Ladj Ly

réalisateur et scénariste français

Ladj Ly (/ladʒ li/[1]), né le au Mali, est un réalisateur et scénariste français. Il est connu pour avoir réalisé Les Misérables, sorti en 2019.

Ladj Ly
28 Millimètres, Portrait d'une génération, Braquage, Ladj Ly vu par JR, Les Bosquets, Montfermeil, 2004 (30892005367).jpg
Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (42 ans)
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Nationalité
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Œuvres principales

BiographieModifier

De parents d'origine malienne, Ladj Ly grandit à Montfermeil dans le quartier des Bosquets. Passionné de vidéo, il suit une formation multimédia et tourne ses premiers films dans son quartier avec ses amis Kim Chapiron, Romain Gavras, JR, issus du collectif Kourtrajmé[2].

Il réalise ses premières vidéos, notamment pour Oxmo Puccino, et ses premiers documentaires, 365 jours à Clichy-Montfermeil, tourné après des émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, Go Fast Connexion, 365 jours au Mali. Il filme également des cop watchs lors d'arrestations violentes.

En 2009, Ladj Ly est impliqué dans une affaire de menaces avec des amis, ce qui lui vaut en une condamnation à une peine de prison[3]. Il est aussi condamné en 2011 et 2012 pour outrage à agent public et des violences contre l'homme politique Xavier Lemoine[4].

Les violences policières filmées inspirent à Ladj Ly le court-métrage Les Misérables : un policier de la BAC de Montfermeil dont la première intervention dérape, sous l’œil d’une caméra[5]. Le film reçoit de nombreuses récompenses notamment au festival international du court métrage de Clermont-Ferrand et une nomination au César du meilleur court métrage en 2018. Toujours en 2018, il est nommé pour le César du meilleur documentaire avec À voix haute : La Force de la parole, co-réalisé avec Stéphane de Freitas, et qui traite du concours d'éloquence Eloquentia[6],[7],[8].

En 2018, Ladj Ly crée à Montfermeil une école gratuite des métiers du cinéma au sein des Ateliers Médicis, l'école Kourtrajmé[9].

Les Misérables, long métrageModifier

La même année, il tourne son premier long métrage, Les Misérables. Il s'agit d'une adaptation de son court-métrage du même titre. Ly réalise ce film en réaction à une bavure policière sur un jeune homme noir à Montfermeil en Seine-Saint-Denis, le , qu'il avait alors filmée[10]. Le film, sélectionné au festival de Cannes 2019 en compétition officielle et récompensé par le prix du jury, fait un état des lieux des banlieues vingt-cinq ans après La Haine de Mathieu Kassovitz[11].

L’œuvre reçoit un accueil favorable lors de la projection officielle. En , le film franchit 1,4 million d'entrées en salles et figure parmi les dix demi-finalistes de l'Oscar du meilleur film international, quand éclate une polémique sur le passé du réalisateur, qui aurait pu menacer ses chances de figurer dans la sélection finale des Oscars[12],[13]. L'Oscar revient finalement à Parasite du sud-coréen Bong Joon-ho[14].

Affaires judiciairesModifier

Amendes en 2009 et 2012Modifier

La veille de sa condamnation, le , il est condamné à 400  d’amende pour des « commentaires outrageants » à l’encontre de policiers dont il avait filmé une intervention violente, avant de mettre en ligne ces images[4],[15].

En 2012, Ladj Ly est également condamné à 90 jours-amende à cinq euros pour outrage sur personne dépositaire de l’autorité publique et violence sur personne chargée d'une mission de service public, en l'occurrence le maire UMP de Montfermeil, Xavier Lemoine[4]. L’outrage est consécutif à l’incendie qui avait coûté la vie à une fillette de neuf mois (la petite-cousine de Ly[13]), le , dans le quartier des Bosquets, où réside Ladj Ly. Cet événement l’avait vivement interpellé à propos des conditions de relogement des sinistrés, et il en avait fait grief à l'élu[4]. En 2019, cette animosité passée est révolue[13].

Condamnations en 2011 et 2012Modifier

Un proche de Ladj Ly, Amad Ly, avec qui il n'a aucun lien de parenté[13], apprend au Sénégal que sa sœur entretient des relations sexuelles avec le mari de leur cousine[3],[16]. De retour en France, il demande des explications à sa sœur, qui nie cette relation[3]. Dans la nuit du 13 au , il la frappe, lui casse un doigt et lui cause un traumatisme crânien[3]. Avec son frère Mamoudou ainsi que Ladj, le trio retrouve ensuite le compagnon de sa cousine[3]. L'homme est enfermé dans le coffre d'une voiture, amené dans une forêt, frappé et menacé, mais il parvient à s'échapper[16],[3].

La victime est retrouvée le lendemain matin par un fermier[3]. Blessé notamment au visage, une incapacité totale de travail de dix jours lui est prescrite[3]. Le [4], les suspects sont jugés. Le parquet requiert quatre ans de prison pour Amad Ly, deux ans pour Mamoudou Ly et un an pour Ladj Ly. Les peines sont plus sévères : Amad étant condamné à cinq ans de prison, alors que Mamadou et Ladj sont condamnés à trois ans de prison ferme[17]. La condamnation de Ladj Ly est confirmée en appel l'année suivante, mais sa peine réduite à deux ans de prison ferme et un an avec sursis[4],[18]. Il est alors maintenu en détention[4].

À l'époque, ces procès sont relatés par la presse locale et nationale[17], avant d'être remis en lumière après le succès public des Misérables par le magazine Causeur[19] — qui ajoute une justification religieuse à l'expédition vengeresse[19] absente des comptes-rendus du procès[4],[13] —, puis Valeurs actuelles le [20]. Mais contrairement à ce qu'affirment les titres des deux articles critiques, Ladj Ly n'a jamais été condamné pour « tentative de meurtre », mais pour complicité « d’enlèvement » et « séquestration », faits qu'il a toujours niés lors des procès, alors que les charges de tentative d'assassinat et de violences aggravées avaient été abandonnées par l'accusation[13]. Le , Ladj Ly porte plainte pour « diffamation » et « diffamation raciale » contre les magazines Causeur et Valeurs actuelles[13],[18].

FilmographieModifier

RéalisateurModifier

DocumentairesModifier

FictionModifier

ActeurModifier

DistinctionsModifier

RécompensesModifier

NominationsModifier

PublicationModifier

Notes et référencesModifier

  1. Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API.
  2. Carole Sterlé, « Montfermeil : Ladj Ly dans la cour des grands, à Cannes ! », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mai 2019).
  3. a b c d e f g et h Agence France-Presse, « Amad Ly, ex 'porte-parole' des quartiers, condamné à 5 ans de prison », sur paris.maville.com (consulté le 17 décembre 2019).
  4. a b c d e f g et h Cédric Mathiot et Fabien Leboucq, « Ladj Ly a-t-il fait de la prison pour tentative de meurtre, comme l'écrivent “Causeur” et “Valeurs actuelles” ? », sur Libération.fr, (consulté le 18 décembre 2019).
  5. Eva Bettan, « Ladj Ly : Mon film est un cri d'alarme. Attention, la prochaine révolution viendra des banlieues », sur France Inter (consulté le 16 mai 2019).
  6. Serge Kaganski, « À voix haute. La force de la parole », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mai 2019).
  7. Carole Sterlé, « Montfermeil : « Les Misérables de Ladj Ly, primé à Clermont-Ferrand », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mai 2019).
  8. « Ladj Ly porte la voix des banlieues aux César », sur francetvinfo.fr, France Info, (consulté le 16 mai 2019).
  9. Carole Sterlé, « Clichy - Montfermeil : le cinéaste Ladj Ly forme la relève », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mai 2019).
  10. Véronique Cauhapé, « Festival de Cannes 2019 : “Les Misérables”, électrochoc sur La Croisette », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 18 mai 2019).
  11. Catherine Balle, « Cannes 2019 : avec le film choc Les Misérables, la banlieue s’invite sur le tapis rouge », Le Parisien,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mai 2019).
  12. « “Les Misérables” de Ladj Ly, un peu plus près des Oscars », sur Télérama.fr (consulté le 21 décembre 2019).
  13. a b c d e f et g Robin Korda, « Ladj Ly, réalisateur des «Misérables», condamné à la prison : trois questions sur la polémique », sur leparisien.fr, (consulté le 21 décembre 2019)
  14. « Oscars 2020 : quatre récompenses pour Parasite de Bong Joon-ho, dont celle du meilleur film », sur Le Monde, (consulté le 10 février 2020).
  15. « Quand la vidéo sert de preuve », sur leparisien.fr, (consulté le 18 décembre 2019).
  16. a et b Robin Cannone et François Aubel, « «Ladj Ly a purgé sa peine»: le réalisateur des Misérables reconnaît avoir fait de la prison », sur lefigaro.fr, (consulté le 21 décembre 2019)
  17. a et b « Cinq ans de prison pour Amad Ly après des violences », sur leparisien.fr, (consulté le 17 décembre 2019).
  18. a et b Laurent Carpentier, « Le réalisateur des « Misérables » porte plainte après la publication d’articles sur son passé judiciaire », sur lemonde.fr, (consulté le 21 décembre 2019)
  19. a et b Anne-Sophie Nogaret, « Scoop Causeur : Ladj Ly a fait de la prison pour tentative de meurtre », sur Causeur.fr, (consulté le 17 décembre 2019).
  20. « Quand Ladj Ly, réalisateur des “Misérables”, était condamné pour complicité de tentative de meurtre », sur valeursactuelles.com, (consulté le 18 décembre 2019)
  21. « En sol majeur », sur rfi.fr, Radio France internationale (consulté le 16 mai 19).
  22. Diffusé sur France 2, le 15 novembre 2016, dans l’émission Infrarouge.
  23. Marie Poussel, « Le fabuleux destin du documentaire "À voix haute" diffusé sur France 2 » sur Le Parisien, 19 novembre 2016.
  24. « Chroniques de Clichy-Montfermeil : le docu choc de JR et Ladj Ly », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne, consulté le 16 mai 2019).
  25. Diane Lisarelli, « Kourtrajmé débauche Charles Villeneuve », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne, consulté le 7 novembre 2019).
  26. « 28 millimètres. Portrait d’une génération », sur editionsalternatives.com, Éditions Alternatives (consulté le 16 mai 2019).

Liens externesModifier