Karl Gützlaff

missionnaire, linguiste et sinologue

Karl Gützlaff, né le à Pyritz, en Poméranie (Prusse) et décédé le à Hong Kong, dont le nom a souvent été anglicisé en Charles Gutzlaff, est l'un des premiers missionnaires protestants à être envoyé en Extrême-Orient, d'abord à Bangkok (1828), puis en Corée (1832), puis en Chine. Maîtrisant parfaitement de nombreuses langues dont le chinois, portant couramment des vêtements chinois, il a été magistrat à Ningbo et Zhoushan et le deuxième secrétaire chinois de l'administration britannique à Hong Kong. Auteur de nombreux livres en néerlandais, anglais et chinois, traducteur de la Bible en chinois, en thaï et en japonais, il a servi d'interprète pour les missions diplomatiques britanniques pendant la première guerre de l'opium.

Karl Gützlaff
Karl Friedrich August Gutzlaff.png
Biographie
Naissance
Décès
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Hong KongVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom de naissance
Karl Friedrich August GützlaffVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
Religions

Karl Gützlaff s'est choisi pour nom chinois : 郭士立 ; pinyin : guō shì lì, nom toujours en usage actuellement en chinois, même si son nom officiel était devenu ultérieurement 郭實腊 (pinyin : guō shí là).

BiographieModifier

Jeunesse et formationModifier

Très tôt orphelin, Karl Friedrich August Gützlaff est d'abord apprenti sellier à Stettin (aujourd'hui Szczecin)[1] , puis, en 1820, il profite d'une visite du roi Frédéric Guillaume III dans cette ville pour lui présenter un poème de sa composition et obtenir son soutien pour pouvoir suivre des études. En avril 1821, Karl Gützlaff entre à l'école missionnaire de Johannes Jaenicke à Berlin, qui est soutenue par le roi et qui se caractérise par son adhésion au piétisme morave. En 1821, fortement influencé par August Tholuck, il connaît une expérience spirituelle de conversion. Il étudie les langues de manière intensive. De 1823 à 1826, il poursuit sa formation à Rotterdam, apprenant le néerlandais et le malais pour se préparer au service missionnaire dans les Indes néerlandaises. Il acquiert également les bases des langues turque et arabe.

 
Gützlaff en costume de la province de Fujian.

Premières années de missionModifier

En 1827, la Société des Missions néerlandaise envoie Karl Gützlaff à Batavia. C'est là qu'il apprend la langue chinoise. Le missionnaire britannique Walter Medhurst l'encourage à approfondir ses études sur ce pays[2]. En 1828, il quitte la société en 1828, et se rend d'abord à Singapour, puis à Bangkok avec Jacob Tomlin de la Société missionnaire de Londres, où il travaille à une traduction de la Bible en thaï. Il fait un bref voyage à Singapour en décembre 1829, où il épouse une missionnaire anglaise, Maria Newell. Tous deux retournent à Bangkok en février 1830 où ils travaillent sur des dictionnaires cambodgien et laotien. Mais avant que le travail ne soit terminé, Maria meurt en couches, laissant un héritage considérable. En 1834, Gützlaff se remarie, cette fois avec Mary Wanstall, qui dirigeait une école et un foyer pour aveugles à Macao.

Mission en ChineModifier

À Macao, puis à Hong Kong, Gützlaff travaille à une traduction chinoise de la Bible, publie un magazine en langue chinoise, l'Eastern Western Monthly Magazine, et écrit des livres en langue chinoise sur divers sujets (voir liste des oeuvres. En 1834, il publie le "Journal de trois voyages le long de la côte chinoise en 1831, 1832 et 1833". En cours de route, il distribue des tracts qui ont été préparés par un autre missionnaire pionnier en Chine, Robert Morrison. À la fin de 1833, il a joué le rôle d'interprète cantonais du naturaliste George Bennett lors de sa visite à Canton[3].

En 1837, Gützlaff et un autre missionnaire, Williams, apprennent le japonais avec des matelots japonais naufragés et font des traductions préliminaires en japonais de la Genèse, de l'évangile selon Matthieu et des épîtres de Paul afin de faciliter l'évangélisation ultérieure du Japon (qui n'est pas encore ouvert aux étrangers à cette date)[4].

 
Karl Gützlaff traduisant lors de la conférence de Chusan (actuellement Zhoushan), en 1840, entre les officiers de marine britanniques et les officiels chinois.

En 1840, un groupe de quatre personnes, Walter Henry Medhurst, Charles Gutzlaff, Elijah Coleman Bridgman, et John Robert Morrison, ont coopéré pour traduire la Bible en chinois. La traduction de la partie hébraïque a été réalisée en grande partie par Gutzlaff, à l'exception du Pentateuque et du livre de Josué, qui ont été traduits collectivement. Cette traduction de la Bible et les nombreux autres écrits de Gützlaff influencent directement la révolte des Taiping, ainsi que l'a noté Karl Marx[5].

Dans les années 1830, William Jardine de la Jardine, Matheson & Co. convainc Gützlaff de travailler comme interprète pour les capitaines de sa compagnie pratiquant la contrebande côtière de l'opium, avec l'assurance que cela lui permettrait de rassembler davantage de convertis. Il fut interprète auprès du plénipotentiaire britannique lors des négociations pendant la première guerre de l'opium de 1839-1842, puis magistrat à Ningbo et Zhoushan. Il est nommé premier assistant du secrétaire chinois de la nouvelle colonie de Hong Kong en 1842 et est promu au poste de secrétaire chinois en août de l'année suivante[6]. En réponse au refus du gouvernement chinois de laisser entrer les étrangers à l'intérieur du pays, il fonde une école pour les "missionnaires indigènes" en 1844 et forme près de cinquante Chinois pendant ses quatre premières années.

Dernières annéesModifier

 
La tombe de Gutzlaff au cimetière de Hong Kong.

Devenu haut-fonctionnaire britannique, Karl Gützlaff s'éloigne quelque peu de ses objectifs missionnaires et un visiteur remarque en 1848 qu'il est devenu un notable corpulent bénéficiant d'un important statut social à Hong-Kong[2]. Sa deuxième femme, Mary, meurt en 1849 à Singapour et y est enterrée. Gützlaff se marie une troisième fois, avec Dorothy Gabriel, lors de son séjour en Angleterre en 1850.

Malheureusement, Gützlaff se révèle un piètre gestionnaire et il se fait escroquer par une partie de ses propres élèves missionnaires autochtones. Si certains sont bien sincères et conduisent bien des activités d'évangélisation, d'autres ne sont que des opiomanes qui inventent des rapports de conversion mirifiques au retour de voyages fictifs, mais prennent bien livraison des Nouveaux Testaments fournis par Gützlaff pour ensuite les revendre à l'imprimeur qui lui-même les revend à Gützlaff. Ce scandale éclate alors que Gützlaff est en tournée en Europe pour collecter des fonds. Brisé par la révélation de cette fraude, Gützlaff meurt à Hong Kong en 1851, laissant une fortune de 30 000 livres sterling[6]. Il est enterré dans le cimetière de Hong Kong.

PostéritéModifier

Poursuite de son œuvre missionnaireModifier

La Chinese Evangelization Society (en) qu'il a formée a envoyé en Chine Hudson Taylor, un missionnaire particulièrement actif qui a fondé la Mission intérieure chinoise. Celle-ci devait avoir un impact majeur en termes d'évangélisation de la Chine. Hudson Taylor appela Gützlaff le grand-père de la Mission intérieure chinoise.

SinologieModifier

Le 29 novembre 1834, Gutzlaff est devenu membre de la toute nouvelle "Société pour la diffusion du savoir utile en Chine". Les membres du comité représentaient une large palette de la communauté des affaires et des missionnaires de Canton : Sir James Matheson (en) (Président), David Olyphant (en), William Wetmore, James Innes, Thomas Fox, Elijah Coleman Bridgman, et John Robert Morrison. John Francis Davis (en), à l'époque Chief Superintendent of British Trade in China, en était membre honoraire[7].

InfluenceModifier

  • Karl Marx est allé écouter les conférences de Gützlaff alors que celui-ci était à Londres en 1850 pour collecter des fonds. Il a également lu les nombreux écrits de Gützlaff, qui sont devenus des sources des articles anti-impérialistes et anti-religieux de Marx sur la Chine dans le London Times et le New York Daily Tribune dans les années 1840 et 1850[10],[11].

MémoriauxModifier

 
L'île Gutzlaff dans la province de Zhejiang, en Chine.

Une rue est nommée Gutzlaff Street (en) à Hong Kong, et une île porte son nom.

ŒuvresModifier

Karl Gützlaff a été un auteur prolifique en chinois : catéchismes, tracts, biographies de personnages bibliques et une dizaine de romans[12]. Ci-dessous une liste de ses principales publications dans les langues européennes :

  • (nl) Karl Friedrich A. Gützlaff, Verslag van den driejarig verblijf in Siam en eene reize langs de Kust van China naar Mantchou-Tartarije, Rotterdam, [13] ("Rapport du séjour de trois ans au Siam et d'un voyage le long de la côte de la Chine vers la Mantchou-Tartarie" (c'est-à-dire la Mandchourie))
  • (nl) Karl Friedrich A. Gützlaff, Reizen langs de Kust van China, en bezoek op Corea en de Loo-cho-eilanden, in de jaren 1832 en 1833, door K Gutzlaff, benevens een overzigt van China en Siam en van de verrigtigen der protestantsche zendelingen, in deze en aangrenzende landen, door W. Ellis, en twee andere historische anlagen, Rotterdam, M. Wijt & Zonen, [13] ("Voyage le long de la côte chinoise, et visite de la Corée et des îles Loo-cho, dans les années 1832 et 1833, par K Gutzlaff, ainsi qu'un aperçu de la Chine et du Siam et des établissements missionnaires protestants, dans ce pays et les pays voisins, par W. Ellis, et deux autres annexes historiques.")
  • (en) Karl Friedrich A. Gützlaff, A Sketch of Chinese History, Ancient and Modern, Londres, Smith, Elder & Co., , publié en allemand en 1847 (lien vers le volume 1 ; lien vers le volume 2)
  • (en) Karl Friedrich A. Gützlaff, China Opened; or, A Display of the Topography, History ... etc. of the Chinese Empire, revised by A. Reed, vol. 1, Londres, Smith, Elder & Co., (lire en ligne)
  • (en) Karl Friedrich A. Gützlaff, China Opened; or, A Display of the Topography, History ... etc. of the Chinese Empire, revised by A. Reed, vol. 2, Londres, Smith, Elder & Co., (lire en ligne)
  • (en) Karl Friedrich A. Gützlaff, Journal of Three Voyages Along the Coast of China, in 1831, 1832 and 1833 With Notices of Siam, Corea, and the Loo-Choo Islands, Londres, Thomas Ward and Co, (lire en ligne)[14]
  • (en) Karl Friedrich A. Gützlaff, Notices on Chinese Grammar : Part I. Orthography and Etymology, Batavia, Mission Press, , publié sous le pseudonyme de "Philo-Sinensis"
  • (en) Karl Friedrich A. Gützlaff, Life of Taou-Kwang, Late Emperor of China, Londres, Smith, Elder & Co., (lire en ligne)

Notes et référencesModifier

  1. (en) William Ellis, Polynesian Researches, Londres, Fisher, Son & Jackson, (lire en ligne), p. Introduction lxxxiii
  2. a et b (en) Charles Taylor, Five Years in China, New York, J B McFerrin, (lire en ligne), 51
  3. (en) George Bennett, Wanderings in New South Wales, Batavia, Pedir Coast, Singapore and China : being the journal of a naturalist in those countries, during 1832, 1833 and 1834 (Vol. 2), Londres, Richard Bentley, , p. 28
  4. (en) Jessie Gregory Lutz et Robert Frykenburg, Opening China : Karl F.A. Gützlaff and Sino-Western Relations, 1827-1852, Grand Rapids (Michigan), Wm. B. Eerdmans Publishing, , 364 p. (ISBN 978-0-8028-3180-4, lire en ligne), p. 95
  5. (en) David Riazanov, « Karl Marx en Chine », Labour Monthly,‎ (lire en ligne)
  6. a et b (en) James William Norton-Kyshe, History of the Laws and Courts of Hong Kong, vol. 1, Londres, T. Fisher Unwin, .
  7. (en) Elijah Coleman Bridgman et Samuel Wells Williams, Proceedings for the formation of, Maruzen Kabushiki Kaisha, (lire en ligne), p. 378-381
  8. (en) A. D. Roberts, Oxford Dictionary of National Biography, Oxford, Oxford University Press, , « Livingstone, David (1813–1873) »
  9. (en) Jessie G. Lutz et R. Ray Lutz, Christianisme en Chine du XVIIIe siècle à nos jours, Stanford University Press, (1re éd. 1996), 483 p. (ISBN 978-0-8047-3651-0, lire en ligne), « Karl Gützlaff's Approach to Indigenization : the Chinese Union »
  10. (en) Dona Torr, Marx on China, 1853-1860, Londres, Lawrence & Wishart, (ASIN B000L9BJRS), xvii
  11. (en) Eve Fisher, « The Drug Smuggling Missionary of the Pearl River », sur sleuthsayers.org, (consulté le 24 mars 2020)
  12. Une liste des œuvres de Gützlaff en chinois se trouve dans (en) Alexander Wylie, Memorials of Protestant Missionaries to the Chinese : Giving a List of their Publications and Obituary Notices of the Deceased, Shanghai, American Presbyterian Mission Press, , p. 56-63, cité dans (en) Song Gang et John T.P. Lai, Reshaping the Boundaries : The Christian Intersection of China and the West in the Modern Era, Hong Kong, Hong Kong University Press, , 136 p. (ISBN 978-988-8390-55-7 et 988-8390-55-4, lire en ligne), « The British Image in Karl Gützlaff's Novels Shifei lüelun and Dayingguo tongzhi », p. 59
  13. a et b « Bibliotheca Japonoca », sur Google Books (consulté le 24 mars 2020)
  14. « Review of Journal of Three Voyages Along the Coast of China, in 1831, 1832 and 1833; with Notices of Siam, Corea, and the Loo-Choo Islands by Carl Gutzlaff », The Quarterly Review, vol. 51,‎ , p. 468–481 (lire en ligne)

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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