Gilbert du Motier de La Fayette

homme politique français
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Gilbert du Motier de La Fayette
Gilbert du Motier de La Fayette
Portrait de Gilbert Motier, marquis de La Fayette, en uniforme de lieutenant-général de 1791, peint par Joseph-Désiré Court en 1834.

Surnom La Fayette dit « le Héros des deux Mondes »
Naissance
Château de Chavaniac, Royaume de France
Décès (à 76 ans)
Paris, Royaume de France
Origine Français
Allégeance Drapeau du royaume de France Royaume de France (1771-1777)
Drapeau des États-Unis États-Unis (1777-1781)
Drapeau du royaume de France Royaume de France (1781-1791)
Drapeau du Royaume de France Royaume de France (1791-1792)
Arme Cavalerie
Garde nationale
Grade Major-général US-O8 insignia.svg
Lieutenant général
Général de division
Années de service 1775 – 1830
Commandement Troupes américaines, dont la division des Virginiens, Dragons du roi, puis brigade d'infanterie,
Garde nationale,
Armée du Nord
Garde nationale (1831)
Conflits Guerre d'indépendance des États-Unis
Guerres de la Révolution
Faits d'armes Bataille de Brandywine
Bataille de Barren Hill
Bataille de Gloucester
Bataille de Monmouth
Bataille de Rhode Island
Bataille de Yorktown
Distinctions Ordre de Cincinnatus Ordre de Cincinnatus
Chevalier de Saint-Louis Chevalier de Saint-Louis
Hommages Citoyen d'honneur de plusieurs états après 1781
Citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique
Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile (3e colonne)
Autres fonctions Homme politique et militaire
Famille Motier de La Fayette
Signature de Gilbert du Motier de La Fayette

Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, né le au château de Chavaniac, à Saint-Georges-d'Aurac (Auvergne), et mort le à Paris (ancien 1er arrondissement), est un aristocrate d'orientation libérale, officier et homme politique français et américain.

Convaincu de la noblesse de la cause des insurgés américains, il s'engage à leurs côtés en 1777. Nommé à l'âge de 19 ans général par George Washington, La Fayette joue un rôle décisif dans la guerre d'indépendance des États-Unis contre la Grande-Bretagne, notamment lors de la victoire de Yorktown le . Surnommé le « héros des deux mondes », il est un des huit citoyens d'honneur des États-Unis. Il y fait d'ailleurs à l'invitation du président James Monroe un voyage triomphal en 1824, au cours duquel il est accueilli et honoré dans 182 villes des 24 États que compte l'Union à cette époque.

Après avoir combattu aux États-Unis, La Fayette œuvre en France à la rénovation du pouvoir royal, avant de devenir une des grandes personnalités de la Révolution française, avec la rédaction de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen et le commandement de la Garde nationale, jusqu'à son émigration en 1792, suivie d'une arrestation et d'une incarcération de cinq ans par les autorités autrichiennes et prussiennes.

La Fayette a aussi été un acteur politique majeur de la révolution de Juillet en 1830 et des débuts de la monarchie de Juillet, rompant cependant rapidement avec le roi Louis-Philippe dont il avait soutenu l'accession au trône.

À partir de 1789, La Fayette signe ses courriers « Lafayette » en un seul mot, en réaction contre le système nobiliaire abattu par la révolution. C'est cette graphie qui a été utilisée par ses contemporains jusqu'à sa mort.

BiographieModifier

Origines familiales et jeunesse (1757-1775)Modifier

La famille Motier de La FayetteModifier

Il est issu d'une branche cadette de la famille Motier de La Fayette, famille noble d'Auvergne, dont la filiation remonte au XIIIe siècle avec Pons Motier, seigneur de la Fayette[1],[2],[3] et qui s'est éteinte en 1891[2]. La branche aînée, éteinte en 1694, est celle de Gilbert Motier de La Fayette, maréchal de France en 1421.

Le nom de La Fayette vient d'une terre située dans l'actuelle commune d'Aix-la-Fayette, près de Saint-Germain-l'Herm (Puy-de-Dôme)[4].

Son nom complet est Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, mais il est généralement désigné par les abréviations « marquis de La Fayette » ou « Lafayette ». Son biographe Louis R. Gottschalk (en) indique que l'intéressé orthographiait son nom aussi bien sous la forme « Lafayette » que sous la forme « La Fayette »[5].

Des parents morts prématurémentModifier

Son père, Michel Louis Christophe[6] du Motier, marquis de La Fayette (), colonel aux Grenadiers de France, meurt en Westphalie à l'âge de vingt-cinq ans au cours de la bataille de Minden, auprès de son ami Charles-François de Broglie.

Devenue veuve, sa mère, Marie Louise Julie de La Rivière, issue d'une riche famille noble de Saint-Brieuc[7], née en 1737, s'installe à Paris au Palais du Luxembourg. Gilbert est élevé par ses tantes et par sa grand-mère à Chavaniac, où il passe une enfance libre dans les forêts d'Auvergne, rêvant, vers l'âge de neuf ans, de chasser la bête du Gévaudan[8].

Sa mère meurt le [9]. Son grand-père maternel, le marquis de La Rivière, meurt à son tour le . Il hérite d'une fortune qui lui assure une rente de 25 000 livres. Un peu plus tard, un autre oncle meurt, lui laissant un revenu de 120 000 livres ; ces 145 000 livres de revenu annuel font de lui un des hommes les plus riches du royaume[10].

Formation (1770-1774)Modifier

Son arrière-grand-père maternel, le comte de La Rivière, ancien lieutenant général des Armées du Roi, le fait venir à Paris pour son éducation[11]. Il étudie jusqu'en 1771 au collège du Plessis (actuel lycée Louis-le-Grand) et suit parallèlement une formation d'élève-officier à la compagnie des mousquetaires noirs du roi[12]. Il suit également les cours de l'Académie militaire de Versailles.

Mariage (1774)Modifier

Le , à 16 ans, il épouse Marie Adrienne Françoise de Noailles (1759-1807), fille du duc d'Ayen, dotée de 200 000 livres[N 1]. Il s'agit d'un mariage arrangé, qui aboutira à une réelle affection entre les époux, malgré les fréquentes infidélités du marquis[13]. De ce mariage naîtront un fils et trois filles :

Débuts professionnelsModifier

L'échec de la carrière de courtisan (1774)Modifier

Les Noailles, apparentés à Madame de Maintenon, sont une des plus importantes familles de la cour de France. La Fayette est présenté à la cour dès le printemps 1774[15], mais n'y obtient aucun succès. Attaché à sa liberté, dépourvu d'esprit courtisan, il fait avorter les tentatives de son beau-père visant à lui faire obtenir une situation intéressante[16],[N 2].

Officier au régiment de Noailles (1774-1775)Modifier

Il quitte fréquemment la cour pour rejoindre le régiment de Noailles cavalerie, qui appartient à son beau-père. Il a pour colonel effectif l'ami près de qui son père est mort, le comte de Broglie.

Il y entre comme sous-lieutenant à 16 ans, puis est assez vite promu capitaine des dragons. Suivant l'exemple paternel, il choisit alors de poursuivre dans la carrière militaire et entre dans la Maison militaire du roi[17].

Le « souper de Metz » et l'engagement pour les insurgés américains (1775)Modifier

 
Statue de La Fayette, jardins de Broglie, Metz

En août 1775, Gilbert de La Fayette, âgé de 17 ans, est envoyé par son beau-père en garnison à Metz pour y parfaire sa formation militaire.

Dans ses Mémoires, il raconte comment il a participé le à un dîner offert par le comte de Broglie au duc de Gloucester, frère du roi d'Angleterre, qui y évoque le soulèvement des Insurgents[N 3]. C’est le jour même de ce « souper de Metz » que le jeune officier prend la décision de partir combattre pour l'indépendance de l'Amérique[18].

De retour à Paris à l’automne, La Fayette participe à des sociétés de pensée qui débattent de l'engagement de la France dans la révolution américaine. Lors de ces réunions, un conférencier, l'abbé Raynal, insiste sur les « Droits de l'homme » et la fin des colonies, critique le clergé comme la noblesse. Censuré, il exprime dès lors secrètement ses vues auprès de loges maçonniques, entre autres celle dont La Fayette est membre[19].

Comme de nombreux militaires à cette époque, il a été initié comme franc-maçon dès cette année 1775[20].

La guerre d'indépendance des États-Unis (1775-1783)Modifier

La participation de La Fayette à la guerre d'indépendance des États-Unis lui a valu une immense célébrité et une place symbolique en tant que trait d'union entre les Américains et la France, lui valant d'être surnommé « le héros des deux mondes ». Et ce qui fait de La Fayette le symbole du soutien français aux insurgés d'Amérique, comme ce qui en fait la figure du héros romantique qu'on en conserve, c'est son jeune âge (19 ans) et les circonstances de son départ de France, sans l'autorisation du roi encore favorable à la paix, finançant le voyage de ses propres deniers.

Les difficultés du départ de France (juin 1776-avril 1777)Modifier

Le jeune capitaine se fait réformer de l'armée le , puis, grâce au soutien du comte de Broglie et de ses futurs protecteurs, le baron de Kalb et Silas Deane, agent officieux des Insurgents à Paris, signe le un engagement dans l'armée américaine, avec le grade de major général. Le comte de Broglie, ancien chef du « cabinet secret » de Louis XV, qui souhaite aider discrètement les Insurgents contre la Couronne britannique, finance secrètement l'achat de La Victoire, un navire de 200 tonneaux, avec 2 canons, trente hommes d’équipage et une cargaison de 5 à 6 000 fusils[21], qui est mis en attente dans le port espagnol de Pasajes de San Juan, près de Saint-Sébastien.

 
George Washington par Charles Willson Peale (1776)

Après un voyage en Angleterre destiné à tromper les espions anglais et les opposants français à son entreprise, La Fayette gagne Bordeaux, où il apprend qu'il serait sous le coup d'un ordre d'arrestation, dû à son beau-père, qui réclamerait contre lui une lettre de cachet du roi, qui lui avait déjà interdit officiellement de quitter le pays, après que des espions britanniques ont découvert son plan[réf. souhaitée].

Recevant l'ordre de partir pour Marseille[pas clair], il part sur la route de Toulouse, mais au bout de quelques lieues, sa voiture prend la direction de Bayonne. Arrivé à Pasajes de San Juan le , il embarque sur la Victoire avec quelques compagnons. Le , le navire appareille pour l'Amérique. Son trajet suit une route passant bien au large des Antilles, où les flottes anglaise et française pourraient lui faire obstacle.

L'arrivée en Amérique (juin 1777)Modifier

Au bout de sept semaines, il arrive le à South Inlet, près de Georgetown, où les fusils sont vendus aux autorités de Géorgie pour armer la milice de cette colonie[22]. Il fait prêter à ses compagnons le serment de vaincre ou de périr, puis rencontre le major Benjamin Huger, un riche propriétaire terrien, avec qui il reste deux semaines avant de partir pour Philadelphie, alors capitale des Insurgés.

 
Première rencontre entre le Marquis de Lafayette et George Washington le 5 août 1777. Par Currier and Ives.

Pendant le voyage, La Fayette a appris les bases de l'anglais (il lui suffira d'une année pour bien le pratiquer). Cela, ainsi que son appartenance à une loge maçonnique, lui permet de se voir ouvrir de nombreuses portes à Philadelphie. Il a aussi la recommandation de Benjamin Franklin, représentant américain en France, qui a adressé un courrier au Congrès en sa faveur[23].

Après avoir offert de servir sans être payé, La Fayette est intégré le 31 juillet au grade de major général par le Congrès[24],[25].

Le général George Washington, commandant en chef de l'armée de terre, arrive alors à Philadelphie, pour rendre compte de la situation militaire. La Fayette le rencontre le 5 août 1777. Selon Leepson, « les deux hommes se sont reconnus presque immédiatement »[26]. Washington est impressionné par l’enthousiasme du jeune homme et est enclin à juger favorablement ce confrère franc-maçon. La Fayette pour sa part est en admiration devant le commandant en chef.[26]

Washington l'emmène alors dans son camp. Washington exprimant son embarras quant à l'état de ses troupes, La Fayette lui répond : « Je ne suis pas là pour enseigner, je suis là pour apprendre »[27]. Il est affecté à l'état-major, même s'il existe un malentendu quant à son statut ː le Congrès le considère comme un ayant grade honorifique, alors que lui-même se considère comme un officier de plein droit, à qui Washington confiera une division quand il sera prêt[28]. Washington l'informe que diriger une division ne lui serait pas possible, car il est né à l'étranger ; il serait cependant heureux de le garder auprès de lui en tant qu’« ami et père »[29].

Septembre 1777-mars 1778 : Brandywine, Gloucester, AlbanyModifier

 
Lafayette blessé durant la bataille de Brandywine

La première bataille à laquelle participe La Fayette a lieu à Brandywine le 11 septembre 1777[30]. Le général britannique William Howe, projetant d'attaquer Philadelphie, prévoit de faire arriver ses troupes du sud, par la baie de Chesapeake, plutôt que par la baie de la Delaware fortement défendue[31].

Après avoir été flanqué[pas clair] par les Britanniques, Washington envoie La Fayette auprès du général John Sullivan. À son arrivée, La Fayette rejoint la troisième brigade de Pennsylvanie, commandée par le général Thomas Conway. Les forces britanniques, qui incluent des mercenaires allemands, sont supérieures en nombre et avancent de façon irrésistible.

Durant la retraite, La Fayette contribue au rassemblement de la brigade, afin de permettre un repli mieux ordonné. Il est alors touché d'une balle dans la jambe[32]. Après la bataille, Washington le cite pour « bravoure et ardeur militaire ». Dans une lettre au Congrès, il le recommande également pour prendre la tête d'une division, mais les Insurgés évacuent Philadelphie, qui sera prise un peu plus tard dans le mois[30].

La Fayette revient sur le terrain en novembre, après deux mois de convalescence chez les Frères moraves de Bethlehem en Pennsylvanie. Il reçoit alors le commandement de la division précédemment dirigée par le général Adam Stephen[réf. nécessaire]. Il assiste le général Nathanael Greene pour la reconnaissance des positions britanniques dans le New Jersey. À la tête de 300 soldats, il défait des mercenaires allemands supérieurs en nombre à Gloucester le 24 novembre[33].

 
Tableau de John Ward Dunsmore avec La Fayette (à droite) et Washington à Valley Forge

Durant l'hiver 1777-1778, La Fayette reste au campement de Washington à Valley Forge et partage alors les rudes conditions de vie de ses hommes.[34] Le Conseil de guerre[pas clair], dirigé par Horatio Gates, demande alors à La Fayette de préparer une invasion du Québec à partir d'Albany, près de New York. Mais, arrivé à Albany, il trouve trop peu d'hommes pour monter une telle opération et écrit à Washington pour rendre compte de la situation. Il revient ensuite à Valley Forge, où il critique la décision du Conseil de tenter une invasion du Québec en hiver. Le Congrès continental tranche en sa faveur, et Gates quitte le Conseil de guerre.

En mars 1778, les traités signés entre la France et les Insurgés sont rendus publics : la France y reconnaît formellement l'indépendance des Treize Colonies.

Mai 1778-janvier 1779 : Barren Hill, Monmouth, Rhode IslandModifier

 
Carte de la bataille de Barren Hill par Michel Capitaine du Chesnoy, aide-de-camp de La Fayette

Confrontés à la perspective d'une intervention française, les Britanniques décident de regrouper leurs forces terrestres et navales à New York[35]. Ils commencent donc à évacuer Philadelphie en mai 1778.

Le 18 mai, Washington envoie La Fayette avec 2 200 hommes pour reconnaître les environs de Barren Hill en Pennsylvanie. Le jour suivant, les Britanniques apprennent qu'il a établi son camp dans les alentours et envoient 5 000 hommes pour le capturer. Le général Howe est également envoyé le 20 mai, avec 6 000 soldats supplémentaires, afin d'attaquer son flanc gauche. Cette attaque disperse son flanc, La Fayette ordonne alors le repli de ses troupes, profitant de l’indécision du commandement britannique. Pour feindre une supériorité numérique, La Fayette envoie des hommes chargés de se manifester sur une butte (Lafayette Hill, Pennsylvanie) et de tirer périodiquement sur les forces ennemies. Ses troupes peuvent alors s'échapper par une route sinueuse[36] et traverser la ville de Matson's Ford[37].

 
Carte de la bataille de NomNouth par Michel Capitaine du Chesnoy, aide-de-camp de Lafayette

Les Britanniques poursuivent ensuite leur marche vers New York. L'armée continentale les poursuit et les attaque finalement à Monmouth dans le New Jersey. Washington désigne Charles Lee pour mener cette attaque. Le 28 juin, Lee attaque le flanc britannique. Peu de temps après le début de l'engagement, cette attaque est mise en péril par une série d'ordres contradictoires. La Fayette envoie alors un messager à Washington, pour requérir sa présence en urgence sur le front. A son arrivée, Washington trouve les hommes de Lee en déroute. Il le relève de son commandement, prend la tête de l'armée et rétablit en partie la situation. Ayant souffert de pertes significatives, les Britanniques partent dans la nuit et rejoignent New York sans autre problème[38].

La flotte envoyée par la France sous le commandement de l'amiral d'Estaing arrive dans le baie de la Delaware le 8 juillet 1778. Le plan mis au point avec Washington prévoit d'attaquer Newport, dans le Rhode Island, principale base britannique dans le nord. La Fayette et Greene sont envoyés avec 3 000 hommes, afin de participer à l'attaque. La Fayette aurait souhatié diriger les forces franco-américaines, mais l'amiral d'Estaing refuse. Le 9 août, les Américains lancent une attaque terrestre, sans informer d'Estaing. Ils lui demandent de placer ses navires dans la baie de Narragansett, mais il refuse, souhaitant défaire la flotte anglaise en pleine mer[19]. La bataille est infructueuse. Au même moment, une tempête endommage les deux flottes.[37]

 
Carte militaire française montrant les positions des généraux La Fayette et Sullivan autour de la baie de Narragansett le 30 août

D'Estaing emmène ses navires vers Boston, afin de les réparer, mais il est confronté à une manifestation de colère des habitants de la ville, qui considèrent ce mouvement de la flotte française comme une désertion. John Hancock et La Fayette sont envoyés pour calmer la foule. La Fayette retourne ensuite vers Rhode Island pour préparer la retraite, rendue nécessaire par le départ de d'Estaing. Pour ces actions, il est cité par le congrès continental pour « gallantry, skill, and prudence » (bravoure, compétence et prudence)[37].

Il souhaiterait alors étendre la guerre contre les Britanniques en d'autres lieux, en Amérique et en Europe, sous le drapeau français, mais son point de vue suscite peu d'intérêt. En octobre 1778, il obtient de Washington et du Congrès la permission de rentrer en France. Le Congrès décide de lui attribuer une épée de cérémonie, qui lui sera donnée en France.

Le départ est un peu retardé par une maladie, puis il embarque en janvier 1779[39].

Activités durant le séjour en France (février 1779-mars 1780)Modifier

Arrivé à Paris en février, La Fayette est assigné à résidence pour huit jours pour avoir désobéi au roi en partant en Amérique[37]. Cette sanction est purement formelle : La Fayette reçoit un accueil de héros et est très vite invité aux chasses royales[40].

La Fayette pousse alors à une invasion de la Grande-Bretagne, en se proposant comme commandant en chef des forces françaises. L'Espagne, alliée à la France contre les Britanniques, envoie une escadre dans la Manche pour soutenir une éventuelle opération française. Elle se trouve en position en août 1779. La flotte britannique qui surveille le secteur parvient cependant à échapper aux forces combinées françaises et espagnoles. Le projet d'invasion est donc annulé en septembre, ce qui amène La Fayette à souhaiter partir de nouveau en Amérique[41].

Durant cette période, La Fayette travaille parallèlement avec Benjamin Franklin, afin d'assurer l'envoi de 6 000 soldats français sous le commandement du général Rochambeau[37]. Lui-même reprendrait sa fonction de major général des forces américaines, servant de liaison entre Rochambeau et Washington.

À la fin de cette année, l'épouse de La Fayette donne naissance, le 24 décembre, à un fils qui reçoit le prénom de Georges Washington[42].

En mars 1780, La Fayette repart en Amérique, embarquant à Rochefort à bord de la frégate Hermione[43]. Il arrive à Boston le 27 avril[44].

Avril 1780-juin 1781 : débuts du second séjour américainModifier

 
La frégate française Hermione qui emmène La Fayette en Amérique en 1780.

Quand La Fayette arrive aux États-Unis, la cause américaine est en perte de vitesse, après plusieurs défaites militaires, subies principalement dans le sud[45].

Il est acclamé avec enthousiasme à Boston, où il est vu comme « un chevalier dans son armure étincelante, venant du passé chevaleresque pour sauver la nation »[46]. Le 10 mai 1780, il arrive à Morristown (New Jersey), où se trouve Washington, très satisfait de l'arrivée prochaine de la force française de Rochambeau, dont il est informé par La Fayette[47]. Conscient de la popularité du Français, Washington lui demande d'écrire une lettre, avec l'aide d'Alexander Hamilton, afin de presser le gouvernement français d'envoyer plus d'hommes et de fournitures[48].

Pourtant, quelques mois plus tard, quand la flotte française arrive[49], les promesses ne sont pas entièrement tenues. Rochambeau décide d'attendre des renforts avant de partir au combat. La Fayette, insatisfait de cette décision, élabore des plans d'envergure pour prendre New York, entre autres. Rochambeau n'apprécie pas ce geste et exige des excuses de La Fayette, refusant de le recevoir en leur absence. Washington conseille alors au marquis d'être patient[49].

 
Le jeune marquis de La Fayette portant son uniforme de major général de l'armée continentale par Charles Willson Peale

Au cours de l'été 1779, Washington place La Fayette à la tête d'une division chargée de surveiller le nord du New-Jersey et l'État adjacent de New York. Le marquis dépense des sommes considérables pour assurer son commandement. Mais aucune action significative n'ayant eu lieu, Washington dissout cette unité en novembre et renvoie les soldats à leurs milices d'origine.

Les Insurgés continuent d'enregistrer des revers, le plupart des batailles dans le sud sont perdues. Le général Benedict Arnold rejoint même les Britanniques.[50]

La Fayette passe la première partie de l'hiver 1780-1781 à Philadelphie, où la Société américaine de philosophie le fait entrer en son sein, le premier étranger dans ce cas. Le Congrès lui demande de retourner en France, afin d'obtenir plus d'hommes et de ressources. Il refuse, mais envoie des lettres aux responsables concernés[51].

Après la victoire américaine de Cowpens (Caroline du sud), en janvier 1781, Washington demande à La Fayette de reformer sa division à Philadelphie et de rejoindre dans le sud les troupes du baron von Steuben. Leur force combinée doit attaquer le corps britannique commandé par Benedict Arnold (qui risque la peine de mort s'il est pris), une flotte française devant empêcher toute fuite par la mer. Mais le commandement maritime britannique empêche la réussite de ce plan, bien que La Fayette et von Steuben aient fait leur jonction à Yorktown.

Von Steuben propose alors à Washington un plan pour piéger la principale armée anglaise, commandée par Lord Cornwallis. Ne recevant pas de nouveaux ordres du commandant en chef, La Fayette entame un mouvement vers Philadelphie, mais en route, se voit affecter au commandement militaire de la Virginie. Craignant de se trouver écarté des batailles décisives, il demande une réaffectation, mais en vain. Il écrit aussi au chevalier de La Luzerne, ambassadeur de France à Philadelphie, décrivant le mauvais approvisionnement de ses troupes. La Luzerne demande alors une aide massive de la France. Approuvée par le Louis XVI, cette aide jouera un rôle crucial dans les batailles à venir.

De son côté, Washington prévoit une bataille avec Cornwallis, mais n'en informe pas La Fayette de crainte que ses messages soient interceptés[52].

Juin-octobre 1781 : combats en Virginie ; YorktownModifier

 
Carte avec les sites clefs de la bataille de Yorktown

La Fayette échappe à une tentative de Cornwallis de le capturer à Richmond[53].

En juin 1781, Cornwallis reçoit l'ordre de construire un port dans la baie de Chesapeake, afin de préparer une attaque terrestre sur Philadelphie[53]. Alors que les colonnes britanniques sont en mouvement, La Fayette envoie une petite unité pour attaquer à l'improviste leur arrière garde et les groupes à la recherche de ravitaillement. Cette manœuvre permet de donner l'impression qu'il dispose de forces plus nombreuses qu'elles ne sont en réalité[54].

Le 4 juillet, les Britanniques quittent Williamsburg et se préparent à traverser la James River. Cornwallis envoie une unité en avant-garde sur la rive sud, gardant la plus grande partie de ses forces sur la rive nord, cachée dans une forêt. Son plan est de tendre une embuscade à La Fayette. Le 6 juillet, La Fayette ordonne au général Anthony Wayne d'attaquer les forces britanniques dans la forêt avec 800 hommes. Wayne, en état de forte infériorité numérique, lance pourtant une charge à la baïonnette qui permet aux Américains de gagner du temps, les Britanniques ne pouvant pas les pourchasser. La bataille de Green Spring est une victoire de Cornwallis, mais le moral des Américains est renforcé par le courage dont ont fait preuve les hommes de Wayne[53],[55].

En août, Cornwallis a installé ses troupes à Yorktown. De son côté, La Fayette a pris position sur la Malvern Hill, plaçant son artillerie sur cette colline et entourant les forces britanniques proches de la rivière York, qui sont chargées de construire des fortifications pour protéger la flotte à Hampton Roads. L'enfermement par le général français piège les Britanniques lorsque la flotte française arrive et remporte la bataille de la baie de Chesapeake, privant Cornwallis de sa protection navale[56],[57].

Le 14 septembre 1781, Washington et ses hommes rejoignent ceux de La Fayette. Le 28 septembre, la flotte française bloquant l'accès naval, la force terrestre commence le siège de Yorktown. Le 14 octobre, La Fayette et 400 hommes prennent la redoute 9, après qu'Alexander Hamilton et ses soldats aient pris la redoute 10 au corps à corps, deux éléments essentiels de la défense britannique. Après une vaine contre-attaque, Cornwallis se rend le 19 octobre 1781[58].

Les dernières années de l'Ancien Régime (1782-1789)Modifier

Volonté réformatrice de La FayetteModifier

La Fayette rentre en France à la fin de 1781. Sa participation aux opérations militaires sur le sol américain l'incite à envisager l'application des idées liées à l'indépendance américaine à la société française. Son intention est même de brusquer les réformes qu'il juge nécessaires.

Mais Washington, avec qui il correspond régulièrement, l'incite à plus de mesure : « C'est une partie de l'art militaire de connaître le terrain avant de s'y engager. On a souvent plus fait par les approches en règle que par une attaque à force ouverte ». Cette observation ralentit un peu la fougue du jeune réformateur.

La Fayette et le mesmérismeModifier

Il s'intéresse parallèlement aux travaux du médecin allemand Franz Anton Mesmer.

 
Rencontre entre Lafayette et Washington à Mount Vernon en 1784. (Louis Rémy Mignot)

En mai 1784, La Fayette écrit à George Washington une lettre enthousiaste sur les travaux du médecin allemand Franz Anton Mesmer : « Un docteur allemand nommé Mesmer, ayant fait la plus grande découverte sur le magnétisme animal, a formé des élèves, parmi lesquels votre humble serviteur est appelé l'un des plus enthousiastes »[59]. Cette lettre est suivie d'une lettre de Mesmer lui-même le à laquelle Washington répond cinq mois plus tard en confirmant qu'il a bien rencontré La Fayette[60]. Washington, influencé par Benjamin Franklin, est en fait plutôt réservé sur Mesmer.

Voyage en Amérique (1784)Modifier

La Fayette repart pour l'Amérique le . C'est un voyage privé, sur invitation de Washington. Le , il est acclamé à New York par la foule qui l’accueille. Après trois jours de réceptions, il part faire un grand tour des provinces, partout accueilli avec la même chaleur. De grands banquets lui sont offerts à Philadelphie, Baltimore et Boston. Après un séjour à Mount Vernon, chez Washington, La Fayette passe par New York, avant de remonter l’Hudson et de signer un traité de paix avec des Hurons et des Iroquois. La Fayette continue son voyage par Boston, Chesapeake, Yorktown et Richmond, avant de quitter le pays à New York le [61].

Durant ce voyage, il a rencontré une communauté de Shakers, percevant une similarité entre les pratiques de transe de ces derniers et les crises mesmériennes. Lafayette a également participé à des rituels autochtones et il est persuadé que le magnétisme animal est la redécouverte d'une pratique primitive ancienne [62].

La Fayette est de retour à Paris dans les premiers jours de 1785. Cet événement soulève un grand enthousiasme. La reine Marie-Antoinette, présente à une fête à l'Hôtel de Ville, tient à conduire madame de La Fayette dans sa propre voiture à l'hôtel de Noailles, où vient de descendre l'époux de celle-ci. Le lendemain il est reçu à la cour puis, pendant plusieurs jours, il est l'objet des hommages et de la curiosité publics. Accueilli en héros à Paris, il peut jeter son dévolu avec succès sur certaines des plus célèbres beautés de l'époque : Aglaë de Barbentane, comtesse d'Hunolstein[63] et Diane-Adélaide de Damas d'Antigny, comtesse de Simiane, dont le mari, le comte de Simiane, se tuera en 1787 en apprenant que sa femme est la maîtresse de La Fayette[64].

Le problème de l'esclavage et la plantation en GuyaneModifier

Un de ses sujets de réflexion favoris à cette époque est la question de l'émancipation des esclaves des colonies françaises, qu'il envisage comme graduelle.

Souhaitant acquérir une certaine expérience, il achète une grande plantation en Guyane et y fait divers essais, encore peu connus, qu'interrompront les événements de la Révolution française.

Le traité de commerce franco-américainModifier

En 1787, il provoque la formation d'un comité chargé de discuter l'abolition du monopole des tabacs et y plaide la cause du commerce américain que ce monopole frappe d'un préjudice de près de trente millions.

Les efforts qu'il déploie en faveur de la nation américaine lors de la négociation du traité commercial avec la France, provoquent de nouveaux témoignages de reconnaissance et resserrent les liens d'amitié qui l'unissent à George Washington. La correspondance entre ces deux hommes ne prendra fin qu'avec la mort de Washington, le [N 4].

De l'assemblée des notables aux États généraux (1787-1789)Modifier

 
Marie-Joseph-Yves-Gilbert du Mortier, marquis de La Fayette (Louis-Léopold Boilly, 1788).

La Fayette participe à la première assemblée des notables, réunie à Versailles au mois de février 1787. Il est membre du bureau présidé par le comte d'Artois, frère du roi. Il saisit avidement cette occasion de présenter quelques-unes des réformes qu'il a méditées.

Il fait voter la suppression de la gabelle et la mise en liberté des personnes détenues à cause de cet impôt, réclame l'abolition des lettres de cachet et des prisons d'État et la révision des lois criminelles.

Il est de ceux qui obtiennent le renvoi du ministre Calonne en refusant toutes les réformes qu'il propose. Il souhaite une convocation des États généraux, qu'il considère comme le seul organisme pouvant établir de nouveaux impôts. Fin mai, il fait la « motion expresse » (formule prononcée pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires. Mais cette requête à pour conséquence le renvoi de l'assemblée des notables.

Il devient membre de la Société des amis des noirs, créée en février 1788 par Brissot.

Ce n'est qu'à la fin de 1788 que Louis XVI se résout à convoquer les États généraux. La Fayette est élu député de la noblesse de la sénéchaussée de Riom (province d'Auvergne)[65].

L'année 1789Modifier

 
Épée maçonnique de La Fayette.

Porte-parole de l'aristocratie libérale, La Fayette joue un rôle important au début de la Révolution comme commandant de la Garde nationale, créée le 15 juillet 1789.

 
Médaille à l'effigie de Lafayette. Date : 1791. Description avers : Buste de Lafayette en uniforme à gauche. Traduction avers : (Lafayette, député à l’Assemblée Nationale Constituante, né en 1757) .

Des États-Généraux (5 mai) à l'Assemblée constituante (9 juillet)Modifier

La première réunion des États généraux a lieu le 5 mai 1789. Après des débats entre le roi et le Tiers État, les députés du Tiers prononcent le 20 juin le serment de ne pas se séparer sans avoir établi une constitution pour la France. Le 9 juillet, Louis XVI entérine le point de vue du Tiers et les États généraux deviennent officiellement l'Assemblée nationale constituante.

La Fayette ne joue aucun rôle dans ces premiers engagements, dominés par la figure de Mirabeau, député du Tiers État, quoique noble (« Nous sommes ici par la volonté du peuple, ... »).

II appuie la motion de Mirabeau sur l'éloignement de la menace des troupes qui encerclent la capitale (prélude aux événements du 14 juillet) et présente le 11 juillet un projet de Déclaration des Droits de l'homme. Il fait décréter la responsabilité des ministres et, ce qui est peut-être le plus marquant de son action, l'établissement d'une garde civique dont il sera élu commandant.

Projet de Déclaration des droits de l'Homme (11 juillet 1789)Modifier

Le , il inaugure sa carrière parlementaire en présentant à l'Assemblée un des projets de déclaration des droits de l'homme et du citoyen[66], qui ne sera pas retenu par l'Assemblée.

Ce projet, inspiré par la déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique, constituait un corps de réflexion révolutionnaire, considérant que le peuple français était abusivement soumis au roi de France, comme le peuple américain l'était à la couronne de Grande-Bretagne, et qu'il convenait qu'il prît son indépendance et se gouvernât lui-même[N 5].

Il devient vice-président de l'Assemblée.

Commandant de la Garde nationale (juillet 1789)Modifier

 
La Fayette, commandant général de la Garde nationale parisienne. Portrait gravé d'après un dessin d'Edme Quenedey des Riceys, Paris, musée Carnavalet.

La Garde nationale naît suite aux journées des 12 au 15 juillet. Elle est composée de 48 000 citoyens enregistrés en un jour dans l'ensemble du royaume. L’Assemblée nationale place La Fayette à sa tête, au moment où il vient de féliciter les électeurs de Paris réunis à l'Hôtel de Ville de la prise de la Bastille. Le vicomte de Noailles, son beau-frère, lui est adjoint en qualité de major général, tandis que Bailly est élevé au poste de maire de la capitale. Il a pour aide de camp est Denis-Michel Jullien[réf. nécessaire], commandant de la Garde nationale de Paris.

Son premier acte comme commandant de la Garde nationale est de faire démolir la Bastille (16 juillet).

Par sa fermeté, La Fayette sauve la vie à un grand nombre de personnes que menacent les fureurs populaires et contient la faction du duc d'Orléans qui aspire à réorganiser les anciennes gardes françaises. Mais il ne peut empêcher le massacre de Foulon et de Berthier de Sauvigny le 22 juillet. Ce témoignage de son impuissance l'amène à présenter sa démission du commandement dont il est revêtu.

Le 26 juillet, il présente aux électeurs de Paris les nouvelles couleurs nationales, la cocarde tricolore[N 6].

Les journées des 5 et 6 octobreModifier

La Fayette est rappelé à la tête de la Garde nationale[réf. nécessaire] lorsque surviennent les journées des 5 et 6 octobre 1789.

Des Parisiens[N 7] montent à Versailles pour demander du pain à Louis XVI. La Garde nationale est en retard[N 8] , de sorte que les manifestants envahissent le château et obtiennent une entrevue avec le roi.

Le 6, afin de mettre fin à la menace qui pèse sur la famille royale, il lui impose de venir s'établir à Paris (aux Tuileries). L'Assemblée nationale quitte aussi Versailles pour Paris.

La fin de l'année 1789Modifier

La Fayette demande le jury britannique, les droits civils pour les hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l'abolition de la noblesse héréditaire, l'égalité des citoyens[réf. souhaitée].

L'année 1790Modifier

La Fayette et le « droit à l'insurrection » (janvier-février 1790)Modifier

Les premiers jours de 1790 sont marqués par l'arrestation et le supplice du marquis de Favras, accusé de faire partie d'un complot contre-révolutionnaire bénéficiant du soutien du comte de Provence, frère du roi. Le discours que ce prince prononce alors à l'Hôtel de Ville, désavouant le marquis[67], suscite l'indignation de La Fayette et va devenir la cause d'une longue et forte inimitié entre Monsieur et lui.

C’est dans ce contexte que l'assemblée discute la loi sur les attroupements. Dans cette discussion, La Fayette fait entendre à la tribune une phrase devenue célèbre : « Pour la révolution, il a fallu des désordres, car l'ordre ancien n'était que servitude, et, dans ce cas, l'insurrection est le plus saint des devoirs ; mais pour la constitution, il faut que l'ordre nouveau s'affermisse, et que les lois soient respectées »[N 9]. Le point de vue de La Fayette justifie les désordres de 1789, mais refuse toute légitimité aux désordres ultérieurs.

La Fayette, fidèle à cette époque à ce principe, se montre un adversaire résolu du désordre, malgré une certaine ambiguïté[N 10]. Le , par exemple, il fait arrêter 234 émeutiers.

Le rapprochement avec le roiModifier

Dans les premiers mois de 1790, La Fayette devient clairement un élément modéré du processus révolutionnaire.

Après la promulgation de la constitution civile du clergé (12 juillet 1790), La Fayette, influencé par les idées américaines sur l'égalité des religions, protège le culte non assermenté, qui reste en usage dans sa famille.

Par ailleurs, il propose au roi le rappel de ses gardes du corps, licenciés après les événements d'octobre 1789. La reine s'y oppose de peur de mettre en péril la vie de ceux-ci. Le retour apparent de La Fayette aux idées monarchiques n'inspire en fait aucune confiance à Marie-Antoinette, bien qu'il s'efforce de la persuader en exprimant franchement son point de vue : « Si je croyais, lui dit-il, que la destruction de la royauté fût utile à mon pays, je ne balancerais pas ; car ce qu'on appelle les droits d'une famille au trône n'existe pas pour moi ; mais il m'est démontré que, dans les circonstances actuelles, l'abolition de la royauté constitutionnelle serait un malheur public. »[68].

La fête de la Fédération (14 juillet 1790)Modifier

 
Serment de La Fayette le
(musée de la Révolution française).

La Fayette prend en charge l'organisation de la fête de la Fédération), qui symbolise la réconciliation du roi avec la nation. Lors des cérémonies, il apparaît avec éclat sur le cheval blanc qui lui sert dans ces circonstances, à la tête d'une députation de dix-huit mille gardes nationaux et entouré d'un état-major nombreux. Il encourage les acclamations adressées au roi, dont la chaleur ranime chez tous les amis du trône des espérances qui s'évanouiront rapidement.

Impopularité de La Fayette à la fin de l'année 1790Modifier

Le retour du duc d'Orléans en juillet 1790, après une mission diplomatique en Grande-Bretagne, renforce l'hostilité du parti jacobin aux constitutionnels et à La Fayette, que les clubs et les groupes populaires commencent à désigner par le nom de traître.

L'énergie avec laquelle La Fayette se prononce pour la répression des désordres liés à l'affaire de Nancy (août 1790), la révolte de trois régiments contre leurs officiers, entraîne une forte baisse de sa popularité.

L'année 1791Modifier

Les troubles du début de la Fayette (janvier-mars 1791)Modifier

Le La Fayette est informé qu'un attroupement conduit par Santerre s'est porté sur le donjon de Vincennes pour faire éprouver sans doute à ce château le même sort qu'à la Bastille[N 11]. Aidé de quelques cavaliers il attaque les factieux qui se replient sur le faubourg Saint-Antoine, dont ils disputent avec acharnement l'accès au corps demeuré fidèle. La Fayette triomphe de leur résistance et rentre dans Paris aux acclamations des modérés.

Au même instant une scène d'une autre nature se passe au château des Tuileries. Les périls de la famille royale, menacée par ce mouvement séditieux, y ont attiré un certain nombre de royalistes en armes, les chevaliers au poignard. L'accueil empressé que leur font la reine et Madame Elisabeth excite l'ombrage et les murmures de la Garde nationale et Louis XVI, informé de ces rumeurs, ordonne à ces gentilshommes de déposer leurs armes entre ses mains. Ils obéissent avec résignation, lorsque La Fayette arrive au château. Il prend avec ardeur le parti de la Garde qu'il commande ; il souffre que ce petit nombre de chevaliers fidèles[N 12] soit chargé de menaces et d'outrages, et expulsé, sous ses yeux, du palais qu'ils sont venus défendre. Le lendemain, dans un ordre du jour, le commandant général flétrit « le zèle très justement suspect qui a porté quelques hommes à oser se placer entre la Garde nationale et le roi » et ajoute que « le roi de la constitution ne devait et ne voulait être entouré que des soldats de la liberté[N 13] ».

Les problèmes politiques (mars-juin 1791)Modifier

 
Portrait de La Fayette par Jean-Baptiste Weyler.

Ces timides ménagements sont désormais impuissants à sauver la royauté. Chaque jour aggrave les périls qui la menacent. L'émigration, commencée dès le , se propage avec une effrayante activité. Quelques esprits songent à appeler l'intervention étrangère dans les débats intérieurs français ; Louis XVI a secrètement adressé dès le un mémoire aux cabinets européens pour solliciter l'établissement d'un congrès continental destiné à en imposer, par sa seule existence, aux factieux qui conjuraient la ruine du trône. Ces démarches sont activement secondées par le comte d'Artois et par les nombreux émigrés qui ont fui d'imminentes persécutions.

La Fayette sert l'ordre sans zèle pour le roi. La mort de Mirabeau porte le dernier coup à la cause royale[N 14].

Le 18 avril Louis XVI, qui a annoncé hautement l'intention d'aller remplir à Saint-Cloud ses devoirs religieux, en est empêché par une multitude ameutée sur le bruit que ce départ n'est qu'un commencement d'évasion. La Fayette ordonne vainement à la Garde nationale de rendre la circulation libre : il n’est point obéi ; et le roi, forcé de rentrer dans ses appartements, se plaint, sans plus d'effet, à l'assemblée, de la violence qui lui a été faite.

Du 11 au , après l'annonce de la mort du mulâtre de Saint-Domingue, Vincent Ogé, se déroule à la Salle du Manège le débat sur les droits des hommes de couleur discriminés par les assemblées coloniales dominées par les Blancs. Conformément à ses opinions de membre de la Société des amis des Noirs, La Fayette défend la cause des Noirs. À la suite du premier vote parlementaire du , son nom figure dans une liste de 276 députés « qui ont voté pour l'Angleterre dans l'affaire des colonies » établie par des colons hostiles.[réf. nécessaire]

La fuite et l'arrestation du roi (juin-juillet 1791)Modifier

 
Retour de Varennes. Arrivée de Louis XVI à Paris, le (Jean Duplessis-Bertaux d'après un dessin de Jean-Louis Prieur).

Le général conçoit alors et exécute le projet de se démettre du commandement qu'il exerce. Mais sa résolution fléchit une seconde fois devant les instances et les protestations de la milice citoyenne, et il a le malheur de se trouver à sa tête lorsque la fuite et l'arrestation du roi (20 juin) aggravent la responsabilité de ce commandement. Lors de la fuite du Roi et de sa famille jusqu'à Varennes (), il répand le bruit que l'on a enlevé la famille royale. Cette tentative du roi n'a été en aucune façon prise au sérieux par La Fayette, depuis la mort de Mirabeau, tête pensante du projet, en avril, et que rassurent, indépendamment de précautions minutieuses, les affirmations précises du roi[N 15].

L'exaspération populaire est très vive contre La Fayette, qu'on accuse hautement de connivence avec la cour ; il calme par degrés ces dispositions menaçantes en s'avançant seul et sans escorte au-devant de la multitude répandue sur la place de Grève. Mandé à l'assemblée, il se borne à confirmer les explications qu'a fournies son adjoint Gouvion, à qui la garde du château était spécialement confiée. Cependant il demande secrètement au président Beauharnais et au maire de Paris si, dans leur opinion, l'arrestation du roi importe au salut de l'État ; et sur leur réponse affirmative, il dépêche un aide de camp sur la route de Montmédy, présumant que ce prince chercherait à s'y réunir au corps commandé par Bouillé[N 16].

Lorsque Louis XVI fut descendu aux Tuileries, La Fayette se présente à lui avec attendrissement et respect[N 17]. L'effet de cette infructueuse tentative rend plus étroite la surveillance à laquelle est soumise la famille royale, et La Fayette se trouve par ses fonctions l'instrument naturel de ces sévérités[N 18].

Au milieu de ces rigueurs, La Fayette ne dément point un reste de sentiments monarchiques. Il appuie la motion de Barnave tendant à maintenir l'autorité royale de Louis XVI, et il ajoute à cette occasion que ce prince est « le meilleur de sa famille et le meilleur des souverains de l'Europe. » Inculpé de tyrannie envers le roi par le marquis Louis de Bouillé, son cousin, dans une lettre menaçante à l'assemblée, il se borne à répondre « qu'il est prêt à verser son sang » pour le gouvernement établi.

Le 13 juillet, Muguet de Nanthou, rapporteur de l'enquête ouverte sur l'événement de Varennes, conclut que ce voyage n'avait rien de coupable, et que d'ailleurs le roi était protégé par son inviolabilité constitutionnelle. Cette conclusion pacifique est accueillie par un décret de l'assemblée qui arrache de vives clameurs au parti jacobin, et il est décidé qu'une pétition ayant pour objet le report de ce décret sera portée le dimanche au Champ de Mars, où chaque citoyen pourra la signer sur l'autel de la patrie.

La fusillade du Champ de Mars (juillet-septembre 1791)Modifier

 
Publication de la loi martiale au Champ de Mars, le . Estampe dessinée par Jean-Louis Prieur et gravée par Pierre-Gabriel Berthault,
Paris, BnF, département des estampes et de la photographie.

La Fayette se joint à Bailly pour empêcher la réunion des patriotes au Champ de Mars le pour signer la pétition relative au pouvoir royal.

Une foule considérable se réunit au lieu et au jour indiqués. La Fayette s'y présente bientôt, à la tête d'un détachement de la Garde nationale ; il renverse quelques barricades et essuie un coup de feu qui ne l'atteint pas. Deux invalides, qu'une imprudente curiosité avait attirés sous l'autel, sont saisis, entraînés au comité du Quartier du Gros-Caillou et égorgés.

Invité par l'Assemblée nationale à pourvoir à la répression de ces désordres, Bailly se rend au Champ de Mars, accompagné de plusieurs officiers municipaux et d'une nombreuse escorte de la Garde nationale. Il fait déployer le drapeau rouge et adresse les sommations légales aux factieux, qui ne répondent que par une grêle de pierres ; un groupe armé tire sur le maire de Paris et/ou sur La Fayette. Le général fait tirer quelques coups en l'air ; mais cette démonstration ne faisant qu'enhardir les perturbateurs, la Garde nationale ouvre le feu. Une centaine de manifestants tombent morts ou blessés [réf. souhaitée]. Quelques officiers veulent employer l'artillerie ; La Fayette s'y oppose avec force et pousse même résolument son cheval devant la bouche des canons[69]. Cet épisode est connu sous le nom de « Fusillade du Champ-de-Mars ».

La loi martiale est proclamée Haï de la Cour, les révolutionnaires doutent de sa sincérité patriotique. Marat se lance dans une grande campagne de presse contre lui. Il l'appelle « l'infâme Motier ».

La nouvelle constitution (septembre-octobre 1791)Modifier

La constitution, achevée à la hâte, est sanctionnée par le roi le 13 septembre. Cette solution cause une joie universelle : la révolution semble terminée. La Fayette appuie et fait décréter la proposition d'une amnistie générale. C’est son dernier vote à l'assemblée constituante. Privé de la plupart des qualités oratoires, il n'a guère exercé sur cette assemblée que l'espèce d'ascendant qui dérive de l'estime personnelle et d'une constance inébranlable dans des opinions conçues avec ardeur et courageusement défendues. Son commandement militaire lui paraît terminé par l'acceptation de l'acte constitutionnel et par l'installation de l'assemblée législative, et il fait supprimer l'emploi de colonel général de la garde nationale. Mais Jacques Pierre Brissot, un des fondateurs de la Société des amis des Noirs en 1788, lui reproche d'avoir le trahi les mulâtres en s'abstenant prudemment de venir à l'Assemblée constituante, lorsque son nouvel ami feuillant, Barnave a fait révoquer leurs droits obtenus le [70].

La démission (octobre-novembre 1791)Modifier

Le 8 octobre, il adresse à la milice citoyenne une lettre d'adieu, et résigne ses pouvoirs entre les mains du conseil général de la commune. Quelques hommages remarquables honorent sa retraite[N 19].

II se retire aussitôt à Chavaniac-Lafayette, d'où un grand nombre d'électeurs songeront plus tard à le rappeler, en remplacement de Bailly, dans le poste difficile et périlleux de maire de Paris. Mais Pétion est nommé à une forte majorité, et ce choix avance rapidement la défaite du parti constitutionnel.

Général à Metz (novembre-décembre 1791)Modifier

Cependant la guerre est imminente sur les frontières du Nord et de l'Est. En décembre 1791, trois armées sont constituées sur le front pour repousser les Autrichiens, et La Fayette est placé à la tête de l'armée du Centre, puis de l'armée du Nord. Trois corps d'armée, formant environ cent cinquante mille hommes y sont réunis sous le commandement de Luckner, de Rochambeau et de La Fayette.

La Fayette, qui a été promu quelques mois auparavant, le 30 juin, au grade de lieutenant général, est chargé du commandement de l'une des trois armées lors de la Première Coalition. Il part le 25 décembre pour Metz, où il établit son quartier général. Il introduit dans le service des améliorations utiles, rétablit la discipline, imagine le système des tirailleurs, organise l'artillerie légère, crée le corps des artilleurs à pied et organise celui des artilleurs à cheval[N 20].

L'année 1792Modifier

L'armée du Nord (janvier-mars 1792)Modifier

La guerre ayant été déclarée dans les premiers jours d'avril, il entre immédiatement en campagne et se porte, avec vingt-cinq mille hommes, sur la rive droite de la Meuse près de Givet, ayant son avant-garde à quatre lieues de là, à Florennes, dans les bois au-delà de Philippeville. Cette dernière position est mal choisie. Les Autrichiens, qui occupent Mons avec des forces supérieures tombent un matin à l'improviste sur ce corps de troupes, composé d'environ trois mille hommes, et le dispersent avant que le général ait eu le temps d'être informé de cet engagement.

Quelques jours après, La Fayette va prendre une autre position dans le camp retranché de Maubeuge[71], ayant encore son avant-garde très loin de lui, dans les bois de Malplaquet et de la Glisuelle. Cette avant-garde est encore surprise par le même corps autrichien parti de Mons à la faveur de la nuit. Le 1er bataillon de volontaires de la Côte-d'Or a beaucoup à souffrir dans cette rencontre, qui coûte la vie au général Gouvion, aide de camp et ami dévoué de La Fayette. Le général survient, rétablit le combat et force l'ennemi à se replier en désordre sur la route de Mons. Mais ce faible avantage n'est guère propre à balancer l'influence fâcheuse que ces deux échecs, quoique peu considérables en eux-mêmes, ont pu exercer sur le moral de l'armée au début d'une campagne.

Mieux avisé, La Fayette se retranche à Tesnières, sous Bavay[72], dans l'intention d'y tenir en échec le général autrichien Clairfayt, lequel manœuvre pour se réunir à l'armée ennemie qui campe sous Tournai. Mais il est aussitôt appelé au commandement de l'armée du Nord, en remplacement de Rochambeau, et porte son quartier général à Cerfontaine, à Longwy, puis à Sedan. Il bat l'ennemi à la bataille de Florennes. Voulant se porter de Metz sur Namur, il apprend à Dinant la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hâte d'opérer sa retraite.

La crise de la monarchie constitutionnelle (mars-mai 1792)Modifier

Cependant les événements de plus en plus graves de l'intérieur de la France attirent toute l'attention de La Fayette. L'édifice constitutionnel s'écroulait rapidement sous les coups redoublés des affrontements entre Jacobins et Girondins. La Fayette présume d'un reste de popularité pour espérer que l'exposition de ses idées sur cette alarmante situation pourra produire un effet utile. Voyant que la vie du couple royal est chaque jour de plus en plus menacée, il s'oppose au Club des Jacobins avec l'intention d'utiliser son armée pour rétablir une monarchie constitutionnelle.

La lettre à l'Assemblée législative (mai-juin 1792)Modifier

Le 16 juin il écrit, de son camp de Maubeuge, une longue lettre à l'Assemblée législative, où il dénonce avec énergie la faction jacobine comme responsable de tous les désordres dont souffre le pays. Il s'applique ensuite à prévenir toute inculpation personnelle en parlant noblement, de lui-même, de son intervention dans la guerre de l'Indépendance, de son zèle à défendre la liberté et la souveraineté des peuples et rappelle la Déclaration des droits dont il a été le promoteur. Il adjure enfin l'assemblée de rétablir l'égalité civile et la liberté religieuse sur leurs véritables bases, de faire respecter l'intégrité du pouvoir royal, et d'anéantir le régime des organisateurs des clubs et des sociétés secrètes. La lecture de cette lettre, dont La Fayette a adressé une copie au roi, provoque dans l'assemblée de vives réactions.

La droite seule l'approuve et en fait décréter l'impression. Les Girondins, par l'organe de Vergniaud et de Guadet, s'efforcent d'alarmer leurs collègues sur les dangers que font courir à la liberté de pareilles remontrances, adressées à une assemblée délibérante par un chef militaire, et affectent des doutes hypocrites sur l'authenticité de sa signature ; ils demandent que la lettre soit renvoyée à un comité, afin que l'assemblée puisse venger le général du lâche qui a osé se couvrir de son nom. Cette proposition est adoptée et quelques voix réclament sans succès l'envoi de ce manifeste aux départements. Mais peu de jours après, soixante-quinze administrations départementales adhèrent formellement aux considérations développées par le général.

Cette lettre est mal reçue de la majorité. La Fayette en apprend le mauvais effet en même temps que la journée du 20 juin. Il ne peut marcher sur Paris, son armée stationnée à Pont-sur-Sambre refuse de le suivre, notamment par l’opposition de Gobert.

La journée « Révolutionnaire » (juin-juillet 1792)Modifier

Lors de cette journée du 20 juin 1792, autre Journée révolutionnaire, au Louvre la Garde nationale est absente, laissant le peuple aborder le roi en tête-à-tête[N 21].

Plusieurs amis de La Fayette, et notamment Dupont de Nemours, lui mandent que cette journée a produit dans le public un sentiment de réaction assez vif pour que sa présence à Paris puisse lui imprimer une impulsion décisive. La Fayette n'hésite pas.

La Fayette devant l'Assemblée (juillet-août 1792)Modifier

Malgré les avis timorés de Luckner, La Fayette quitte aussitôt son armée et le 28 il est à la barre de l'Assemblée. Il avoue hautement la lettre qui a été lue en son nom, et déclare qu'il a été chargé, par tous les corps de son armée, d'improuver les insultes faites au roi et de demander la destruction de cette secte qui envahissait la souveraineté, et dont les projets étaient connus.

L'allocution de La Fayette est accueillie avec enthousiasme par la droite, et par un morne silence à gauche[N 22].

En quittant l'assemblée La Fayette se rend chez le roi, qui l'accueille avec bienveillance, mais avec réserve. Madame Elisabeth, présente à cette entrevue, conseille à son frère de s'en remettre à lui ; mais la reine s'est déjà prononcée contre toute tentative d'évasion à laquelle le général pourrait prendre part ; elle déclare qu'elle aime mieux mourir que de lui devoir sa délivrance[N 23]. L'indécision de Louis XVI et la répugnance de la reine font avorter ce projet. La Fayette quitte ensuite Paris pour rejoindre son armée et il est brûlé en effigie dans les rues de Paris. C’est la fin de sa popularité qui a pris naissance sur les ruines de la Bastille, pour s'éteindre dans les journées du et du . Sa démarche n'a rendu au pouvoir exécutif qu'une vigueur passagère ; le maire et le procureur de la commune sont suspendus pour leur conduite au 20 juin ; mais l'assemblée annule bientôt cette décision.

À son retour à l'armée, La Fayette veut tenter un dernier effort ; il pense qu'une victoire pourrait changer l'état des esprits, et fait proposer à Luckner, par le colonel Bureau de Pusy, son ancien collègue et son ami, d'attaquer les Autrichiens à Jemappes ; mais le maréchal s'y refuse formellement[N 24].

Les accusations des Jacobins (août-septembre 1792)Modifier

 
Le député Vaublanc, qui fut l'un de ceux qui défendit La Fayette à l'Assemblée législative en août 1792.

Tandis que les jacobins lui suscitent à l'armée mille tracasseries de détail, lui refusent les renforts dont il a besoin, interceptent ou dénaturent ses dépêches, circonscrivent son commandement, et appellent Luckner, exclusivement à lui, à la fédération du , ses ennemis, d'un autre côté, ne demeurent point inactifs. Il s'écoule peu de jours avant qu'il ne soit dénoncé à la barre de l'assemblée par quelque section de la capitale, comme un citoyen rebelle, comme un autre Cromwell, qui aspire à substituer le despotisme militaire au régime légal et à renverser la constitution par la constitution elle-même. Ces dénonciations rencontrent d'imposants appuis chez les députés Vergniaud et Delaunay qui prononcent l'un et l'autre de longs discours sur les dangers de la patrie[N 25].

Ces vagues inculpations se compliquent d'un incident qui, plus adroitement combiné, aurait pu devenir fatal à La Fayette. Jean-Baptiste Gobel, évêque constitutionnel de Paris, reçoit Luckner à dîner chez lui, et extorque à ce vieillard, au milieu d'une orgie, en présence de six députés jacobins, l'aveu que La Fayette lui a fait proposer par Jean-Xavier Bureau de Pusy, de marcher avec leurs corps d'armée, non contre l'ennemi, mais contre l'assemblée nationale. Cette intrigue échoue devant les dénégations écrites de Luckner, et surtout devant un démenti formel de Bureau de Pusy, qui s'explique à la barre de l'assemblée avec beaucoup de précision et d'énergie. Cependant, dans la séance du 6 août Debry, organe de la commission à laquelle a été déféré l'examen de la conduite du général, conclut à sa mise en accusation ; mais cette proposition, soutenue par Jacques Pierre Brissot, et combattue avec chaleur par Vienot-Vaublanc et de Quatremère de Quincy, est repoussée à la majorité de 406 voix contre 224. Cette décision manque de peu de coûter cher aux députés qui l'ont provoquée. Au sortir de la séance ils sont assaillis, frappés, menacés de mort, et ne doivent leur salut qu'à la protection de la garde nationale. Hippolyte Taine commente cet épisode en ces termes : « Quant au principal défenseur de La Fayette, M. de Vaublanc, assailli trois fois, il eut la précaution de ne pas rentrer chez lui ; mais des furieux investissent sa maison en criant que « quatre-vingt citoyens doivent périr de leur main, et lui le premier » ; douze hommes montent à son appartement, y fouillent partout, recommencent la perquisition dans les maisons voisines, et, ne pouvant l'empoigner lui-même, cherchent sa famille ; on l'avertit que s'il rentre à son domicile, il sera massacré »[73].

Galiot Mandat de Grancey le remplace à la tête de la Garde nationale. Mais, le 10 août, il est massacré et La Fayette, destitué et décrété d'accusation. À la nouvelle du , le premier soin de La Fayette est de se rendre au directoire du département des Ardennes, le corps constitué le plus rapproché de lui ; il lui déclare son refus de reconnaître le nouveau gouvernement et une assemblée évidemment opprimée par la faction qui domine à Paris.

Il adresse ensuite aux troupes une proclamation énergique et tente d'organiser, entre plusieurs départements de l'Est, une fédération dans le but de résister aux jacobins ; mais le duc de Brunswick ayant alors commencé son invasion en France, cette entreprise ne peut avoir aucune suite. La Fayette se borne à faire arrêter trois commissaires envoyés à son armée par l'assemblée. Cette levée de boucliers aurait pu déterminer une impulsion salutaire si ses compagnons d'armes l'avaient secondé : mais Rochambeau se démet de son commandement, Luckner mollit ; le général Biron, ami du duc d'Orléans, soutient les jacobins, et Dillon traite avec Dumouriez, au lieu de punir sa désobéissance aux ordres de Luckner, qui lui a demandé de venir le joindre. Ces défections successives rendent la situation de La Fayette fort critique.

La Fayette déclaré « traître à la nation » (septembre-décembre 1792)Modifier

 
Émigration de La Fayette du camp devant Sedan, le , Tableaux historiques de la Révolution française, eau-forte de Berthault d'après Swebach-Desfontaines, Paris, musée Carnavalet, 1792.

Le il est déclaré traître à la nation. L'assemblée, dans sa séance du , l'a décrété d'accusation, et le directoire de Sedan a ordonné son arrestation. Il a un moment la pensée d'aller se présenter en personne à ses accusateurs ; mais cette démarche lui paraît aussi stérile que dangereuse. Réduit par l'infériorité et l'abandon de ses troupes à l'impuissance d'attaquer l'ennemi, il songe à chercher un asile en pays étranger.

Après quelques précautions destinées à assurer le salut de son armée, il part secrètement de Sedan dans la nuit du 19 août, avec César de Latour-Maubourg, Alexandre de Lameth, Bureau de Pusy et quelques autres officiers, et se dirige vers la forêt des Ardennes, sous prétexte de faire une reconnaissance. Il veut alors passer en pays neutre, obligé de se réfugier à Liège.

La captivité et l'exil (1793-1800)Modifier

La capture de La Fayette par les Autrichiens (janvier-décembre 1793)Modifier

Bureau de Pusy est envoyé à Rochefort (actuellement en Belgique, mais dans les Pays-Bas autrichiens à l'époque) pour demander le passage « en faveur d'officiers forcés de quitter l'armée française », ce qui est accordé. Mais, à son entrée à Rochefort, La Fayette est reconnu et contraint de se nommer. Informé de cette capture inespérée, le feld-maréchal autrichien Johann von Moitelle qui commandait à Namur, y fait amener les fugitifs sous bonne escorte, et l'on prévient La Fayette que le prince Charles de Lorraine va venir de Bruxelles pour le consulter sur l'état intérieur de la France[N 26]. Le général, Lameth, Latour-Maubourg et Bureau de Pusy sont conduits au château de Luxembourg. Avant son départ, La Fayette dicte à Romeuf, son aide de camp, une déclaration destinée à être rendue publique dans le cas où il succomberait en captivité et où il avertit en conclusion : « L'aristocratie et le despotisme sont frappés à mort, et mon sang, criant vengeance, donnera à la liberté de nouveaux défenseurs »[74],[75]. Le duc de Saxe-Teschen, oncle de l'empereur, à qui La Fayette avait fait demander un passeport, répondit que « puisque le chef de l'insurrection française était tombé entre les mains des princes alliés, on le garderait jusqu'à ce que son souverain, dans sa clémence ou dans sa justice, eût décidé de son sort[76]. »

La captivité en Prusse (janvier-juin 1794)Modifier

Peu de jours après, les prisonniers sont remis par l'Autriche à la Prusse, et transférés dans la citadelle de Wesel en dépit des interventions des États-Unis et de Madame de La Fayette. Il est accueilli à la citadelle par le colonel prussien Friedrich August Albrecht von Tschirschky qui remplaçait au commandement de la forteresse de Wesel le général Romberg qui venait de mourir. Quand on amena Lafayette, Tschirschky lui fit voir la caserne entourée de palissades, et, ne parlant pas français, lui dit : « Bastille ! Bastille ! ». La Fayette tombe malade[N 27]. Il est transféré à Magdebourg où il passe un an dans un appartement souterrain et humide, en butte à la surveillance la plus inhumaine, et réduit à recourir à un cure-dent trempé dans de la suie délayée pour correspondre secrètement avec quelques amis.

Transféré à Neisse, en Silésie, il y est traité un peu moins rigoureusement. Enfin, au mois de mai 1795, par suite du traité de paix conclu entre la France et la Prusse, La Fayette, Bureau de Pusy et Latour-Maubourg sont rendus aux Autrichiens et conduits dans la forteresse d'Olomouc en Moravie, où ils sont séparés et privés de toute communication avec le dehors; il y subit toutes les tortures pendant deux ans[77].

Tandis que La Fayette est retenu captif dans des conditions sévères, la faction qui domine alors en France n'omet aucune persécution propre à se venger d'une retraite qui a dérobé sa tête à l'échafaud[N 28].

La Terreur en France (juin-octobre 1794)Modifier

La marquise de La Fayette, arrêtée sur ses terres au mois de septembre 1792, est relâchée par l'ordre de Brissot à qui elle s'est plainte de cet acte de rigueur. Consignée dans son château de Chavaniac, puis incarcérée de nouveau en 1794 dans un premier temps à Brioude puis transférée à Paris (ordre du ), elle ne recouvre définitivement la liberté que le , après avoir vu périr sur l'échafaud révolutionnaire la maréchale de Noailles, sa grand-mère, la duchesse d'Ayen, sa mère, et la vicomtesse de Noailles, sa sœur. Cette femme réussit, après mille difficultés, à rejoindre Vienne, où elle obtient de partager avec ses deux filles, la captivité de son mari dans la forteresse d'Olomouc. Elle y reste jusqu'à la libération de son mari malgré de très graves ennuis de santé.

Tentative d'évasion (1794-1797)Modifier

La présence de Mme de La Fayette est le premier adoucissement que le sort du général ait encore éprouvé. Mais il aggrave bientôt le poids de sa détention par une tentative infructueuse d'évasion entreprise au mois d'octobre 1794, de concert avec le docteur Bollemann et un jeune Américain nommé Huger, qui se sont dévoués à ses intérêts. La faculté de se promener autour de la citadelle lui fut retirée ainsi qu'aux deux autres prisonniers[N 29]. Le caractère de La Fayette ne se dément point devant ces longues et pénibles épreuves. Une seule préoccupation domine dans tous les rapports qu'il peut entretenir au-dehors, celle du tort que pourront faire à la cause de la liberté les persécutions qu'il a souffertes au sein de sa patrie. Il s'applique dans ce but, avec une pieuse sollicitude, à atténuer ses propres griefs ; il ne veut pas que l'offense d'un obscur citoyen nuise au succès de tout un principe. Il conserve, sans ostentation, sans amertume, sous les verrous d'Olomouc, l'intrépidité de sa foi politique et de son dévouement aux intérêts de la liberté. Une circonstance douloureuse a troublé cependant cette foi si bien affermie[78].

La délivrance (1797-1799)Modifier

Cependant l'heure de la délivrance approche. La campagne de 1796 vient de s'accomplir, et le Traité de Leoben s'est ensuivi : Napoléon Bonaparte et Clarke, s'arrogeant le droit de traiter au nom de la République française, ont insisté pour la mise en liberté des trois captifs comme une des conditions de la paix du traité de Campo-Formio (), à la condition qu'ils ne pourraient rentrer immédiatement sur le territoire français. Le Directoire lui interdit de rentrer en France. Après cinq mois de pourparlers, La Fayette et ses deux compagnons de captivité sont libres, sous leur simple promesse de quitter dans douze jours les États de l'empereur. Arrivés à Hambourg, leur premier soin est de remercier le général Bonaparte du miracle de leur résurrection.

Les contacts avec Bonaparte (1799-1800)Modifier

La Fayette passe ensuite dans les Provinces-Unies où il est bien accueilli, et se fixe quelque temps à Utrecht, épiant avec impatience l'occasion de rentrer en France où un parti puissant, ayant à sa tête l'ancien constituant Sieyès, s'agite en sa faveur. C’est là qu'il apprend le débarquement de Napoléon Bonaparte au port de Fréjus, d'où sa marche vers Paris n'a été qu'une course triomphale. La Fayette écrit à Bonaparte pour le complimenter sur son retour ; mais cette démarche probablement intéressée n'amène aucun résultat. Ses relations avec Napoléon sont complexes. Ainsi il lui exprime par écrit sa gratitude pour sa libération et il le félicite aussi lors de son retour d'Égypte[79]. Mais Napoléon, sans l'avoir rencontré, lui est hostile et lui interdit de s'installer à Paris.

La période napoléonienne (1800-1815)Modifier

Le retour en France (1800-1802)Modifier

Enfin en 1800, las du rôle de proscrit, le général fait savoir au Premier Consul que la prolongation de son exil ne convient ni au gouvernement, ni à lui-même, et qu'il arrive à Paris. Ce retour imprévu fait rentrer le premier consul dans une colère qu'il ne peut dissimuler. Chacun remarque l'affectation avec laquelle, dans l'éloge de Washington que Fontanes prononce à cette époque par son ordre, l'orateur omet jusqu'au nom de son brillant auxiliaire[80].

Cependant La Fayette se retire dans son château de La Grange-Blesneau entre Rozay-en-Brie et Courpalay (Seine-et-Marne), dans une propriété de sa femme, héritée de sa belle-mère. Cet acte de prudence calme graduellement les dispositions ombrageuses du Premier Consul. La Fayette se lie d'amitié avec Joseph Bonaparte et dans un premier temps se voit accorder quelques faveurs. Il est rayé de la liste des émigrés, reçoit une retraite de 6 000 francs tandis que son fils, Georges Washington de La Fayette, devient officier dans un régiment de hussards. Il obtient pour son fils un grade dans l'armée et pour lui le titre de membre du conseil général de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade.

Rencontre avec Bonaparte (1802-1804)Modifier

Finalement Napoléon et La Fayette se rencontrent peu après la bataille de Marengo[N 30]. La Fayette refuse la dignité de sénateur qui lui est offerte par Talleyrand et par Cabanis, en ajoutant que le lendemain de sa promotion il se verrait obligé de dénoncer le Premier Consul et son administration. Il refuse aussi la légation des États-Unis, se regardant, dit-il, comme trop Américain pour y jouer le rôle d'étranger.

Bien qu'un peu blessé de ces refus successifs, le vainqueur de Marengo montre à La Fayette de l'ouverture et de la simplicité[N 31]. Lors de la votation du consulat à vie, La Fayette déclare qu'il ne l'approuvera pas tant que la liberté publique ne sera point garantie, et il développe cette opinion dans une lettre dont la franchise ne paraît pas trop déplaire au maître de la France ; cependant c’est alors que les relations de ces deux hommes cessent entièrement. La rupture intervient en 1802 car La Fayette s'oppose au titre de consul à vie de Napoléon dans une lettre écrite le 20 mai[N 32].

La Fayette s'élève avec énergie contre l'exécution du duc d'Enghien. Il refuse à plusieurs reprises d'entrer au Sénat et ne cache pas son hostilité au régime.

L'Empire (1804-1814)Modifier

L'avènement du Premier Consul à l'Empire est pour l'austère démocrate le sujet d'une vie encore plus retirée. Il s'abstient de toute participation, même indirecte, aux affaires publiques. En 1804, il vote contre le titre d'Empereur. À partir de cet instant La Fayette se tient à l'écart de la vie publique et s'adonne à l'agriculture et l'élevage dans son domaine briard.

À l'époque de l'institution de la Légion d'honneur, l'empereur lui fait proposer par le comte de Ségur, son parent, d'être un des dignitaires de l'ordre ; mais La Fayette refuse ce cordon comme un ridicule et par la suite l'on n'y revint plus. Son isolement finit par indisposer Napoléon, qui supporte difficilement toute position en dehors de son gouvernement ; et lorsque, après la campagne d'Ulm, Georges de La Fayette, fils unique du général, qui sert comme lieutenant de hussards, est proposé pour un grade supérieur, l'empereur lui-même repousse cette promotion avec persévérance.

Les splendeurs croissantes de l'Empire achèvent de condamner La Fayette à une obscurité absolue. Ses ennemis supposent qu'il endure cette situation avec peine ; aussi une chute grave qu'il fait sur la glace à cette époque, ayant excité quelque intérêt, on prétend que le héros des deux mondes n'a trouvé que ce moyen de faire parler de lui. On le sollicite vivement alors de visiter l'Amérique, ce théâtre de ses premiers exploits ; mais il s'en défend par la crainte que le gouvernement impérial ne mette obstacle à son retour. Cette appréhension n'est pas sans fondement. Napoléon, qui ne le perdait pas de vue, disait un jour au conseil d'État : « Tout le monde en France est corrigé, excepté La Fayette : vous le voyez tranquille, eh bien ! je vous dis, moi, qu'il est prêt à recommencer. »

Le ralliement aux Bourbons (janvier-décembre 1814)Modifier

Il se rallie aux Bourbons en 1814. Avec Fouché, il participe à la déchéance de l'Empereur. Le général nous apprend lui-même, dans ses Mémoires, qu'il revit avec plaisir le régime pacificateur de la Restauration, dont les princes, ses contemporains, avaient été ses compagnons d'enfance ou de jeunesse. Cédant à l'entraînement universel il paraît aux Tuileries avec l'uniforme d'officier général et la cocarde blanche, et il y est bien accueilli. Cette visite, toutefois, est la seule qu'il ait rendue aux frères de Louis XVI ; l'esprit général du gouvernement et des attaques semi-officielles dirigées contre lui ne tardent pas à réveiller ses anciens ressentiments, et il s'abstient de reparaître au château. À cette époque, La Fayette a plusieurs conférences avec l'empereur de Russie, et ce souverain libéral d'un État despotique se plaint ouvertement à lui du peu de libéralisme de cette dynastie que la mauvaise foi, bien plus que l'erreur, lui a si souvent reproché d'avoir imposée à la France[réf. souhaitée].

Les Cent Jours (janvier-juin 1815)Modifier

Malgré la défaveur personnelle que la famille royale inspire à La Fayette, il voit avec effroi au mois de mars 1815, le retour de Napoléon qui remet en question cette paix européenne achetée au prix de tant de sacrifices. Quelques royalistes étant venus lui demander si le gouvernement des Bourbons pouvait, dans la ligne de ses opinions, compter sur son dévouement, il répond oui sans hésiter : ne doutant pas, dit-il, qu'à la faveur d'une opposition bien dirigée, on ne puisse tirer meilleur parti de Louis XVIII que de celui qu'il regarde depuis longtemps comme le plus redoutable ennemi de la liberté.

Dans une réunion à laquelle il est appelé chez Laine pour débattre le parti le plus convenable aux circonstances, il propose sérieusement de mettre le duc d'Orléans à la tête des troupes, et de réunir tous les membres survivants des assemblées nationales depuis 1789, afin d'opposer une grande force morale à la puissance matérielle de Bonaparte. Cette opinion, comme on pense, demeure sans écho.

La Fayette demeure trois jours à Paris, comme pour faire parade de sécurité personnelle, puis il va s'ensevelir dans son château de La Grange. Napoléon est rentré aux Tuileries sans coup férir. Un républicain moins austère et moins désintéressé que La Fayette, Benjamin Constant, qui s'est récemment signalé par l'ardeur de son hostilité contre le régime impérial, vient d'accepter le titre de conseiller d'État[N 33].

Cependant il promet de concourir à repousser les étrangers et les Bourbons, en mettant à ses services la même condition qu'il a imposée aux Bourbons eux-mêmes, à savoir : la réunion d'une chambre de représentants librement convoquée et largement élue.

Appelé à la présidence du collège électoral de Seine-et-Marne, puis à la députation de ce département lors des Cent-Jours, il est incité à revenir sur le devant de la scène politique. Il voit se rouvrir pour lui, après vingt-trois ans d'interruption, la carrière parlementaire, dans les conjonctures les plus favorables à ses théories d'opposition et de démocratie.

Un concours imposant de suffrages l'élève à la vice-présidence de la chambre des représentants et il fait partie, en cette qualité, de la députation chargée de recevoir Napoléon au palais de la chambre, lorsqu'il vient en personne ouvrir sa courte session[81]. La Fayette ne prend pour ainsi dire aucune part aux débats de la chambre des Cent-Jours : il semble se réserver tout entier pour de plus hautes circonstances. La bataille de Waterloo éclate comme un coup de foudre sur la capitale et sur la France entière.

Napoléon reparaît, et mille bruits de dissolution et de dictature militaire agitent les esprits. C’est alors que La Fayette monte à la tribune lors de la séance du 21 juin. « Pour la première fois depuis bien des années, j'élève une voix que les vrais amis de la liberté reconnaîtront » commence-t-il. Appelé à « parler des dangers de la patrie » à sauver, il juge le temps venu de se rallier « autour du vieil étendard tricolore, celui de 89, celui de la liberté, de l'égalité et de l'ordre public ; « C'est celui-là seul que nous avons à défendre contre les prétentions étrangères et contre les tentatives intérieures ». « Vétéran de cette cause sacrée, qui fut toujours étranger à l'esprit de faction », M. de La Fayette soumet à la chambre, sous des applaudissements, une résolution de 5 articles dont 4 sont adoptés :

  • Déclaration que l'indépendance nationale est menacée (art. 1) ;
  • Constitution en permanence de la chambre, qui regardera toute tentative de dissolution comme un acte de haute trahison (art. 2) ;
  • Proclamation du mérite de la patrie en faveur des armées de ligne et des gardes nationales au combat (art. 3) ;
  • Plein pouvoir au ministre de l'intérieur sur l'État-major et la garde nationale parisienne, pour défendre la capitale d'éventuelles exactions propres aux situations de crise (art. 4 - écarté pendant les débats) ;
  • Mandatement des ministres à la barre pour y rendre compte de la situation de la France (art. 5)[82].

Cette énergique motion n'est pas moins intempestive qu'inconstitutionnelle. La Fayette n'est en cette occasion que l'instrument d'une intrigue habilement ourdie par Joseph Fouché qui l'a rencontré la veille. En outre, juste après la présentation de la proposition de M. de La Fayette, une motion identique (et jointe à celle du héros des deux mondes par le président de la séance) a été soutenue par Jean de Lacoste. Or Lacoste était proche de Fouché. D'après le célèbre biographe de Fouché, Louis Madelin, le ministre de l'intérieur risquait à la fois Vincennes avec le retour de Napoléon, et la fin de sa carrière avec le retour des Bourbons. Il n'a pas de mal à convaincre La Fayette qu'il est l'homme de la situation. La Fayette a peu de considération pour Fouché mais pense dominer la situation. Personne ne pouvait penser qu'une substitution de Napoléon par La Fayette était viable. En réalité, Fouché, désespérant du succès de ses vœux secrets en faveur du duc d'Orléans, accepte la branche aînée des Bourbons comme un pis-aller[83].

Napoléon consent avec peine à laisser aller ses ministres à la chambre, et leur adjoint Lucien Bonaparte qui défend avec beaucoup de véhémence les intérêts de son frère. Cet orateur ayant, dans la chaleur de l'improvisation, parlé de la légèreté des Français, La Fayette répond que cette imputation est calomnieuse et que si la nation n'avait pas suivi Napoléon dans les sables d'Égypte, dans les déserts de la Russie, et sur cinquante champs de bataille, le pays n'aurait pas trois millions de Français à regretter. Le lendemain matin, il fait prévenir l'empereur que, s'il ne se décide pas à abdiquer, lui-même va proposer sa déchéance. Napoléon abdique, les chambres proclament Napoléon II, et la commission de gouvernement, sur la proposition de Fouché qui la préside, députe aux souverains alliés des plénipotentiaires chargés d'arrêter leur marche sur Paris, et de traiter de la paix au nom de la France.

La Fayette et Voyer d'Argenson font partie de cette députation dont l'objet apparent est de détourner les puissances étrangères du projet de rétablir les Bourbons sur le trône de France. Mais cette frivole ambassade n'a pas d'autre but, en réalité, que d'amuser l'impatience du parti révolutionnaire, et d'éloigner un agitateur propre à contrarier les projets de restauration auxquels Fouché s'était dévoué. Les plénipotentiaires se dirigent sur Mannheim, puis sur Haguenau ; mais ils ne peuvent être admis auprès de l'empereur Alexandre de Russie, dont La Fayette sollicite vainement une audience, et leurs négociations se bornent à quelques conférences sans résultats avec des commissaires désignés par ce prince et par les autres souverains coalisés. C’est dans l'un de ces pourparlers que le commissaire britannique fait entendre que la France n'obtiendra la paix qu'en livrant Napoléon aux puissances coalisées[84]. Napoléon, abattu, inspire à cette grande âme la sympathie que La Fayette avait refusée constamment à sa haute fortune. Il fait offrir à son ancien libérateur les moyens d'assurer son passage aux États-Unis ; mais Napoléon, qui garde jusqu'au tombeau le souvenir de sa dernière agression, préfère se confier aux Britanniques, pourtant ses pires ennemis.

La Restauration (1815-1830)Modifier

Le retour des Bourbons ne peut être vu avec faveur par celui qui vient de les repousser. La mission d'Haguenau a brisé sans retour les faibles rapports qui s'étaient établis durant la première Restauration entre la cour et La Fayette. Il est trop compromis pour être réconciliable. Le général passe dans une retraite absolue les trois premières années de la restauration de 1815, période d'incriminations et de violences, où la ferveur outrée de la réaction royaliste eût difficilement permis une position politique à l'ancien promoteur de la Déclaration des droits.
Au mois de novembre 1818, le collège électoral de la Sarthe l'envoie à la chambre, et il vient prendre à l'extrême gauche la place qu'il ne cessera plus d'occuper jusqu'à la révolution de 1830.

Député (1815-1820)Modifier

Il vote contre la proposition Barthélémy, qui tendait à modifier la loi électorale de 1817, et se montre dès le début pénétré des mêmes doctrines qu'il a professées toute sa vie. Plein de l'idée que le gouvernement des Bourbons marche, tantôt ouvertement, tantôt par des voies détournées, à la destruction des libertés dont leur retour avait doté la France, on le voit toujours au premier rang des adversaires du pouvoir, harcelant les ministres de ses énergiques provocations, luttant sans cesse contre le fantôme insaisissable de la contre-révolution, encourageant sans relâche, du haut de la tribune, les peuples voisins à la résistance contre les prétendus oppresseurs de leurs droits.

Ses principaux discours sont ceux qu'il prononce en 1819 sur la pétition pour le rappel des bannis et sur le budget de cette année, et en 1820, pour solliciter la réorganisation de la garde nationale, sur le maintien de la loi d'élection, sur les projets de loi relatifs à la liberté individuelle, à la censure et aux élections[N 34]. Les révolutions espagnole et napolitaine, auxquelles ses encouragements n'avaient eu que trop de part, viennent d'échouer par suite des mesures prises de concert entre les souverains alliés. Cette impuissance jointe au ressentiment de plus en plus vif du général contre les hommes et le système de la Restauration, explique la résolution qui le précipite dans les complots. Lui-même, dans un sentiment de droiture, a pris soin de déclarer à la tribune qu'il se regardait comme délié de ses serments par les violations qu'avait, selon lui, éprouvées la charte constitutionnelle.

La voie de la conspiration (1820-1821)Modifier

Chez lui, la foi monarchique est essentiellement subordonnée au respect du gouvernement pour les droits du peuple, entendus dans leur acception la plus illimitée. Tout acte en dehors de ce cercle redoutable lui semblait une espèce de sacrilège auquel il ne se faisait aucun scrupule de répondre par l'insurrection. Le temps n'a soulevé que lentement le voile qui couvrait ces associations mystérieuses, et La Fayette lui-même s'est montré fort discret, dans ses Mémoires, sur la mesure exacte de sa participation.

La première conspiration dans laquelle son nom se trouve mêlé d'une manière sérieuse est le complot militaire du , dit du Bazar français[85], où plusieurs déclarations le désignent comme un des chefs du mouvement, voire le président d'un mystérieux comité républicain (AN - Série CC 515). Ces révélations paraissent insuffisantes, toutefois, pour autoriser une action légale. Dans le procès intenté au mois de mars à Goyet et à Sauquaire-Souligné, prévenus d'attentat contre la sûreté de l'État, La Fayette paraît comme témoin, et le ministère public n'hésite point à attribuer aux encouragements consignés dans ses lettres, qui sont produites à l'audience, le dangereux entraînement qui a placé les prévenus sous la main de la justice. L'une de ces lettres, adressée aux jeunes gens du Mans, offre alors les caractères d'une provocation à la révolte. Vertement interpelé à cette occasion par le président de la cour d'assises, La Fayette répond fièrement qu'il persiste dans des opinions dont il n'est responsable qu'à la chambre des députés.

L'échec de ces premiers complots contre la Restauration inspire bientôt à l'esprit de faction l'établissement de sociétés secrètes permanentes, destinées à stimuler et à régulariser ces tentatives, à les lier entre elles, et à marquer les temps et les lieux où les conjurés pourraient agir efficacement. La Fayette entre dans la plus importante de ces associations et en devient bientôt le membre le plus influent par l'illustration attachée à son passé politique, par la facilité de son accès, par sa docilité à répondre à toutes les propositions insurrectionnelles et à encourager tous les complots[N 35].

Prodigue en effet d'encouragements et d'espérances, le vétéran de l'insurrection ne s'engage dans aucune entreprise avant d'en avoir calculé avec soin les ressources et les moyens d'action[86],[87], et il n'y participe qu'après avoir pris toutes les précautions propres, en cas d'échec, à garantir sa sécurité personnelle. Il abandonne aux conspirateurs subalternes le lot de l'agression et du péril, ne s'exposant qu'avec une extrême prudence aux atteintes d'un gouvernement dénué de vigueur et d'initiative, et dont la politique ménage secrètement dans La Fayette un principe de résistance et de contrepoids aux ardeurs des ultra-royalistes.

La Charbonnerie (1821-1823)Modifier

C’est sous les auspices de la charbonnerie à laquelle il adhère en 1821[N 36] que se forme, dans la ville de Belfort, un vaste complot dont les conjurés fixent l'exécution aux premiers jours de 1822. Le général devait quitter Paris pour se mettre à leur tête. Des circonstances particulières le portent à différer son départ de vingt-quatre heures. C'est à ce retard qu'il doit de n'être pas surpris en flagrant délit de conspiration. Avertis de l'avortement du complot par Saint-Amand Bazard, à peu de distance de la ville de Lure, le général et son fils peuvent changer immédiatement de route, descendre la vallée de la Saône et se rendre à Gray, d'où ils regagnent précipitamment Paris. Leur voiture, qui pouvait servir de témoignage de leur présence, est enlevée par les soins de M. Kœchlin, qui la fait transporter au-delà du Rhin, où on la réduit en cendres.
Demeuré disponible pour d'autres complots, La Fayette est bientôt signalé par des déclarations précises comme l'un des instigateurs du mouvement séditieux entrepris sur Saumur par le général Breton dans le mois de février 1822, et qui a échoué par la trahison du sous-officier Woelfel. Un magistrat ardent, mais probe, le procureur général Mangin, touché de la concordance de ces témoignages, ne craint pas de les reproduire dans son acte d'accusation. Il présente comme établis les rapports de La Fayette avec les principaux conjurés, et enveloppe dans la même inculpation plusieurs députés de l'opposition, entre autres le général Foy, Voyer d'Argenson et Benjamin Constant. Cet énergique manifeste soulève le 1er août une tempête violente au sein de la chambre.

Le général Foy désavoue, avec une chaleur probablement sincère, la complicité qui lui est attribuée, et soutient que « de telles infamies sont l'œuvre du ministère ». La Fayette monte à la tribune au milieu du tumulte, et fait entendre quelques paroles qu'on peut considérer comme la provocation la plus audacieuse peut-être dont ait jamais retenti une assemblée délibérante[N 37]. On a généralement supposé que cette provocation s'adressait à Louis XVIII lui-même, et qu'elle avait trait à quelque particularité peu connue de la conduite de ce prince envers le marquis de Favras. Quoi qu'il en soit, pour trancher cet éclatant défi, il fallait à La Fayette une conscience bien profonde de la puissance de ses révélations ou de la faiblesse du gouvernement qu'il accablait ainsi du sentiment de son impunité.

Rien n'est plus véritable, en effet, que la complicité du général avec les conjurés de Saumur. C'est dans l'hôtel même de La Fayette et en sa présence, que deux d'entre eux, Grandmesnil et Baudrillet, ont formé le plan et concerté les principales dispositions du complot. Ces circonstances ont été révélées à la justice par Baudrillet ; mais une inqualifiable omission en a fait évanouir l'importance[N 38]. On se figure aisément les proportions qu'un tel événement eût données aux débats et les révélations dont il fût devenu la source. La préoccupation de la chambre lui a dérobé cet incident, qui n'a été divulgué que bien des années plus tard[88].

Lorsqu'un mois après, les débats du procès de Breton ont lieu devant la cour d'assises de Poitiers, M. Mangin soutient avec force ses premières affirmations, et fait entendre des paroles qui ne caractérisent que trop fidèlement les rapports de La Fayette avec les conjurés[N 39]: le complot de Breton est le dernier auquel se trouva mêlé le nom de La Fayette, et les « ventes » du carbonarisme prirent fin elles-mêmes en 1823.

La guerre d'Espagne (1823-1824)Modifier

Lors de l'expulsion de Manuel, il est du nombre des soixante-quatre députés qui protestent contre cet acte de violence parlementaire. Dans une réunion de députés de l'opposition qui a lieu à cette époque, il va jusqu'à proposer de déclarer nettement par une proclamation au peuple que l'impôt a cessé d'être obligatoire depuis cette violation de la charte ; mais cet avis extrême est unanimement repoussé. L'issue favorable de la guerre d'Espagne de 1823 a imprimé aux esprits une forte impulsion monarchique, et cette disposition générale, secondée par les efforts actifs du ministère, écarte de la chambre des députés la plupart des chefs de l'opposition. Réélu député en novembre 1822, à Meaux, La Fayette n’est pas réélu et est battu aux élections de 1824.

Le voyage en Amérique (1824-1825)Modifier

Il profite de cette inaction forcée pour accomplir un vœu qui lui tient à cœur : celui de revoir l'Amérique, théâtre de sa première gloire, et de visiter ce peuple qu'il a soutenu dans la conquête de son indépendance. Cette entreprise, contrariée dix-huit ans auparavant, est un hommage implicite à la tolérance du régime dont La Fayette n'a cessé de conspirer le renversement. Informé de son désir, le congrès américain l'invite avec empressement à le réaliser, et met à sa disposition un vaisseau de l'État. Il retourne en Amérique pour une tournée triomphale dans 182 villes de juillet 1824 à septembre 1825.

 
Réception de l'hôte de la nation aux États-Unis. Un grand homme appartient à l'univers entier.
Lithographie coloriée représentant l'arrivée de La Fayette aux États-Unis le .
 
Gants au portrait de La Fayette, peut-être destiné à commémorer sa visite aux États-Unis en 1824[89].
 
La Fayette portraituré par Samuel Morse en 1825, Crystal Bridges Museum of American Art.

Le général part du Havre le , accompagné de son fils et d'un secrétaire, sur un simple bâtiment de commerce. Il débarque le 16 août dans la baie de New York, où il est accueilli avec un enthousiasme considérable par les deux tiers des habitants de la ville. Une escadre de neuf vaisseaux à vapeur, pavoisés et montés par plus de six mille citoyens de tous âges, de tout sexe et de toute condition, est en station dans le port. Le vice-président des États-Unis et l'ancien gouverneur du New Jersey viennent le recevoir à son bord. La Fayette se rend au milieu d'un cortège imposant, au bruit des salves d'artillerie et des acclamations, à l'hôtel de ville où il est complimenté par tous les ordres de l'État. La ville organise en son honneur une cérémonie plutôt particulière : 30 brigands sont pendus aux branches d'un orme, dans ce qui est aujourd'hui le Washington Square[90].

Les portes de l'édifice sont ouvertes, et le général est livré pendant plus de deux heures à l'adoration d'une foule en délire. Un banquet nombreux, les toasts les plus flatteurs, de brillantes illuminations, terminent cette première journée triomphale. La Fayette visite successivement les États de New-York, du Massachusetts, de New Hampshire, de Pennsylvanie, de Baltimore, de Virginie, du Maryland, de Caroline du Nord et de Caroline du Sud, de la Géorgie, d'Alabama, s'arrête à Boston, à Portsmouth, à Newburgh, à Hudson, à Albany, à Philadelphie, à Baltimore ; et partout il est accueilli avec les mêmes transports d'enthousiasme. Les populations rurales, dit M. Levasseur, historien de ce voyage, accouraient de plus de vingt milles à la ronde au-devant de lui. À Washington, siège du Congrès, La Fayette est reçu par le président Monroe, qui donne en son honneur un dîner splendide, auquel assistent tous les ministres étrangers, excepté ceux de France, du Royaume-Uni et de Russie.

Il visite à Mount Vernon le tombeau de Washington, ainsi que sa maison et son jardin, descend le Potomac, et s'arrête à Yorktown, théâtre d'une des actions les plus mémorables de la guerre d'Indépendance. Le colonel Lewis, qui l'accueille à son débarquement dans cette ville, l'engage à s'installer en Amérique[N 40] Le général fait une courte excursion parmi les tribus indiennes d'Uchee-Cruk et de Line-Cruk, qui l'accueillent avec cordialité.

Il est présenté le 10 décembre aux deux chambres du Congrès par leurs présidents. Enfin, le 20 décembre, le Congrès adopte à l'unanimité un bill par lequel il reçoit du peuple américain 200 000 dollars et 12 000 hectares en Floride, en récompense de ses services et en indemnité des dépenses qu'il a faites dans la guerre de l'Indépendance. L'université de Princeton lui décerne à cette occasion un doctorat honoris causa, attribué en 1790.

La Fayette visite Fayetteville, Charlestown, Savannah, où il pose la première pierre d'un monument à la mémoire du général Greene ; puis, remontant le Mississippi, il parcourt La Nouvelle-Orléans, dont l'ancienne population française lui témoigne un vif empressement.

Son séjour en Amérique se prolonge pendant quatorze mois, qui ne sont qu'une marche à peine interrompue dans les vingt-quatre États de l'Union, et une succession continuelle d'honneurs.

Chargé par la famille de Washington d'envoyer le portrait de son illustre chef à Bolivar, il y joint une lettre flatteuse pour le libérateur de la Colombie, qui répond que le Washington donné par La Fayette est la plus sublime des récompenses que puisse ambitionner un homme. En remontant l'Ohio, à la suite d'une tournée dans les provinces du sud-ouest, le bateau à vapeur qui porte le général heurte un écueil et coule, à 125 milles environ de Louisville où il se rendait ; mais cet accident n'a aucun effet sérieux, et le général avec sa suite est immédiatement reçu à bord d'un autre bâtiment, sur lequel il achève sa traversée par Cincinnati, Pittsburgh, Utica, Boston et New-York.

 
Le Gal Lafayette posant, le , la première pierre [...] de Bunker's Hill - Langlumé, d'après un dessin de Mlle d'Hervilly - 1825

À Boston, le , a lieu un immense cérémonie d'anniversaire de la bataille de Bunker Hill. Lors de ce grand rassemblement, 200 000 personnes sont présentes. Selon le rituel maçonnique, La Fayette est chargé de poser la première pierre du bâtiment à la mémoire de cette bataille. La fête se termine par un grand banquet de 4 000 couverts[91].

Après avoir séjourné de nouveau pendant quelques semaines à Washington chez le nouveau président, John Quincy Adams, La Fayette se met en devoir de retourner en France. Le , il reçoit les adieux des ministres, de tous les chefs civils et militaires de l'État, et d'une foule de citoyens réunis dans l'hôtel du président de la république. Celui-ci, dans un discours étendu, récapitule la vie de La Fayette, rappelle son dévouement à la cause américaine, et la fermeté avec laquelle, pendant quarante ans, il a soutenu la cause de la liberté. Le général répond par une glorification de l'Amérique républicaine et exhorte les États à la concorde et à l'union. Il quitte ensuite le pays sur la frégate la Brandywine et parvient au Havre le . L'aspect politique de la France s'est favorablement modifié pendant son absence.

La Fayette, avec d'autres philhellènes, profite aussi de son séjour pour plaider la cause de la Grèce insurgée contre l'Empire ottoman[92].

Le règne de Charles X (1825-1830)Modifier

 
La Fayette vers 1825.

L'avènement de Charles X avait paru éteindre ou affaiblir les discordes des partis. L'apparition du fameux mémoire de M. de Montlosier met brusquement fin à la courte trêve qu'ils s'étaient tacitement accordée. La dissolution de la garde nationale de Paris augmente le mécontentement en désarmant l'autorité royale des forces nécessaires pour en réprimer les effets, et les troubles de la rue Saint-Denis révèlent tout le succès que le génie de la sédition peut se promettre encore d'un appel aux passions populaires.

C'est dans ces circonstances que les électeurs de Meaux députent La Fayette à la chambre, au mois de juin 1827, en remplacement de M. Pinteville-Cernon[93]. De nouvelles élections ramènent sur les bancs de l'opposition la plupart des anciens membres que le ministère avait fait écarter de la chambre septennale, et La Fayette est encore appelé par l'arrondissement de Meaux à prendre part à cette dernière lutte contre la Restauration[94].

Dans un discours prononcé le 23 juin sur le budget de 1828, La Fayette reproche au gouvernement ses tendances rétrogrades et bat impitoyablement en brèche les abus qu'il avait signalés à diverses reprises. L'année suivante, dans un discours sur les crédits supplémentaires, il dénonce la Sainte-Alliance comme une vaste et puissante ligue dont le but est d'asservir et d'abrutir le genre humain, et relève par une allusion les expressions inconsidérées par lesquelles Louis XVIII, en 1814, avait remercié le prince régent de son concours[N 41].

 
Buste de La Fayette par le sculpteur David d'Angers (1828).

C’est, comme il arrive souvent, par une mesure extrême que Charles X espère franchir les difficultés de sa situation[N 42].

La Fayette, absent de Paris depuis la fin de la session, est allé passer quelques jours, après quatorze ans de séparation, à Chavaniac, lieu de sa naissance. C’est à son passage au Puy qu'il apprend l'avènement du ministère Polignac. Un banquet lui est aussitôt offert par les chefs de l'opposition libérale. Là retentissent, sous la forme d'énergiques toasts, les premières protestations populaires contre les nouveaux conseillers de Charles X.

Le voyage du général prend dès lors un caractère exclusivement politique ; le choix des villes qu'il affecte de traverser et les démonstrations extraordinaires dont il y est l'objet révèlent le but réel de cette tournée, évidemment destinée à en imposer au gouvernement par une parade menaçante des forces populaires. La Fayette visite successivement Grenoble où il loge dans l'hôtel de la Première présidence, Vizille le berceau de la révolution de 1789 où il vient voir sa petite fille Nathalie, qui épouse le fils d'Augustin Périer, au château de Vizille dans une réception presque royale, Voiron, La Tour-du-Pin, Bourgoin, Vienne, et le 5 septembre il se met en route pour Lyon, où le délire révolutionnaire a préparé une réception presque royale au patriarche de la démocratie française[95].

La Fayette fait son entrée à Lyon en présence d'un concours innombrable de spectateurs et y reçoit des députations des villes de Chalon et de Saint-Étienne[N 43]. De toutes parts, on se prépare à la résistance contre les tentatives liberticides du ministère ; des associations se forment pour le refus de l'impôt, et de nouvelles sociétés secrètes, organisées à la manière des carbonari de 1822, s'établissent au sein de la capitale[96].

La Fayette les encourage hautement, exprime même l'avis que les chambres doivent refuser le budget jusqu'à ce que la France ait reçu une organisation démocratique, et se met en rapport direct avec la plus séditieuse de ces associations, connue sous le nom de Conspiration La Fayette qui a pour organe La Tribune des départements. La fameuse adresse des 221, par laquelle la chambre dénie son concours à un ministère dont le système lui est encore inconnu, ne stimule que trop ces dispositions perturbatrices.

La Fayette ne prend aucune part ostensible aux débats qui la précèdent. Les meneurs de l'opposition sont trop habiles pour ne pas comprendre à quel point l'influence de son nom et de ses doctrines aurait compromis le succès d'une lutte aussi décisive. La situation, cependant, est loin d'être désespérée. Le parti le plus logique et le plus sage était de dissoudre à la fois la chambre et le ministère, et d'en appeler aux électeurs. Mais ce parti ne prévaut point. Un sentiment exagéré de la prérogative monarchique, une certaine impatience, et, disons-le, certaine dignité propre au caractère de Charles X, l'emportent, et l'imprévoyant monarque se plaît à resserrer, par un renvoi pur et simple de la chambre des 221, l'étroite impasse dans laquelle le pouvoir royal se trouve engagé. Les élections, faites sous l'influence de l'irritation populaire, ramènent une opposition plus nombreuse et plus animée. De cette situation violente sortent les ordonnances du , moyen fatal et désespéré de dégager la royauté imprudemment acculée dans ses derniers retranchements, mais qui prend facilement la couleur d'un odieux parjure aux yeux d'une population hostile et prévenue.

La révolution de 1830Modifier

Les Trois Glorieuses (janvier-mai 1830)Modifier

La révolution de Juillet, révolution française à la faveur de laquelle un nouveau régime, la monarchie de Juillet, succède à la Seconde Restauration, se déroule sur trois journées, les 27, 28 et , dites les « Trois Glorieuses ».

Après une longue période d’agitation ministérielle puis parlementaire, le roi Charles X tente un coup de force constitutionnel par ses ordonnances de Saint-Cloud du . En réaction, un mouvement de foule se transforme rapidement en révolution républicaine. Le peuple parisien se soulève, dresse des barricades dans les rues et affronte les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, au cours de combats qui font quelque 200 tués chez les soldats et près de 800 chez les insurgés.

Charles X et la famille royale fuient Paris. Les députés libéraux, majoritairement monarchistes, prennent en main la révolution populaire et, au terme de l’« hésitation de 1830 », conservent une monarchie constitutionnelle, au prix d’un changement de dynastie. La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède à la branche aînée ; Louis-Philippe Ier est proclamé « roi des Français » et non plus « roi de France ».

La chute de Charles X (mai-juin 1830)Modifier

 
Médaille La Fayette par Gatteaux.

La première impression qu'excite la fuite de Charles X est la stupeur ; l'absence de forces militaires respectables encourage la résistance, et une suite de dispositions mal conçues, mollement exécutées, font bientôt prendre à l'émeute le caractère d'une vaste insurrection.

Lors de la révolution dite des Trois Glorieuses, en 1830, retrouvant sa popularité de l'année 1789, La Fayette a ses propres partisans qui le poussent à jouer un rôle de premier plan. Absent lors de la promulgation des ordonnances, il se met en route dans la soirée du 26 et accourt de Lagrange à Paris au milieu de la nuit, sans que le gouvernement, dans son incurie ou dans son respect mal entendu pour la liberté individuelle, ait songé à contrarier cette dangereuse assistance ; il est adopté comme un drapeau par les chefs de l'insurrection. Le général paraît le lendemain à la réunion des députés assemblés chez Audry de Puyraveau et à celles qui la suivent ; mais, son attitude répond mal à l'attente des meneurs qui commencent à le diriger. Il ne cesse d'exhorter au calme et à l'inaction la jeunesse turbulente qui vient à plusieurs reprises solliciter sa coopération[97].

Lorsque l'assemblée décide l'envoi d'une députation au duc de Raguse, dans le but de suspendre les hostilités, La Fayette insiste pour qu'elle tienne au maréchal un langage sévère et qu'on mette sous sa responsabilité tout le sang qui serait répandu[N 44].

À la réunion du 28 au soir, lorsque la révolution a pris tout son développement le général, frappé du nombre croissant des victimes, s'écrie avec la plupart de ses collègues, qu'il faut diriger les efforts du peuple, adopter son étendard, et se déclare prêt à occuper le poste qu'on voudrait lui assigner. La Fayette passe une partie de la nuit à stimuler et à diriger l'activité populaire : il visite plusieurs des barricades qui s’élèvent sur les différents points de la capitale, et sa présence est saluée de vives acclamations. L'abandon inopiné du Louvre procure dans la matinée du 29 la victoire au peuple[N 45]. Une foule immense et enthousiaste remplit les rues. La Commission municipale provisoire, dont le général a refusé de faire partie, lui défère le commandement de toutes les gardes nationales du royaume. Dès lors il se trouve investi de la plus haute influence peut-être que jamais citoyen ait exercée en aucun pays.

C’est dans ces circonstances que, le 29 au soir, Huguet de Sémonville, grand-référendaire de la Chambre des pairs, et le comte d'Argout, se présentent au nom du roi Charles X, à la commission municipale, et font part à ses membres réunis de la révocation des ordonnances du 28 et l'appel d'un nouveau ministère sous la présidence du duc de Mortemart. La Fayette, mandé dans le sein de la commission, écoute sans rien objecter la communication du grand référendaire, et se borne à lui demander si la conquête du drapeau tricolore ne serait pas du moins le prix de la victoire du peuple parisien. M. de Sémonville répond évasivement, et l'on se sépare.

Dans la matinée du 30, La Fayette, quittant une attitude d'observation qui n'est guère dans son caractère, fait adresser aux corps de troupes réunis autour de Saint-Cloud l'audacieuse sommation de déposer les armes[N 46]. Le duc de Mortemart, par des raisons particulières, n'ayant pu présenter lui-même à la réunion des députés les ordonnances de révocation, cette mission est remplie par Jean-Baptiste Henry Collin de Sussy, qui est écouté sans faveur. II comprend que le gouvernement de fait qui siège à l'hôtel de ville est le seul tribunal où la cause de Charles X et de sa dynastie puisse à cette heure s'agiter encore avec utilité. Collin de Sussy est admis avec peine auprès de La Fayette, qu'environne un cortège menaçant de délégués des sociétés populaires, de gardes nationaux et d'ouvriers. « C'est aujourd'hui le plus beau jour de ma vie, lui dit le général avec enthousiasme ; vous me voyez entouré d'amis qui étaient las comme moi du despotisme des quinze dernières années. Permettez que nous prenions tous ensemble connaissance de votre message »[N 47]. M. de Sussy ayant témoigné le désir d'être présenté à la commission municipale, La Fayette lui-même le met en rapport avec MM. de Lobau, Mauguin et Audry de Puyraveau. Mais à peine a-t-il commencé la communication dont il s'est chargé qu'il est interrompu par les exclamations répétées : « II est trop tard ! il est trop tard ! Charles X a cessé de régner ; le peuple a acquis par son sang le droit de se choisir un autre souverain ! » Malgré cette réponse si péremptoire de la commission, le général, dont la mesure et la politesse ne se sont pas un instant démenties, croit devoir rendre hommage à son principe favori en faisant connaître la mission de M. de Sussy au peuple qui se presse dans l'intérieur de l'hôtel de ville. Il passe à cet effet dans la grande salle, et, après avoir réclamé le silence, il se met en devoir de donner lecture des dernières ordonnances de Charles X. Mais à ce nom seul, un cri de réprobation se fait entendre sur tous les points de la salle. La lecture des ordonnances excite de nouvelles vociférations. C’est au milieu de cet ouragan populaire que La Fayette fait entendre à travers un sourire ces simples paroles, qui devaient être un arrêt fatal : « Vous le voyez, il faut vous résigner ; c'est fini des Bourbons ! »[98],[99]. En prenant congé du général, Collin de Sussy tente vainement de l'écarter de l'hôtel de ville, sous prétexte d'une conférence au Luxembourg avec le duc de Mortemart ; il répond que le délégué du peuple ne peut avoir rien de commun avec l'envoyé de la monarchie déchue, et l'entretien est terminé.

La Fayette rejette hautement l'offre qui lui est faite d'être le régent du duc de Bordeaux, Henri d'Artois, et le général Talon, l'un des chefs de la garde royale, l'ayant engagé à s'expliquer sur l'effet des ordonnances du 29, il répond le 31 par un billet autographe qui se termine ainsi : « Toute réconciliation est impossible, et la famille royale a cessé de régner. »

Le parti bonapartiste, de tout temps antipathique à La Fayette, s'était agité sans chance de succès. Restait à opter entre deux autres combinaisons gouvernementales, la république et la monarchie du duc d'Orléans. L'appel de ce prince à la lieutenance générale du royaume dans la journée du 30 juillet, est un grand pas dans la voie de cette solution ; mais il importe de décider La Fayette, qui ne voit dans cette résolution précipitée qu'une mesure purement provisoire. Fils de l'ennemi personnel du général, ce prince ne se recommande à son suffrage par aucune prédilection particulière ; mais ses partisans se mettent activement à l'œuvre. Ils font valoir l'origine révolutionnaire du prince, ses antécédents patriotiques, alors assez mal connus, ses vertus de famille, son opposition permanente au système de la Restauration. Ces considérations, habilement présentées, surmontent les instigations des sociétés établies à l'hôtel de ville, et font pencher définitivement la balance en sa faveur[100],[99]. Une circonstance fortuite ou préparée achève de fixer l'indécision du général : William Cabell Rives, ministre américain à Paris, étant venu le visiter à l'hôtel de ville : « Que vont dire nos amis des États-Unis, s'écria La Fayette en s'avançant vers lui avec empressement, s'ils apprennent que nous avons proclamé la République en France ? - Ils diront, répondit froidement M. Rives, que quarante ans d'expérience ont été perdus pour les Français. » La Fayette, qui a refusé avec désintéressement la présidence de la République, renonce, momentanément du moins, à son utopie favorite.

L'avènement du duc d'Orléans (juin-juillet 1830)Modifier

 
La Fayette donne l'accolade au duc d'Orléans au balcon de l'hôtel de ville de Paris, le .
 
. Le duc d'Orléans est présenté au peuple, par le général La Fayette, au balcon de l'Hôtel de Ville. Gravure de Garneray, Paris, musée Carnavalet.

Le 31 il reçoit une lettre de Charles X[N 48] qui lui fait les plus séduisantes propositions. Par défiance ou par conviction, et aussi peut-être du fait de ses 73 ans, il refuse, et répond : « II n'est plus temps ». Le même jour il reçoit à l'hôtel de ville de Paris le duc d'Orléans, Louis-Philippe Ier, qui vient demander son investiture à l'arbitre naturel du dénouement de la révolution.

Il traverse les salles de l'hôtel de ville, et ces dispositions ne prennent un autre cours que lorsque le prince et le général s'unissent sur le balcon de l'hôtel par une accolade qui paraît proclamer ou consommer l'adoption populaire[N 49]. Le lendemain, 1er août, La Fayette, déférant au vœu exprimé par plusieurs membres de la commission municipale, se rend au Palais-Royal dans l'intention plus ou moins avouée de pressentir le futur roi des Français sur son système de gouvernement. Il débute par un éloge de la constitution américaine, que le prince n'adopte pas sans réserve, et que le général modifie lui-même en se bornant à demander « un trône populaire entouré d'institutions républicaines ».

Le duc d'Orléans paraît accepter avec empressement ce programme, si célèbre depuis sous le nom de Programme de l'hôtel de ville, et qui défraie pendant plusieurs mois les illusions du patron de la nouvelle monarchie. Tandis que le prince, par une politique habile, s'approprie ainsi les fruits d'une lutte à laquelle il n'a point concouru, Charles X lui défère de son côté le titre de lieutenant général et abdique la couronne en faveur de son petit-fils.

Ces actes demeurant sans effet, la cour paraît se disposer à une lutte que le nombre et le dévouement des troupes qui l'entourent la mettent en état de soutenir avec avantage. Des commissaires sont dépêchés à Rambouillet pour exhorter le roi à s'éloigner. Leurs instances étant vaines, on obtient du duc d'Orléans la permission de provoquer cet éloignement par une manifestation décisive. La Fayette, qui paraît prendre sur lui toute cette démonstration, fait battre le rappel dans Paris, et réunit cinq cents hommes dans chaque légion de la garde nationale pour marcher sur Rambouillet. En un instant, toute la capitale est en rumeur. Il se forme aux Champs-Élysées un corps d'à peu près dix mille hommes, dont le général Pajol prend le commandement. Il choisit pour aide de camp Georges de Lafayette, fils du général, et cette troupe, qui se grossit en route de cinq à six mille volontaires, arrive dans la nuit aux environs de Rambouillet.

Le départ de la famille royale, déterminé par des rapports sur l'importance de cette expédition populaire, prévient un engagement qui, selon toute apparence, eût été fatal aux agresseurs. La Fayette annonce au peuple de la capitale, dans un ordre du jour, cette victoire sans combat. La chambre élue sous Charles X ouvre, dans les premiers jours d'août, la discussion qui abandonne le principe de la légitimité. Le parti républicain, profondément irrité de l'issue des événements, menace de la troubler par des désordres que les exhortations de La Fayette réussissent à prévenir. Lui-même n'y prend part que pour combattre l'hérédité de la pairie et pour lancer contre l'aristocratie nobiliaire quelques-uns de ces anathèmes qui lui sont familiers. Le 7 août, les deux chambres portent au duc d'Orléans la résolution qui lui défère la couronne. Ce prince, cédant aux acclamations populaires, se montre sur le balcon du Palais-Royal, accompagné de La Fayette, qu'il embrasse avec effusion. Le général paraît profondément ému : « Voilà, dit-il au peuple en lui montrant son nouveau roi, voilà le prince qu'il nous fallait ; voilà ce que nous avons pu faire de plus républicain[101]! »

Il s'agit de savoir quel nom prendrait le nouveau roi. Quelques-uns de ses conseillers avaient imaginé de l'appeler Louis XIX ou Philippe VII, afin de le rattacher d'une manière continue à la chaîne des souverains de la troisième race. La Fayette combat cette idée si logique comme impliquant une pensée dangereuse de légitimité, et fait prévaloir son avis.

La rupture avec le régime de Juillet (juillet-décembre 1830)Modifier

Les hommages au héros de juillet (juillet-août 1830)Modifier

 
La Fayette, Jacques Laffitte, Casimir Perier et le comte Gérard, membres de la Commission municipale et constitutionnelle en 1830. Gravure anonyme.

Au mois d', La Fayette fait l'objet de nombreux honneurs, sous forme de publications, ou de créations artistiques et poétiques. Le , la population parisienne lui témoigne son attachement en lui offrant deux petits canons, qu'il fait ramener dans son château de Lagrange.

Le , la ville de Paris offre un grand banquet en son honneur, où sont présents les ministres, des pairs, des députés, des militaires, les maires de Paris et autres agents royaux. Le ténor Adolphe Nourrit y récite Lafayette en Amérique de Béranger[102] et chante La Parisienne : Marche nationale, de Delavigne[103]. La Fayette y prononce un discours faisant le lien entre la révolution de 1830 et celle de 1789 :

« Lorsque la population parisienne s’est levée spontanément pour repousser l’agression et reconquérir ses droits, nos droits à tous, les imprescriptibles droits du genre humain, elle a daigné se souvenir d’un vieux serviteur de la cause des peuples : en me proclamant son chef, en associant mon nom à ses triomphes, elle a récompensé les vicissitudes d’une vie entière. [En 1789] naquit le funeste système de division et d’anarchie dont vous connaissez les déplorables suites. […] Mais le sens exquis de la population actuelle nous préservera de ce malheur. […] Vous êtes les élèves de la révolution et votre conduite dans les grandes journées de gloire et de liberté vient d’en montrer la différence[104]. »

Commandant de la Garde nationale (août-décembre 1830)Modifier

 
La Fayette, lieutenant-général des Gardes nationales de France. Gravure de Desfeuilles, 1830.

La Fayette retrouve pour quelques mois le commandement de la Garde nationale. Il se concentre sur la réorganisation de la garde nationale du royaume. Il se montre fidèle à ses principes en rendant à cette milice citoyenne le droit d'élire ses principaux officiers. Dix-sept cent mille[pas clair] gardes nationaux, pourvus d'artillerie, reçoivent par ses soins une institution régulière[pas clair]. Sans cesse occupé à recevoir et à haranguer des députations départementales, La Fayette semble renoncer à exercer une influence sur la vie politique qui évolue rapidement.

La question de la Belgique (août 1830)Modifier

La révolution belge, qui éclate à la fin d'août, est le premier contrecoup de la révolution qui a eu lieu à Paris.

La Fayette refuse dignement la royauté de ce peuple et l'exhorte à porter son choix sur un de ses propres citoyens[105].

Son désir est que la Belgique se constitue en république fédérative, de manière à former une Suisse septentrionale dans l'alliance avec la France et sous sa garantie immédiate.

Le procès des ministres de Charles X (septembre- 21 décembre 1830)Modifier

La garde nationale joue un rôle décisif pour maintenir le calme dans Paris en , à l'occasion du procès des ministres de Charles X.

La Fayette soutient la proposition de son ami Victor Destutt de Tracy pour l'abolition de la peine de mort. Il dénonce avec énergie l'émeute qui a lieu en octobre autour du donjon de Vincennes où les ministres sont détenus, mouvement auquel le gouverneur Daumesnil a opposé une énergique résistance.

La décision de ce procès est pour l'établissement du 7 août un moment de crise redoutable. Au cri de Mort aux ministres !, des agitateurs déguisent à peine le dessein de renverser le gouvernement issu de la révolution de juillet. Le risque d'un affrontement et d'une généralisation du désordre est considérable.

La Fayette s'applique sans relâche à prévenir tout affrontement : il multiplie les précautions et fait circuler de nombreuses patrouilles. Cependant le palais du Luxembourg est plusieurs fois sur le point d'être forcé par la foule. Le 21 décembre, jour de la clôture des débats, on donne l'ordre de reconduire les prisonniers à Vincennes, afin de les soustraire à l'exaspération populaire, dans le cas probable d'absence de condamnation à mort. Cet ordre est exécuté par les soins du comte de Montalivet, ministre de l'intérieur, qui escorte les accusés au péril de sa vie. Il en résulte un mécontentement dont l'explosion menace pendant plusieurs heures le Palais-Royal.

La Fayette contribue, par la fermeté de ses dispositions et par son influence personnelle, à résoudre ce conflit dangereux. Le roi lui écrit à cette occasion une lettre pleine témoignant de l'admiration que sa conduite lui a inspirée.

La réforme de la Garde nationale et la démission de La FayetteModifier

Une fois ce cap passé, Louis-Philippe se rend compte du risque qu'il y a à laisser la garde nationale aux mains de La Fayette, qu'il juge peu fiable.

Un projet de loi sur la Garde nationale est mis en discussion à la Chambre des députés. Le 24 décembre, celle-ci supprime le titre de commandant de toutes les gardes nationales du royaume, jugé contraire à la Charte de 1830. Elle adopte aussi un amendement qui interdit à quiconque de commander les gardes nationales d'un département. Cette résolution implique la déchéance de La Fayette. Quelques députés s'efforcent en vain de la faire modifier. La Fayette menace alors de donner sa démission.

Le roi proteste de son ignorance personnelle et de la bonne volonté de ses ministres. Pour désarmer son interlocuteur, le roi lui propose le titre de commandant honoraire, déjà refusé par La Fayette. Irrité par cette insistance, il demande au roi : « Votre Majesté se contenterait-elle d'être un roi honoraire ? » Le président du Conseil, Jacques Laffitte, et le ministre de l'Intérieur, Camille de Montalivet, qui est colonel de la garde nationale, cherchent à trouver un compromis, mais La Fayette se montre trop exigeant dans ses demandes : formation d'un nouveau ministère où n'entreraient que ses amis, dissolution de la Chambre des députés et abolition de l'hérédité de la pairie.

Louis-Philippe demande vingt-quatre heures pour réfléchir. La Fayette rend alors visite à Louis-Philippe : une explication a lieu entre le deux hommes, au cours de laquelle La Fayette déclare au roi que la divergence de leurs points de vue politiques et l'ombrage qu'inspirait son autorité ne lui permettent pas d'en prolonger l'exercice. Il menace de se retirer dans son château de La Grange-Bléneau :

– « Et que ferez-vous sans l'appui de ma popularité ? » demande-t-il ?
– « Si vous retourniez à La Grange ? Eh bien, je vous y laisserais[106]! »

Le 26, il maintient sa démission. Louis-Philippe en prend acte dans une brève lettre de regrets. « L'essentiel, constatera plus tard La Fayette, était de passer sans encombre la grande crise du procès des ministres. On m'aimait tant pendant ce temps-là ! Mais vous voyez qu'ensuite, on n'a pas perdu un jour. »[107]

Il annonce publiquement sa démission par l'ordre du jour du 27 décembre et expose le même jour à la chambre les motifs de sa décision, en déclarant que si sa conscience d'ordre public est satisfaite, il n'en est pas de même de sa conscience de liberté.

Tout porte à croire que le sacrifice de La Fayette était depuis longtemps arrêté dans l'esprit du roi. Mais Louis-Philippe commençait à subir les conséquences du mode accidentel de son élévation ; il ne pouvait se séparer impunément des hommes qui y avaient concouru par leurs démarches. L'éloignement de La Fayette, suivi bientôt de celui de Dupont de l'Eure et de Laffitte, lui est reproché comme un acte éclatant d'ingratitude, et cette triple séparation consomme sa rupture avec le parti démocratique, dont les derniers événements ont naturellement accru les forces et les exigences.

L'opposition au régime (1831-1834)Modifier

Juste avant la révolution de Juillet, La Fayette a été élu le 12 juillet 1830 député de la Seine-et-Marne[108]. Après sa démission de la Garde nationale, La Fayette n'a plus que son mandat de député ; il reprend sa place à l'extrême gauche de la Chambre et redevient le chef de l'opposition, comme sous la Restauration.

Le soutien à l'insurrection polonaise de 1830-1831Modifier

Le 29 novembre 1830, une insurrection a éclaté dans le royaume de Pologne, État créé en 1815 par le congrès de Vienne et attribué au tsar de Russie, « roi de Pologne ». Les insurgés ont très vite pris le contrôle de Varsovie et un gouvernement provisoire a été mis en place. Le 25 janvier 1831, la Diète polonaise destitue le tsar Nicolas I du trône de Pologne. Le 4 février, l'armée russe lance l'offensive contre le royaume insurgé, début d'une guerre qui prendra fin en octobre, peu après la chute de Varsovie le 8 septembre.

Cette insurrection, qui est une conséquence de la révolution de Juillet en France et de la révolution belge d'août[N 50], suscite une grande sympathie et La Fayette va jouer un rôle important dans le soutien à lui apporter.

Le 23 janvier 1831, il créé le Comité central français en faveur des Polonais, souvent appelé « Comité La Fayette »[109]. Il en est président avec pour vice-président Charles de Lasteyrie. Parmi les membres, on trouve : Béranger, Armand Carrel, Léonard Chodzko, Adolphe Crémieux, Pierre Daunou, David d'Angers, Casimir Delavigne, Victor Hugo, le général Lamarque, Emmanuel de Las Cases, Odilon Barrot, Destutt de Tracy, le duc de Valmy, etc. Comme son nom l'indique, ce comité est présent à Paris et dans plusieurs villes de province.

Casimir Delavigne, membre du comité, écrit ce qui va devenir un hymne de l'insurrection, La Varsovienne, traduite en polonais dès le mois de mars 1831 sous le titre de Warszawianka.

Après la défaite de l'insurrection, La Fayette et le comité apportent leur soutien aux milliers de Polonais venus se réfugier en France, formant ce qu'on appelle la Grande Émigration.

Le soutien aux insurgés espagnols et italiens (1831-1833)Modifier

La Fayette obtient la reconnaissance officielle par la France des nouveaux États d'Amérique espagnole, devenus indépendants au début du siècle.

Il obtient en revanche peu de résultats en ce qui concerne les opposants libéraux au roi Ferdinand VII (1813-1833), avec lesquels il a des relations depuis l'intervention française en Espagne en 1823. Ferdinand refusant de reconnaître Louis-Philippe comme roi légitime, le gouvernement français accède à certaines suggestions de La Fayette : des fonds sont distribués aux rebelles ; mais le gouvernement espagnol ayant menacé d'encourager des rassemblements d'émigrés royalistes[réf. nécessaire] sur les frontières méridionales de la France, ces rebelles sont laissés à eux-mêmes et échouent dans deux tentatives désespérées[réf. nécessaire].

La Fayette soutient aussi les insurrections en Émilie-Romagne, à Modène et à Bologne, en 1831, mais elles sont rapidement vaincues grâce à l'intervention autrichienne (3 février-26 avril 1831). Lors de la seconde insurrection des Romagnols, en janvier 1832, il condamne le terme de « factieux » qui leur a été donnée par le ministère des Affaires étrangères.

Action politique sous la première législature (juillet 1830-mai 1831)Modifier

En ce qui concerne la politique internationale, il est partisan du système de la « non-intervention » des puissances conservatrices (notamment celles de la Sainte-Alliance) dans les affaires des autres pays, afin de permettre aux peuples de choisir leurs systèmes politiques. Le point de vue de La Fayette est d'ailleurs partagé par le ministère du 2 novembre 1830 présidé par Laffitte[110].

Les 14 et 15 février 1831, une cérémonie funèbre légitimiste dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois provoque deux jours d'émeutes marquées par le sac de l'archevêché de Paris. La Fayette intervient à la Chambre, condamnant les destructions matérielles et exposant ses vues sur l'évolution souhaitable du régime. Ces événements provoquent le départ du préfet de police (Baude) et du préfet de la Seine (Odilon Barrot) ; quelques semaines plus tard (13 mars) Laffitte démissionne, remplacé par Casimir Perier, qui dissout la Chambre le 31 mai.

Seconde législature : le ministère Casimir Perier (1831-1832)Modifier

Au cours de la campagne électorale, La Fayette adresse à ses électeurs un compte-rendu détaillé de ses travaux parlementaires. Il y rend un hommage à la révolution de Juillet, mais déplore la direction qu'a prise le régime par la suite. Ce manifeste consomme la rupture avec Louis-Philippe. « Nous sommes, dit La Fayette, comme deux gentlemen qui se sont donné un démenti mutuel : les circonstances ne nous permettent pas d'aller au bois de Boulogne [pour un duel], mais elles nous empêchent de nous faire des visites. »[105].

Il est élu le 5 juillet, de nouveau en Seine-et-Marne, et occupera ce siège jusqu'à sa mort[108]. Il lutte contre l’hérédité de la pairie et fait retirer du Code pénal l'article qui punit l'usurpation des titres nobiliaires.

Après la session de 1832, il fait adopter par les députés de l'opposition l'idée de présenter dans un compte-rendu collectif leurs idées de politique intérieure et extérieure, publié le 19 mai. Casimir Perier est mort trois jours avant et est remplacé par Soult (jusqu'au 18 juillet 1834).

Seconde législature : le ministère Soult (1832-1834)Modifier

Les premières semaines de cette période sont marquées par l'insurrection républicaine consécutive aux funérailles du général Lamarque le 5 juin 1832 (décrite par Victor Hugo dans Les Misérables). La Fayette assiste à ces obsèques et prononce un éloge funèbre. Sollicité par des militants républicains, il refuse de cautionner une émeute et rentre chez lui. Mais à la fin de la journée, l'insurrection prend des proportions considérables. Une réunion des députés de l'opposition a lieu le soir chez Laffitte pour discuter sur les moyens d'arrêter l'effusion du sang. La Fayette refuse de faire partie d'une députation au roi.

Alors qu'on parle de l'arrêter, La Fayette reste quelques jours à Paris, pour « regarder en face le gouvernement de l'état de siège » ; puis il retourne à La Grange et abandonne ses fonctions de maire et de conseiller municipal, ne voulant conserver aucun rapport avec la « contre-révolution » de 1830.

Lors du premier attentat contre Louis-Philippe, le , il refuse d'aller aux Tuileries avec certains de ses collègues.

Durant la session de 1833, il intervient à propos de la loi sur l'organisation des départements et appuie une demande de pension au profit des vainqueurs de la Bastille. La police ayant arrêté sur ses terres de La Grange le réfugié polonais Joachim Lelewel, auquel il donnait asile, il se plaint fortement de ce procédé « inouï, dit-il, sous la Restauration elle-même », et contraint le ministre de l'Intérieur à désavouer cet acte de brutalité.

La maladie et la mort de La Fayette (février-mai 1834)Modifier

 
Mort du général Lafayette, gravure sur bois coloriée par Gondelfinger, 1834.

La discussion de l'adresse au Trône, en , est le dernier débat parlementaire auquel La Fayette prenne part.

Une pneumonie aiguë, consécutive à sa présence aux obsèques de François-Charles Dulong le 30 janvier, s'aggrave rapidement et l'emporte le , dans sa 77e année, au 6 rue d'Anjou-Saint-Honoré (ancien 1er arrondissement), actuellement 8 rue d'Anjou dans le 8e arrondissement de Paris[111].

Ses funérailles, le 22 mai à l'église de l'Assomption, sont suivies par une foule immense, incluant l'élite des deux chambres, des académies, de l'administration civile et militaire, de la garde nationale et des étrangers alors à Paris. Des représentants choisis dans chacun de ces corps et dans la délégation des États-Unis portent les coins du drap mortuaire. Après la célébration du service religieux, le convoi se dirige vers le cimetière de Picpus où, suivant son désir, le général est inhumé auprès de son épouse. Lors de son dernier voyage en Amérique, dix ans auparavant, il avait en vue des ses funérailles ramené de la terre, qui est utilisée pour l'inhumation.

Étroitement surveillées par l'armée, malgré les protestations de la gauche, les obsèques de La Fayette ne donnent lieu à aucune manifestation républicaine, le parti républicain venant d'être écrasé lors de la seconde révolte des Canuts à Lyon et du massacre de la rue Transnonain à Paris, en avril 1834.

 
La sépulture de la Fayette au cimetière de Picpus

Les deux chambres du Congrès américain lui décernent les mêmes honneurs funèbres qu'au président George Washington[13]. Jusqu'à la fin de la session, les salles des séances sont tendues de noir, et John Quincy Adams[112], Edward Everett, J. Upham et le général Tailmadge prononcent son éloge en présence de tous les corps de l'État.

PostéritéModifier

Jugements de contemporainsModifier

Les talents de La Fayette ont été diversement appréciés. Exalté tour à tour comme l'émule de Washington et comme le glorieux promoteur de la régénération française, c'était selon Napoléon « un niais […] sans talents civils ni militaires, un esprit borné, un caractère dissimulé »[N 32].

Mirabeau, son principal adversaire au sein du « parti patriote », l'avait surnommé « Gilles César », en référence au dictateur romain. Antoine de Rivarol reprit le mot sous la forme « César Gille[113] ».

Chateaubriand voyait en lui une espèce de monomane, « à qui l'aveuglement tenait lieu de génie[114] » car « il n'avait qu'une seule idée, et heureusement pour lui elle était celle du siècle ; la fixité de cette idée a fait son empire. » Il en retient que ses actions furent souvent en contradiction avec ses pensées : « Royaliste, il renversa en 1789 une royauté de huit siècles ; républicain, il créa en 1830 la royauté des barricades : il s'en est allé donnant à Philippe la couronne qu'il avait enlevée à Louis XVI […] Dans le Nouveau Monde, M. de La Fayette a contribué à la formation d'une société nouvelle ; dans le monde ancien, à la destruction d'une vieille société : la liberté l'invoque à Washington, l'anarchie à Paris[115] ».

Madame de Staël disait : « Qui l'avait observé pouvait savoir d'avance avec certitude ce qu'il ferait dans toute occasion[116]. »

Dans ses Souvenirs, la duchesse légitimiste de Maillé commente ainsi la mort de La Fayette : « M. de La Fayette vient de mourir. Le héros des deux mondes est allé dans le troisième. Sa mort n'a fait aucun effet politique. Il était devenu incommode et inutile à son parti, il était odieux aux autres, son rôle était fini[117]. »

Odilon Barrot porte un jugement davantage élogieux dans ses Mémoires : « C’est le 20 mai 1834 que s’éteignit ce grand citoyen. J’ai peut-être été trop son ami pour en parler avec une entière impartialité. […] Je n’ai rencontré dans aucun homme plus de grandeur d’âme, unie à plus de bonté et de simplicité. […] Si même on peut adresser un reproche à cette noble nature, c’est l’exagération de ses qualités. Soupçonnant difficilement dans autrui le mal, qui n’était pas en lui, le général Lafayette accordait trop facilement sa confiance et on en a souvent abusé. Emporté par le besoin de se dévouer, il était trop disposé à préférer les tentatives, où il exposait sa vie aux efforts patients et persévérants de la lutte légale[118]. »

HommagesModifier

Aux États-UnisModifier

Aux États-Unis, plus de 600 lieux s'appellent La Fayette[13]. Une montagne, sept comtés et quarante localités portent notamment son nom[119].

Auguste Bartholdi sculpte une statue de La Fayette à la fin du XIXe siècle pour la ville de New York. Inaugurée en 1876, elle se trouve aujourd'hui dans Union Square Park.

Le rôle du marquis de La Fayette dans l'histoire de l'indépendance américaine est consacré de longue date dans la ville de Washington, par un square à son nom devant la Maison-Blanche avec sa statue à l'une des quatre extrémités. Lafayette Square est également le nom d'un parc de la ville de Los Angeles et de Saint-Louis.

Tous les ans, le 4 juillet, jour de la Saint-Florent et anniversaire de la Déclaration d'indépendance des États-Unis, en signe de reconnaissance, l'ambassade des États-Unis en France dépose une gerbe de fleurs sur sa tombe, au cimetière de Picpus, à Paris[13],[120].

Le , il est élevé à titre posthume au rang de citoyen d'honneur des États-Unis d'Amérique[119], privilège rare qui n'a été accordé auparavant qu'à cinq reprises.

Au mois de juin 2007, la frégate furtive La Fayette F710 de la Marine Nationale s'est rendue aux États-Unis dans le cadre de la commémoration du 250e anniversaire de la naissance du marquis. Le le La Fayette faisait escale à La Nouvelle-Orléans. Accompagnée du consul général de France à La Nouvelle-Orléans, une délégation d'une quarantaine de membres de l'équipage, conduite par son commandant, s'est rendue dans la ville de Lafayette. Ils y ont été reçus par le maire de la ville entouré d'officiels au centre culturel Jean-Lafitte où sont exposés documents et objets sur le marquis et son époque, ainsi qu'une maquette de son navire L'Hermione à bord duquel il est arrivé aux États-Unis avec ses volontaires le .

En FranceModifier

Le château de Chavaniac, aujourd'hui Chavaniac-Lafayette, maison natale du marquis, abrite un musée qui lui est dédié[121].

Lors de leur débarquement en France en 1917, le général Pershing, général en chef des armées américaines, se serait exclamé : « La Fayette nous voilà ! ». Cette formule fut prononcée, en réalité, par l'aide de camp du général américain, le colonel Charles Stanton[119], lors d'une cérémonie organisée le , devant la tombe du Français, au cimetière de Picpus, avant d'y déposer une couronne[122],[123]. La première unité composée de volontaires américains avait été l'escadrille aérienne La Fayette, avant même l'entrée en guerre officielle des États-Unis.

À Paris, une rue porte le nom de La Fayette[119] et sa statue équestre par le sculpteur Paul Bartlett (1865-1925), érigée en 1908, se trouve cours la Reine. La station de métro Chaussée d'Antin a reçu son nom en sous-titre, en réalité à cause d'un grand magasin qui avait parrainé le renouvellement de sa décoration[réf. nécessaire]. La ville de Lyon lui a consacré un pont et une longue rue, le cours Lafayette. À Toulouse, la grande artère menant de l'Hôtel de Ville à la nouvelle promenade du quartier de la Ville neuve est baptisée en son honneur de son vivant : rue, place (aujourd'hui place Wilson), allée (aujourd'hui allées Franklin-Roosevelt puis Jean-Jaurès) et carrefour (sans nom aujourd'hui, à l'intersection du boulevard Carnot). À Grenoble, une rue du centre-ville porte son nom et le musée de la Révolution française expose un buste de La Fayette à l'âge de 33 ans.

 
La statue Lafayette du XIXe siècle, au Puy-en-Velay.

Au Puy-en-Velay, dans son département natal, la Haute-Loire, la Statue Lafayette, dans le square éponyme, du sculpteur Ernest-Eugène Hiolle, est érigée en son honneur en 1883, sur le boulevard Saint-Louis. Elle est inscrite Monument Historique en 2005 : « C'est le seul monument commémoratif notable de la reconnaissance de la Haute-Loire à son enfant le plus connu. »[124] En , elle est commémorée pour les 70 ans de son enlèvement de son socle par les résistants : en , par crainte que le régime allemand ne récupère son métal en la faisant fondre, elle sera cachée durant deux années dans une bergerie, et retrouvera son socle en . Pour cette commémoration de 2013 : « Le square La Fayette arbore depuis cette année un éclairage tricolore qui illumine la statue à la nuit tombée, pour garder en mémoire cet acte héroïque qui nous a permis de préserver un monument local et national. »[125].

Plusieurs établissements scolaires auvergnats portent le nom « La Fayette », à Clermont-Ferrand (lycée technologique) et à Brioude (collège et lycée général et technologique).

La ville de Brioude conserve une écharpe tricolore offerte par la général La Fayette (date de la remise imprécise : on peut supposer que celle-ci a eu lieu lors de la visite du général, alors député de Meaux, les 30 et )[126].

Le chirurgien et ornithologue français René Primevère Lesson a dédie une espèce d'oiseaux de la famille des Phasianidae à La Fayette en 1831: Le Coq de Lafayette (Gallus lafayetii).

À Dangé-Saint-Romain, une ancienne cité américaine porte depuis la fin des années 1950 le nom de Résidence La Fayette.

À Metz, d'où il décida de partir pour les Amériques, une statue équestre en bronze, réalisée en 2004 par Claude Goutin, est installée dans le jardin de Boufflers derrière le palais de justice de Metz.

 
Stèle commémorative sur l'esplanade La Fayette à Pauillac.

À Pauillac, une esplanade porte son nom, en bordure des quais d'où il est parti en 1777. Une stèle représentant son vaisseau La Victoire y est d'ailleurs érigée. Sur la stèle peut être lu : « D'ici, le , s'est embarqué Marie Joseph Paul Yves Gilbert Motier, Marquis de Lafayette, avec l'espoir de rallier les Amériques à bord de la Victoire ».

Le , le président français Nicolas Sarkozy évoque plusieurs fois La Fayette dans son discours au Congrès américain. Comme le ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner, interpellé l'été précédent par Gonzague Saint Bris dans le cadre de la célébration du 250e anniversaire du marquis à Chavaniac, a lâché « Le Panthéon, ce n’est pas une mauvaise idée » et ajouté qu’il « (porterait) cette idée au sommet de l’État »[127], cette insistance déclenche une polémique sur l'éventuel transfert au Panthéon des cendres de La Fayette. Nicolas Sarkozy y est favorable[réf. nécessaire]. Jean-Noël Jeanneney s'y oppose, car il n'imagine pas voir reposer aux côtés de soldats tombés pour la Révolution « un général en chef qui n'a jamais été républicain et qui a abandonné son armée en pleine guerre pour passer chez l'ennemi »[128]. Mais comme Jeanneney s'appuie sur le témoignage de Napoléon[N 32], P. Bercis répond que celui-ci a, par exemple, rétabli l'esclavage alors que La Fayette est resté un militant constant de son abolition et de la démocratie[129]. G. Saint Bris réplique à son tour que « les hommes d’exception ont toujours servi l’intérêt de la France plus que celui d’un régime, que ce soit au temps de la monarchie ou de la république »[130]. Un lecteur du Monde a entretemps fait remarquer que la question « La Fayette au Panthéon ? » est tranchée : il y est déjà, parmi les personnages représentés sur son fronton par David d'Angers[131].

Le nom de La Fayette est perpétué sur la mer par des bâtiments de la Marine nationale :

La Fayette dans l'audiovisuelModifier

La Fayette dans les jeux vidéoModifier

La Fayette est un des personnages centraux du jeu vidéo Assassin's Creed III (Ubisoft) se déroulant en Amérique pendant la révolution américaine.

ArmoiriesModifier

Figure Blasonnement
 
 
Armes des Motier de La Fayette :

De gueules à la bande d’or et à la bordure de vair.[133]

Sources et bibliographieModifier

Sources primairesModifier

  • Les papiers personnels de Gilbert du Motier de la Fayette sont conservés aux Archives nationales sous la cote 252AP[134].
  • Bérenger LP, Mémoires historiques, et pièces authentiques sur M. De La Fayette, pour servir à l'histoire des révolutions, Paris 1790
  • Regnault-Varin, Mémoires pour servir à son histoire, 1824, 2 vol. in-8°
  • « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, vol. 22, Paris et Leipzig, 2e édition, 1843-1865 [détail de l’édition] (lire en ligne), p. 448-473  
  • Histoire du général La Fayette (traduction), Paris, 1825
  • Voyage du général La Fayette aux États-Unis, Paris, 1826
  • A. Levasseur, Lafayette en Amérique en 1824 et en 1825, 1829, 2 vol. carte EU in-8°
  • Mémoires du comte de M***_ (Pontgibaud), Paris, 1828
  • A. Châteauneuf, Le général Lafayette, mémoires authentiques, Paris, 1831, in-8°
  • Histoire complète de la vie civile, politique et militaire, du général Lafayette, contenant de longs développements sur la révolution de 89, Par M. B. Bécherand, J. Paris, 1831
  • La Fayette en Amérique, par M. Regnault-Varin. Paris, 1832
  • Lafayette et la Révolution de 1830, par Sarrans jeune, 1832, 2-vol. in-8°
  • Jules Cloquet, Souvenirs sur la vie privée du général La Fayette, Paris, 1836, in-8°
  • Le portrait que Rivarol a tracé de Lafayette dans son pamphlet intitulé Vie politique, fuite et capture de M. de Lafayette, est une des productions les plus piquantes et les plus satiriques de cet écrivain.
  • La famille du général a publié en 1837 et 1838, ses Mémoires, correspondance et manuscrits, 6 vol. in-8°., accompagnés de notes rédigées par son petit-gendre F. de Corcelle. Dans cette collection on remarque la lettre de La Fayette au bailli de Ploën sur la révolution de 1789, celle qu'il écrivit à M. de Latour-Maubourg à l'occasion de la mort de sa femme, une foule de confidences sur les événements remarquables auxquels il a pris part, et sous ce titre : « Mes rapports avec le Premier Consul », dans Mémoires ... (lire en ligne), un aperçu sur le caractère politique et militaire de Napoléon Bonaparte.
  • « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]
  • Discours de Lafayette pour la Polognie (Pologne). Introduction d'Armand Levy sur les devoirs de la France envers la Pologne. Mickiewicz Ladislas, 1864
  • Lafayette en Amérique et en France. Par Privat Joseph Claramond comte Pelet de la Lozère, Paris, 1867
  • Paul Le Blanc, La Belle Journée ou relation fidèle de la fête donnée à M. le marquis de La Fayette par les habitants de Langeac le 13 août 1786 : in Tablettes historiques du Velay 1871-1872, Le Puy-en-Velay, Tablettes historiques du Velay, (lire en ligne)
  • Thomas Balch, Les Français en Amérique pendant la guerre de l’Indépendance des États-Unis 1777-1783, [détail des éditions]

Ouvrages historiographiques et bibliographiquesModifier

  • (en) Damien Mahiet, Music for Lafayette, 1780s-1830 : A catalog, Ithaca (N.Y.), Cornell University, 2009.
  • (en) Lloyd S. Kramer, « Lafayette and the Historians : Changing Symbol, Changing Needs, 1834-1984 », Historical Reflections / Réflexions Historiques, vol. 11, no 3,‎ , p. 373-401 (JSTOR 41298840).
  • Philippe Olivier, Bibliographie des travaux relatifs à Gilbert du Motier, marquis de Lafayette, Clermont-Ferrand : Institut d’études du Massif Central, 1979.
  • Chantal de Tourtier-Bonazzi, Lafayette : Documents conservés en France, catalogue, Paris, Archives nationales, 1976.
  • (en) Louis R. Gottschalk, Phyllis S. Pestieau et Linda J. Pike, Lafayette : A guide to the letters, documents, and manuscripts in the United States, Ithaca (N.Y.), Cornell University Press, 1975.
  • (en) Stuart W. Jackson, La Fayette, a bibliography, New York, Rudge, 1930.
  • Laurent Zecchini, Lafayette, héraut de la liberté, Fayard, 2019.

BibliographieModifier

  • Jean-Pierre Bois, La Fayette, Perrin, 2015, 496 p.
  • (en) Marc Leepson, Lafayette : Lessons in leadership from the idealist General, New York, Palgrave Macmillan, 2011.
  • Philippe Bourdin, François Weil et Fabrice Boyer, La Fayette, entre deux mondes, Clermont-Ferrand, Presses universitaires Blaise-Pascal, (lire en ligne).
  • Pascal Payen-Appenzeller, Hommage de l'Amérique au Général Lafayette, Paris, Yvelinédition, 2008.
  • Jacques Arlet, Le général La Fayette, gentilhomme d'honneur, Paris, L'Harmattan,
  • Daniel Binaud, L'épopée américaine La Fayette, Paris, La Découverte, 2007.
  • Robert Legrand, La Guerre d'indépendance américaine et La Fayette, Abeville, Imprimerie F. Paillard, 2006.
  • Bernard Vincent, La Fayette et la guerre d'Indépendance, neuf lettres inédites, Orléans, Université d'Orléans, 2004.
  • (en) Gregory Payan, Marquis de Lafayette : French hero of the American Revolution, New York, PowerPlus Books, 2002.
  • Étienne Taillemite, La Fayette, Paris, Fayard, , 623 p. (ISBN 2-213-02340-9, présentation en ligne).
  • (en) Stanley J. Idzerda, Anne C. Loveland et Marc H. Miller, Lafayette, hero of two worlds : The art and pageantry of his farewell tour of America, 1824-1825, Flushing (N.Y.), Queens Museum, 1989.
  • Olivier Bernier, La Fayette : Héros des deux mondes, Paris, Payot, 1988.
  • Philippe Olivier, Bibliographie des travaux relatifs à Gilbert Du Motier, marquis de Lafayette (1757-1834) et à Adrienne de Noailles, marquise de Lafayette (1759-1807), Clermont-Ferrand, Institut d'études du Massif central, 1979.
  • Arnaud Chaffanjon, La Fayette et sa descendance, Paris, Berger-Levraud, 1976.
  • Duc de Castries, La Fayette, pionnier de la liberté, Paris, Hachette, 1974
  • (en) Anne C. Loveland, Emblem of liberty : The image of Lafayette in the American mind, Baton Rouge, Louisiana State Univ. Press, 1971.
  • Tugdual de Langlais, Jean Peltier Dudoyer, l'armateur préféré de Beaumarchais, de Nantes à l'Isle de France, Éd. Coiffard, 2015, 340 p. (ISBN 9782919339280). Pages 271 & 273.
  • Patrick Villiers, "L'Hermione, La Fayette et Latouche-Tréville, deux hommes et une frégate au service de la guerre d'Indépendance", éditions Ancre, Nice, 2015, (ISBN 978-2-903179-85-4).

LittératureModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

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Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Sa dot théorique est de 200 000 livres mais sa mère Anne Louise Henriette d'Aguesseau, petite-fille du ministre de Louis XIV, Henri François d'Aguesseau, parvient à ne donner que 10 000 livres.
  2. Mirabeau donne une autre explication, avançant « qu'il y gâta par la gaucherie de ses manières, un langage obséquieux jusqu'à l'humilité. » (Correspondance entre Mirabeau et le comte de Lamarck, t. 2, p. 26, cité dans « Gilbert du Motier de La Fayette », dans Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne : histoire par ordre alphabétique de la vie publique et privée de tous les hommes avec la collaboration de plus de 300 savants et littérateurs français ou étrangers, 2e édition, 1843-1865 [détail de l’édition], article « La Fayette», p. 448)
  3. Appelés Insurgents par les Britanniques, Bostoniens par les Français et Patriots par les Américains.
  4. « Plus d'une fois le Cincinnatus américain essaya de tempérer, par les inspirations de sa haute prudence, l'entraînement de La Fayette vers d'inapplicables théories. Mais que pouvaient les froides leçons de l'expérience contre le torrent irrésistible des circonstances et contre cette insatiable ambition de popularité, à laquelle son illustre ami s'était montré insensible après tant d'éminents services rendus à sa patrie ! » Biographie universelle, p. 450.
  5. Qui, semblait toujours autoriser l'emploi de la violence pour faire prévaloir une opinion, une volonté, un intérêt particulier sur les constitutions fondamentales de la société. M. de Barante, de la Déclaration des droits, etc., 1849
  6. «Cette cocarde, dit-il, fera le tour du monde. »
  7. D'après Gonzague Saint Bris, ceux-ci auraient été instrumentalisés par Choderlos de Laclos, agissant au nom du duc d'Orléans.
  8. La Fayette s'accorde un somme à l'hôtel de Noailles. Il y gagne le surnom de « général Morphée » (Georges Carrot, Révolution et maintien de l'ordre, 1789-1799, Paris, SPM, coll. « Kronos » (no 20), , 523 p. (ISBN 2-901952-23-2), p. 104.).
  9. Citation extraite d'un mémoire sur les États généraux publié en 1788 par le comte d'Entraigues
  10. On le voit plus d'une fois exposer sa vie pour faire rentrer dans l'ordre une multitude échappée au frein des lois, mais dont les grands mouvements, dit Charles de Lacretelle, « conservaient toujours pour son esprit fasciné quelque chose de sublime et de sacré. »
  11. Après avoir brisé les meubles qui garnissaient le fort, le peuple commence la démolition des parapets de la plate-forme, lorsque le général accourt à la tête des grenadiers de la garde nationale. Il est accueilli par les cris : A bas La Fayette ! et ces cris sont répétés par une partie des grenadiers même qui marchent à sa suite. La Fayette ordonne aux perturbateurs de sortir des rangs ; sa voix est méconnue. Biographie universelle, p. 454.
  12. Parmi lesquels il pouvait reconnaître plusieurs parents ou d'anciens amis. Biographie universelle, p. 454.
  13. Cette conduite, soit qu'elle fût motivée par un vain amour de popularité, ou par le désir de calmer les passions de la multitude, a été amèrement reprochée à La Fayette. Biographie universelle, p. 454.
  14. Ramené tardivement à des sentiments conservateurs par les libéralités de la cour et par la perspective des catastrophes qui menaçaient la société, le tribun avait fait adjurer sans succès La Fayette d'en détourner l'explosion par l'alliance de leurs forces communes. Un fait, préparé, a-t-on dit, par ses derniers conseils, vint constater ouvertement l'état de captivité du monarque. Biographie universelle, p. 454.
  15. Le soir même de l'évasion, le général déclarait à Bailly que les issues des Tuileries étaient tellement gardées qu'« une souris n'en pourrait sortir » (M. le comte de Sèze, Histoire de l'évènement de Varennes, 1843.) Biographie universelle, p. 454.
  16. La Fayette s'applaudit, dans ses Mémoires, que l'exécution de cet ordre n'ait été d'aucune influence sur l'arrestation des augustes fugitifs. Malgré la contrariété secrète que lui causait ce résultat, il fit bonne contenance, et contribua à protéger, contre la fureur populaire, les trois gardes du corps qui avaient servi de courriers à la famille royale ; ces militaires comme on sait, arrivèrent à Paris exposés sur le siège de la voiture dans laquelle elle y fit son entrée funèbre. Biographie universelle, p. 454-455.
  17. Il trouve le roi très calme, « Votre Majesté, lui dit-il, connaît mon attachement pour elle ; mais je ne lui ai pas laissé ignorer que si elle séparait sa cause de celle du peuple, je resterais du côté du peuple. Cela est vrai, répondit Louis XVI, vous avez suivi vos principes. Jusqu'à ces derniers temps, j'avais cru être dans un tourbillon de gens de votre opinion, dont vous m'entouriez à dessein ; j'ai bien reconnu dans ce voyage que je m'étais trompé, et que c'est aussi l'opinion de la France. — Votre Majesté, reprit La Fayette, a-t-elle quelques ordres à me donner ? — II me semble, répondit en souriant le monarque, que je suis plus à vos ordres que vous n'êtes aux miens. » Biographie universelle, p. 455.
  18. Dans ses Mémoires, auxquels nous avons emprunté la plupart des détails qui précèdent, on lit qu'il s'efforça de concilier les tristes devoirs de son ministère avec les égards dus aux illustres captifs. On ne peut se dissimuler toutefois que la démarche de Louis XVI n'eût jeté une certaine irritation dans son esprit, et cette disposition ne demeura probablement pas étrangère à la rigueur des précautions qu'il employa pour couvrir sa responsabilité dans ces graves conjonctures. Il se fit communiquer la liste des personnes que la cour désirait recevoir, et il assujettit tous les visiteurs à un minutieux contrôle. Il ne fit rendre à Louis XVI aucun des honneurs dus à la royauté, sous prétexte que ce prince, par son manifeste adressé à l'assemblée, avait abdiqué son droit constitutionnel pour réclamer le droit divin. Ces précautions furent excédées, comme il arrive toujours, par les agents placés sous les ordres du général, et la position de la famille royale devint de plus en plus intolérable. Moins libre que le dernier de ses sujets, le roi ne conservait que la faculté de se promener le matin dans les Tuileries, avant que le jardin fût ouvert au public. Biographie universelle, p. 455.
  19. La garde nationale lui offrit une épée à garde d'or avec cette inscription : « À La Fayette, l'armée parisienne reconnaissante ». Une pétition adressée à l'assemblée sollicita pour lui une indemnité proportionnée aux sacrifices qu'il s'était imposés, et la municipalité de Paris frappa une médaille en son honneur et lui fit présent d'une statue en marbre de Washington, chef-d'œuvre du sculpteur Houdon, « afin, dit-elle, qu'il eût toujours sous les yeux celui qu'il avait si glorieusement imité. » Biographie universelle, p. 455-456.
  20. Deux armes importantes dont il avait étudié l'emploi dans son voyage de Prusse, en 1785. Biographie universelle, p. 456.
  21. C'est lors de cette journée que Louis XVI but une bouteille de vin rouge proposée par un manifestant, et marcha dans une bouse de vache pour montrer qu'il était « comme le peuple »). Marie-Antoinette, qui ne pouvait plus le souffrir, dira de lui : « Je sais bien que M. de La Fayette nous protège. Mais qui nous protégera de M. de La Fayette ? »)[réf. souhaitée]
  22. Guadet, reprenant le ton de l'ironie, attribua la présence du général à la disparition des ennemis extérieurs ; et, rentrant dans le vrai, il blâma sa démarche comme un acte d'infraction à la discipline, et de désobéissance envers la constitution. Il fit échouer les efforts du général. Ramond défendit hautement le général, et une majorité de cent voix fit adopter l'ordre du jour. Biographie universelle, p. 457.
  23. Parmi les plans conçus pour le salut du roi, il en existait un auquel La Fayette avait promis son concours, et dont l'exécution n'offrait rien qui excédât les limites de la constitution : le monarque devait annoncer à l'assemblée le projet de se retirer à Compiègne, où le général se disposait à l'entourer d'une force suffisante ; il devait ensuite adresser à ses frères et aux émigrés une proclamation pour les exhorter à marcher contre l'ennemi commun, et rentrer dans Paris quand ces dispositions auraient déconcerté les espérances coupables et ramené le calme dans les esprits. Biographie universelle, p. 457.
  24. Peut-être aussi n'était-il plus temps. La coalition venait de mettre en mouvement une nombreuse armée, et les ennemis de l'intérieur pressaient de plus en plus, dans son étroit asile, le trône constitutionnel. Les dernières démarches de La Fayette étaient devenues le signal d'agressions multipliées contre lui. Biographie universelle, p. 457.
  25. Le premier demanda qu'il fût fait un rapport spécial sur la conduite de La Fayette, et le second s'éleva amèrement contre l'audacieux militaire qui se croyait le chef d'une faction dont il n'était que l'instrument, et sans vouloir, dit-il, comparer La Fayette à Jules César, il rappela que, lorsque du fond des Gaules, ce conquérant dicta des leçons au sénat, il était bien près de passer le Rubicon. » Le général fut défendu avec chaleur par Mathieu Dumas, qui s'écria que La Fayette ne « serait pas digne d'être appelé le héros de la liberté, si, comme Washington, son frère d'armes et son modèle, il ne buvait jusqu'à la lie le calice de l'ingratitude populaire. » Un obscur orateur, Torné, évêque constitutionnel, attaqua, avec un surcroît de violence « le héros des deux mondes, » comme l'appelaient alors ses partisans, et Condorcet le compara à Monk, « sacrifiant à son roi la liberté qu'il avait d'abord servie. » Biographie universelle, p. 457
  26. Le général répondit fièrement « qu'il ne supposait pas que personne lui adressât des questions auxquelles il ne jugerait pas convenable de répondre. » Un ordre supérieur ayant prescrit au général autrichien Chasteler de s'emparer du trésor de l'armée, qu'on supposait à la disposition de La Fayette : « Sans doute, dit froidement celui-ci, Leurs Altesses Impériales, à ma place, l'eussent emporté. » Biographie universelle, p. 458.
  27. On lui promet d'adoucir sa captivité s'il voulait donner des plans contre la France. Ayant répondu avec mépris à cette proposition, il est jeté sur une charrette et transféré à Magdebourg[réf. souhaitée]
  28. L'assemblée législative confisque tous ses biens, et la commune de Paris fait briser, par la main du bourreau, le coin de la médaille frappée en son honneur. Biographie universelle, p. 458.
  29. À cette sévérité se joignaient une alimentation repoussante, la privation complète d'encre, de plumes, de meubles de propreté, l'abréviation des soirées d'hiver et la prolongation des nuits par une obscurité rigoureuse, l'absence de tous égards de la part de leurs gardiens, une foule de vexations inutiles, et jusqu'au remplacement de leurs noms par de simples numéros. Biographie universelle, p. 459.
  30. À son retour de Marengo, il accueillit le général avec bienveillance. « Vous avez-dû, dit-il à La Fayette, trouver les Français bien refroidis pour la liberté ; les boutiquiers de Paris n'en veulent plus. » Le général répondit que les Français étaient encore en état de la recevoir et qu'ils l'attendaient de lui. Biographie universelle, p. 459.
  31. Celui-ci s'était expliqué avec la liberté habituelle à son langage et aussi, quelqu'un l'ayant accusé, en présence du Premier Consul, de fronder, son gouvernement : « Laissez donc, répondit celui-ci, il n'en dira pas plus qu'il ne m'en a dit à moi-même ! » Biographie universelle, p. 459.
  32. a b et c Le texte suivant reflète l'opinion de Napoléon sur La Fayette : « La Fayette était un niais ; il n'était nullement taillé pour le haut rôle qu'il avait voulu jouer. Sa bonhomie politique devait le rendre constamment dupe des hommes et des choses. Son insurrection des Chambres, au retour de Waterloo, avait tout perdu. Qui avait donc pu lui persuader que je n'arrivais que pour les dissoudre, moi qui n'avais de salut à espérer que par elles ? Tout le monde en France est corrigé des idées extrêmes de liberté ; il n'y a qu'un homme qui ne le soit pas, et cet homme, c'est La Fayette. En effet, qui a proclamé le principe de l'insurrection comme un devoir ? Qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu'il est incapable d'exercer ? Qui a détruit la sainteté et le respect des lois en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement d'hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ? Cet homme qui a joué un si grand rôle dans nos premières dissensions politiques, avait servi sous Washington et s'y était distingué, c'était un homme sans talents ni civils ni militaires ; esprit borné, caractère dissimulé, dominé par des idées vagues de liberté, mal digérées chez lui et mal conçues ; du reste, dans la vie privée, La Fayette était un honnête homme. » Napoléon, Mémorial de Sainte-Hélène, voir Biographie universelle, p. 472.
  33. Son exemple et ses exhortations ne persuadèrent point La Fayette : « Dans ce peu de jours et au milieu de ses brillantes promesses, dit-il à l'ancien tribun, Napoléon a déjà cent fois plus violé les libertés publiques que les Bourbons dans leurs dix mois de règne. » II repousse avec la même énergie les séductions plus hautes et plus puissantes de l'ex-roi d'Espagne, Joseph Bonaparte, en ajoutant qu'il ne pouvait voir dans Napoléon « qu'un soldat venu de corps de garde en corps de garde jusqu'aux Tuileries, » et refuse toute entrevue qui lui est proposée avec lui. Biographie universelle, p. 460.
  34. Celui que La Fayette fit entendre à cette dernière occasion (27 mai) fut un véritable manifeste dans lequel il donna une ample carrière à ses ressentiments politiques et même à ses rancunes personnelles contre le système de la Restauration. L'octroi de la charte, le principe de la légitimité, l'émigration, les caducités de l'ancien régime, et jusqu'à la tentative du , tout fut attaqué par La Fayette avec une liberté de violence presque inouïe jusqu'alors ; aucun moyen ne fut négligé pour émouvoir les passions politiques au-dedans comme au-dehors. Ce discours attira à l'orateur une vive et éloquente réplique de M. de Serre, qui lui reprocha d'imputer aux victimes de la révolution tous les maux qu'elle avait fait peser sur eux : « Si les insurgés au-dehors, continua le ministre, séduits par les provocations imprudentes qu'il a fait entendre, se portent à la sédition, je demande sur la tête de qui devrait retomber le sang versé par le glaive de la révolte ou par le glaive de la loi ? » M. de Puymaurin déplora que l'homme qui se recommandait par tant de qualités personnelles rentrât dans les rangs de la révolution « pour en devenir de nouveau l'instrument ou le jouet. » Peu touché de ces apostrophes et de ces allusions, La Fayette, à l'occasion du budget de 1821, s'éleva avec une nouvelle violence contre la diplomatie actuelle, « où le système, les agents, le langage, tout lui paraissait étranger à la France nouvelle », et se plaignit que « par les déviations et l'apostasie temporaire d'une révolution de liberté et d'égalité, on eût fini par voir l'Europe surchargée de deux assortiments complets de dynasties, de noblesses et de privilèges. » Biographie universelle, p. 461.
  35. Comme ses amis lui recommandaient la prudence, « Bah ! leur répondit-il en souriant, j'ai déjà beaucoup vécu, et il me semble que je couronnerais dignement ma carrière politique en mourant sur l'échafaud pour la liberté (Histoire des deux Restaurations. par A. de Vaulabelle, t. 6, p. 275). » La conduite réelle de La Fayette offre, toutefois, moins de témérité que cette bravade ne le ferait supposer. Biographie universelle, p. 462.
  36. François-René de Chateaubriand, dans ses Mémoires d'Outre-tombe, écrit qu'il « s'abaissa jusqu'à se laisser nommer le vénérable des ventes du carbonarisme » (livre XLIII, chap. 3).
  37. « [J]e m'unis à mes amis pour demander, autant qu'il est en nous, la plus grande publicité, au sein de cette Chambre, en face de la nation ; c'est là que nous pourrons, mes accusateurs et moi, dans quelque rang qu'ils soient placés, nous dire, sans compliment, ce que, depuis trente-trois années, nous avons eu mutuellement à nous reprocher. », dans Prosper Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire en France : 1814 – 1848 sur Google Livres, vol. 7, Lévy, 1865, p. 79
  38. Le juge d'instruction avait négligé de recueillir des explications précises sur le signalement du général, et il était devenu facile au révélateur, mieux avisé, d'égarer les recherches postérieures de l'autorité. Le surlendemain du jour où La Fayette avait couvert de son audace cette situation fausse et défectueuse, M. de Saint-Aulaire proposa à la chambre de mander le procureur général à sa barre pour répondre aux plaintes portées contre lui. Cette proposition fut repoussée à une forte majorité ; mais, tandis que ce débat préoccupait la chambre, il se passait un fait curieux. Un des principaux conjurés, Grandménil, parvenu à se dérober aux recherches de la justice, avait été secrètement introduit par M. de la Pommeraye, député du Calvados, dans une tribune d'où il suivait attentivement la discussion. Il entendit avec indignation le général Foy le qualifier d'agent provocateur, et, dans l'excès de son émotion, il voulut s'élancer de sa place pour lui infliger un éclatant démenti. Il fut contenu avec grand’peine par M. de la Pommeraye et par Georges de La Fayette. Biographie universelle, p. 463.
  39. Les preuves matérielles nous manquent contre les premiers instigateurs du complot. Pourquoi ? Ce n'est point parce qu'ils sont inconnus, mais parce qu'ils se cachent derrière leurs séides, parce qu'ils s'enveloppent de mystère… Ils ont insinué que nous les frappions par derrière, que nous étions des lâches… Les lâches et les perfides sont ceux qui précipitent dans l'abîme des conspirations des hommes simples et crédules, qui les trompent et les désavouent ensuite… Voilà les véritables pourvoyeurs des bourreaux. Biographie universelle, p. 463-464.
  40. « Nous craignons, lui dit-il, votre retour en Europe, où les despotes jaloux de votre gloire et de vos vertus, peuvent vous enfermer encore dans les murailles de leurs donjons ». Biographie universelle, p. 464.
  41. Cependant, il est exact de dire que La Fayette se montra généralement plus indulgent pour le cabinet de 1828 que pour ceux qui l'avaient précédé. Charles X, dont il connaissait la loyauté, lui inspirait une estime personnelle, et ce prince, en passant à Meaux, lors de son voyage en quelque sorte triomphal dans l'est de la France, s'était exprimé à son tour dans les termes les plus obligeants sur le compte du général. Mais ces déférences particulières, dominées par d'incurables dissentiments politiques, ne pouvaient amener aucun résultat. Le fatal retrait des lois départementale et communale fit évanouir la dernière espérance de conciliation, et le ministère Martignac, brouillé sans retour avec la gauche, abandonné du côté droit et de la cour, plein du pressentiment de formidables orages, mais impuissant à les conjurer, emporta dans sa retraite, en retour des embarras qu'il léguait à la couronne, le stérile avantage d'avoir été le cabinet le moins impopulaire de la Restauration. Biographie universelle, p. 466.
  42. Pénétré et presque triomphant de l'inutilité des concessions qu'on lui avait en quelque sorte arrachées, il appela à la tête du nouveau conseil un patricien justement recommandable par la fid��lité éprouvée de ses sentiments monarchiques, mais dont le nom était frappé de cette longue et irrémédiable impopularité qui rend tout difficile à l'homme d'État. Le parti libéral regarda comme un éclatant défi, et fit ouïr d'amères imprécations. Biographie universelle, p. 466.
  43. Il assista le lendemain à une fête brillante sur l'île Barbe, et le jour suivant à un banquet que lui offrit la ville de Lyon, et où la santé du roi fut portée pour la première fois depuis le commencement de cette tournée patriotique. À son départ, le 8 septembre, il est accompagné jusqu'à deux lieues de la ville par une escorte de jeunes cavaliers. Ces audacieuses ovations, dont le gouvernement fut plusieurs fois, dit-on, sur le point de troubler le cours par une résolution hardie, propagèrent l'esprit de défiance et de sédition sur tous les points de la France. Biographie universelle, p. 466.
  44. Il fut compris dans l'ordre d'arrestation tardivement décerné par le ministère contre les chefs présumés de la rébellion ; mais la rapidité de ses progrès n'en permit pas l'exécution. Biographie universelle, p. 467.
  45. Les députés se réunirent en grand nombre chez Laffitte, et La Fayette, porté par un vote unanime à la tête de la garde nationale, se mit aussitôt en marche, suivi d'un nombreux cortège pour aller recevoir de nouveau, à l'hôtel de ville, après trente-neuf-ans d'interruption, ce commandement auquel se rattachaient tous ses souvenirs et ses affections. Biographie universelle, p. 467.
  46. Sommation qui, disons-le pour l'honneur militaire, demeura sans effet. Biographie universelle, p. 468.
  47. Louis Rozet, Chronique de juillet 1830, Nabu Press, 2012.
  48. Charles X, dans une audience qu'il donnait à M. de Ségur en 1829, lui dit : « M. de La Fayette est un être complet ; je ne connais que deux hommes qui aient toujours professé les mêmes principes : c'est moi et M. de La Fayette, lui comme défenseur de la liberté, moi comme roi de l'aristocratie. » Puis, en parlant de la journée du : « Des préventions à jamais déplorables firent qu'on refusa ses avis et ses services. » Jules Cloquet, Souvenirs sur la vie privée du Général La Fayette, 109.
  49. François-René de Chateaubriand commente ainsi la scène : « M. de La Fayette donne au duc d'Orléans un drapeau tricolore, s'avance sur le balcon de l'Hôtel-de-Ville, et embrasse le prince aux yeux de la foule ébahie, tandis que celui-ci agitait le drapeau national. Le baiser républicain de La Fayette fit un roi. Singulier résultat de toute la vie du héros des Deux-Mondes ! » (Mémoires d'Outre-tombe, livre XXXIII, chap. 15.)
  50. Beaucoup d'officiers de l'armée du royaume de Pologne croyaient en effet qu'ils allaient être obligés de partir combattre les insurgés belges aux côtés de l'armée russe.

RéférencesModifier

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  65. Cf. sa notice sur le site de l'Assemblée nationale.
  66. s:Projet de Déclaration des Droits de l'Homme présenté par La Fayette à l'Assemblée Nationale (Séance du 11 juillet 1789)
  67. Voir, dans la Revue des deux Mondes , le travail de M. de Valon sur le prétendu complot du marquis de Favras.
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  70. Jacques Pierre Brissot, Le Patriote Français, 26 septembre 1791, Jean-Daniel Piquet, L'émancipation des Noirs dans la Révolution française (1789-1795), Paris, Karthala, 2002, p. 114-116.
  71. « Le camp retranché de Maubeuge », Racines et patrimoine en Avesnois, no 1, p. 14-19.
  72. Auguste Aimé Boullée, Notice sur le général Lafayette, Desenne, 1841, oclc 33298799, p. 68
  73. Taine, Les origines de la France contemporaine, L'ancien régime, La révolution, L'anarchie, La conquête jacobine, tome 1, Bouquin, Robert Laffont, 1986, page 691. (ISBN 2-221-05186-6)
  74. Louis-Pierre Anquetil et Léonard Gallois, Histoire de France depuis les Gaulois jusqu'à la mort de Louis XVI : continuée jusqu'au sacre de Charles X, vol. 10, Jubin, (lire en ligne), p. 330
  75. Gilbert du Motier de Lafayette, Mémoires, correspondance et manuscrits, vol. 3, Fournier, (lire en ligne), p. 412
  76. Biographie universelle, p. 458.
  77. Comme, en les installant, on éloignait d'eux, tous les objets qui pouvaient servir au suicide, le général fit observer qu'« il n'était pas assez prévenant pour se tuer ». Biographie universelle, p. 458.
  78. En apprenant le massacre de La Rochefoucauld, son ami, La Fayette écrit que, sans cesser de regarder comme sacrée la cause du peuple, « le charme est détruit. » Biographie universelle, p. 459.
  79. Chantal de Tourtier-Bonazzi, article La Fayette du Dictionnaire Napoléon (direction Jean Tulard), tome 2, édition 1999, p. 132.
  80. Napoléon interdit que le nom de La Fayette soit cité lors de l'éloge funèbre de George Washington aux Invalides le .
  81. Mis en présence, le démocrate et l'empereur se mesurèrent quelques instants du regard ; puis, après avoir couvert leurs longs dissentiments sous un petit nombre de paroles insignifiantes, ils se séparèrent plus divisés, plus irréconciliables que jamais. Biographie universelle, p. 461.
  82. Chambre des représentants, Séance du 21 juin 1815, Archives parlementaires, Recueil complet des débats législatifs et politiques des Chambres françaises de 1800 à 1860, faisant suite à la réimpression de l'ancien "Moniteur" et comprenant un grand nombre de documents inédits, 2e série, 1800-1860, SER2, T14 (3 décembre 1814 au 9 juillet 1815) BNF.
  83. Lire la partie Le Duc d'Otrante de la célèbre biographie de Fouché par Louis Madelin, de l'Académie française (1901), Paris, Librairie Plon, Les Petits-Fils de Plon et Nourrit, 1947, 2e édition.
  84. « Je m'étonne, milord, répondit La Fayette, que, pour proposer cette lâcheté au peuple français, vous vous adressiez de préférence à un prisonnier d'Olmütz. » Biographie universelle, p. 461.
  85. Frédéric Preney-Declercq, Le complot du Bazar français : roman historique, Nantes, Normant Editions, , 444 p. (ISBN 2-915685-17-7)
  86. Histoire de la chute des Bourbons, par Albert Maurin, livre 3.
  87. Biographie universelle, p. 463.
  88. Histoire des deux restaurations, t. 6, p. 264. - Histoire de la chute des Bourbons…, livre 3. - M. Royer-Collard, faisant, en 1832, allusion à cette circonstance, dit au général La Fayette : « Vous avez été indignement calomnié par M. Mangin. - J'ai été outragé, répondit le général, mais non calomnié. - En ce cas, vous avez été impuni. »
  89. Gloves, notice de l'objet dans la base de données de la collection du Metropolitan Museum of Art, New York (page consultée le 19 mai 2017).
  90. Franck Browing et John Gerassi, Histoire criminelle des Etats-Unis, Editions Nouveau monde, , p. 174
  91. Philippe Schneider, La popularité de Lafayette durant son voyage triomphal aux États-Unis de 1824 à 1825, Université Paris-Sorbonne, Paris, 2013, p. 99, 133 et 173-174.
  92. Paul C. Pappas, « Lafayette's Efforts to Send American Aid to Revolutionary Greece », Journal of Modern Greek Studies, tome 2-1, mai 1984, p. 105-116.
  93. Les événements se pressaient. M. de Chateaubriand avait suscité une opposition redoutable au ministère le plus long et le plus habile qu'elle eût encore enfanté. La majorité, jusque-là si compacte, en fut ébranlée, et cette circonstance entraîna la dissolution de la chambre. Biographie universelle, p. 465.
  94. Charles X, cédant aux exigences de la France électorale, composa son conseil d'hommes estimables, éclairés, mais dépourvus de direction fixe. Un cabinet placé dans de telles conditions ne pouvait qu'affaiblir l'autorité royale, déjà si énervée. Ce fut le sort des concessions essayées par le ministère Martignac. Les intentions les plus conciliantes et les plus libérales ne purent lui faire trouver grâce devant les organes du parti démocratique. Biographie universelle, p. 466.
  95. Biographie universelle, p. 466. : cinq cents cavaliers, plus de mille piétons et un grand nombre de voitures allèrent à sa rencontre jusqu'aux limites du département (Voyage du général La Fayette en 1829, par M. Morin). M. Prunelle harangua le général, qui, dans sa réponse fière et presque menaçant, se félicita « d'avoir reconnu partout sur son passage cette fermeté calme et presque dédaigneuse d'un grand peuple qui connaissait ses droits, qui sentait sa force et serait fidèle à ses devoirs. »
  96. La Révolution de 1830 et le véritable parti républicain, par A. Fabre.
  97. Victor de Nouvion, Histoire du règne de Louis-Philippe, t. 1, Hachette Livre BNF, 2012, p. 185. - Louis Blanc, Révolution française, Histoire de dix ans 1830-1840, t. 1, p. 255.
  98. Jean-Paul Barbier, Collin de Sussy, Horizons d'Argonne no 84, 2007.
  99. a et b Biographie universelle, p. 468.
  100. Bernard Alexis Sarrans, Louis-Philippe et la contre-révolution de 1830, Nabu Press, t. 2.
  101. Nous reproduisons ici le langage textuel de La Fayette et le seul avoué par lui. Les mots tant répétés : Voilà la meilleure des républiques ! appartiennent au rapport adressé par la commission municipale au nouveau roi quelques jours après son avènement (Moniteur du ), et ont été mal à propos attribués au général. Celui-ci affirme ne pas avoir utilisé ces mot. Il écrit, par exemple, dans une lettre publiée dans les journaux américains: « Je n’ai pas dit, comme certains journaux l’ont rapporté, que « c’était la meilleure des républiques ». J’ai au contraire fait profession de mes doctrines, qui sont celles de l’école américaine. Mais je considérais que, d’après les circonstances, c’était la meilleure chose à faire. Et de ce que j’ai vu depuis du nouveau roi et de sa famille, je suis conforté dans l’opinion que nous avons bien fait.» (Southern Recorder de Milledgeville (Ga.), 30 octobre 1830, disponible en ligne)
  102. P.-J. Béranger, « Lafayette en Amérique », dans Œuvres complètes de Béranger, Paris : Fournier, 1839, t. II., p. 240-241.
  103. C. Delavigne, La Parisienne : Marche nationale, Paris : Ladvocat, 1830.
  104. 'Banquet patriotique offert par la Ville de Paris au Général Lafayette, (15 août 1830)', Paris, Imprimerie Royale, 1830, p. 8-10.
  105. a et b Biographie universelle, p. 471
  106. Cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2002, p. 638.
  107. Cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 639
  108. a et b Cf. sa notice sur le site de l'Assemblée nationale, Anciens parlementaires.
  109. Cf. Comité central en faveur des Polonais, La Pologne et la France en 1830-1831, Paris, 1831.
  110. Biographie universelle, p. 470-471.
  111. Acte de décès de La Fayette, extrait du registre d'état civil du 1er arrondissement de Paris : Du 20 mai 1834, à une heure du soir. Acte de décès de sieur Marie-Joseph-Paul-Roch-Yves-Gilbert Dumottier Lafayette, lieutenant général, membre de la Chambre des députés, âgé de soixante-seize ans passés, veuf de dame Marie-Adrienne-Françoise de Noailles, ledit défunt né à Chavagnac (Haute-Loire) et décédé à Paris en son domicile rue d'Anjou-Saint-Honoré, no 6, ce jourd'hui, à quatre heures et demie du matin. Constaté par nous Charles Gabillot, chevalier de la Légion d'honneur, adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, faisant les fonctions d'officier d'état civil, sur la déclaration des sieurs Alexandre-César-Victor-Charles Destutt de Tracy, député, âgé de cinquante-deux ans, demeurant rue d'Anjou-Saint-Honoré, no 38, Antoine-François Carbonel, maréchal de camp, âgé de cinquante-sept ans, demeurant rue d'Anjou-Saint-Honoré, no 6, lesquels ont signé avec nous, après lecture faite. Signé : V. Tracy, Carbonel, Gabillot. Les originaux des registres paroissiaux et d'état civil à Paris antérieurs à 1860 ont disparu dans les incendies de la Commune de Paris de 1871, mais l'acte a été recopié et est cité dans Étienne Charavay, Le général La Fayette 1757-1834, Paris, 1898, rééd. 1977, pages 595-596.
  112. (en) John Quincy Adams, Life and character of Gilbert Motier de Lafayette : delivered at the request of both houses of the Congress of the United States, before them, in the House of representatives, Washington, on the 31st December, 1834, Cincinnati, (lire en ligne)
  113. François-René de Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe, livre XLIII, chap. 3, Gallimard, coll. La Pléiade, 1969, p. 875.
  114. Mémoires d'Outre-tombe, Livre XLIII, chapitre 3, édition Gallimard La Pléiade 1969, p. 876.
  115. Mémoires d'Outre-tombe, XLIII, 3.
  116. Biographie universelle, p. 473., Considérations sur la Révolution française, 2e part., ch. 3.
  117. cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Fayard, 2002, p. 723
  118. O. Barrot, Mémoires posthumes, Paris : Charpentier, 1875, t. I., p 275-276. Disponible en ligne sur Gallica
  119. a b c et d Laurent Zecchini, « La Fayette, voilà tes maires ! », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  120. « U.S. Embassy France on Twitter », sur Twitter (consulté le 2 juillet 2020).
  121. « Site internet du château de Chavaniac-Lafayette »
  122. Encyclopédie des Mots historiques ; tome 2, éditée par Historama, Paris, 1970.
  123. Encyclopédie Larousse, article Marquis de La Fayette
  124. La Statue Lafayette du Puy-en-Velay, sur le site des Monuments Historiques.
  125. « Il y a 70 ans, la statue Lafayette quittait son socle et fuyait l'ennemi. » , article 'Zoom d'ici', du 16 décembre 2013.
  126. « Ministère de la Culture et de la Communication »
  127. « Quatre Mirage et une stèle pour un hommage franco-américain à La Fayette », (consulté le 6 mai 2015)
  128. Jean-Noël Jeanneney, « La Fayette au Panthéon ? Holà ! », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  129. Pierre Bercis, « La Fayette, nous voilà ! », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  130. Gonzague Saint Bris, « La Fayette au Panthéon ! », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  131. « Le fronton du Panthéon », sur Cliophoto (consulté le 6 mai 2015)
  132. « Secrets d'Histoire : La Fayette, il était une fois l'Amérique », sur Le Figaro (consulté le 10 janvier 2021)
  133. roglo.eu lien
  134. Archives nationales