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Léon V l'Arménien

empereur byzantin
(Redirigé depuis Léon V (empereur byzantin))

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Léon V et Léon d'Arménie.

Léon V l'Arménien
Empereur byzantin
Image illustrative de l’article Léon V l'Arménien
Solidus de Léon V l'Arménien et son fils ainé, Constantin.
Règne
-
7 ans, 5 mois et 15 jours
Période Arménien
Précédé par Michel Ier Rhangabé
Suivi de Michel II L'Amorien
Biographie
Naissance vers 775
Décès (~45 ans)
Constantinople
Père Bardas
Épouse Théodosia
Descendance Symbatios-Constantin
Grégoire
Basile
Théodose
Une fille
Empereur byzantin

Léon V l'Arménien (en grec : Λέων Ε΄ ὁ Ἀρμένιος), né vers 775 et assassiné le , est un empereur byzantin de 813 à 820. Militaire de carrière, il dépose Michel Ier Rhangabé en 813. Son règne est consacré à la poursuite de la lutte contre les Bulgares et à la réintroduction de l'iconoclasme. Il est assassiné en 820 en faveur de Michel II.

OriginesModifier

Il est fils d'un Bardas (né vers 735 et mort en 792), stratège des Anatoliques, puis patrice. Il a également deux neveux, Bardas (mort en 821), duc de 813 à 820, et Grégorios (mort en 823), stratège.

Le patriarche Nicéphore Ier de Constantinople écrivit une notice sur Léon V (lequel l'avait fait déposer), qui relate que ce dernier était arménien et descendant d'« un mauvais rejeton parricide de Sennachérib, roi des Assyriens ». Cette référence au roi assyrien renvoie aux familles arméniennes Arçrouni et Gnouni, qui revendiquaient également cette ascendance. La documentation de l'époque ne permet pas de trancher entre les deux familles, mais les prénoms de « Bardas » et « Gregorios » sont les traductions des prénoms arméniens « Vardan » et « Grigor », portés par des princes Arçrouni[1],[2].

Léon pourrait être né en-dehors des frontières byzantines mais aurait rejoint, avec sa famille, les terres impériales lors d'un exode massif de 50 000 Arméniens fuyant les Arabes à la fin du VIIIe siècle.

Accession au trône d'un général byzantinModifier

Léon V se distingue comme militaire au sein du thème des Anatoliques, l'un des plus exposés aux assauts arabes. Il semble être devenu proche de Bardanès Tourkos qui, après la prise du pouvoir de Nicéphore Ier en 802, devient commandant des cinq principaux thèmes d'Asie Mineure. Il devient un de ses spathaires, son garde du corps et reçoit sa fille en mariage. Avec Michel l'Amorien et Thomas le Slave, il fait partie de ses plus proches lieutenants mais tous les trois, après l'avoir soutenu dans sa rébellion en 803, finissent par se détourner de lui et contribuent à l'échec de son soulèvement. Léon est récompensé en devenant tourmarque des Fédérés, le deuxième officier le plus important des Arméniaques. Peu à peu, il se rapproche de Michel Rhangabé, le beau-fils de Nicéphore et peut s'intégrer aux cercles du pouvoir impérial. Il devient même le parrain du fils de Michel, Symbatius[3].

Léon progresse dans la hiérarchie et devient stratège des Arméniaques mais, en 811, il se rend coupable de négligences lors d'un raid des Arabes et est exilé sur ordre de l'empereur. Néanmoins, Nicéphore décède tragiquement lors de la bataille de Pliska à l'été de la même année, ce qui permet à Léon de revenir sur le devant de la scène. Il est rappelé par Michel Ier qui devient empereur après le règne éphémère de Staurakios et lui confie le poste de stratège des Anatoliques, le plus puissant thème de l'Empire. C'est à ce poste qu'il obtient son succès militaire le plus significatif contre les Arabes en 812. S'il semble être son homme-lige, il pourrait bien avoir déserté lors de la bataille de Versinikia en 813, où Michel est écrasé par les forces bulgares de Krum. Constantinople est alors sous la menace directe des envahisseurs et Léon V profite du désastre pour écarter Michel, profondément fragilisé par la défaite. Il est couronné le 11 juillet 813[4].

Il prend le soin d'écarter les principaux personnages du règne précédent. Il est relativement clément avec Michel qu'il exile dans un monastère où il décède tardivement, en 844. Il fait castrer ses fils pour éviter qu'ils ne deviennent des prétendants au trône au nom de leur père. Il écarte aussi Théoctiste le Magistre, l'un des principaux ministres de Michel, qui devient lui aussi moine, ainsi que le domestique des Scholes, Étienne. Dans le même temps, il confie les postes les plus importants à des hommes de confiance. Le stratège des Anatoliques est occupé par un Arménien du nom de Manuel, précédemment protostrator tandis que Thomas le Slave devient tourmarque des Fédérés et Michel l'Amorien commandant des Excubites, l'un des principaux régiments impériaux après les Scholes.

La lutte contre les BulgaresModifier

Dès son arrivée au pouvoir, Léon est confronté au péril bulgare. Après la défaite de Pliska en 811 lors de laquelle Nicéphore périt, Krum est devenu le principal ennemi de l'Empire. Michel Ier n'a pas été en mesure de l'arrêter et après la défaite de Versinikia, il est désormais en mesure de menacer directement Constantinople. A l'été 813, une partie de l'armée bulgare assiège Andrinople mais Krum se dirige directement vers la capitale byzantine. Léon passe ses premiers jours d'empereur à préparer la ville à un siège. Le 17 juillet, les Bulgares sont devant les murailles. En face, l'armée byzantine, meurtrie par deux défaites est désorganisée et démoralisée. La principale défense de la ville reste ses murailles, particulièrement impressionnantes ainsi que la mer, contrôlée par les Byzantins et qui couvre les deux tiers des limites de la cité. Les Bulgares n'ont ni armes de sièges, ni marine pour espérer investir Constantinople[5].

Krum, conscient de la difficulté de prendre la ville d'assaut, se décide de négocier avec les Byzantins. Léon V accepte de le rencontrer à l'extérieur des murailles, accompagné de trois hommes non armées, tout comme le khan bulgare. En réalité, il s'agit d'un piège pour tenter d'éliminer Krum mais il échoue. Krum parvient à s'enfuir, peut-être blessé d'une flèche, il parvient à s'échapper et pille la Thrace orientale en représailles. Tous les alentours directs de la capitale sont dévastés. Il réussit aussi à vaincre la résistance d'Andrinople et déporte sa population dans le territoire bulgare[6]. Au cours de l'hiver, il s'attaque à la Thrace du nord, s'empare de Sozopolis et d'Arcadiopolis et capture près de 50 000 prisonniers. Un temps arrêtés par la pluie, les Bulgares continuent leur oeuvre de destruction mais commencent aussi à s'emparer de territoires entiers, en particulier autour de Serdica, d'Anchialos et de Philippopolis, jusque-là tenus par les Byzantins. En déportant la plupart de la population byzantine de ces régions, Krum s'assure de mieux les contrôler. Pour aller plus loin, il doit obligatoirement prendre Constantinople. Pour cela, il bâtit des armes de siège[7].

Dans le même temps, Léon V reste à l'abri des murailles et ne peut que constater les dégâts immenses infligés par les Bulgares. Il est difficile de savoir s'il dispose de moyens militaires suffisants pour livrer bataille aux Bulgares. Les deux déroutes subies par Nicéphore et Michel incitent sûrement le nouvel empereur à la prudence. Peut-être même expliquent-elles le peu de critiques envers sa politique. Pour autant, il dispose bien de troupes non négligeables venant des thèmes d'Anatolie qui pourraient être opposées à Krum. Malgré tout, il s'assure de la défense de Constantinople et renforce le mur des Blachernes, plus fragile. Il va jusqu'à envoyer une ambassade à Charlemagne pour lui proposer une alliance. Néanmoins, le temps d'arriver, deux événements d'importance changent la donne. D'une part, Charlemagne décède en 815 et c'est un nouvel interlocuteur, Louis le Pieux, qui reçoit les Byzantins et se contente de confirmer les accords existants[7]. Surtout, dès le 13 avril 814, Krum décède, ce qui met un brutal coup d'arrêt à la menace bulgare. Deux khans lui succèdent dans un intervalle de quelques semaines avant qu'Omourtag ne s'impose à la tête des Bulgares. Cette accalmie coïncide avec la période de troubles qui secoue le califat abbasside et permet à Léon V d'être débarrassé de toute menace extérieure[8].

Le nouveau dirigeant bulgare se replie sur ses terres et abandonne le projet de conquête de Constantinople. Il souhaite consolider ses frontières même s'il n'est pas encore ouvert à une relation pacifique avec les Byzantins. Dès l'automne 815, il lance un raid contre les terres byzantines qui commencent tout juste à se remettre des destructions de Krum. Omourtag capture de nombreux prisonniers ainsi qu'un butin non négligeable sans rencontrer la moindre résistance. Cette fois, Léon ne peut rester inactif, d'autant que l'offensive bulgare coïncide à peu de choses près avec le moment où il a rétabli l'iconoclasme. En cas de succès, il pourrait prouver qu'il a les faveurs divines et donc que la doctrine qu'il professe n'est pas hérétique[9].

FamilleModifier

Au tout début de son règne, Léon se marie avec Théodosia, la fille d'Arsaber le Patrice qui s'est révolté sans succès en 808 contre Nicéphore Ier. Par ce mariage, il cherche probablement à rassurer le clergé, proche d'Arsaber et hostile à l'iconoclasme. En outre, Théodosia est proche du patriarche, Nicéphore Ier de Constantinople mais aussi de Théodore le Studdite, principale figure religieuse de l'époque. Léon s'assure ainsi le soutien d'une part importante de l'élite byzantine[10].

Restauration de l'iconoclasmeModifier

L'une des premières mesures intérieures de Léon V est de rétablir l'iconoclasme. Jusqu'à la mort de Krum, il se garde d'exprimer ses intentions en matière religieuse mais une fois libéré de la pression bulgare, il est plus libre d'imposer ses vues. Les raisons qui entourent ce rétablissement sont relativement bien appréhendées[7]. Léon V est originaire d'Anatolie, une région qui constitue le cœur du mouvement iconoclaste. Il estime que les déboires rencontrés par les Byzantins depuis quelques décennies sont largement dues au retour du culte des icônes imposé par Irène l'Athénienne. L'enchaînement d'échecs militaires, d'abord face aux Arabes et surtout face aux Bulgares est, selon lui, un signe évident de faillite des iconodoules. Au contraire, les empereurs iconoclastes sont parvenus à stabiliser les frontières de l'Empire et n'ont pas connu de fin funeste comme celle de Nicéphore. Le retour à l'iconoclasme est, à ses yeux, synonyme de paix et de prospérité.

Néanmoins, l'iconoclasme reste rejeté par une large partie de l'élite byzantine, en particulier parmi le clergé. Toute tentative de rétablissement trop brutale pourrait donc être risquée[11]. Léon procède prudemment. Il s'appuie sur Jean le Grammairien, un moine réputé qui présente la particularité d'être favorable à l'iconoclasme. Il lui demande de présider une commission chargée d'examiner les Saintes Écritures afin d'y trouver des textes favorables à l'iconoclasme. Accompagné de deux dignitaires byzantins, il présente assez rapidement ses travaux à l'empereur qui les envoie pour commentaires au patriarche Nicéphore Ier de Constantinople. Celui-ci rappelle que les Écritures condamnent certes l'idolâtrie païenne mais non les icônes chrétiennes. Léon demande donc à Jean de poursuivre ses travaux avec l'aide de nouveaux membres, dont Antoine de Syllaeum, plus expérimenté que Jean et qui est alors évêque de Syllaeum.

Une fois leurs travaux terminés en décembre 814, Léon les présente à nouveau devant le patriarche qui persiste à rejeter l'iconoclasme. Il est soutenu par une partie notable du clergé, qu'ils soient évêques ou moines comme Théodore Studite, l'une des principales figures religieuses de son temps. L'empereur, qui reste précautionneux, n'en estime pas moins que le culte des icônes a contribué aux défaites récentes de l'Empire. Il demande à ce que les icônes positionnés à hauteur d'hommes, qui peuvent être touchées et embrassées soient retirées pour limiter ce qu'il estime être de l'idolâtrie. Cette position consensuelle ne recueille pas l'assentiment patriarcal et les tensions commencent à émerger. Tant Léon que Nicéphore ne s'accordent pas sur les conditions de la discussion théologique. Le patriarche rappelle que le concile de Nicée de 787 a tranché la question. Léon réagit en retirant plusieurs icônes du Grand Palais et de la Chalkè[12].

Après de nouvelles tentatives avortées de négociation, Léon V finit par mettre au pas les opposants, qu'il arrête quand ils ne s'exilent pas d'eux-mêmes. Nicéphore est déposé et Léon envisage un temps de le remplacer par Jean le Grammairien mais ses ministres estiment qu'il faut un homme plus âgé et mieux estimé par les milieux aristocratiques. L'empereur cède et nomme Théodote Ier Cassitéras, le fils du beau-frère de Constantin V, comme patriarche. Quelques jours après les fêtes de Pâques 815, Léon V réunit un synode à Sainte-Sophie. Un édit est promulgué, entraînant une grande vague de destructions d'images sacrées dans tout l'Empire. En procédant par étapes, Léon V a fini par rétablir l'iconoclasme. S'il y est parvenu sans avoir recours à la violence, il a dû exiler une partie importante du clergé, dont le patriarche ou encore Théodore Studite, ce qui atteste de l'opposition qui existe à ce revirement théologique[13].

Ce deuxième iconoclasme revêt une portée politique forte. Au-delà d'une querelle théologique, plusieurs hsitoriens y voient une tentative du pouvoir politique de mettre au pas le clergé, particulièrement puissant et influent de l'Empire byzantin. C'est notamment l'avis de Georg Ostrogorsky qui rappelle les points communs entre Léon V et Léon III l'Isaurien, le premier empereur à instaurer l'iconoclasme. Tous les deux sont des militaires issus d'Asie Mineure et qui appuient leur légitimité sur leurs succès militaires[14].

Un complot se met en place vers 820 pour donner le trône à son ami et général Michel l'Amorien. Ce dernier est emprisonné et condamné à mort en décembre 820. Les amis de Michel réussissent cependant à assassiner Léon V l'Arménien dans l'église Sainte-Sophie la nuit de Noël 820, et Michel devient empereur sous le nom de Michel II.

Mariage et enfantsModifier

Il épouse Théodosia, fille du patricien et questeur Arsaber (né vers 750, mort en 808). De ce mariage naissent[15] :

  • Symbatios-Constantin, châtré en 820 ;
  • Grégoire, châtré en 820, vivant en 847 ;
  • Basile, châtré en 820, vivant en 847 ;
  • Théodose, châtré en 820, et mort des suites de cette mutilation ;
  • une fille, mariée à un Maiktès vivant à Andrinople, et aïeule de l'empereur Basile Ier.

Notes et référencesModifier

  1. Settipani 1991, p. 185-189.
  2. Settipani 2006, p. 324-327.
  3. Treadgold 1988, p. 196-197.
  4. Treadgold 1988, p. 197-198.
  5. Treadgold 1988, p. 199-200.
  6. Ostrogorsky 1983, p. 230.
  7. a b et c Brubaker et Haldon 2015, p. 366.
  8. Ostrogorsky 1983, p. 231.
  9. Treadgold 1988, p. 215.
  10. Treadgold 1988, p. 203.
  11. Treadgold 1988, p. 208.
  12. Treadgold 1988, p. 209-210.
  13. Treadgold 1988, p. 212-213.
  14. Ostrogorski 1996, p. 230-231.
  15. Settipani 1991, p. 187.

BibliographieModifier

Sources primairesModifier

Sources secondairesModifier

Articles connexesModifier