pièce centrale, et plus tard, celle de la chambre de María. Juan Pablo, couteau en main, monte au balcon, trouve une porte, entre dans la galerie intérieure et apparaît face à la porte de María, qui lui demande ce qu'il compte faire. Il lui répond qu'il doit la tuer parce qu'elle l'a laissé seul ; il lui plante le couteau dans la poitrine, et elle meurt. Il sort de la maison, et appelle Allende pour lui dire qu'il doit le voir. Lors du rendez-vous, Castel lui confesse ses suspicions d'infidélité et lui révèle même qu'elle le trompait avec lui. Allende poursuit inutilement Castel en le qualifiant d'« insensé ». Castel se livre à la police et apprend plus tard qu'Allende s'est suicidé.

Thèmes du romanModifier

Buenos Aires comme métropoleModifier

En 1900, Buenos Aires commence à devenir une puissante métropole, du fait de nombreux changements dans l'infrastructure du pays mais aussi parce que des groupes d'immigrants s'établissent dans la ville, au lieu de partir vers d'autres provinces. La construction de nouvelles lignes ferroviaires accroît la richesse en facilitant le transport des matières premières. Les exportations augmentent de manière importante. Le besoin de main-d'œuvre attire de nombreux travailleurs, la ville devient multiculturelle.

Du fait d'une immigration massive, l'Argentine devient capable de concurrencer les plus importantes nations européennes. Une réalisation révélatrice de cette prospérité est le Théâtre Colón, l'un des plus grands opéras au monde. Les plus belles avenues de la ville datent également de cette époque[2].

Cadre historique de l'Argentine : le péronisme en 1945Modifier

La pauvreté et le travail continu étaient les problèmes auxquels faisait face l'Argentine en 1945. Dans une tentative d'éliminer le problème, Juan Domingo Perón arrive au pouvoir en 1946 et met en place un mouvement politique connu comme le péronisme — également connu comme le « justicialisme », son objectif étant la justice sociale)[3].

PersonnagesModifier

Personnages principauxModifier

Juan Pablo Castel

Protagoniste et narrateur de l'histoire. Solitaire et incompris, il croit trouver en María la compréhension et l'amour qu'il n'a pas eus, la jeune femme étant la seule personne à avoir compris sa peinture. Mais son obsession pour María est portée à un tel degré qu'il la tue lorsqu'il se croit trompé. Sur le plan psychologique, c'est un personnage très intense, doué d'une grande habileté, qui s'interroge et questionne le lecteur sur l'existence humaine.

María Iribarne

Une aura de mystère et de confusion entoure l'histoire de María. Elle répond à l'amour de Castel sans arriver jamais à se livrer complètement, peut-être parce qu'elle est déjà mariée à Allende. Cependant, Castel soupçonne qu'elle entretient une liaison avec Hunter, le cousin de son mari, qu'elle visite fréquemment. Elle se sent proche de Juan Pablo seulement au travers des peintures de ce dernier.

Personnages secondairesModifier

Allende

Époux de María. Aveugle, il connaît Castel parce qu'il lui donne une lettre que María lui a laissée avant de partir pour la première fois dans une maison de campagne, en face de laquelle vit Hunter, son cousin. Lorsque Allende apprend de la bouche de Castel les infidélités de María et sa mort, il appelle ce dernier « insensé » et finit par se suicider.

Hunter

Cousin d'Allende, et l'amant ou ami intime de María.

Adaptations cinématographiquesModifier

Notes et référencesModifier

  1. (es) A. P. Ferreira, « El túnel, de Ernesto Sábato, en busca del origen », Revista iberoamericana, vol. 58, no 158,‎ , p. 91-103.
  2. (es) S. Lipp, « Ernesto Sábato: Síntoma de una época », Journal of Inter-American Studies,‎ , p. 142-155.
  3. (es) Juan Carlos Torre, Los años peronistas, Buenos Aires, Sudamericana, .
  4. (en) James Mottram, Sundance Kids : How the Mavericks Took Back Hollywood, , 512 p. (ISBN 978-0-571-26149-9, lire en ligne), p. 168.

Liens externesModifier