Katalin Karikó

biochimiste hongroise à l’origine d’applications thérapeutiques faisant appel à l’ARN messager

Katalin Karikó, née le à Szolnok (Hongrie), est une biochimiste hongroise spécialisée dans la technique ARN messager. Ses recherches portent sur le développement de l'ARN messager vitro-transcrit pour les thérapies protéiques (en). Elle occupe actuellement le poste de vice-présidente senior chez BioNTech RNA Pharmaceuticals.

Katalin Karikó
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Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
Karikó KatalinVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domicile
Formation
Móricz Zsigmond Gimnázium és Közgazdasági Szakközépiskola (d)
Université de Szeged (maîtrise universitaire ès sciences) (-)
Université de Szeged (Philosophiæ doctor) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
BioNTech (depuis ), université de Pennsylvanie (depuis ), université Temple, Biological Research Centre (en), Uniformed Services University of the Health Sciences (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Domaine
Distinctions
Œuvres principales
RNA therapies (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Ses recherches sur l'ARN messager, poursuivies depuis le début des années 1990, ont joué un rôle déterminant pour permettre l'utilisation de celui-ci dans la création de vaccins d'un nouveau type, approche qui se concrétise avec la recherche contre la pandémie de Covid-19, et notamment la création du vaccin Comirnaty de Pfizer-BioNTech.

Elle a été gratifiée du Breakthrough Prize in Life Sciences 2022.

BiographieModifier

Origines et études : de la Hongrie aux États-UnisModifier

Katalin Karikó naît le à Szolnok, en Hongrie. Elle grandit au sein d'une famille chrétienne peu aisée, dans la ville de Kisújszállás (Hongrie communiste), où son père est boucher. Elle se passionne pour les sciences et suit les cours au lycée Móricz Zsigmond Református. Après avoir obtenu son doctorat, elle poursuit ses recherches et ses études postdoctorales au Centre de recherche biologique (CRB) de l'Académie hongroise des sciences (MTA Szegedi Biológiai Központ), situé à Szeged, toujours en Hongrie, à 23 ans. Mais ce centre est démuni et manque de moyens financiers. Aussi quitte-t-elle la Hongrie, en 1985, avec son mari et sa fille de 2 ans[1]. La famille cache toutes ses économies (1000 dollars écrit Le Figaro, 90 Vanity Fair) dans un ours en peluche et franchit le rideau de fer. Ayant gagné les États-Unis, elle est recrutée au département de biochimie de l'université Temple, dans le domaine des sciences de la santé. L'université Temple est située à Philadelphie, en Pennsylvanie[2],[3]. Les débuts y sont cependant difficiles : son mari, ingénieur lorsqu'il travaillait en Hongrie, assure désormais le ménage ou le gardiennage[4].

Chercheuse marginaliséeModifier

Alors qu'elle y est boursière postdoctorale, elle participe à un essai clinique dans le cadre duquel des patients atteints du sida, de maladies hématologiques et de fatigue chronique sont traités à l'aide d'acide ribonucléique (ARN) double brin (ARNdb). À l'époque, cette recherche était considérée comme révolutionnaire car le mécanisme moléculaire de l'induction de l'interféron par l'ARNdb n'était pas connu, mais les effets antinéoplasiques de l'interféron étaient bien documentés[5].

Puis elle intègre un établissement universitaire et de recherche voisin, l’université de Pennsylvanie (UPenn)[2]. En 1990, devenue ainsi professeure dans cette université, elle soumet sa première demande de bourse dans laquelle elle propose d'établir une thérapie génique basée sur l'ARN messager (ARNm)[6]. L'UPenn mène des travaux de recherche sur l’utilisation de l’ADN pour transformer les cellules et s’attaquer à des maladies telles que la mucoviscidose ou le cancer. Katalin Kariko poursuit le même but. Mais elle préfère recourir à l’ARN. « Elle avait compris qu’en attaquant l’ADN, en modifiant le génome des cellules, on prenait le risque d’introduire des modifications génétiques délétères, qui peuvent se multiplier », se rappelle David Langer, alors jeune médecin qui travaillait avec elle, et devenu directeur du département de neurochirurgie de l’hôpital Lenox Hill, à New York. « Or Kati n’est pas seulement un génie scientifique, c’est aussi une femme d’une droiture absolue. Et d’une grande franchise. Elle a donc fait savoir son opposition ». Elle n’arrive pas à convaincre de la pertinence de ses points de vue et beaucoup pensent alors qu'elle fait fausse route. En 1995, elle est écartée de la liste des titularisations, rétrogradée au rang de simple chercheuse[2]. Cette placardisation l'empêche d'accéder au professorat[3].

Progressive reconnaissanceModifier

Depuis lors, la thérapie par ARNm est le principal sujet de ses recherches, qui portent sur la thérapie génique basée sur l'ARN messager, les réactions immunitaires induites par l'ARN, les bases moléculaires de la tolérance ischémique et le traitement de l'ischémie cérébrale. Des premières recherches sur le vaccin à ARN sont menées depuis le début des années 1990, mais se heurtent à différents problèmes liés à la stabilité de l’ARN et à sa capacité intrinsèque à stimuler le système immunitaire, ce qui peut entraîner d’importantes réactions inflammatoires[7]. En 2012, Katalin Karikó et Drew Weissman, immunologiste à l'université de Pennsylvanie, développent des solutions et technologies innovantes permettant le retrait de contaminants engendrés lors de la production d'ARN messager in vitro, ce qui permet de réduire la réponse immunitaire antivirale à l'ARNm, et déposent un brevet concernant l'utilisation de plusieurs nucléotides modifiés à cette fin[8]. Ils fondent une entreprise. Peu après, l'université vend la licence de propriété intellectuelle à Gary Dahl, le directeur d'une société de fournitures de laboratoire qui deviendra Cellscript. Quelques semaines plus tard, Flagship Pioneering, la société de capital-risque qui soutient Moderna Therapeutics la contacte pour négocier une licence sur le brevet. Tout ce que Karikó répond, c'est : « Nous ne l'avons pas ». Début 2013, Katalin Karikó entend parler de l'accord de 240 millions de dollars que Moderna Therapeutics a conclu avec AstraZeneca pour développer un ARNm codant le facteur de croissance de l’endothélium vasculaire (VEGF), une protéine. Elle réalise qu'elle n'aura pas l'occasion d'appliquer son expérience de l'ARNm à l'université de Pennsylvanie (qui les a dépossédés de leur brevet, elle et Drew Weissman[4]), et prend un rôle de vice-présidente senior chez BioNTech RNA Pharmaceuticals[6].

Le succès de ses recherches lui permet d'accéder à la notoriété. Elle est invitée à des colloques, tandis que des millions de dollars sont désormais investis sur l'ARN. Au départ, ses interlocuteurs sont cependant dubitatifs : « On me demandait pour quel homme je travaillais, comme si ce n'était pas possible que j'en sois arrivée là » commente-t-elle[4].

Le brevet concédé à Cellscript est racheté par BioNTech en septembre 2017. Le communiqué de presse conjoint de BioNTech et Cellscript réaffirme l'importance de Katalin Karikó dans la mise au point d'ARNm ne provoquant pas de réponse immunitaire, grâce à l'utilisation d'un ARNm aux nucléosides modifiés en remplacement des protéines in vivo[9].

Les travaux et les recherches de Katalin Karikó contribuent à l'effort de BioNTech pour créer des cellules immunitaires qui produisent des antigènes vaccinaux. Ces recherches révèlent également que la réponse antivirale de l'ARNm donne à leurs vaccins contre le cancer un élan supplémentaire dans la défense contre les tumeurs[6]. En 2020, cette technologie est utilisée dans un vaccin candidat contre la Covid-19, porté conjointement par Pfizer et BioNTech[2],[10]. Elle est alors pressentie pour décrocher le prix Nobel[4].

Katalin Karikó est la mère de Zsuzsanna Francia, rameuse double championne olympique d’aviron en huit[2].

DistinctionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. « Vaccin : Katalin Kariko, la biochimiste un temps méprisée, qui a mis au point la technique de l'ARN messager », sur franceinter.fr, (consulté le ).
  2. a b c d et e Nathaniel Herzberg et Chloé Hecketsweiler, « Covid-19 : la saga du vaccin à ARN messager désormais dans le sprint final », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  3. a et b Ghislain de Montalembert, « Katalin Karikó, pionnière et messagère d'espoir », Le Figaro Magazine,‎ , p. 20-21 (lire en ligne).
  4. a b c et d Arthur Cerf, « Cherchez la femme », Vanity Fair n°88, avril 2021, p. 52-55.
  5. (en) « Transforming RNA research into future treatments: Q&A with 2 biotech leaders », sur Elsevier Connect.
  6. a b et c (en) Amanda B. Keener, « Just the messenger », Nature Medicine, vol. 24, no 9,‎ , p. 1297–1300 (PMID 30139958, DOI 10.1038/s41591-018-0183-7, S2CID 52074565).
  7. « L’aventure scientifique des vaccins à ARN messager », Réalités Biomédicales,‎ (lire en ligne, consulté le )
  8. « ARN messager : la leçon de liberté de Katalin Kariko », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne).
  9. (en) « it Advances Development of Messenger RNA Encoding Bispecific Antibodies and other Therapeutic Proteins », sur globenewswire.com, .
  10. (en) Julia Kollewe, « Covid vaccine technology pioneer: 'I never doubted it would work' », The Guardian,‎ (lire en ligne).
  11. Laurent Sacco, « Le Breakthrough Prize récompense Katalin Karikó, la pionnière des vaccins à ARN messager », sur Futura-sciences, (consulté le ).
  12. Lasker fundation
  13. « Communiqué de presse : Katalin Karikó lauréate de la Grande Médaille 2021 de l’Académie des sciences | Communiqués de presse | Presse | Transmettre les connaissances », sur www.academie-sciences.fr (consulté le )

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier