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Ne doit pas être confondu avec Actinobacillus lignieresii.

La langue de bois (appelée parfois humoristiquement xyloglossie ou xylolalie, du grec xylon : bois et glossa : langue ou λαλέω / laleô : parler) est une figure de rhétorique consistant à éviter de présenter une réalité par l'utilisation de tournures de phrases et d'expressions usuelles.

C'est une forme de communication qui peut servir à dissimuler une incompétence ou une réticence à aborder un sujet en proclamant des banalités abstraites, pompeuses, ou qui font appel davantage aux sentiments qu'aux faits.

Il s'agit moins d'impressionner l'interlocuteur en passant pour plus savant qu'on l'est que d'éluder le sujet afin d'éviter de répondre à une question ou un sujet embarrassant.

Sommaire

Origine de l'expressionModifier

Cette expression est apparue dans ce sens en France au début des années 1950[1]. La « langue de bois» est critiquée par les intellectuels comme Edgar Morin dès le milieu des années 1960[2],[3]. L'expression se vulgarise dans les années 1980 [réf. nécessaire]. Elle est fréquemment associée à la culture des énarques[4], notamment par Michel Butor qui déclare :

« Nous avons eu, parmi les malheurs de la France, la création par le général de Gaulle de l'École Nationale d’Administration qui détient le monopole de la formation des hommes politiques. On est obligé de passer par là. On y apprend la langue de bois[5]. »

L'expression serait un emprunt au russe par l'intermédiaire du polonais : avant la Révolution russe, les Russes se moquaient de l’administration bureaucratique tsariste et sa « langue de chêne ». L’administration de la Russie bolchévique continue à utiliser un style très codifié qualifié aussi de « langue de chêne » puis progressivement de « langue de bois »[6]. La locution transite par la Pologne pendant le mouvement Solidarność qui perçoit la langue russe comme oppressive et est reprise par la presse française[7].

UtilisationsModifier

Les hommes et femmes politiques sont souvent critiqués pour leur usage de la langue de bois.

La langue de bois en politique a, en plus d'une utilité sophistique, une utilité diplomatique : les mots servent alors à neutraliser ou à adoucir les choses qu'ils qualifient. De ce point de vue elle est l'œuvre de la prudence et de la ruse qui sont les qualités cardinales du souverain (si importantes aux yeux de Machiavel).

La langue de bois est l'ingrédient de certains slogans, formules très générales, censées frapper les esprits et faciles à retenir, mais cachant une forme d'absence d'argumentation et d'obscurité quant aux buts recherchés.

MéthodeModifier

EmploiModifier

L'utilisation d'expressions clés permet de fournir un discours sans aborder le fond du sujet ; l’emploi des périphrases et des euphémismes usuels est alors particulièrement utilisé. Du point de vue rhétorique, on a affaire soit à une litote (« qui consiste à dire moins pour laisser entendre davantage »), soit à une métonymie (par exemple d'effets à cause ou de partie au tout.)

Certaines expressions sont volontairement peu claires ou sophistiques afin d'éviter d'en présenter des détails.

ExemplesModifier

Des programmes informatiques (largement diffusés sur le web) générant des phrases aléatoires en « langue de bois », permettent des restitutions saisissantes[8]. Certains générateurs se présentent sous forme de tableau[9], dans lequel chaque colonne reprend des groupes de phrases-types correspond à certains types de constituants, tandis que chaque ligne présente une possibilité de combinaison des groupes de phrases. Pour produire des énoncés en « langue de bois », il ne reste plus qu’à commuter des unités à l’intérieur d’un même paradigme.

Par exemple :

  • « Mesdames, Messieurs, je reste fondamentalement persuadé que la volonté farouche de notre pays de sortir de la crise doit nous amener au choix réellement impératif de solutions rapides correspondant aux grands axes sociaux prioritaires. »
  • « Malgré la dualité de la situation conjoncturelle actuelle, il est de notre devoir de nous préoccuper, dans un esprit de concorde et de bon sens, des problématiques essentielles qui nous incombent afin de répondre à la légitime attente de nos concitoyens en matière de progrès social, pour une société plus juste et plus humaine, sans laisser quiconque sur le bord du chemin. »
  • « Et c'est en toute conscience que je déclare avec enthousiasme que l'aspiration, plus que légitime, de tout à chacun à une vie meilleure doit entraîner nécessairement l'essor d'une mission commune des plus exaltantes : l'élaboration d'un plan concret et détaillé répondant véritablement aux problèmes de notre époque, par delà les clivages et avec l'aide de toutes les bonnes volontés. »
  • « Les forces vives de la Nation et le vrai peuple authentique, tous ensemble, doivent travailler à faire les efforts nécessaires pour améliorer l'ensemble du pays ! »
  • « Notre route est droite, mais la pente est forte ! »[10] (Raffarinade)

Autres dénominationsModifier

Plusieurs expressions ou néologismes existent pour qualifier l'utilisation de langue de bois.

  • La construction xyloglossie ou xylolalie, du grec xylon : bois et glossa : langue ou λαλέω / laleô : parler
  • L'expression noyer le poisson signifie également éviter un sujet en utilisant la langue de bois.

Notes et référencesModifier

  1. Le Figaro, 12 novembre 2018: Parlez-vous la langue de bois?
  2. Edgar Morin, Introduction à une politique de l'homme, Le Seuil, 1965, page 179.
  3. Elle figure aussi dans Les cinq communismes, de Gilles Martinet (1971).
  4. http://www.expressio.fr/expressions/langue-de-bois.php
  5. Le Monde, Entretien avec Emmanuel Legeard, mars 2016
  6. L'adjectif russe дубовый (« de chêne ») dans l'expression дубовый язык est ordinairement traduit dans les dictionnaires par « grossier, lourd, maladroit ».
  7. Michael Oustinoff, Les Langues de bois, revue Hermès n°58, 6 janvier 2011
  8. Générateur aléatoire de discours langue de bois
  9. « Langue de bois », Alice Krieg-Planque, « Dictionnaire encyclopédique et critique des publics », sur le site publictionnaire.huma-num.fr, 27 février 2019.
  10. « Le very best-of des Raffarinades », BFMTV.com, 27 juin 2017.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier