L'Évangéline

L'entête du premier numéro de L'Évangéline.

Le journal L'Évangéline, créé en 1887 et disparu en 1982, a été pendant près d'un siècle le principal média de la société acadienne, dont il a constamment défendu les causes. S'il n'est pas le plus ancien des journaux acadiens, il détient néanmoins toujours, malgré sa disparition, le record de longévité de l'histoire de la presse acadienne.

HistoriqueModifier

Période réactionnaireModifier

Le journal hebdomadaire L'Évangéline a été lancé le à Digby, en Nouvelle-Écosse, par Valentin Landry, instituteur, inspecteur d’écoles et journaliste, né le à Pokemouche, Nouveau-Brunswick.

Deux ans plus tard, il transfère son entreprise à Weymouth, où il était mieux connu et L'Évangéline paraît alors en parallèle avec un journal anglais, le Weymouth Free Press, édité également par Valentin Landry, et qui existera jusqu’en 1904.

À l’occasion de la troisième Convention nationale acadienne, qui eut lieu à Pointe-de-l'Église en , Landry expliqua pourquoi il avait choisi le nom de l’héroïne de Longfellow pour son journal : « Il fallait un messager qui put se rendre souvent au soin [sein] des familles acadiennes de la Nouvelle-Écosse, leur parler avec l’idôme [l’idiome] de nos pères, et je crus que nul ne serait mieux reçu que la poétique et historique Évangéline[1].

Les sujets traités par L'Évangéline étaient l’éducation, l’hygiène, l’agriculture, la langue, la religion et la presse. De par les opinions politiques de son fondateur, l’Évangéline était proche des positions du Parti libéral. Par ailleurs, Landry étant un journaliste agressif, ses éditoriaux, s'ils faisaient souvent avancer la cause acadienne, étaient néanmoins régulièrement menacés de poursuites judiciaires.

Pour tenter de contrer Landry, le prêtre Jules Lanos, professeur au collège Sainte-Anne, lance le sur les propres terres de l'Évangéline, à Weymouth, le journal l'Acadie. En plus de lutter contre l'Évangéline, Lanos attaque également Landry sur un autre front en publiant en anglais le Sissiboo Echo pour faire concurrence au Weymouth Free Press. Dans ses journaux, Lanos dénonce la ferveur nationale de Landry, lequel rend les coups. Il s'ensuit des polémiques acerbes auxquelles d'autres journaux se mêlent, tant et si bien que les leaders acadiens demanderont la fin de ces débats, plus nuisibles que bénéfiques aux Acadiens. Finalement, L'Acadie cesse de paraître en , ce qui permet à Landry de partir à Moncton sans avoir à « céder la place à l'ennemi »[2].

En 1905, Landry transfère donc l’Évangéline à Moncton, au Nouveau-Brunswick, où se trouvaient les deux tiers de sa clientèle, soit 3 000 abonnés.

Les attaques virulentes de Landry contre le clergé irlandais et les autorités religieuses lui valent en 1909 des réprimandes sévères de la part du représentant du pape qui, l’année suivante, écrit aux membres de la Société l’Assomption de la région de Moncton et leur demande de ne donner « ni encouragement ni aide à L’Évangéline, car cette feuille n’[était] pas animée d’un véritable esprit catholique »[1].

Période institutionnelleModifier

 
Page couverture de l’édition spéciale de sur l’intronisation du Pape Pie XII.

Dans l’intérêt de la survie de son journal, Landry transfère la propriété de L'Évangéline à un petit groupe d'actionnaires en et le journal adhère alors à la Ligue de la presse catholique. Le contrôle par le clergé modifia bien évidemment la teneur des éditoriaux et l'ouverture à la modernité fut remplacée par un resserrement conservateur.

En , L'Évangéline devient un quotidien mais, en raison de la crise économique de cette époque, reprend son rythme hebdomadaire à compter d'. De 1937 à 1944, il porte le nom de La Voix d’Évangéline[3]. Ce n'est que le que le journal adoptera définitivement le format quotidien avec près de 8 000 abonnés.

Dans les années 1950, l'influence de L'Évangéline dans le nationalisme acadien est importante, mais le ton change dans les années 1960. Un vent nouveau souffle alors au Nouveau-Brunswick et la modernisation de la société engagée par le gouvernement de Louis J. Robichaud entraîne des remises en question par les jeunes de l'ordre social établi auquel, à tort ou à raison, l'Évangéline est associée. De l'autre bord, l'élite acadienne quant à elle reproche au journal de faire de Moncton le centre de l'Acadie.

Le journal est ainsi ébranlé, accumule les déficits, et ce n'est que grâce à des collectes publiques qu'il se maintient à flot. En 1965, il passe sous l'administration de L'Assomption Mutuelle-Vie, avant d'être transféré en 1974 à une société sans but lucratif, les œuvres de presse acadiennes.

La finModifier

Malgré une aide technique fournie par la France et un nombre d'abonnés en progression qui atteint 21 000 en 1980, l'Imprimerie Acadienne Ltée, éditrice de L'Évangéline, annonce finalement un déficit de 800 000 $ et une dette de 600 000 $ le [4]. Cette situation, combinée à une série de conflits internes (le syndicat des employés du journal et la direction s’accusant mutuellement de la dégradation du journal), force l'Imprimerie Acadienne à cesser, le , la publication de L'Évangéline[5] et à mettre plus d'une centaine d'employés au chômage.

Avec la mort de L'Évangéline disparaît le seul quotidien de langue française au Nouveau-Brunswick. Les Acadiens n’ont plus de tribune quotidienne dans leur langue et doivent s’en remettre à la presse écrite anglophone. Il faudra attendre deux ans pour que le Nord-Est de la province retrouve un quotidien avec L'Acadie Nouvelle, et deux ans de plus pour le reste de la province avec l'éphémère journal Le Matin.

CollaborateursModifier

Le père Anselme Chiasson a publié en 1971 et 1972 dans le journal L’Évangéline une chronique anonyme intitulée « Le coin à Piquine » dont certains articles concernaient les traditions acadiennes et d’autres portaient des commentaires sur la société.

François de Vernal, journaliste, professeur, écrivain (une vingtaine de ses pièces de théâtre ont été produites par Radio-Canada), écrivait un éditorial quotidien dans L'Évangéline. France Daigle a aussi travaillé comme journaliste à L'Évangéline de 1973 à 1977[6]. Le journal est d'ailleurs le sujet principal de son roman 1953 : chronique d'une naissance annoncée[6].

NotesModifier

  1. a et b CyberAcadie : Biographie : Valentin Landry
  2. L'Évangéline, 1er décembre 1904
  3. (en)Government of New Brunswick, « New Brunswick Newspaper Directory », sur Provincial Archives of New Brunswick (consulté le 16 mai 2012)
  4. Fermeture de L'Évangéline : à qui la faute? - Souvenirs - Les Archives de Radio-Canada
  5. ACADIE - CEA: Archives privées: Fonds no 51 - JOURNAL L'ÉVANGÉLINE
  6. a et b David Lonergan, Paroles d'Acadie : Anthologie de la littérature acadienne (1958-2009), Sudbury, Prise de parole, (ISBN 978-2-89423-256-9), p. 250-251

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier