Khayr ad-Din Barberousse

Corsaire ottoman sous le règne de Soliman le Magnifique.

Kheïr-Eddine Baba Arroudj, ou Khizir Khayr ad-Dîn (turc : Barbaros Hızır Hayreddin Paşa, arabe : خير الدين Khayr ad-dīn[n 1],[n 2],[n 3]), dit « Barberousse », né vers 1476 dans l'île de Lesbos, mort le , fut un corsaire ottoman sous le règne de Soliman le Magnifique, ayant occupé les postes de sultan, puis beylerbey (gouverneur général) de la régence d'Alger et Capitaine pacha (grand amiral). Il prendra également le titre de sultan de Tunis en 1534 après la prise de la ville.

Khayr ad-Din Barberousse
Gouverneur de la Régence d'Alger
Image illustrative de l’article Khayr ad-Din Barberousse
Portrait de Khayr ad-Din Barberousse, par Mohammed Racim.
Biographie
Nom de naissance Khizir Khayr ad-Dîn
Surnom Barberousse
Nom arabe خير الدين
Nom turc Barbaros Hızır Hayreddin Paşa
Date de naissance v.
Lieu de naissance Île de Lesbos (Mytilène)
Date de décès
Lieu de décès Constantinople (Empire Ottoman)
Fonctions
Titre Sultan d'Alger
Règne 1518 - 1533
Prédécesseur Arudj Barberousse
Successeur Titre de Beylerbey

Titre Beylerbey d'Alger
Règne 1533 - 1546
Prédécesseur Création du Titre
Successeur Hassan Agha

Titre Kapudan Pacha (commandant en chef de la marine ottomane)
Règne 1533 - 1546
Prédécesseur Kemankeş Ahmed Bey
Successeur Sokollu Mehmed Pasha

Khayr ad-Dîn est le frère cadet d'un autre marin connu, Arudj Reïs[1].

Biographie

Origine et famille

Il est issu d'une famille grecque ottomane pauvre et nombreuse[2], installée sur l'île de Lesbos. En effet, il a eu 3 frères et 4 sœurs. Son père, Yakup Ağa, est un ancien sipahi ottoman, devenu potier, s'étant installé sur Lesbos. Ce dernier était certainement un musulman d'origine turque[3],[4],[5],[6],[7] ou albanaise [8],[9] bien que certains historiens[Lesquels ?] ont écrit qu'il était de religion chrétienne[10] converti à l'islam. Sa mère serait une grecque chrétienne, nommée Katalina (ou Katarina), veuve d'un prêtre grec[1],[2],[11]. Des trois frères, Arudj, Elias et Ishak, l'un meurt jeune, à savoir Elias. Quelques années plus tard, Arudj prend la mer, dans l'espoir de sortir de la pauvreté. À la mort de son père, il revient sur l'île, avec un navire dont il a reçu le commandement, de corsaires turcs, et embarque ses frères qui fuyaient la misère[10]. À bord, ces derniers se convertissent à l'islam. Ils convoient, ensuite, des Musulmans et des Séfarades fuyant la pression de l'Inquisition espagnole et les conversions de force décrétées par Isabelle la Catholique en 1492, de l'Andalousie vers l'Empire ottoman (fin de la Reconquista) où le sultan Bayézid II leur a donné refuge[12]. Cela leur confère un grand prestige auprès des Juifs et des Musulmans, et c'est à cette période qu'ils acquièrent le surnom de « Barberousse ». Les trois frères sillonnent la Méditerranée s'adonnant à la « course » contre les navires chrétiens avec pour ports d'attache Tunis, Djerba, Jijel et Alger, où Arudj, usant de ruse et de cruauté, se fit bey de la cité[13].

Beylerbey d'Alger

 
Drapeau de Khayr ad-Din Barberousse, exposé au musée public national maritime d'Alger.

Khayreddine Barberousse proclamé sultan d'Alger, craignant une attaque espagnole, va proposer, sur avis d'une assemblée d'oulémas et de notables algérois, le rattachement de la régence d'Alger à l'Empire ottoman en 1519[14]. Le sultan Sélim Ier lui envoie ainsi une troupe de 2 000 janissaires munie d'artillerie et 4 000 volontaires turcs[15].

Ce rattachement volontaire et le rôle important de la flotte d'Alger dans les conflits navals ottomans vont donner aux relations entre Alger et Constantinople un caractère particulier faisant de la régence non pas une simple province mais un « État d'Empire »[14].

En 1526, il subit un échec cuisant face à la flotte d'Andrea Doria, alors chef de la flotte pontificale, qui attaque avec succès une partie de sa flotte aux abords de Piombino. Plusieurs centaines d'hommes de Barberousse sont alors faits prisonniers[16]. Barberousse reprend Alger après l'assassinat de Sidi Ahmed ou el Kadhi par ses proches en 1527 au niveau de la région des Aïth Aïcha.

En 1529, Barberousse entreprend la prise du Peñon d'Alger, considérée comme une « épine au cœur des Algérois » par celui-ci[17][réf. incomplète]. Après deux semaines d'intensifs bombardements d'artillerie[réf. nécessaire], les Ottomans prennent d'assaut le fort. Des 150 hommes que comptait la garnison du capitaine Martin de Vargas, le quart seulement survit, dont le capitaine[18]. 25 femmes et enfants sont faits esclaves[réf. nécessaire]. Barberousse fait raser la forteresse et emploie les pierres pour la construction d'une jetée entre la plage et le rocher[18]. Dans la baie de Santa Pola, le capitaine Rodrigo Portuondo perd toutes ses galères sauf une lors d'une attaque de Cachadiablo, allié de Barberousse. Portuonda y perd la vie alors que son fils Domingo est ramené prisonnier à Alger. Barberousse envoie aussitôt l'étendard impérial et quelques chrétiens capturés au sultan turc, qui le récompense en le nommant beylerbey (gouverneur régional) et gazi (« conquérant »[19])[18].

En 1531, son grand rival l'amiral génois Andrea Doria, au service de l'Espagne, fond sur Cherchell, surprenant Ali Caraman, lieutenant de Barberousse, il l'oblige à détruire la majeure part de ses navires pour éviter qu'ils soient pris et libère plusieurs centaines d'esclaves[20], mais subit par la suite une défaite au cours de laquelle 300 Espagnols sont tués ou faits prisonniers[21]. Barberousse poursuit la flotte espagnole en déroute et ravage au passage les côtes italiennes et la Provence.

 
Représentation de l'attaque de La Goulette par Frans Hogenberg.

Barberousse avait alors fui le champ de bataille avec les restes de son armée vers Bône, puis Alger[22]

Pacha à Constantinople

Il élimine l'idée d'une alliance entre les puissances chrétiennes contre les Turcs, Venise se retirant de la coalition des flottes occidentales[23]. En conséquence, cette bataille marque le début de la prédominance navale des Turcs en Méditerranée qui prend fin à Lépante en 1571[24].

 
Khayr ad-Din Barberousse.

« Ils les prirent, les dépouillèrent tout nus et les ouvrirent vivants ; et ils ne faisaient cela que pour prendre le fiel. Comme nous leur demandions pourquoi ils usaient de si grandes cruautés, ils nous répondirent que ce fiel avait une très grande vertu. Nous n'en obtînmes rien d'autre. ». Mais selon l'historien Jacques Heers, le bilan politique et militaire de ces opérations pour les Ottomans demeurait médiocre : « de riches prises mais ni victoire retentissante ni conquête territoriale. Tunis restait aux mains des Espagnols »[25].

Prise de Tunis

En 1534, Khayr ad Din prend Tunis au détriment des Hafsides alliés aux Espagnols. Il prend alors le titre de « sultan de Tunis ». L’équivoque et toute la diversité des situations dans l'Empire ottoman fait qu'un Grand Amiral de la flotte ottomane qui vient conquérir un pays au nom du Sultan ottoman, se proclame sultan du pays conquis sans pour autant se soustraire le moins du monde à ses obligations envers son chef, le Sultan ottoman. La formule « sultan de Tunis » n’était qu’un article de consommation locale. Elle signifie que la fin des sultans hafsides ne supprimait pas le statut « sultanien » de Tunis[26].

Postérité

Divers navires de la marine turque ont été nommés en son nom.


Notes et références

Notes

  1. Transcription ALA-LC 1997.
  2. ou Chair ad Din, diminutif : Chaireddin, voire Cheireddin.
  3. Prénom arabe signifiant « Bienfait de la religion ».

Références

  1. a et b A. Galotta, s.v. K̲h̲ayr al-Dīn (k̲h̲i̊ḍi̊r) Pas̲h̲a in Encyclopædia of Islam vol. IV, 1997, p.1155
  2. a et b Charles de Rotalier, Histoire d'Alger et de la Piraterie des Turcs dans la Méditerranée... (Vol 1), , 447 p. (lire en ligne), p.76
  3. ......Ottoman admiral Hayreddin Barbarossa (son of a Turkish sipahi [fief-holder in the cavalry service]) from Yenice-i Vardar in Macedonia and a Greek woman from Lesvos/Mytilini..., Machiel Kiel, "The Smaller Aegean Island in the 16th-18th Centuries According to Ottoman Administrative Documents" in Siriol Davies, Jack L. Davis, Between Venice and Istanbul: Colonial Landscapes in Early Modern Greece, ASCSA, 2007, (ISBN 978-0-87661-540-9), p. 36.
  4. İsmail Hâmi Danişmend, Osmanlı Devlet Erkânı, p. 172 ff. Türkiye Yayınevi (Istanbul), 1971.
  5. Khiḍr was one of four sons of a Turk from the island of Lesbos., "Barbarossa", Encyclopædia Britannica, 1963, p. 147.
  6. Angus Konstam, Piracy: The Complete History, Osprey Publishing, 2008, (ISBN 978-1-84603-240-0), p. 80.
  7. Alan G. Jamieson, Lords of the Sea: A History of the Barbary Corsairs, Canada, Reaktion Books, , 59 p. (ISBN 1861899467) :

    « "Desperate to find some explanation for the sudden resurgence of Muslim sea power in the Mediterranean after centuries of Christian dominance, Christian commentators in the sixteenth century (and later) pointed to the supposed Christian roots of the greatest Barbary corsair commanders. It was a strange kind of comfort. The Barbarossas certainly had a Greek Christian mother, but it now seems certain their father was a Muslim Turk." »

  8. Niccolò Capponi, Victory of the West: The Great Christian-Muslim Clash at the Battle of Lepanto, Da Capo Press, 2007, (ISBN 978-0-306-81544-7), p. 30. (Born in Mytilene around 1466 to a family of Albanian origin, Hayreddin, then called Hizir(...))
  9. Encyclopædia Britannica, Vol 1, Encyclopædia Britannica, 1972, p. 147.
  10. a et b Diego de Haedo, Histoire des Rois d'Alger, Valladolid, , 226 p. (lire en ligne), p. 3
  11. La piraterie barbaresque en Méditerranée : XVI-XIXe siècle, 2000, p. 28.
  12. Malek Chebel, L'islam en 100 questions, Tallandier, , 240 p. (ISBN 978-2-36865-017-2, lire en ligne), chapitre 76.
  13. A. L. F. Alix, Précis de l'histoire de l'empire Ottoman: depuis son origine jusqu’à nos jours, Firmin Didot, père et fils, Volume 1, p. 14, 1822 Lire en ligne.
  14. a et b Merouche 2014, p. 89-90.
  15. Pierre Montagnon, La conquête de l'Algérie : Les germes de la discorde, Pygmalion, , 470 p. (ISBN 978-2-7564-0877-4, lire en ligne).
  16. Graziani 2008, p. 94.
  17. Histoire de l'Algérie, Jean Lassus, page ?
  18. a b et c Lindsay Armstrong, Charles Quint (1500-1558) : L'indomptable, Paris, Flammarion, , 574 p. (ISBN 978-2-08-134652-9), chap. 22 (« Charles Quint fédère l'Italie »).
  19. (en) Almaany Team, « Translation and Meaning of غازي In English, English Arabic Dictionary of terms Page 1 », sur www.almaany.com (consulté le )
  20. Heers 2001, p. 76.
  21. Graziani 2008, p. 160-161.
  22. Heers 2001, p. 80.
  23. Graziani 2008, p. 184-187.
  24. Bono 1998, p. 22.
  25. Heers 2001, p. 106.
  26. Lemnouer Merouche, Recherches sur l'Algérie à l'époque ottomane: La course, mythes et réalité, Bouchène, (lire en ligne), p. 227

Voir aussi

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Bibliographie

  • Jean-Louis Belachemi, Nous, les frères Barberousse, corsaires et rois d'Alger, Paris, Fayard, , 442 p. (ISBN 2-213-01434-5).
  • Salvatore Bono (trad. de l'italien), Les corsaires en Méditerranée, Paris, Paris-Méditerranée, coll. « Mare nostrum », , 248 p. (ISBN 2-84272-045-8).
  • Corinne Chevallier, Les Trente Premières Années de l'État d'Alger 1510–1541, Alger, OPU, .
  • A. Gallotta, « K̲h̲ayr al-Dīn (k̲h̲i̊ḍi̊r) Pas̲h̲a », dans Encyclopédie de l'Islam, (lire en ligne).
  • Antoine-Marie Graziani, Andrea Doria, Paris, Tallandier, , 285 p. (ISBN 978-2-84734-346-5 et 2-84734-346-6).
  • Jacques Heers, Les barbaresques, Paris, Perrin, .
  • Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord, des origines à 1830, Paris, Payot, coll. « Grande bibliothèque Payot », (1re éd. 1931), 867 p. (ISBN 2-228-88789-7).
  • Louis Mouilleseaux et Jean Lassus, Histoire de l'Algérie : Textes de Jean Lassus (o.fl.a.), Imprimeries Oberthur pour le compte des Productions de Paris, (lire en ligne).
  • Laurent Lagartempe (préf. Jacques Heers), Histoire des Barbaresques, Paris, Éditions de Paris, , 294 p. (ISBN 2-85162-153-X)
  • Nicolas Vatin, « Comment êtes-vous apparus, toi et ton frère ? : Note sur les origines des frères Barberousse », Studia Islamica, vol. 106, no 1,‎ (JSTOR 23884947).
  • Lemnouar Merouche, « L'Algérie de 1830 », dans Jean-Pierre Peyroulou, Ouanassa Siari Tengour, Sylvie Thénault, Histoire de l'Algérie à la période coloniale : 1830-1880, La Découverte, coll. « Poche / Essais », (présentation en ligne, lire en ligne), p. 89-90.
Sources primaires
  • Diego de Haedo (trad. H.D. de Grammont), Histoire des rois d'Alger, Alger, Hachette Bnf, (1re éd. 1612), 226 p. (lire en ligne), p. 3 et 4.
    Réédition aux éditions Grand-Alger-Livres - Alger 2004.
  • Alexandre Rang et Ferdinand Denis, Fondation de la régence d'Alger : histoire des Barberousse : chronique arabe du XVIe siècle, publié sur un manuscrit de la Bibliothèque royale, avec un appendice et des notes, Paris, (lire en ligne).
    « Venture de Paradis avait trouvé, lors d’un séjour à Alger en 1788-1789, une version arabe, qu’il traduisit en français : traduction publiée en 1837 par Sang [sic] et Denis, qui pensaient qu’il s’agissait d’un texte arabe original du XVIe siècle dû à un proche de Barberousse » (Nicolas Vatin, « Études ottomanes », Annuaire de l'École pratique des hautes études (EPHE), Section des sciences historiques et philologiques, no 141,‎ (lire en ligne)).
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Articles connexes

Liens externes