La Combattante (torpilleur)

La Combattante
Image illustrative de l’article La Combattante (torpilleur)
La Combattante en 1943
Autres noms HMS Haldon (L19)
Type Torpilleur
Classe Hunt de type III
Histoire
A servi dans Naval Ensign of the United Kingdom.svg Royal Navy
Pavillon des forces navales françaises libres Forces navales françaises libres
Constructeur Fairfields Shipbuilding
Chantier naval Glasgow, Ecosse
Commandé 28 juillet 1940
Quille posée 16 janvier 1941
Lancement 27 avril 1942
Commission 30 décembre 1942
Statut Coulé le 23 février 1945
Équipage
Commandant André Patou
Équipage 181 hommes
Caractéristiques techniques
Longueur 85,3 m
Maître-bau 10,16 m
Tirant d'eau 3,51 m
Déplacement 1 050 long tons (1 067 t)
À pleine charge 1 435 long tons (1 458 t)
Propulsion 2 chaudières à vapeur Admiralty
2 turbines à vapeur Parsons
2 hélices
Puissance 19 000 ch (14 000 kW)
Vitesse 27 nœuds (50 km/h)
Caractéristiques militaires
Armement 2 x 2 canons de marine de 4 pouces QF Mark XVI
Une batterie de quatre canons de marine de 2 livres QF
2 x 2 canons de 20 mm Oerlikon
2 torpilles de 533 mm
70 à 110 charges de profondeur, 4 lanceurs, 3 racks
Électronique 3 radars, 1 ASDIC

La Combattante est un torpilleur des Forces navales françaises libres (FNFL) pendant la Seconde Guerre mondiale. Destroyer britannique de la classe Hunt, il est offert par le Gouvernement britannique à la France libre en 1942. Il participe à l'appui feu du débarquement de Normandie le au large de Courseulles-sur-Mer et quelques jours plus tard, le , y convoie le général de Gaulle depuis l'Angleterre. La Combattante est coulée par une mine le en mer du Nord.

ConstructionModifier

Le Haldon est commandé le 28 juillet 1940 dans le cadre du programme d'urgence de la guerre de 1940 pour le chantier naval de Fairfields Shipbuilding de Glasgow en Ecosse sous le numéro 1695. La pose de la quille est effectuée le 16 janvier 1941, le Haldon offert aux FNFL sous le nom de La Combattante est lancé le 27 avril 1942 et mis en service le 30 décembre 1942.

Il est parrainé par la communauté civile de Dartmouth dans le Devon pendant la campagne nationale du Warship Week (semaine des navires de guerre) en mars 1942.

Les navires de classe Hunt sont censés répondre au besoin de la Royal Navy d'avoir un grand nombre de petits navires de type destroyer capables à la fois d'escorter des convois et d'opérer avec la flotte. Les Hunt de type III se distinguent des navires précédents type I et II par l'ajout de 2 tubes lance-torpilles au milieu du navire. Pour compenser le poids des tubes lance-torpilles, seuls 2 supports de canons jumeaux de 4 pouces ont été installés, le canon en position "Y" a été retiré, le projecteur étant déplacé vers le pont arrière de l'abri en conséquence. Les Hunt de type III pouvaient être facilement identifiés car ils avaient une cheminée droite avec un sommet incliné et le mât n'avait pas de râteau. Quatorze d'entre eux ont vu leurs ailerons stabilisateurs retirés (ou non installés en premier lieu) et l'espace utilisé pour le mazout supplémentaire.

Le Hunt type III (comme le type II) mesure 80,54 m de longueur entre perpendiculaires et 85,34 m de longueur hors-tout. Le Maître-bau du navire mesure 9,60 m et le tirant d'eau est de 3,51 m. Le déplacement est de 1 050 long ton (1 070 t) standard et de 1 490 long ton (1 510 t) à pleine charge.
Deux chaudières Admiralty produisant de la vapeur à 2 100 kPa (21 bar) et à 327 °C alimentent des turbines à vapeur à engrenages simples Parsons qui entraînent deux arbres d'hélices, générant 19 000 chevaux (14 000 kW) à 380 tr/min. Cela donne une vitesse de 27 nœuds (50 km/h) au navire[1]. 277 long ton (281 t) de carburant sont transportés, ce qui donne un rayon d'action nominale de 2 560 nautiques (4 740 km) (bien qu'en service, son rayon d'action tombe à 1 550 nautiques (2 870 km))[2].

L'armement principal du navire est de quatre canons de 4 pouces QF Mk XVI (102 mm) à double usage (anti-navire et anti-aérien) sur trois supports doubles, avec un support avant et deux arrière. Un armement antiaérien rapproché supplémentaire est fourni par une monture avec des canons quadruple de 2 livres "pom-pom" MK.VII et trois canons Oerlikon de 20 mm Mk. III montés dans les ailes du pont[3],[4]. Jusqu'à 110 charges de profondeur pouvaient être transportées [5],[6] avec deux goulottes de charge en profondeur et quatre lanceurs de charge en profondeur constituent l'armement anti-sous-marin du navire. Le radar de type 291 et de type 285 sont installés, de même qu'une sonar de type 128[3],[7]. Le navire avait un effectif de 168 officiers et hommes[8],[9].

HistoireModifier

Construit sous le nom de HMS Haldon (pennant number L19) pour la Royal Navy à Glasgow[10], il est endommagé par un bombardement dans la nuit du . Réparé, il est ensuite offert aux FNFL en 1942, et renommé La Combattante.

Escorte et combats contre des S-BooteModifier

La Combattante fait sa première sortie le , escortant un convoi dans la Manche[11]. Le bateau secourt 68 marins du Stell Traveller, un liberty ship coulé par une mine.

Le , elle secourt des équipages d'avions australiens et anglais. Durant une nuit de septembre 1943, elle secourt deux aviateurs britanniques.

Dans la nuit du 25 au , La Combattante et la frégate HMS Rowley interceptent un groupe de E-boats allemands ; La Combattante réussit à couler le S-147 et à endommager un autre navire. Dans la nuit du 12 au , La Combattante détruit le S-141, le fils de l'amiral Dönitz qui servait à bord est tué[12].

Dans la nuit du 27 au , La Combattante croise les vedettes-torpilleurs (Motor Torpido Boat) britanniques MTB-732 et MTB-739 ; par erreur, les deux groupes engagent le combat et le MTB-732 est coulé[12].

Jour JModifier

Sous le commandement d'André Patou, La Combattante prend part au débarquement de Normandie, apportant un appui feu rapproché pour le débarquement des troupes à Courseulles-sur-Mer (secteur de Juno Beach). Restant à 3 000 mètres de la plage, dans seulement 4 mètres d'eau, elle tire sur les batteries côtières. Elle s'échoue un moment. Le HMS Venus lui transmet alors en morse : « Je suis content qu'un Français soit le premier à toucher le sol de France ». La Combattante détruit plusieurs batteries, jusqu'à ce que les troupes commencent à débarquer sur la plage. Elle repart ensuite à Portsmouth, escortant un Landing Ship Dock.

La Combattante continue d'escorter des convois dans la Manche, entre l'Angleterre et la Normandie,

Transport du général de GaulleModifier

Le , il est demandé au torpilleur français de se rendre au quai de King's Stairs du port de Portsmouth ; il y a là Charles de Gaulle, les généraux Béthouart et Koenig, l'amiral d'Argenlieu, Gaston Palewski, Pierre Viénot, Pierre Billotte, François Coulet, Pierre de Chevigné, Geoffroy de Courcel, Pierre Laroque et Claude Hettier de Boislambert, attendant pour traverser la Manche et se rendre en Normandie[note 1]. La délégation emporte avec elle un trésor de 250 millions de francs pour contrer l'introduction du billet drapeau, le franc d'occupation américain.

Un photographe est embarqué pour la traversée et une des plus célèbres photographies du général de Gaulle[14] est attachée à cette traversée avant qu'il ne débarque sur une plage entre Courseulles-sur-Mer et Graye-sur-Mer[15]. Mais il semble que cette photo ait en fait été prise un an et demi plus tôt, en à bord d'une autre vedette[16].

Le général et ses accompagnateurs débarquent le lendemain pour une visite d'une journée à Bayeux, Isigny-sur-Mer et Grandcamp-les-Bains avant que de Gaulle et quelques autres ne réembarquent sur La Combattante le soir même[16] pour retourner en Angleterre le lendemain matin.

Combats au large de la NormandieModifier

Le , La Combattante secourt deux pilotes américains.

Elle fait par la suite des patrouilles en Manche. Dans la nuit du 25 au , elle coule 4 chalands porte-canons allemands, des navires cherchant à quitter Le Havre encerclé et à rejoindre la mer du Nord.

NaufrageModifier

Le , alors qu'elle est en patrouille au large de l'Humber, un grand estuaire de la cote orientale de l'Angleterre ouvrant sur la mer du Nord, une explosion brise La Combattante en deux et le navire coule rapidement à la position géographique de 53° 22′ N, 1° 01′ E. 117 marins sur un équipage de 181 survivent. La commission d'enquêtes conclut que le navire a été coulé par une mine[17].

Du côté allemand, un bulletin de la Kriegsmarine reporte que La Combattante a été détruite à 10 h 28 dans la matinée du par deux torpilles tirées par l’U-5330, un sous-marin de poche allemand de type Seehund commandé par le lieutenant Klaus Sparbrodt, approximativement à 10 kilomètres du South-Fall Bank. Sparbrodt fut décoré pour son succès allégué. En fait le navire coulé par celui-ci était le poseur de câbles britannique Alert[18].

En 2002, lors d'une expédition du Grieme (Groupe de recherche et d'identification d'épaves Manche Est), la partie arrière de La Combattante est retrouvée, une seconde expédition en 2005 conjointe avec la Marine nationale à bord du chasseur de mines Pégase, n'a pas permis de retrouver la partie avant. Cette zone peu profonde au large de l'estuaire Humber comprenait de nombreuses épaves après guerre et a largement été « nettoyée » dans les années suivantes pour la sécurité de la navigation, souvent au moyen d'explosifs[19]

HommageModifier

 
Maquette de la Combattante exposée au Musée national de la Marine.

Le général de Gaulle avant de débarquer à Courseulles accorda au navire la Croix de guerre avec palme de bronze.

Un monument dédié[20] à La Combattante a été érigé à Courseulles par Gilbert Le Dily, représentant des FFL ayant longuement navigué sur le navire[réf. nécessaire], et une rue nommée en son honneur à proximité.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Il semble que les ordres exacts n'aient pas été donnés, ce qui provoqua la conversation suivante[13] :
    • Commandant Patou : « Je suppose mon général que vous désirez aller en France ? »
    • Général de Gaulle : « Vous n'avez pas reçu d’ordres ? »
    • Patou : « Non mon général, mais cela n’a pas d’importance car nous connaissons le chemin… »
    • L'amiral d’Argenlieu : « Cap sur la Normandie ! »

RéférencesModifier

  1. Lenton 1970, p. 89.
  2. English 1987, p. 12.
  3. a et b Gardiner et Chesneau 1980, p. 46
  4. Lenton 1970, pp. 85, 89.
  5. Lenton 1970, p. 87
  6. Friedman 2008, p. 319
  7. English 1987, p. 12–13
  8. Gardiner and Chesneau 1980, p. 47
  9. Lenton 1970, p. 89
  10. « Bâtiments ayant porté le nom de Combattante » sur Net Marine.
  11. Les Rebelles de « La Combattante », p. 394
  12. a et b La bataille de l'Atlantique, p. 340
  13. Site du Grieme
  14. Photographie du général de Gaulle à bord de La Combattante.
  15. « 14 juin 1944 - Courseulles, France », AFP.
  16. a et b Maurice Vaïsse, De Gaulle et la Libération, Bruxelles/Paris, éditions Complexe, coll. « Questions à L'histoire », , 221 p. (ISBN 2-8048-0016-4), p. 48.
  17. Les Rebelles de « La Combattante », p. 628
  18. Midget submarine operations.
  19. « La Combattante » Acte III et FIN - Expédition avec le « Pégase ». sur le site du Grieme
  20. Localisation du monument à Courseulles sur Google Maps

SourcesModifier

BibliographieModifier

  • Eddy Florentin, Les Rebelles de « La Combattante », Paris, L'Ancre de Marine, , 628 p. [détail de l’édition] (ISBN 978-2841412266)
  • Guy Malbosc, La bataille de l'Atlantique (1939-1945) : la victoire logistique et celle du renseignement, clés de la victoire des armes, Paris, Economica, coll. « Campagnes & stratégie », , 2e éd. (1re éd. 1995), 544 p. (ISBN 978-2-7178-5919-5)
  • (en) Blair, Clay (2000). Hitler's U-Boat War: The Hunters 1939–1942. London: Cassell & Co. (ISBN 0-304-35260-8).
  • (en) J. J. Colledge et Ben Warlow, Ships of the Royal Navy : The Complete Record of all Fighting Ships of the Royal Navy from the 15th Century to the Present, Newbury, Casemate, (1re éd. 1969) (ISBN 978-1-935149-07-1).
  • (en) English, John (1987). The Hunts: A history of the design, development and careers of the 86 destroyers of this class built for the Royal and Allied Navies during World War II. World Ship Society. (ISBN 0-905617-44-4).
  • (en) Lenton, H.T. (1970). Navies of the Second World War: British Fleet & Escort Destroyers: Volume Two. London: Macdonald & Co. (ISBN 0-356-03122-5).
  • (en) Rohwer, Jürgen; Hümmelchen, Gerhard (1992). Chronology of the War at Sea 1939–1945. London: Greenhill Books. (ISBN 1-85367-117-7).
  • (en) Whitley, M.J. (2000). Destroyers of World War Two: An International Encyclopedia. London: Cassell & Co. (ISBN 1-85409-521-8).

Liens externesModifier

Voir aussiModifier

Article connexeModifier