Julius Streicher

politicien allemand

Julius Streicher, né le à Fleinhausen (hameau de Dinkelscherben - Bavière) et mort le à Nuremberg, est un éditeur antisémite allemand devenu cadre du NSDAP. Il participe au putsch manqué de Munich en et est condamné à mort en 1946 au procès de Nuremberg.

Julius Streicher
Fonctions
Député du Reichstag
-
Député au Reichstag sous la république de Weimar
Biographie
Naissance
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Fleinhausen (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 61 ans)
Nuremberg Court Prison (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Allégeance
Activités
Période d'activité
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Autres informations
A travaillé pour
Der Stürmer (jusqu'en )
Der Stürmer (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Partis politiques
Membre de
Deutschvölkischer Schutz- und Trutzbund ()
Reichstag (en) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflits
Personnes liées
Hans Marx (d) (avocat ou avocate en droit criminel), John C. Woods (bourreau)Voir et modifier les données sur Wikidata
Condamné pour
Distinctions
signature de Julius Streicher
Signature

Biographie

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Julius Streicher est un instituteur allemand, puis un officier prussien pendant la Première Guerre mondiale.

Violemment antisémite, il rencontra Hitler à Nuremberg en 1921. Il était alors le responsable de l'extrême-droite de Franconie, ce qui contribua à faire de Nuremberg une ville phare du parti nazi.

Il fut le directeur du journal antisémite Der Stürmer de 1923 à 1945. Gauleiter de Franconie (en) (1925-1940), puis député au Reichstag en 1933, il était connu pour ses violences verbales contre les Juifs.

De 1932 à 1945, Julius Streicher est membre du groupe parlementaire NSDAP au Reichstag. Au NSDAP, il est Gauleiter pour la Moyenne-Franconie de 1925 à 1940, et plus tard pour la Franconie. À ce titre, il se donne dès les années 1930 le titre de « leader franconien ». En 1934, les Länder sont définitivement supprimés. La Bavière est divisée en six Gaue et l'administration d'État coïncide avec celle du Parti nazi, ce qui fait de Julius Streicher de facto le plus important représentant de l'État en Franconie.

Dans la SA, il a le grade d'Obergruppenführer. Julius Streicher a pris des mesures particulièrement sévères contre les Juifs et affichait très tôt son antisémitisme. À partir de , il dirigea le « Comité central de défense contre les atrocités juives », qui coordonna les mesures de boycott antisémite contre les entreprises juives, les avocats et les médecins le [1]. En réponse à l'intervention personnelle de Streicher, la fontaine de Neptune (de), qu'il surnomme la « fontaine juive », est démantelée en 1934. Il impose la démolition de la synagogue principale (de) de Nuremberg sur la place Hans-Sachs dès , quelques mois avant la nuit de Cristal.

 
Presse national-socialiste nazie : des hommes debout devant une boîte publicitaire Der Stürmer (n° 35 d'août 1935), exposant des slogans antisémites tels que Mit dem Stürmer gegen Juda (« Avec l'attaquant contre Juda ») ou Die Juden sind unser Unglück (« Les Juifs sont notre chagrin/malchance/catastrophe ») (1935).

Julius Streicher propageait un antisémitisme inhabituellement vulgaire, ce qui lui a valu des critiques même dans son parti. La principale plate-forme pour cela était le journal Der Stürmer, fondé par lui, lui appartenant et qu'il éditait également, diffusait régulièrement une propagande concernant de présumées agressions sexuelles commises par des Juifs contre des femmes et des filles non juives. La publication, éditée depuis 1923, atteignit son plus grand tirage en 1938 avec un demi-million d'exemplaires. Der Stürmer était connu pour ses caricatures juives antisémites et son amalgame d'antisémitisme et d'obsessions sexuelles, ce qui en faisait un médium de pornographie politique[2].

Il tombe en disgrâce peu avant 1939 et s'occupe de ses terres, tout en restant directeur de Der Stürmer. On lui refusa le droit de s'engager pour aller combattre sur le front[3]. Il fut jugé pour ses écrits antisémites à Nuremberg, ville dont il avait fait un bastion nazi.

Il fut capturé le même jour que Himmler le 23 mai 1945, près de Berchtesgaden par des hommes de la 101e aéroportée[4].

Condamnation et exécution

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Julius Streicher au procès de Nuremberg.

Le tribunal de Nuremberg de 1946 ne l'a pas reconnu coupable des premiers chefs d'accusation, mais du quatrième : crime contre l'humanité, et l'a condamné à mort.

Un peu avant le procès, les accusés furent soumis à un test d'intelligence basé sur le système Wechsler ; Streicher obtint le résultat le moins bon, de 106[5]. Par ailleurs, Julius Streicher, en raison d'une attitude qualifiée de paranoïaque envers les Juifs, et d'un attrait obsessionnel pour la pornographie, était considéré, bien que responsable pénalement, comme souffrant de déséquilibres mentaux.

Parmi tous les condamnés à mort du procès, Streicher fut le seul qui posa des problèmes lors de son exécution. Lorsque les gardes vinrent le chercher pour monter à l'échafaud dans la nuit du au , il refusa de s'habiller, puis refusa de marcher. C'est en tricot de corps et en caleçon long qu'il fut traîné sur l'échafaud. Avant d'être pendu, il cracha à la figure du bourreau, hurla : « Les Bolchéviques vous pendront bientôt » et s'écria : « Purim Fest 1946 ! » (Pourim étant une fête juive commémorant les événements relatés dans le Livre d’Esther, à la fin duquel dix coupables sont pendus)[6],[7]. Ses tout derniers mots furent : « Adèle »[8],[9], le prénom de sa secrétaire qu'il avait épousée en mai 1945[10],[11].

 
Streicher en prison.

Durant la pendaison, au lieu d'avoir les vertèbres cervicales brisées (technique normale du « Long Drop », provoquant la mort instantanée), il subit le « Short Drop » (« petite chute », provoquant une mort par strangulation). On accusa le bourreau de l’armée américaine John C. Woods d’avoir intentionnellement saboté cette exécution[12]. Il fut relevé de ses fonctions peu de temps après[réf. nécessaire].

À l'instar des autres dignitaires nazis, les enfants Streicher n'ont pas pu récupérer les restes du corps de leur père, incinéré sous le nom d'« Abraham Goldberg »[13],[14]. Ses cendres ont été dispersés sur ordre des Alliés pour éviter les hommages sur les sépultures par les sympathisants nazis.

Dans la culture

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Cinéma

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Le personnage de Julius Streicher a été interprété par Alexander Granach dans le film de 1944 Hitler et sa clique, par Theodore Marcuse dans le film de 1962 La Vie privée d'Hitler, par Rolf Hoppe dans le film de 1997 Comedian Harmonists, et par Sam Stone dans le téléfilm de 2000 Nuremberg.

Littérature

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Le détective privé Bernhard Gunther enquête sur les agissements de Streicher dans le roman policier La Pâle Figure écrit par Philip Kerr.

Notes et références

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  1. https://fr.alphahistory.com/holocaust/streicher-jewish-boycott-1933/
  2. « Julius Streicher », sur ushmm.org (consulté le ).
  3. « Streicher, Julius », sur sciencespo.fr (consulté le ).
  4. Ray Petitfrère, La mystique de la croix gammée, Éditions France-Empire, (lire en ligne)
  5. Michael Block, Ribbentrop, tempus, 2011, p. 727.
  6. Bernard Benyamin et Yohan Perez, Le Code d'Esther, Éditions Générales First, , 272 p. (ISBN 2-754-04286-5).
  7. (en) John W. Buckley, Prophecy Unveiled, Xulon Press, , 476 p. (ISBN 978-1-60266-901-7, lire en ligne), p. 138.
  8. Newsweek , Foreign Affairs Section, p. 46 : « Only Julius Streicher went without dignity. He had to be pushed across the floor, wild-eyed and screaming: 'Heil Hitler!' Mounting the steps he cried out: 'And now I go to God.' He stared at the witnesses facing the gallows and shouted" 'Purim, 1946.' (Purim is a Jewish feast). Then to the American officer he cried: 'The Bolsheviks will hang you one day.' He spoke again from beneath the black hood: 'Adele, my dear wife'--and plunged through the trap. À groan came from inside the scaffold. Critics suggested aferward that Streicher was clumsily hanged and that the rope may have strangled him instead of breaking his neck. » (traduction : "Seul Julius Streicher alla sans dignité, il a dû être poussé, les yeux hagards et criait : « Heil Hitler ». En montant les marches, il hurla encore : « Et maintenant je vais à Dieu ». Il regarda les témoins face à la potence et cria « Purim 1946 ! » (Pourim est une fête juive). Puis, à l’officier américain, il s’écria : « Les bolcheviks vous pendront un jour ». Il a parlé à nouveau du dessous la cagoule noire : « Adèle, ma chère femme » - et plongea dans la trappe. Des gémissements vinrent alors de l’intérieur de l’échafaud. Des rumeurs ont suggéré que Streicher fut pendu maladroitement, que la corde l’avait étranglé au lieu de lui rompre le cou.".
  9. Jean-Marc Varaut, Le Procès de Nuremberg, Perrin (réédition numérique FeniXX), (1re éd. 1992) (ISBN 978-2-262-06079-4, lire en ligne), p. 395
  10. « Il y a vingt ans. J’ai vu exécuter les chefs nazis par Sacha Simon », sur historia.fr (consulté le ).
  11. Philippe Valode et Luc Mary, Les Derniers Jours des chefs nazis, History, 2015
  12. Duff 1999, p. 130.
  13. Lucien Corosi, Il y a quarante ans, Nuremberg: autopsie d'un procès raté, RTL, (ISBN 978-2-87951-129-0, lire en ligne)
  14. (en) Randall Bytwerk, Julius Streicher: Nazi Editor of the Notorious Anti-semitic Newspaper Der Sturmer, Cooper Square Press, (ISBN 978-1-4617-3207-5, lire en ligne), p. 1

Annexes

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Bibliographie

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  • Charles Duff, A Handbook on Hanging, New York, NYRB Classics, (ISBN 978-0-94032-267-7, lire en ligne)
  • Ralph Keysers, Der Stürmer Instrument de l'idéologie nazie, L'Harmattan, Paris, 2012
  • Daniel Roos, Julius Streicher und „Der Stürmer“ 1923-1945,. Schöningh, Paderborn, 2014 (ISBN 978-3-506-77267-1)

Article connexe

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Liens externes

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