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L'Odyssée d'Hakim

Bande dessinée de Fabien Toulmé

L'Odyssée d'Hakim
Série
Auteur Fabien Toulmé
Genre(s) bande dessinée documentaire, témoignage

Thèmes Guerre civile syrienne, réfugiés, migration
Personnages principaux Hakim, son épouse, leurs fils, leurs familles respectives ; Fabien Toulmé, sa fille.
Lieu de l’action Syrie, Liban, Jordanie, Turquie, Grèce, France
Époque de l’action années 2010

Éditeur Delcourt
Collection encrages
Première publication août 2018 - juin 2019
Nb. d’albums 2

L'Odyssée d'Hakim est une série de bande dessinée documentaire écrite, dessinée et mise en couleur par Fabien Toulmé. Il s'agit du témoignage d'Hakim, réfugié Syrien, qui a fui son pays en guerre et qui a traversé plusieurs régions avant de parvenir en France. Les albums sont publiés par Delcourt dans la collection encrages.

Sommaire

SynopsisModifier

Première partieModifier

Hakim Kabdi, aîné d'une famille de neuf enfants, grandit dans la banlieue sud de Damas[1]. Comme son père, il devient horticulteur et possède une pépinière. En 2011, la contestation grandit contre le régime de Bachar Al-Assad, dans le mouvement du printemps arabe ; la répression est violente[2]. Hakim est emprisonné pour avoir secouru des manifestants blessés et il est torturé[3], ses biens confisqués[1]. Son frère, militant contre le régime, disparaît[4]. Ses parents, qui craignent pour la vie d'Hakim, lui enjoignent de quitter la Syrie[3]. Hakim se rend à Beyrouth, où il ne trouve pas de travail[1]. Tentant sa chance à Amman, il trouve un emploi temporaire dans une société de nettoyage[3]. Son employeur ayant disparu, il va en Turquie, à Antalya, où il espère trouver une situation plus stable, il rencontre des compatriotes et notamment Najmeh. Les deux jeunes gens se marient, Najmeh devient enceinte[3] et Hakim s'active dans des emplois précaires. Les parents de Najmeh, lassés de ne pas trouver de poste après 2 ans et demi de recherches, se rendent à Istanbul, entraînant avec eux le jeune couple[1].

Deuxième partieModifier

En 2013, la famille s'est installée à Istanbul et le bébé d'Hakim et Najmeh vient au monde[5]. Hakim exerce des emplois précaires[6]. Les parents de Najmeh saisissent l'occasion de s'établir en France, tandis qu'Hakim reste seul sur place avec son fils[5]. Mais la régularisation pour ces deux derniers traîne en longueur[5]. Hakim apprend la mort de son père dans les bombardements en Syrie[6]. En 2015, Hakim, qui ne se sent pas à sa place en Turquie[7], recourt à des passeurs pour traverser la Méditerranée avec son fils Hadi afin de rejoindre Najmeh, qui s'est installée en France avec ses parents[7]. Au cours de cette traversée difficile vers la Grèce, Hakim se voit proche de la mort avec son bébé[7]. Ce volume montre un vaste commerce développé autour de la détresse des réfugiés[7],[6].

PersonnagesModifier

  • Hakim Kabdi, qui a 25 ans en 2011[2], est horticulteur et possède une pépinière[3]. Contraint de fuir son pays, il cherche à s'établir. Dans la narration au présent, il se trouve à Aix-en-Provence[7] (depuis 2015)[8].
  • Najmeh, épouse de Hakim, syrienne rencontrée en Turquie[9].
  • Hadi, leur premier fils ; lors de la traversée de la Méditerranée, il a moins de deux ans[9].
  • Sébastien, leur second fils, né en France.
  • Fabien Toulmé, ancien ingénieur, est un auteur de bande dessinée français qui a publié plusieurs ouvrages et recueille le témoignage d'Hakim[2].

PublicationModifier

La série est prévue en trois tomes[2].

  • Fabien Toulmé, L'Odyssée d'Hakim, volume 1 : De la Syrie à la Turquie, Delcourt, coll. « Encrages », (ISBN 978-2-413-01126-2).
  • Fabien Toulmé, L'Odyssée d'Hakim, volume 2 : De la Turquie à la Grèce, Delcourt, coll. « Encrages », (ISBN 978-2-413-01336-5).

Genèse de l'œuvreModifier

Fabien Toulmé, face au au crash du vol 9525 Germanwings, qui cause 150 morts en mars 2015, constate que l'évènement bénéficie d'une importante couverture médiatique tandis que le décès de migrants en Méditerranée suscite un bref commentaire[2],[10]. En préambule, l'auteur indique qu'il est, certes, informé de l'arrivée de migrants en Europe et des naufrages dans la Méditerranée, mais qu'il veut rendre compte du parcours réel des personnes venues de Syrie[11]. C'est dans ce contexte que, par l'intermédiaire d'une amie journaliste, il fait la connaissance d'Hakim[1], à partir d'octobre 2016[2] : il voulait « mettre un visage sur le mot "réfugié" »[7]. Par ailleurs, Toulmé tient à montrer que la migration est un processus plus complexe que la traversée de la Méditerranée[11]. Hakim, quant à lui, souhaite que ses enfants connaissent l'histoire de leur famille[7]. Le récit se fonde sur environ soixante heures d'interview, en présence d'un interprète (qui n'est pas montré)[12], entretiens étalés sur un an et demi[13].

Choix artistiquesModifier

Fabien Toulmé estime que la bande dessinée, qui s'écrit sans contrainte de temps, contrairement à un documentaire, se prête à cette enquête de fond[12]. Hakim n'avait pas pour objectif d'arriver en France : il souhaitait mener sa vie en Syrie, mais les circonstances l'ont conduit d'un endroit à un autre, sans plan établi[12].

L'auteur choisit un traitement factuel[1] : « je ne voulais pas faire une analyse politique de la situation mais plutôt raconter l'histoire d'un homme »[13]. Le trait est « naïf et rond », « limpide », avec « le point de vue d'un enfant »[2],[4],[8]. D. Quella-Guyot le décrit comme « simple, direct, efficace, toujours d’une grande lisibilité »[14]. Ce dessin volontairement épuré, peu réaliste, s'inspire des influences de L'Arabe du futur de Riad Sattouf et Persépolis de Marjane Satrapi[7]. A. Perroud estime ce manque de parti-pris ne valorise pas le sujet[15] et B. Roure trouve monotones de séquençage et le découpage, le choix narratif « un peu terne »[4]. D'autres chroniqueurs émettent les mêmes remarques[8].

L'auteur souhaite montrer que la vie d'Hakim n'est pas faite de tragédie pure et éviter tout pathos sensationnaliste[11]. En effet, du fond de sa détresse, Hakim « trouve la force d'aimer »[10]: « la vie reprend le dessus, malgré tout »[12]. En outre, l'ouvrage comporte des touches d'humour[11],[3]. L'artiste reconnaît que, malgré son souhait de présenter une conversation et une relation humaine, il est obligé d'interpréter les paroles de son interlocuteur pour mettre en scène les évènements[11]. Il s'est documenté sur les régions décrites ; l'une des difficultés concernant la Syrie est l'abondance de paysages détruits[11].

Le nom d'Hakim Kabdi est un pseudonyme[10].

Accueil critiqueModifier

Plusieurs chroniqueurs estiment que ce témoignage plein d'humanité répond aux discours antimigrants ayant cours en Occident[16],[1],[3]. Certains chroniqueurs rapprochent ce récit simple au style épuré avec les ouvrages de Guy Delisle[3] et Max de Radiguès[15] : l'album, en se concentrant sur le parcours d'un réfugié en danger, est propice à « faire tomber les clichés et lutter ainsi contre la vague montante de xénophobie en Europe »[4]. La valeur didactique est signalée par plusieurs analyses[5],[2] : l'ouvrage est d'une lecture aisée, le traitement très lisible[4],[14],[8]. Le livre fait partie de la sélection au Prix France Info 2019[17]. Dans La Libre Belgique, le chroniqueur estime que les deux premiers tomes constituent « un hommage à tous ceux qui, dans l'Histoire, ont fui, fuient et fuiront leur pays »[9].

RécompensesModifier

  • 2018 : Prix Région Centre-Val-de-Loire lors du festival BD Boum[18].

RéférencesModifier

  1. a b c d e f et g C.B., « Témoignage : L'Odyssée d'Hakim (tome 1) », Le Vif,‎ (lire en ligne).
  2. a b c d e f g et h Élodie lodie Drouard, « La BD de la semaine : "L'Odyssée d'Hakim", le récit éclairant d'un jeune Syrien contraint à l'exil », sur blog.francetvinfo.fr/popup, .
  3. a b c d e f g et h François-Luc Doyez, « L'Odyssée d'Hakim : quand un réfugié raconte son périple », Les Inrocks,‎ (lire en ligne)
  4. a b c d et e Benjamin Roure, « L’Odyssée d’Hakim #1 », sur BoDoï, .
  5. a b c et d A. Perroud, « L'Odyssée d'Hakim 2. De la Turquie à la Grèce », sur BD Gest', .
  6. a b et c Laetitia Gayet, « De migrants à immigrés, d'Hakim aux Mohamed », sur France Inter, .
  7. a b c d e f g et h Daniel Couvreur, « Des marchands fabriquent des colliers de la mort », Le Soir,‎ (lire en ligne).
  8. a b c et d Estelle Desnoës, « Le périple d'un réfugié syrien », Charente libre,‎ .
  9. a b et c Tassin 2019.
  10. a b et c Laura Crevel-Floyd, « Au-delà de l’étiquette du « réfugié syrien », Hakim raconte son histoire », sur blogs.lexpress.fr/la-fabrique-a-bulles, .
  11. a b c d e et f Fabien Toulmé (interviewé) et Emmanuel Lafrogne, « Fabien Toulmé : "Déconstruire nos idées sur les migrants" », sur Tout en BD, .
  12. a b c et d Fabien Toulmé (int.) et Céline Aucher, « Hakim, l'odyssée vraie d'un réfugié syrien en BD », Charente libre,‎ .
  13. a et b « De Damas à Aix dans les yeux d'un réfugié », La Provence,‎ .
  14. a et b Didier Quella-Guyot, « Si je t’oublie Alexandrie par Jérémie Dres et L’Odyssée d’Hakim T1 par Fabien Toulmé », sur BDZoom, .
  15. a et b A. Perroud, « L'Odyssée d'Hakim 1. De la Syrie à la Turquie », sur BD Gest', .
  16. Renaud Février, « L'Odyssée D'Hakim, tome 1 », L'Obs,‎ .
  17. « Dix titres en lice pour le 25e Prix France Info », sur Tout en BD, .
  18. Léopoldine Leblanc, « Le Grand Boum de Blois pour Emmanuel Lepage », sur Livreshebdo,

AnnexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier