Labor omnia vincit improbus

locution latine

Au fronton d'une ferme.

Labor omnia vincit improbus (ou seulement Labor omnia vincit) est une locution latine traduite en général en français par « Un travail acharné vient à bout de tout. »

OrigineModifier

 
Fresque de Jerzy Siemiginowski-Eleuter, fin XVIIe siècle, dans le Palais de Wilanów (Pologne).

La citation est reprise d'une phrase répartie sur les vers 145-146 au livre premier des Géorgiques de Virgile, le renvoi à la ligne de Improbus soulignant la mise en valeur de ce mot. La citation originale comporte le verbe au passé :

tum variæ veneres artes : labor omnia vicit
improbus
et duris urgens in rebus egestas[1].

Dans ce poème, sont célébrés la campagne, les soins à donner à la terre et les paysages bucoliques. En effet, l'Italie est sortie épuisée et ravagée après des dizaines d'années de guerres civiles ; les Romains aspirant à la paix sont invités par Auguste, soucieux de remettre l'agriculture en honneur, à retrouver le goût du travail et la simplicité des mœurs de leurs ancêtres paysans[2]'[3].

Ainsi, Labor improbus omnia vincit, à première vue, prônerait simplement le goût du travail et de l'effort. Cependant, étymologiquement, le terme improbus a une nuance péjorative[4] ; formé de in, préfixe négatif et probus qui veut dire : « de bonne qualité, honnête, vertueux ». S'il est traditionnellement traduit dans cette citation par « acharné » ou « hardi »[5], il signifie aussi « mauvais », « malhonnête », « trompeur », « impudent », « pervers »[6], alors que le terme labor implique la notion de « peine ».

InterprétationModifier

Dans le livre premier des Géorgiques qui raconte le passage de la nature primitive, innocente et « honnête » à la culture, Virgile suggère qu'avec l'invention des arts et des techniques, est arrivé le règne de l'artificiel, donc de la ruse et du mensonge[6]. Aussi des traducteurs modernes, comme le latiniste Alain Michel (1929–2017) ou Frédéric Boyer, proposent-ils pour ces deux vers :

« Alors sont apparues différentes techniques : le travail sur tout l'a emporté
trompeur
, et l'urgente nécessité, dans les conditions extrêmes.[7],[8] »

Dès le IVe siècle cependant, en commentant l'œuvre de Virgile, Servius a buté sur le sens de improbus ; il propose « qui n'est louable pour personne (car personne n'aime la peine) », et une édition ultérieure de son In Virgilii Opera Expositio (deutero-Servius) ajoute : « qui ne se lasse pas, permanent, sans modération », d'où le glissement de sens des premières traductions vers « incessant » puis « acharné », qui permet d'éviter la tonalité péjorative, mais édulcore le sens profond du texte : depuis la fin de l'âge d'or (ou l'éviction du paradis terrestre dans la tradition hébraïque) le travail est devenu une nécessité pour répondre à la dureté de la nature[9],[N 1].

UtilisationModifier

 
Labor omnia vincit - Emblème de United Brotherhood of Carpenters and Joiners of America[10].

L'antichambre du roi, dans le palais construit à Wilanów pour Jean III Sobieski, est ornée de quatre fresques illustrant les quatre livres des Géorgiques. Celle qui présente la préparation des outils agricoles cite intégralement (mais avec le verbe au présent) les vers 145-146 du livre premier.

De nombreux organismes l'ont adoptée comme devise : la Chambre de commerce, d'industrie, d'agriculture et des métiers de Pointe-Noire, l'École royale technique de la Force aérienne belge (Saffranberg), l'École d'état-major général suisse, le 503e régiment du Train de Nîmes, Ambroise Paré, les éditions Plon ainsi que les éditions Res Universis spécialisées en histoire locale et le cinéma « Le Labor » de Dieulefit. C'est également la devise de la ville d'Estrées-Saint-Denis dans l'Oise et celle de la famille princière roumaine Ghika.

On retrouve aussi cette phrase sur un blason de 1932 de l'amicale de l'école des Mines de Douai qui porte aujourd'hui le nom de IMT Lille Douai.

Enfin, la locution Labor omnia vincit est également présente sur l'écusson du centre pénitentiaire d'Orléans-Saran (Loiret) ; il existe aussi des estampes dont le titre est constitué par cette locution latine[N 2].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. « Faut-il attribuer l'existence du travail à la colère des Dieux ou à leur cruauté ? La Genèse en a fait le châtiment du péché originel : "Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front". » précise Alain Michel[9].
  2. Comme cette caricature révolutionnaire détournant la citation : « Avec de la patience on vient à bout de tout : labor omnia vincit improbus : [estampe] / [non identifié] », sur Gallica, (consulté le 6 avril 2020)

RéférencesModifier

  1. Virgile, Géorgiques, Les Belles Lettres, Paris, 2003, p. 7.
  2. J. L. Ferri de St Constant, Rudimens de la traduction: ou L'art de traduire le latin en français…, Delalain, (lire en ligne), p. 118
  3. Rien ne résiste au travail opiniâtre et à l'industrie pressée par le besoin.
  4. Virgile, Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 1125.
  5. « improbus - Dictionnaire Gaffiot français-latin - Page 786 », sur www.lexilogos.com (consulté le 12 novembre 2019)
  6. a et b Virgile (trad. Frédéric Boyer), Le souci de la terre, Paris, Gallimard, , p. 39.
  7. Virgile (trad. Frédéric Boyer), Le souci de la terre, Paris, Gallimard, , p. 66.
  8. Virgile, Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », note p. 1140.
  9. a et b Virgile, Œuvres Complètes, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », p. 1125, notice d'Alain Michel.
  10. (en) « The UBC Emblem », United Brotherhood of Carpenters and Joiners of America (consulté le 6 janvier 2010)