Klaus Croissant

avocat allemand
Klaus Croissant
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Klaus Croissant en 1977.
Naissance
Kirchheim unter Teck
Décès (à 70 ans)
Berlin
Nationalité Allemande
Profession
Autres activités
Conjoint

Klaus Croissant, né le à Kirchheim unter Teck et mort le à Berlin, était un avocat allemand. Sympathisant de la Fraction armée rouge et avocat de ses chefs Ulrike Meinhof et Andreas Baader, il fut emprisonné pour avoir collaboré avec l'organisation terroriste. Après sa libération de prison, il fut recruté par la Stasi (le service de police politique et de renseignements de la République démocratique allemande). Il fut candidat sans succès à la mairie de Kreuzberg sur la liste alternative et entra au Parti du socialisme démocratique en 1990.

BiographieModifier

Le journal Freitag le décrit comme un avocat pour qui la justice n'était en quelque sorte qu'une branche de la politique et qui n'avait jamais distingué nettement les limites entre la défense de ses clients et son engagement idéologique[1].

De 1931 à 1975Modifier

Avocat en affaires courantes, il commence à prendre la défense de militants politiques en 1968 suite aux procédures judiciaires impliquant le mouvement étudiant en République fédérale d'Allemagne. En 1971, il est appelé à défendre des membres de la Fraction armée rouge (RAF) ou « Groupe Baader-Meinhof »[2].

De 1975 à 1980Modifier

Il défendit entre autres Ulrike Meinhof et Andreas Baader dans leurs procès[3] et fut l'exécuteur testamentaire de la première. Comme le firent aussi d'autres avocats de la Fraction armée rouge, il aida les détenus à maintenir leurs communications internes en transmettant leurs instructions depuis leurs cellules. Pour cette raison, il fut accusé par le procureur Rebmann d'avoir « organisé dans son cabinet la réserve opérationnelle du terrorisme ouest-allemand » et la police l'arrêta le . Il fut cependant mis en liberté sous caution et en profita le pour s'enfuir en France où il demanda l'asile politique. Il n'y fut pas moins arrêté le . Se développa alors une campagne contre son emprisonnement, à laquelle participèrent notamment Jean-Paul Sartre et Michel Foucault. Dans une tribune publiée dans Le Monde le , Gilles Deleuze et Félix Guattari écrivirent :

« Trois choses nous inquiètent immédiatement : la possibilité que beaucoup d'hommes de gauche allemands dans un système organisé de délation, voient leur vie devenir intolérable en Allemagne, et soient forcés de quitter leur pays. Inversement, la possibilité que Me Croissant soit livré, renvoyé en Allemagne où il risque le pire[4], ou bien, simplement expulsé dans un pays de son « choix » qui ne l'accepterait pas davantage. Enfin, la perspective que l'Europe entière passe sous ce type de contrôle réclamé par l'Allemagne[5]. »

Il n'en fut pas moins remis le aux autorités judiciaires de la République fédérale d’Allemagne et, finalement, condamné pour soutien à une association terroriste à deux ans de prison, ce que le journal belge Le Soir qualifiait de « peine légère pour une affaire de terrorisme »[6].

Le romancier et dramaturge Pierre Bourgeade écrivit : Je crois que la livraison de Klaus Croissant aux autorités allemandes est l'acte le plus indigne qui ait été commis par la France depuis l'Occupation, où on livrait juifs et communistes à ces mêmes autorités sous le gouvernement de Vichy. Le délectable avilissement devant la dure Allemagne est une constante de la bourgeoisie française, dont la fine fleur, dans son expression la plus féminine se trouve actuellement à l'Élysée[7].

Le Conseil d’État entérina l'extradition dans l'arrêt Croissant du 7 juillet 1978, devenu l'un des « Grands arrêts ».

De 1980 à 2002Modifier

Après sa libération, il commença à travailler pour la Stasi, qui en 1981 l'embaucha comme collaborateur sous le nom de code « IM Thaler » (Reg. numéro XV / 5231/81). Il recruta lui-même pour la Stasi sa compagne Brigitte Heinrich, rédactrice au Tageszeitung et plus tard députée européenne du parti des Verts.

En 1992, après la réunification allemande (1989), son activité à la Stasi fut rendue publique. On découvrit qu'il avait perçu au moins 71 000 marks pour son activité[8]. Pour cette raison il passa de nouveau devant les tribunaux et, le , se vit condamné à un an et neuf mois de prison avec sursis par la chambre criminelle du tribunal de Berlin, peine très inférieure à ce que réclamait le ministère public ; sans doute l'Allemagne voulait-elle tourner la page[6].

La plus grande partie de ses relations et des amis jugèrent alors plus prudent de rompre avec lui, mais lui-même n'arriva jamais à comprendre en quoi le fait d'avoir collaboré avec les services secrets de la meilleure des Allemagnes[9] était condamnable.

Il déclarait entre autres : Ich halte die DDR auch heute noch, rückblickend, für den besseren deutschen Staat, und ich meine, es ist kein Zufall, daß Leute wie Bert Brecht, Helene Weigel, John Heartfield und viele andere dort eine neue Heimat gefunden haben (en revoyant le passé je considère encore aujourd’hui la RDA comme le meilleur État allemand et je pense que ce n’est pas un hasard si des gens comme Bertolt Brecht, Helene Weigel, John Heartfield et tant d’autres s’y sont trouvé une nouvelle patrie). Il n'arrivait donc pas à comprendre comment une telle attitude pouvait lui valoir l'ostracisme chez des gens qui étaient pourtant à gauche.

BibliographieModifier

  • Dans « Erinnerung an einen Freund oder Die Amsterdamer Gewissenserforschung » Gaspard Dünkelsbühler l'ami d'enfance de Croissant raconte les années d'études qu'ils ont vécues ensemble à Heidelberg et les moments de choix décisifs dans la vie de « Klaus Cr ». Le texte constitue la partie principale du livre paru en 2003 Fern und nah, Gesichter, Stimmen 1950 - 70.
  • Peter O. Chotjewitz: Mein Freund Klaus, Berlin 2007, Verbrecher Verlag, (ISBN 978-3-935843-89-8)

Arrêt Croissant du Conseil d’État françaisModifier

Liens externesModifier

RéférencesModifier

  1. der Freitag, « Beharren », 19 avril 2002, où on lit : « Klaus Croissant war ein Rechtsanwalt, der Justiz als etwas politisches begriffen hat und für den deswegen die Grenze zwischen Verteidigung seiner Mandanten und politischem Engagement nie scharf gezogen war. »
  2. Mouvement d'action judiciaire, L'affaire Croissant, F. Maspero, 1977.
  3. Vgl. Christopher Tenfelde, Die Rote Armee Fraktion und die Strafjustiz. Anti-Terror-Gesetze und ihre Umsetzung am Beispiel des Stammheim-Prozesses; Osnabrück: Jonscher Verlag, 2009; (ISBN 978-3-9811399-3-8); S. 163; 204
  4. Andreas Baader et ses camarades avaient été retrouvés morts dans leur cellule dans des circonstances non élucidées le 18 octobre 1977
  5. Gilles Deleuze et Félix Guattari, Le pire moyen de faire l'Europe, in Le Monde, 2 novembre 1977, p. 6. Repris dans Deux régimes de fous (Minuit, 2003, p. 134-137)
  6. a et b « KLAUS CROISSANT CONDAMNE AVEC SURSIS » par Élisabeth Auvillain, dans Le Soir du 5 mars 1993
  7. L'Écho des savanes no 37, 4e trimestre 1977, p. 10.
  8. Archives du journal Le Soir.
  9. Spiegel du 19 octobre 1992, interview de Klaus Croissant après son arrestation comme espion, membre de la Stasi et terroriste.

SourcesModifier