Le Grand Macabre

opéra de György Ligeti
Le Grand Macabre
Genre opéra
Nbre d'actes 2
Musique György Ligeti
Livret György Ligeti et Michael Meschke
Langue
originale
allemand (1ère version), anglais (2nde version)
Sources
littéraires
La Balade du Grand Macabre de Michel de Ghelderode
Durée (approx.) deux heures
Dates de
composition
1974-1977
Création 12 avril 1978
Opéra royal de Stockholm
Création
française
23 mars 1981
Opéra Garnier

Versions successives

En anglais, créée le 28 juillet 1997 au Festival de Salzbourg

Le Grand Macabre est un opéra de György Ligeti, sur un livret en allemand de Michael Meschke et du compositeur, créé en 1978 à Stockholm. L'histoire est adapté de la pièce La Balade du Grand Macabre de Michel de Ghelderode de 1934.

HistoriqueModifier

Il s'agit ici de l'unique opéra du compositeur hongrois György Ligeti. Ce dernier s'était confronté à la musique vocale auparavant, au-delà des chœurs et des chansons, avec notamment ses pièces scéniques pour trois chanteurs et sept instruments, Aventures et Nouvelles Aventures, composé entre 1962 et 1965[1], ainsi que Clocks and Clouds, de 1973, pour douze voix féminines. Le présent opéra est une commande de l'Opéra royal de Suède[2].

L'histoire qui servira de base au livret fut cherché du côté de l'œuvre du poète Alfred Jarry en première instance. György Ligeti et l'acteur et metteur en scène suédois Michael Meschke explorent ensemble à partir de là, le théâtre de l'absurde[3]. Le compositeur apprécie cet ouvrage pour son ancrage dans le milieu populaire médiéval, ainsi que la « langue rabelaisienne »[3]. C'est pour cela que le compositeur se tourne vers l'acteur suédois, créateur de marionnettes et marionnettiste et directeur du théâtre de marionnettes de Stockholm. Le livret, écrit en allemand, est achevé en 1973 par le librettiste, mais est retravaillé par le compositeur lors de l'écriture de la musique ; la partition est quant à elle composée entre 1974 et 1976[3].

Le Grand Macabre est créé en version suédoise le à l'Opéra royal de Stockholm sous la direction du chef d'orchestre anglais Elgar Howarth et mis en scène par Michael Meschke avec Aliute Meczies aux décors et aux costumes. Cette production est reprise à Hambourg le 15 octobre[3] et Saarbrück ; un après, l'opéra est représentée à Bologne, en mai 1979, dont les décors et les costumés sont réalisés par l'artiste français Roland Topor[1]. La réception de l'ouvrage est très mitigée : le public reproche à l'opéra son manque de sens ainsi que la profusion d'obscénités balancées tout le long[4]. La première à Paris provoque de nombreuses réactions des critiques, qualifiant l'ouvrage de « pornopéra » et ne lui prédisent pas un grand avenir[5]. L'opéra est cependant produit, entre la création et la seconde version de 1997, une quinzaine de fois ; il y subit des retouches à chaque fois[3].

Reprises et versionsModifier

Le compositeur souhaite que le livret de l'opéra soit traduit en fonction de la langue du lieu où l'ouvrage est représenté[6]. La version française est ainsi créée le sous la direction d'Elgar Howarth à l'Opéra Garnier, mis en scène par Daniel Mesguich[7], pour sa première expérience de la scène lyrique[6].

L'opéra est révisé dans une version définitive composée durant dix mois en 1996 et traduite en anglais[3]. Cette version raccourcit notamment les passages parlés et facilite l'exécution de la musique[8]. Cette version est représentée pour la première fois le au Festival de Salzbourg en Autriche[3]. Elle est dirigée par le chef d'orchestre finlandais Esa-Pekka Salonen, mise en scène par l'américain Peter Sellars avec George Tsypin aux décors, Dunya Ramicova aux costumes et James F. Ingalls à la lumière. Cette production est reprise au Théâtre du Châtelet en 1998[6]. La mise en scène de Peter Sellars a largement déplu au compositeur : entre autres, au lieu d'exploiter l’ambiguïté inhérente à l'histoire, le metteur en scène place le récit dans le drame de Tchernobyl[9]. En revanche, la production en général et la musique en particulier ont été largement applaudi par les spectateurs du Festival de Salzbourg[4].

PostéritéModifier

La partition est éditée par Schott. Elgar Howarth compose un arrangement pour soprano solo et petit ensemble, depuis un extrait de l'opéra en 1991, intitulé Mysteries of the Macabre, qui reprend trois airs chantés par le personnage du chef de la Gepopo[10]. En 2004, en première américaine au San Francisco Opera. En 2009, l'opéra est donnée à La Monnaie dirigée par Leo Hussain et mis en scène par Àlex Ollé pour La Fura dels Baus[11], repris à l'English National Opera de Londres. En 2009, trois ans après la mort du compositeur, l'opéra s'est bien installé dans le répertoire puisque l'on comptabilise plus d'une trentaine de productions depuis sa création, 31 ans auparavant[12].

En 2010, Le Grand Macabre est produit en première de New York par la l'Orchestre Philharmonique de New York au Avery Fisher Hall du Lincoln Center. L'ouvrage est dirigé par Alan Gilbert et mis en scène par Doug Fitch[13]. Une coproduction européenne représentée au Gran Teatre del Liceu en novembre 2011, dirigée par Michael Boder et mise en scène par Àlex Ollé pour La Fura dels Baus, donne lieu à une captation vidéo de l'opéra parue en 2012 chez Arthaus Musik[14]. Il s'agit de la version en anglais révisée de 1996, on y retrouve le ténor Chris Merritt. La mise en scène est marquée par la présence d'un mannequin géant au milieu de la scène[15]. En 2017, Le Grand Macabre est donné à la Philharmonie de Berlin, dirigé par Simon Rattle et mis en scène par Peter Sellars[16]. En 2018, l'ouvrage est joué en version orchestrale d'extraits par la Philharmonie de Paris, dirigée par Matthias Pintscher, avec l'Ensemble intercontemporain, l’Orchestre du Conservatoire de Paris et le Chœur National Hongrois[7]. En 2019, l'opéra est représenté au Semperoper Dresden de Dresde, en coproduction avec le Teatro Real de Madrid, dirigé par Omer Meir Wellber et mis en scène par Calixto Bieito. La même année, il est donné à Zurich à l'Opernhaus dirigé par Fabio Luisi et mis en scène par Tatjana Gürbaca.

DescriptionModifier

Le Grand Macabre est un opéra en deux actes et quatre scènes d'une durée d'environ deux heures. Explorant le thème de la mort, l'opéra confine aux limites du trivial, voire de l'obscène, et donne une grand place à l'humour à travers force jeux de mots[7]. La partition cite abondamment de nombreux compositeurs passés, tels que Ludwig Van Beethoven avec sa Symphonie Héroïque, ou encore L'Orfeo de Claudio Monteverdi, mettant en comparaison sa toccata qui l'ouvre et le concert de klaxons qui ouvre Le Grand Macabre[7]. Par ailleurs, les airs au sein de l'ouvrage, clairsemé de sons et autres bruits, qui prennent place dans l'univers temporel et pictural du flamand Brueghel, s'inspirent du langage musical du compositeur italien Gioachino Rossini[9].

Rôles et distributionsModifier

Rôle Voix Créateur en 1978 Première à Paris

1981[17]

Deuxième version

Première à Salzbourg, 1997

Piet le pot, ivrogne ténor Roderick Keating
Nekrotzar, Le Grand Macabre, La Mort baryton-basse Peter Gottlieb
Amanda (Clitoria) soprano Eliane Lublin
Amando (Spermando) mezzo-soprano Renée Auphan
Astradamors, astrologue basse Boris Carmeli
Mescaline, femme d'Astradamors mezzo-soprano Hélia T'Hézan
Prince Go-Go contreténor Kevin Smith
Vénus soprano Danièle Chlostawa
Le Chef de la Gepopo soprano Britt-Marie Aruhn
Ministre du White-Party ténor (parlé) Jean-Luc Buquet
Ministre du Black-Party baryton-basse (parlé) Catherine Berriane
Ruffiack baryton
Schobiack baryton
Schabernack baryton

ArgumentModifier

L'action se déroule dans un pays imaginaire « Brueghelland ». Le Grand Macabre, personnage qui prétend être l'incarnation de la Mort, annonce la fin imminente du monde.

Acte I, partie 1Modifier

Au pays de Breughellande : Piet chante une chanson en souvenir de son pays pendant qu'Amando et Amanda cherche un lieu cherche un lieu discret pour faire l'amour. Ils trouvent un tombeau et tombent sur une ancienne et étrange créature : Nekrotzar, le Grand Macabre. Il annonce la fin du monde et engage Piet comme valet.

Acte I, partie 2Modifier

Dans la maison d'Astradamors, astrologue de la cour du prince Go-Go : l'astrologue découvre qu'une météorite se dirige vers la Terre. Sa femme, Mescaline, nymphomane, le poursuit et le fouette, puis elle s'endort et est visitée par Vénus en songe. Elle demande à cette dernière de lui envoyer un homme capable de la satisfaire lorsque paraît Nekrotzar et son valet. Le Grand Macabre se jette sur elle et la tue, tandis que la trompette annonce la fin du monde pendant que les deux hommes avec Astradamors se dirige vers le palais du Prince.

Acte II, partie 1Modifier

À la cour du prince Go-Go : les deux ministres blanc et noir se disputent et sont finalement réconciliés par le Prince, puis se retournent contre ce dernier, exigeant une hausse des impôts, lorsque le chef de la police Gepopo arrive et donne un message codé. Nektrotzar et ses deux suiveurs paraissent, annoncés par une sirène. Celui-ci devait initialement faire le geste à minuit qui aurait provoqué la fin de monde mais, saoul, il n'y parvient pas.

Acte II, partie 2Modifier

À Breughellande : Nekrotzar voit son échec lorsque Mescaline sort de sa tombe pour tenter de le tuer. Elle n'y parvient pas mais celui-ci se dissout néanmoins dans le néant. Amando et Amanda, ignorant de ce à quoi ils ont échappé, sortent du tombeau, chantant les plaisirs de l'amour.

InstrumentationModifier

DiscographieModifier

Notes et référencesModifier

  1. a et b Joseph Delaplace, « Le Grand Macabre de György Ligeti : un opéra obscène ? », dans Défier la décence : Crise du sens et nouveaux visages du scandale dans l’art, Artois Presses Université, coll. « Études littéraires », (ISBN 978-2-84832-419-7, lire en ligne), p. 139–148
  2. (en-US) Maureen Buja, « Music lurching inexorably towards the abyss », sur Interlude, (consulté le )
  3. a b c d e f et g Roland Beyen, De La Balade du Grand Macabre de Ghelderode à l’opéra Le Grand Macabre de Ligeti, communication lors de la séance mensuelle du 14 mars 2009 du Bulletin de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, à lire en ligne (.pdf), Tome LXXXVII, no 1-2-3-4, 2009, p. 105-119
  4. a et b Eric Dahan, « «Le grand macabre» revit. Mise en scène au Châtelet par Peter Sellars... », sur Libération (consulté le )
  5. Erikson Franck, « Macabre Grand Macabre »  , sur LExpress.fr, (consulté le )
  6. a b et c Pierre Flinois, Le Grand Macabre à l'Opéra de Paris, sur En scènes. Fresques de l'INA, lire en ligne.
  7. a b c et d José Pons, « Le Grand Macabre de Ligeti fait vaciller la Philharmonie de Paris », sur Ôlyrix, (consulté le )
  8. Sophie Roughol, « « Hénaurme » triomphe du rire et de la vie », sur Forum Opéra, (consulté le )
  9. a et b (en) Thea Derks, « Le grand macabre György Ligeti: Surprisingly topical opera about the end of time », sur Contemporary Classical - Thea Derks, (consulté le )
  10. Barbara Hannigan, « Mysteries of the Macabre (1974-77, 91) », sur Société de musique contemporaine du Québec
  11. Christian Jade, « "Le Grand Macabre" / Ligeti », sur RTBF, (consulté le )
  12. (en) Tom Service, « Ligeti's riot through history », sur The Guardian, (consulté le )
  13. (en-US) Anthony Tommasini, « The Philharmonic’s Challenge: Merely the End of the World », The New York Times,‎ (ISSN 0362-4331, lire en ligne, consulté le )
  14. Laurent Bergnach, « György Ligeti, Le Grand Macabre », sur Anaclase (consulté le )
  15. Nicolas Mesnier-Nature, « Le Grand Macabre (Liceu 2011) - Gyorgy Ligeti - Critique Blu-ray », sur Tutti-magazine (consulté le )
  16. Dominique Adrian, « Le Grand Macabre à Berlin : Ligeti, un génie célébré par Rattle », sur ResMusica, (consulté le )
  17. « MémOpéra - Grand Macabre (Le) », sur www.memopera.fr (consulté le )

BibliographieModifier

  • Peter Edwards, György Ligeti's Le Grand Macabre: Postmodernism, Musico-Dramatic Form and the Grotesque, Routledge, 2016, 166 p., lire en ligne .

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier