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Kasbah de Tunis
Kasbah de Tunis
Place du Gouvernement, siège de la Présidence du gouvernement à droite et du ministère des Finances à gauche
Administration
Pays Drapeau de la Tunisie Tunisie
Gouvernorat Tunis
Étapes d’urbanisation IXe siècle (fondation)
XIIIe siècle (reconstruction complète)
XXe siècle (configuration actuelle)
Géographie
Superficie 29 ha = 0,29 km2

La kasbah de Tunis, parfois orthographiée casbah ou qasba selon différentes translittérations de l'arabe, est un quartier de Tunis, capitale de la Tunisie. À l’origine citadelle fortifiée au sein de la vieille ville, d’où son appellation de « citadelle », elle est le symbole et le siège du pouvoir tout au long de son existence jusqu’à nos jours.

Les médias utilisent, par métonymie, l'expression « la kasbah », pour désigner les services de la Présidence du gouvernement[1].

Sommaire

Situation géographiqueModifier

La kasbah est adossée contre le flanc ouest de la médina de Tunis qu’elle domine. La kasbah se trouve ainsi en hauteur par rapport à elle et son altitude est d’une trentaine de mètres au-dessus du niveau de la mer alors que Bab Bhar à l’extrémité est de la médina est à 7 mètres.

Au nord-ouest se trouvent des collines où des forts (borj en arabe), datant du XVIe siècle et faisant partie d’un réseau de places fortes bâties autour de Tunis pour sa défense, sont toujours debout. Les plus proches sont borj Filfel et borj Zouara sur la colline de la Rabta aujourd'hui urbanisée. Au sud-ouest, la kasbah surplombe l’étendue d’eau de la Sebkha Séjoumi. Au sud de la kasbah se trouve la colline d’El Gorjani, partie intégrante du faubourg sud de Bab Mnara.

L’urbanisation des zones environnantes a commencé dès la première moitié du XXe siècle. On trouve ainsi le quartier de Mellassine à l’ouest, sur les contreforts descendants vers la sebkha, et celui d’Ennajeh au sud-ouest.

HistoireModifier

Période antiqueModifier

La kasbah occupe l’emplacement de l’antique Tunes d’après les historiens[2]. D’après Polybe et Tite-Live, Tunes était défendu « par la nature » à savoir son altitude doublée aussi de remparts.

Période médiévaleModifier

 
Mosqueé de la Kasbah

La kasbah était une citadelle fortifiée et avait deux fonctions intiment liées : politique et militaire.

La première kasbah est construite sous les Aghlabites d’après plusieurs historiens dont Ibn Abi Dinar[3]. Ainsi d’après le chroniqueur du XVIe siècle Ibn Naji[4], la construction de la kasbah revient à l’émir aghlabite Ziadet-Allah II (863-864) mais il est plus probable qu’elle date de son prédécesseur Aboul-Ibrahim Ahmad (856-863)[5].

La kasbah était ensuite la résidence des gouverneurs nommés par les Fatimides et les Zirides après eux[3]. La dynastie des Khourassanides y résident jusqu'à ce qu'ils se construisent un palais dans la médina dont le seul vestige est la mosquée El Ksar, littéralement la « mosquée du château »[3]. Tout au long de la période Almohade, les gouverneurs nommés par le calife y siégèrent aussi[6],[7],[8].

Avec l’avènement des Hafsides au début du XIIIe siècle, la citadelle est entièrement reconstruite sur de nouveaux plans en 1231 par le sultan Abû Zakariyâ Yahyâ[9],[10].

Outre ses hautes murailles, la citadelle royale avait deux portes[9],[11], l’une donnant sur la médina appelée Bab Intajmi[12], et l’autre sur la campagne appelée Bab al-Ghadr, signifiant littéralement la porte de la Trahison ou plutôt la porte dérobée car d'usage exclusivement militaire[13].

Les nouveaux maîtres construisent deux palais, l’un pour les audiences et les réunions de leur conseil et l’autre pour leur appartements privés, ainsi qu’une caserne pour leurs gardes personnels et les soldats chargés de la défense de la kasbah[14].

Sous les Hafsides, la kasbah n’a pas connu d’autres travaux à part ceux d’Al-Muntasir qui a construit dans l’avant-cour du palais un pavillon d’appart[Quoi ?][15], appelé Kubbat al-acharek, pour recevoir l’hommage de ses sujets et passer ses troupes en revue. Il relia également la citadelle aux jardins de Ras-Tabia par une allée bordée de hauts murs[16],[17],[18].

La mosquée de la Kasbah, achevée en 1235 pour l’usage de la cour du sultan, est le seul vestige qui subsiste de cette kasbah médiévale.

Période ottomaneModifier

 
Dar El Bey

La période ottomane est caractérisée par les luttes de pouvoirs entre plusieurs personnages à savoir principalement le dey et le bey jusqu'à l'affermissement de la dynastie husseinite. Le rapport des différents maîtres de Tunis à la kasbah illustre leur position dans la ville et la régence. En outre, la milice turque s'y est naturellement établi dès le début de la tutelle ottomane et jouera un rôle incontournable dans les luttes de pouvoir.

Ainsi au début de l’ère ottomane, le Pacha-gouverneur, représentant direct du Sultan ottoman, réside à la Kasbah à l’image des anciens maîtres de la ville après avoir réparé ses remparts endommagés par les combats entre les turcs et les espagnols lors de la conquête de Tunis en 1574[19]. Le dey, général de la milice et désormais chef incontestable de Tunis, prend ensuite la place du pacha[20], y élit domicile à partir de Youssef Dey et y exerce son pouvoir en recevant les audiences et en réunissant son conseil du début du XVIIe siècle jusqu'au début du siècle suivant[21],[22]. Le Pacha, quant à lui, réside dorénavant dans un palais appelé Dar el-Pacha dans la partie haute de la Médina.

D’après Laurent d’Arvieux, la kasbah, appelée le « château » par les voyageurs européens, est partagée entre le Dar el-Dey qui comprend les appartements du Dey et ses salles d’audience d’une part et les casernes de la garde du Dey d'autre part[23]. Les deux portes de la période Hafside y subsistent toujours[24].

Avec l’avènement de la puissance des beys à travers la dynastie mouradite, un nouveau palais juxtaposant la kasbah est édifié sous Hammouda Pacha Bey au XVIIe siècle-. Il s'agit du Dar el-Bey qui prendra de plus en plus d'importance avec la place grandissante du bey.

Dès les débuts de la dynastie husseinite, un autre palais est achevé sous Ali Pacha qui est le seul à y avoir habité et la citadelle abrite toujours garnison et entrepôts d’armes sous l’autorité de l’Agha[25],[26]. Le pouvoir militaire qui y réside correspond au redoutable divan des janissaires qui continue à avoir un poids important jusqu'à sa dissolution en 1828.

Les beys husseinites préfèrent résider au Bardo mais Dar el-Bey symbolise néanmoins la présence de l'autorité centrale à Tunis. Il accueille ainsi régulièrement le bey, ses hôtes et diverses cérémonies officielles et religieuses [27].

Un palais, sûrement celui de Dar el-Dey, est rasé vers 1830 car il tombait en ruine[2].

Période colonialeModifier

Sous le protectorat français, la kasbah devient une caserne pour les forces coloniales alors que le Dar-el-Bey voisin devient le siège du grand vizir dès 1882, ainsi que de la Chancellerie beylicale.

D’après les témoignages et les guides de l’époque, on pouvait voir Tunis et toute sa région depuis les remparts de la kasbah.

A la fin des années 1950, le nouveau gouvernement indépendant tunisien décide de démolir de nombreux bâtiments ainsi que la partie encore subsistante des remparts de la kasbah pour construire un nouvel ensemble urbain[27].

La kasbah contemporaineModifier

Le quartier de la Kasbah a une superficie de 29 hectares[28] et concentre énormément d'institutions publiques du pays, d’où son surnom de quartier des ministères.

Outre l’immense place de la Kasbah au centre de laquelle se trouve un monument commémoratif appelé Monument national, construite au-dessus d’un parking souterrain et qui constitue l’espace central autour duquel s’organise les différents édifices, on y trouve aujourd’hui l’hôtel de ville de Tunis, la mosquée de la Kasbah, le mausolée de Farhad Hached, le collège Sadiki qui est le plus ancien établissement éducatif du pays, le palais de la justice, ainsi que des ministères régaliens comme ceux de la Justice ou de la Défense. Les ministères de l’Éducation et de la Culture, ainsi que le tribunal de premier instance de Tunis et l'hôpital Aziza Othmana s’y trouvent également. Le Néo-Destour, longtemps parti unique, y avait également son siège jusqu'aux années 1990.

En face de la place de la kasbah se trouve la place du gouvernement autour de laquelle se trouve au sud le siège du chef du Gouvernement dans le Dar el-Bey et au nord le ministère des Finances accolé au ministère des Affaires religieuses. Les deux places sont séparées par l’axe des boulevards Bab Menara et Bab Bnet qui séparent la médina de la kasbah. La kasbah est en outre séparée des quartiers extérieurs à l'ouest par le boulevard du 9-avril-1938, construit sur l'emplacement des anciens remparts.

Des anciennes installations militaires historiques, il subsiste encore un bastion de l’ancien rempart à la rue du 2-mars-1934. Il s’agit en fait d’une partie d’un grand ouvrage en forme de corne qui renforçait la citadelle à l’ouest et qu’on peut aisément reconnaître sur les anciens plans de Tunis.

Quant à la porte extérieure de la kasbah qui avait pour dernier nom Bab Sidi Abdallah Chérif, seul un carrefour perpétue encore son souvenir.

Notes et référencesModifier

  1. Expression utilisée pour distinguer la Présidence du gouvernement de la Présidence de la République désignée par "Carthage" et de l'Assemblée des représentants du peuple désignée par "le Bardo", métonymies qui renvoient à leur siège géographique respectif
  2. a et b Sebag 1998, p. 60
  3. a b et c (ar) Ibn Abi Dinar, Kitâb al-Mû'nis fî âkhbâr Ifrîqiya wa Tûnes, Tunis, , p. 9-10
  4. (ar) Ibn Naji, Ma'âlim al-imân fî marifat ahl al-Qayrawân, Tunis, , t. II, p. 97
  5. Sebag 1998, p. 98.
  6. (ar) Tijani, Rihla, H.H. Abdulwahab, p. 335, 356, 363
  7. Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, t. II, p. 288
  8. S. M. Zbiss, Inscriptions du Gorjânî, Tunis, , p. Introduction
  9. a et b Zerkechi (trad. E. Fagnan), Chronique des Almohades et des Hafsides, Constantine, , p. 35
  10. Léon l'Africain (trad. A. Epaulard), Description de l'Afrique, Paris, , t. II p. 380
  11. R. Brunschvig (dir.) et Adorne, Deux récits de voyages inédits en Afrique du Nord au XVe siècle. 'Abdalbâsit b. Khalîl et Adorne, Paris, , p. 190
  12. La position de cette porte était sûrement orientée vers la rue de la Kasbah et l'actuelle place du Gouvernement
  13. « Vieux Tunis : les portes », sur commune-tunis.gov.tn (consulté le 27 septembre 2018)
  14. Léon l'Africain, op. cit., p. 386
  15. Ce pavillon d'apparat est à mettre en parallèle avec d'autres ouvrages de ce genre appelés kubba ou kouba et dont l'un des exemples les plus significatifs est la Kobbet El Haoua située au parc du Belvédère à Tunis. Un autre exemple est la Koubat Al Khayatine à Meknès au rôle protocolaire semblable au pavillon hafside dont il est question dans l'article
  16. Ibn Khaldoun, op. cit., t. II, p.339
  17. Zerkechi, op. cit., pp. 46-47
  18. Georges Marçais, L'Architecture musulmane d'Occident, Paris, , p. 312
  19. Paul Sebag, Tunis au XVIIème siècle : une cité barbaresque au temps de la course, Paris, L'Harmattan, , 267 p. (ISBN 2-7384-0449-9), p. 23
  20. Sebag 1998, p. 71
  21. J. Thevenot, Relation d'un voyage fait au levant, Paris, , p. 551
  22. Ibn Abi Dinar, op. cit., pp. 277/472
  23. Laurent d'Arvieux, Mémoires, Paris, , p. 9-10
  24. J. Thevenot, op. cit., Chap. III
  25. Seghir Ben Youssef, Mechra al-Melki. Chronique tunisienne (1705-1771), Tunis, , p. 346-347
  26. Ch. Monchicourt (dir.) et L. Filippi, Relations inédites de Nyssen, Filippi et Calligaris, Paris, , p. 89
  27. a et b « Voyage au coeur du Dar el-Bey, palais du Gouvernement, la Kasbah de Tunis », sur leaders.com.tn, (consulté le 25 septembre 2018)
  28. « A savoir », sur asmtunis.org (consulté le 25 septembre 2018)

BibliographieModifier