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Histoire des Juifs en Pologne

(Redirigé depuis Juif polonais)
Les Juifs bienvenus en Pologne 1096, par Jan Matejko.

Histoire du judaïsme par pays

L’histoire des Juifs en Pologne a commencé il y a plus de mille ans. Elle comprend une longue période de tolérance religieuse et de prospérité de la communauté juive polonaise et est profondément bouleversée par la destruction presque entière de la population juive par les Allemands durant l’occupation allemande de la Pologne (1939-1945).

Depuis la fondation du Royaume de Pologne au Xe siècle, puis dans la République des Deux Nations (l’union du Royaume de Pologne et du Grand-duché de Lituanie, 1569), la Pologne a été un des pays les plus tolérants en Europe à l'égard des Juifs, ce qui favorisa l’afflux des Juifs chassés ou persécutés dans l’Europe occidentale. La communauté juive en Pologne était en effet une des plus grandes et des plus actives au monde. Au XVIIe siècle, cette tolérance commence à faiblir, tout comme la force de la République des Deux Nations assiégée par des voisins expansionnistes, et exposée au chaos politique et aux idées de la Contre-Réforme.

En 1795, la Pologne est dépecée par ses voisins et elle disparaît de la carte de l’Europe. Les Juifs polonais deviennent des sujets des puissances qui dominent alors la zone, surtout de la Russie de plus en plus antisémite mais aussi de la Prusse et de l’Autriche-Hongrie. A la fin du XVIIIe siècle, la situation des Juifs dans les anciens territoires polonais commence à ressembler à celle d’autres régions d’Europe.

Quand la Pologne redevient indépendante en 1918, elle compte parmi ses citoyens environ 3 500 000 Juifs, soit 10 % de sa population dans ses frontières de 1921. Néanmoins, l’antisémitisme est un des problèmes politiques du pays en construction.

Environ 90 % de cette communauté périssent sous l'occupation allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, dans les massacres et les camps d'extermination. Entre 350 000 et 500 000 juifs polonais ont survécu, ce chiffre comprenant non seulement les 240 000 citoyens juifs polonais recensés en Pologne à l'été 1946, mais également ceux qui se trouvaient ailleurs, principalement dans les camps en Allemagne ou encore non rapatriés d'URSS.[1]

La situation des Juifs et les pogroms en Pologne juste après-guerre, ainsi que les campagnes antisémites du gouvernement communiste en 1956 et 1968, conduisirent la majorité des survivants à quitter la Pologne.

Selon certaines sources la communauté juive en Pologne ne compterait plus au XXIe siècle que 4 500 à 13 000 personnes, selon d'autres entre 20 à 25 000 personnes seraient d'origine juive. Toutes les estimations sont peu fiables. Après la chute du communisme en 1989, un renouveau de la culture juive est perceptible, soutenu non seulement par les communautés juives reconstituées, mais également par une partie de la société polonaise.

Sommaire

Du début à l’Âge d’Or : 966-1572Modifier

Sous les PiastsModifier

 
Accueil des Juifs en Pologne 1096, J. Matejko, 1889

Les premiers Juifs arrivent sur les territoires polonais au cours du Xe siècle. En suivant les routes commerciales vers Kiev et Boukhara, ils passent par la Silésie. L’un d’entre eux, diplomate et marchand de Tortosa en Catalogne, connu sous son nom arabe Ibrahim ibn Jakub, a été le premier chroniqueur à mentionner l’État polonais et le prince Mieszko I. La première mention des Juifs dans les documents polonais apparaît au XIe siècle et concerne leur présence à Gniezno, la première capitale de Pologne (966-1385), fondée par les Piast. La première communauté juive établie sur le territoire est citée en 1085 par un savant juif Jehuda ha-Kohen dans la ville de Przemyśl.

 
Pièce (bractéate) frappée sous Mieszko III l'Ancien, aux inscriptions knaaniques (langue judéo-slave médiévale), où l'on peut lire : « משקא קרל » (roi Mieszko), 1181

La première vague d’émigration juive d’Europe occidentale date de la Première Croisade en 1098. Fuyant les exactions des Croisés à leur égard, les Juifs trouvent, dans le Royaume de Pologne de Bolesław III (1102–1139), un accueil favorable et s’installent sur tout son territoire jusqu’à la Lituanie et Kiev. Bolesław III reconnaît l’utilité de cette immigration surtout pour le développement du commerce. Les Juifs connaissent alors la tranquillité dans le pays morcelé en duchés de plus en plus nombreux et marqués par une féodalité croissante : ils forment une sorte de « classe moyenne » entre la petite noblesse terrienne (szlachta) et les paysans.

Cette tolérance est parfois contestée par la hiérarchie de l’Église catholique romaine mais, dans les duchés, ils trouvent toujours des protecteurs. Ainsi, un des grands protecteurs des Juifs fut Bolesław le Pieux, duc de Grande-Pologne, qui a promulgué avec l’accord des notables de son duché, en 1264, la Charte de Kalisz donnant aux Juifs la liberté de travailler, de se déplacer et de faire du commerce (les distinguant ainsi nettement des paysans sans aucune liberté de ce type). Durant les cent ans qui suivent les gouvernants de la Pologne protègent les Juifs, y compris contre l’hostilité de l’Église catholique.

 
Casimir III le Grand accorde des droits aux Juifs dans la première moitié du XIVe siècle.

En 1334, Kazimierz III le Grand (1303–1370) a augmenté les privilèges des Juifs à travers le Statut de Wiślica. Cette période est considérée comme l’une des plus prospères pour les Juifs en Pologne. Le statut leur attribue des terres faiblement peuplées dans les provinces orientales et leur garantit le droit de libre circulation dans tout le royaume. Ceux-ci vinrent ainsi nombreux s’établir en Pologne, notamment à la périphérie des villes. Vers la fin du règne de Kazimierz III, des massacres de Juifs ont eu lieu à la suite des accusations portées contre cette communauté après l’épidémie de la peste noire qui a touché le pays.

Toutefois, en comparaison avec les persécutions subies par les Juifs dans l’Europe occidentale, la Pologne restait un havre de paix pour cette communauté, les émigrations de masse des pays allemands en témoignent. En raison de cette tranquillité, d’autres vagues de peuplement juif suivent au gré des persécutions et des expulsions d’Occident : en 1190 et 1290 en provenance d’Angleterre, en 1306 venant de France, en 1391 et en 1492 d’Espagne, dans les années 1380, 1410, 1420, 1430 et 1450 d’Allemagne, puis encore en 1453, 1499, 1519 et 1555 également venus des États voisins allemands. Ces nouveaux venus importent des idées et des innovations technologiques, participant à la formation du système économique de la Pologne (sur les monnaies polonaises de l’époque, on peut trouver des inscriptions et des signes hébraïques).

Sous les JagellonsModifier

Le résultat du mariage de Władysław II Jagellon, grand-duc de Lituanie, avec Jadwiga, fille de Louis Ier de Hongrie, souveraine de Pologne, est l'union du Grand-duché de Lituanie. et du Royaume de Pologne. Bien qu’en 1388 les droits soient également étendus aux Juifs lituaniens, c’est sous le règne de Władysław II Jagellon et de ses successeurs que les premières persécutions à grande échelle des Juifs de Pologne commencent, et le roi n’agit pas pour les faire cesser. Les Juifs sont accusés de sacrifices humains et de persécutions, alors que les persécutions officielles augmentent graduellement, particulièrement depuis que le clergé pousse à moins de tolérance. Vers la fin du Moyen Âge, il y avait environ 18 000 Juifs en Pologne et 6 000 en Lituanie, soit 0,6 % de la population totale.

Kazimierz IV (14471492) accorde à la noblesse le statut de Nieszawa qui abolit certains privilèges des Juifs reconnus comme « contraires au droit divin et à la loi du pays. » À la fin du XVe siècle, il y avait moins de 30 000 Juifs dans le royaume de Pologne et le grand-duché de Lituanie.

Le centre du monde juif : 1505-1572Modifier

Après avoir été successivement chassés de France (1182), d’Angleterre (1290), d’Autriche (1421), d’Espagne (1492), de Sicile (1492), de la Lituanie elle-même (1495), du Portugal (1497), de la Navarre (1498), les Juifs trouvent refuge au sein de la République des Deux Nations jusqu’à la disparition de cette dernière. Ce particulier État compte ainsi la plus grande communauté juive du Vieux Continent : aux alentours de 1550, 80% des Juifs du monde vivent en Pologne.

La Pologne devient le refuge pour les exilés d'Europe occidentale qui viennent grossir les rangs de la communauté juive polonaise, alors le centre culturel et spirituel du peuple juif. La période la plus prospère pour les Juifs de Pologne suit ce nouvel afflux de Juifs avec le règne de Zygmunt Ier (1506–1548) qui les protège.

En 1532, les Juifs reçoivent le droit de commerce dans tout le royaume.

En 1534, le roi annule l'obligation de porter des signes distinctifs. Cette même année est fondée la première imprimerie juive à Cracovie, publiant des livres en hébreu et en yiddish. Son fils, Zygmunt II August (1548–1572), suit dans ses grandes lignes la politique tolérante de son père, accorde l'autonomie aux Juifs en matière d'administration communautaire, et jette les bases du pouvoir du Kahal (communauté autonome juive).

C'est cette période qui est à l'origine de l'expression selon laquelle la Pologne serait « un paradis pour les Juifs ». Au milieu du XVIe siècle, il y avait 150 000 Juifs dans le royaume (2 % de la population totale), au début du siècle suivant, ils étaient 300 000 (3 % de la population totale)[2].

La République Des Deux Nations : 1572-1795Modifier

Article détaillé : République des Deux Nations.

La confédération de VarsovieModifier

Après la mort sans descendance de Zygmunt II August, le dernier roi de la dynastie Jagellon, la noblesse polonaise et lituanienne se rassemble à Varsovie en 1573 et signe la confédération de Varsovie, un accord fixant les conditions d'élection du roi de Pologne et garantissant la liberté de religion.

En ce temps, comme aujourd’hui, la Pologne et la Lituanie sont deux nations profondément catholiques, mais y vivent d’importantes minorités religieuses (orthodoxe, luthérienne, juive et musulmane). La République des Deux Nations est de fait un des rares endroits de l’Europe où vécurent relativement en paix les communautés des différentes religions qui se déchiraient entre elles partout ailleurs en Europe et autour du bassin méditerranéen.

Les privilègesModifier

Au moment de son investiture, le roi de Pologne devait signer un contrat, les fameux Articles du roi Henri (Artykuły henrykowskie) – connus sous ce nom pour avoir été signés la première fois par Henri de Valois, futur Henri III de France. Ce contrat se composait de 21 articles, dont le dernier indiquait clairement : « Si Nous faisions quoi que ce soit (que Dieu l’empêche) contre les lois, libertés, privilèges et coutumes, Nous déclarons que tous les citoyens des deux nations sont libérés de leur obligation d’obéissance et de leur foi envers Nous. » Ainsi, le monarque reconnaissait, plus de deux siècles avant les Pères fondateurs américains, le droit à la désobéissance et même à la rébellion (rokosz) s’il ne respectait pas ses obligations et les termes de son contrat.

Après Henri IV de Valois qui s'enfuit de Pologne pour récupérer le trône de France, c'est le tour de Stefan Bathory (1576-1586) d'être élu roi de Pologne. Il se montre tolérant et ami des Juifs. Après 1569, l’aristocratie polonaise fait de plus en plus appel aux Juifs pour gérer et administrer ses grandes propriétés foncières appelées latifundia. Les Juifs obtiennent aussi le droit exclusif de collecter les taxes, les péages, et autres impôts de la paysannerie ce qui leur génèrent peu de sympathie de la part de cette dernière. Ils ont aussi le privilège exclusif de la distillation et de la vente d’alcool, commerce qui s’intègre naturellement avec l’activité d’aubergiste et de prêt avec intérêt.

Les Juifs résident dans les grands centres urbains mais se mêlent peu d’administration municipale, leurs besoins et litiges étant réglés par les rabbins, les anciens et les dayanim (juges religieux).

En 1581, est constituée à Lublin la Conseil des Quatre Pays (Sejm Czterech Ziem, ou en hébreu Vaad arba aratsot), désormais convoquée chaque année pour statuer et régir la communauté juive de Pologne et de Lituanie, et ce jusqu’en 1764. Le Sejm ou Vaad se charge de collecter l’impôt, mais aussi de protéger la communauté. C’est le Vaad qui prend la décision de construire les synagogues fortifiées de Brody, Buczacz, Lesko, Lublin, Schargorod, Stryj, Szczebrzeszyn, Zamość, Żółkiew, et d’autres encore. En 1646, on estime la population juive à 500.000 habitants, soit déjà 5% de la population totale.

Le soulèvement de Bogdan Khmelnitsky et le Déluge suédoisModifier

En 1648, la République polono-lituanienne est dévastée par plusieurs conflits dans lesquels elle perd un tiers de sa population (environ trois millions de personnes dont plusieurs centaines de milliers de Juifs). Le soulèvement des Cosaques conduit par Bogdan Khmelnitsky contre les Polonais dans l’Est de la République (actuelle Ukraine) coûte la vie à des dizaines de milliers de juifs et de chrétiens. Bogdan Khmelnitsky accusa les Polonais d’avoir vendu les Ukrainiens aux Juifs. Le nombre exact des victimes juives n’est pas connu mais leur population a diminué durant cette période d’environ 100 000 à 200 000 – ce chiffre inclut les migrations et les envois en jasyr (la captivité dans l’Empire ottoman). Pour la période qui va de 1648 à 1658, « on estime à bien plus de 100 000 le nombre de victimes juives pendant ces dix années de terreur[3] ». Dans la seule ville de Nemirov (alors dans le sud-est Pologne) et dans la seule journée du 10 juin 1648, 6 000 Juifs sont massacrés avec l’accord des défenseurs polonais de la ville.

Par la suite, les politiques successives mises en place par les rois élus de la dynastie suédoise de Vasa amenèrent peu à peu le pays à la ruine jusqu’à son invasion par la Suède qui fut nommée en Pologne « le déluge ».

Le Royaume de Pologne, qui a su jusque-là résister au soulèvement des cosaques de Chmielnicki ou aux invasions répétées des Russes ou de l’Empire ottoman, plongea dans une période de chaos (1655-1658). Charles X de Suède, à la tête de ses armées victorieuses, occupa bientôt toute la Pologne y compris les villes de Cracovie et Varsovie. Les horreurs de cette guerre furent aggravées par des épidémies et les habitants des régions de Kalisz, Cracovie, Poznań, Piotrków, et Lublin périrent en masse. L’ensemble du pays perdit près du tiers de sa population, soit approximativement trois millions de personnes.

À peine cette période trouble terminée, les Juifs se réinstallèrent et entamèrent la reconstruction de leurs habitations. Bien que la population juive de Pologne ait diminué et se soit appauvrie, elle reste la plus importante d’Europe occidentale et la Pologne demeure le centre spirituel du judaïsme. Jusqu’en 1698, les rois successifs de Pologne resteront bienveillants envers la communauté.

Le déclin sous la dynastie saxonne et les partages de la PologneModifier

Avec l’accession au trône de la dynastie de Saxe, les Juifs perdent tout soutien des rois. Le désordre règne en Pologne en proie des ingérences militaires et politiques des puissances voisines et l’avènement de son dernier roi Stanislas Poniatowski (1764–1795) qui tente de reformer le pays n'empêche pas la royaume de se désintégrer.

En octobre 1766, Poniatowski tente de pousser une réforme radicale, restreignant la politique désastreuse du Liberum veto. Les nobles conservateurs tels que Michał Wielhorski, soutenus par les ambassadeurs de Prusse et de Russie, s'y opposent fermement. Les dissidents, appuyés par les Russes, forment la Confédération de Radom. Les réformes de Poniatowski échouent lors de la diète de Repnine, nommé ainsi d'après le nom de l'ambassadeur russe Nicolas Repnine, qui promet de garantir la Liberté dorée de la noblesse polonaise avec toute la puissance de l'Empire russe.

 
Costumes juifs en Pologne aux XVIIe et XVIIIe s.

En 1772, les provinces de Pologne sont partagées entre trois monarchies absolues voisines : la Russie, l’Autriche et la Prusse. Les Juifs sont plus nombreux dans les territoires annexés par les Russes et les Autrichiens. En 1790 leur nombre atteigne 900.000, soit 10% de la population.

Malgré ses protestations, Poniatowski se montre impuissant pour s'opposer à ce premier partage de la Pologne.

Dans le même temps, plusieurs autres réformes sont adoptées. Les lois cardinales sont confirmées et garanties par le partage du pouvoir. Le roi perd le droit de donner des titres, de nommer les officiers militaires, les ministres et les sénateurs. Les terres de la Couronne sont attribuées par le biais d'une vente aux enchères. Dans le but de rendre le gouvernement plus facile à contrôler que la diète indisciplinée, celle-ci est amenée à créer deux institutions notables : le Conseil permanent, la plus haute autorité administrative de la République des Deux Nations, et la Commission de l'éducation nationale. Si le but des occupants est bien que le pays demeure sous influence russe, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'une amélioration significative de la gouvernance.

La « Commission de l’Éducation nationale » Komisja Edukacji Narodowej - premier ministère de l’Éducation au monde - est créée en 1773 et construit de nouvelles écoles tout en rénovant les plus anciennes. Certains nobles et intellectuels proposèrent un système de gouvernement garantissant l’égalité civique et politique pour les Juifs. C’est le seul exemple d’une telle tolérance et d’une telle ouverture d’esprit sur la « question juive » en Europe jusqu’à la Révolution française. Mais toutes ces réformes viennent trop tard : l’armée russe envahit la Pologne suivie de près par l’armée prussienne.

Le deuxième partage de la Pologne a lieu en 1793.

Un régiment juif emmené par Berek Joselewicz participe à l'insurrection de Kościuszko l’année suivante, lorsque les Polonais tentèrent de regagner l’indépendance. Les traditions religieuses juives y sont respectées, y compris en ce qui concerne la nourriture cachère, la célébration du Shabbat lorsque cela est possible, et le port de la barbe. Le détachement de Joselewicz, surnommé le régiment des barbus, participe à la défense de Varsovie.

L'insurrection est brutalement réprimée par les Russes. À la suite de cette révolte, le troisième et dernier partage de la Pologne a lieu en 1795.

Le développement du judaïsmeModifier

La production culturelle et intellectuelle de la communauté juive de Pologne a un impact profond sur l’ensemble du monde juif. Certains historiens juifs relatent que le mot Pologne se prononce Polania ou Polin en hébreu, ce qui peut si on applique une translittération se traduire par "bons présages" car Polonia peut être fragmenté en po (ici), lan (résidence), ya (Dieu en hébreu) ; s’agissant de la prononciation Polin en : po (ici) lin ([tu devrais] résider). Le mot Pologne pouvait donc être interprété comme signifiant lieu d’élection pour les Juifs. Et de fait, de la promulgation des lois de Zygmunt III Vasa à l’arrivée des nazis, la Pologne fut au centre de la vie religieuse de la communauté juive.

Instruction juiveModifier

Dans les plus importantes communautés existaient des Yeshivot (centres d’étude de la Torah), dirigés par des rabbins. Ces établissements étaient officiellement nommés gymnasiums et leurs rabbins "recteurs". Des Yeshivot de grande taille étaient implantés à Cracovie, Poznań et dans d’autres villes d’importance.

Les premières imprimeries juives firent leur apparition dans le premier quart du XVIe siècle. En 1530 une Torah en hébreu était imprimée à Cracovie et à la fin du siècle. les imprimeries juives de Lublin éditaient de nombreux livres, en majorité religieux. Le développement du Talmud en Pologne a coïncidé avec la prospérité des Juifs et leur système d’éducation étant autonome, celle-ci se faisait selon les lignes directrices du Talmud. Il y eut cependant quelques exceptions où les jeunes juifs recevaient une éducation séculaire dans les universités européennes. Les rabbins lettrés ne s’occupaient pas que de diffusion du message sacré, mais exerçaient aussi les rôles de directeurs de conscience, professeurs, juges ou encore législateurs. Leur autorité a poussé les dirigeants des communautés à se familiariser avec les questions parfois absconses du droit rabbinique (Halakha). La communauté Juive polonaise fonda sa vision de société sur le Talmud et la littérature rabbinique, qui avaient leurs influences sur la vie privée, l’éducation et bien sûr la religion.

Dans la première moitié du XVIe siècle, les graines du talmudisme furent semées en Pologne depuis la Bohême, en particulier depuis l’école de Jacob Pollak, inventeur du Pilpoul ("litt : raisonnement aiguisé"). Shalom Shachna (1500–1558), un disciple de Pollak, est connu pour être l’un des pionniers du talmudisme en Pologne. Il vécut et mourut à Lublin, où il était à la tête d’une yeshiva célèbre qui produisit les rabbins les plus connus de cette époque. Le fils de Shachna, Israel devint rabbin de Lublin à la mort de son père et le disciple de Sachna, Moshe Isserles (surnommé le ReMA) (1520–1572) s’assura une réputation internationale parmi les Juifs en tant que coauteur du Shoulhan Aroukh, (code des lois juives). Son contemporain et correspondant, Salomon Luria (1510–1573) de Lublin bénéficia également d’une bonne réputation et leur autorité commune était reconnue dans toute l’Europe. Les débats religieux étaient très nombreux et les étudiants juifs y participaient activement.

Au même moment, la Kabbale s’établit sous la protection du judaïsme rabbinique et des étudiants comme Mordecai Jaffe et Yoel Sirkis se consacrèrent à ces études. Cette période de développement de l’éducation rabbinique prit fin avec la rébellion de Bogdan Khmelnitsky (Chmielnicki) et le « Déluge ».

 
Ce portrait souvent considéré comme celui d'Israel ben Eliezer, serait en réalité celui de Rabbi Falk, le Baal Shem de Londres.

La croissance du hassidismeModifier

Article détaillé : Hassidisme.

La période allant de la rébellion des cosaques de Khmelnitsky jusqu’après le « déluge », soit de 1648 à 1658, laissa une marque profonde sur la communauté juive de Pologne et de Lituanie, sur leur quotidien mais aussi dans leur vie spirituelle. Le rayonnement de la communauté juive polonaise avait diminué. L’enseignement talmudique, autrefois accessibles à tous ne l’était plus que pour un nombre limité d’étudiants. Les thèmes d’études se formalisèrent : discussions sans fin sur les lois ou sur les commentaires du Talmud. Au même moment beaucoup de faiseurs de miracles firent leur apparition en Pologne, phénomène qui culmina avec le développement de toute une série de mouvements messianiques, dont le plus fameux fut le sabbatéisme, auquel succéda le frankisme fondé par Jacob Frank.

Pendant cette période de mysticisme, apparut l’enseignement de Israel ben Eliezer, surnommé Baal Shem Tov (maître du Bon Nom), ou par son acronyme BeShT, (1698–1760), qui eut un impact profond sur les Juifs d’Europe de l'Est et de Pologne en particulier. Ses disciples (dont Dov Baer de Mezeritch dit le "Maggid") propagèrent et encouragèrent une nouvelle forme de Judaïsme orthodoxe, basée sur la Kabbale, l’extase religieuse, la dévotion et la joie dans la prière et dénommée hassidisme.

La nomination par Rabbi Dov Baer de représentants de son courant à travers toute la Pologne mais aussi en Ukraine et en Lituanie permet un large développement du hassidisme en Europe orientale puis le développement de la communauté des Haredim partout dans le monde. Cette influence peut se sentir depuis la fondation du mouvement et en particulier à travers ses rabbins illustres comme Aleksander, Bobov, Ger, Nadvorna et Sassov. Unique à l’origine, ce courant va se diviser en de nombreuses « écoles », comme celle de Shneour Zalman de Liadi (Loubavitch) ou celle de Nahman de Bratslav (Bratslav (ville)).

Dès ses premiers pas, le hassidisme se heurte à l’opposition d’une partie de l’école rabbinique traditionnelle qui considère les hassidim comme de dangereux innovateurs. À la tête de ces Mitnagdim (= opposants) se tient un grand érudit lituanien : Élie de Vilnius (dit le « Gaon de Vilna » 1720-1797). Le combat est sans ménagement et va jusqu’à l’excommunication mutuelle. À Vilnius se déroule même une véritable guerre religieuse, chaque partie essayant de gagner le pouvoir à sa cause.

Après la mort du « Gaon de Vilna », les frères ennemis finissent par se résigner à leur existence mutuelle.

Pendant la partition de la Pologne (1795-1918)Modifier

 
Femme juive qui vend des oranges, A. Gierymski, Katowice (Pologne), 1881 - Objet d'art volé par les nazis en 1944, retrouvé en Allemagne en 2010 et restitué à la Pologne en 2015[4].

A partir de 1772, le Royaume de Pologne se retrouve partagé par ces voisins : La Prusse (actuelle Allemagne), l’Autriche Hongrie et la Russie.

Sous la domination prussienneModifier

En 1795, la Pologne n’existe plus sur la carte. Varsovie, où se trouve une des plus importantes communauté juive (7000 habitants), est sous administration prussienne. Dans les terres prussiennes, un décret pousse les familles juives de Berlin, Riga et d’autres villes à venir s’installer à Varsovie.

En 1804, l’état Prussien lance une politique de germanisation. Les Juifs doivent abandonner leur manière de définir leur filiation (Abraham fils de Moshe, fils de…) pour adopter un nom propre. Les Juifs doivent pouvoir être recenser, payer des impôts, être incorporer dans un état moderne. L’artiste romantique Ernst Theodor Hoffman est chargé de trouver des noms de familles aux Juifs Polonais. De là viennent les noms à consonance allemande porté par les Juifs originaires de Pologne jusqu’à nos jours. Des noms d’arbres, de fleurs, de noms de métiers : Rosenblum, Applenbaum, Rosenbaum, Goldberg, Eisenbaum…

En 1806, Napoléon crée le Duché de Varsovie. Varsovie est polonaise. Napoléon s’attaque ensuite à la Russie mais la campagne de Russie est un désastre militaire et en 1813, Varsovie est occupé par les Russes. Elle restera sous administration russe jusqu’en 1915.

Sous la domination autrichienneModifier

Dans la partie de la Pologne annexée par l’Autriche (qui prend le nom de la Galicie), vit également une forte proportion de Juifs, qui voient tout d’abord certains de leurs privilèges abolis, mais qui bénéficient dans certaines villes d’un régime favorable. En 1867-1868, est décrétée l’égalité entre tous les sujets de la monarchie autrichienne, donc aussi pour les Juifs. C’est en Galicie que l’assimilation des Juifs est la plus forte, une grande partie des intellectuels juifs se tournant vers la culture allemande, comme Karl-Emil Franzos (né à Czortków) ou Joseph Roth (né à Brody), d’autres vers la culture polonaise comme Bruno Schulz (né à Drohobycz).

Sous la domination russeModifier

Cependant le gros de la population juive polonaise se retrouve en Russie, devenant assujetti à cet empire avec les interludes polonais du Duché de Varsovie napoléonien (1806-1815) et son successeur Royaume du Congrès partiellement autonome et rattaché à la Russie (1815–1831).

L'Empire russe se montre dure envers les Juifs. Sur les anciennes terres polonaises, Catherine II de Russie supprime l’auto-administration de la communauté et institue la « zone de colonisation » circonscrivant ainsi tous les Juifs de l'Empire russe à ces territoires. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, plus de 4 millions de Juifs vivront dans cette "Zone de Résidence". Seul un nombre limité de Juifs, en général non-enregistrés comme tels, mais comme « allemands » (Немцы), « polonais » ou « russes », est autorisé à vivre en dehors de la Zone de Résidence et dans les grandes villes de l'Empire. La société russe est alors traditionnellement divisée entre les nobles, le clergé, les militaires et fonctionnaires, les artisans ou paysans libres, et les serfs - plus nombreux que les quatre autres classes réunies. Or les progrès industriels conduisent à l'émergence d'une classe moyenne, composée d'une forte proportion de Juifs qui n'appartiennent à aucune des cinq classes traditionnelles. En limitant leur zone de résidence, le gouvernement impérial veut favoriser la croissance d'une classe moyenne chrétienne.

Les Juifs ont l'interdiction de vivre dans des villes comme Kiev, Sébastopol ou Yalta, et ne peuvent s'installer que dans des villes ouvertes comme Poltava, Odessa ou Kichinev, ce qui favorise l'émergence des shtetls (littéralement, « petite villes », diminutif du yiddish שטאָט - shtot, de l'allemand Stadt). En revanche, les commerçants juifs de la 1re corporation, les gens instruits ou avec une éducation spécialisée, les artisans ainsi que les soldats, incorporés conformément à la Charte de Recrutement de 1810 et leurs descendants ont le droit de vivre en dehors de la Zone de Résidence. À certaines périodes, des dérogations spéciales sont données aux Juifs pour vivre dans les grandes villes impériales, mais ces dérogations sont parfois révoquées et par exemple en 1891, plusieurs dizaines de milliers de Juifs sont expulsés de Moscou et de Saint-Pétersbourg vers la Zone de Résidence.

Dans les années 1820, les lois cantonales instaurées par le tsar Nicolas Ier conservent la traditionnelle double taxation des Juifs (qui remplace le service militaire), tout en demandant à toutes les communautés juives de fournir à l’armée des jeunes hommes qui sont alors souvent convertis de force.

Le succès des révolutions française et belge de juillet-août 1830 provoque une vive agitation au Royaume du Congrès. À la suite de la décision du tsar Nicolas Ier d'envoyer des soldats polonais combattre en France et en Belgique, une insurrection éclate à Varsovie en novembre 1830 et gagne l'ensemble du pays. Le succès polonais semble acquis dans un premier temps (novembre 1830-février 1831), conséquence de l'indécision des autorités russes quant à la conduite à tenir (la Diète vote la déchéance de « Nicolas, roi de Pologne ») mais les divisions des patriotes polonais sur l'avenir d'une Pologne indépendante et l'absence de soutien extérieur permettent aux Russes commandés par le général Paskievitch de l'emporter. Une redoutable « normalisation » est alors opérée, orchestrée par Paskievitch nommé vice-roi de Pologne : le statut assez libéral de 1815 est abrogé, les domaines des insurgés sont confisqués, les établissements d'enseignement supérieur sont fermés et les biens de l'Église catholique sont supprimés.

Il n’est pas surprenant, étant donné les conditions imposées par la Russie impériale, que les Juifs polonais aient participé à des insurrections polonaises contre les Russes : le soulèvement de Kościuszko de 1794, l'insurrection de novembre de 1830, l’insurrection de janvier 1863, ainsi qu’au mouvement révolutionnaire de 1905. Les Juifs participent et meurent à côté de leur compatriotes catholiques, protestants, orthodoxes: le 8 avril 1861, lors d’une manifestation devant le Chateau Royal de Varsovie, Michał Landy, un adolescent juif est touché par une balle en portant un croix qu’un moine blessé avaient fait tombé devant lui.

Bien que les Juifs se voient accorder quelques libertés avec l'abolition du servage de 1861, ils sont toujours cantonnés à la Zone de Résidence et soumis à des restrictions concernant la propriété et la profession. Ce statu quo prit fin avec l’assassinat du tsar Alexandre II en 1881, dont les Juifs sont accusés à tort.

PogromsModifier

 
« Pogrom en Pologne », poster informatif, Amsterdam, Leo Pinkhof, début XX° s.

L’assassinat du tsar Alexandre II par Narodnaïa Volia, le entraîne une vague de violences anti-juives appelées pogroms (le mot n’est pas un pléonasme car d’autres minorités sont également victimes de pogroms, mot russe signifiant « destruction, pillage, émeute » et s’appliquant de façon neutre à tout groupe) sur une période allant de 1881 à 1884. Lors des événements de 1881, les pogroms étaient uniquement limités à la Russie, bien qu’une émeute à Varsovie ait fait 2 morts juifs. Le nouveau tsar, Alexandre III, accusa les Juifs d’avoir occasionné ces révoltes et promulgua une série de restrictions particulièrement sévères pour les mouvements juifs. Les pogroms en Russie se poursuivirent de façon intensive jusqu’en 1884, avec l’accord tacite du gouvernement. Le plus grand nombre de pogroms survient dans la zone de Résidence où les Juifs sont les plus nombreux. L'ambiance d'anarchie, l'apparente incapacité ou la réelle réticence des autorités russes à contrôler la violence des cosaques ou des civils, ont un impact majeur sur le psychisme du Juif moyen.

Environ 2 millions de Juifs, principalement des non-religieux, émigrent entre 1881 et 1914, principalement vers les États-Unis. Cette forte émigration n'a cependant que peu d'influence sur le nombre d'habitants juifs de la Zone qui reste stable aux environs de 5 millions de personnes, en raison d'un taux de mortalité infantile sensiblement plus bas parmi les Juifs.

 
Cadavres de victimes du pogrom de Bialystok dans la cour de l'hôpital juif de la ville, 1906

Un mouvement encore plus violent de pogroms se développe de 1903 à 1906[5]. Dans ces pogroms, comme dans les précédents la responsabilité des autorités russes est engagée. Certains d’entre eux sont organisés ou au moins appuyés par les services secrets russes, l’Okhrana. Les plus importants se déroulent sur les territoires biélorusses, ukrainiens et russes où vivaient des chrétiens orthodoxes. Sur l'ancien territoire polonais, il y a deux pogroms, en 1906, le pogrom de Białystok organisé par les autorités russes en juin et celui de septembre à Siedlce (environ 30 tués) organisé par la police secrète russe, l'Okhrana. Dans les deux cas les pogroms sont attribués par les autorités tsaristes aux partis socialistes[6].

Les mouvements juifsModifier

C'est dans cette situation que surviennent les premiers frémissements du sionisme moderne, articulé par le mouvement Bilou qui envoie, en 1882, ses premiers colons fonder des communautés en Palestine. Ceux qui ne sont pas partisans de l’émigration, sont attirés par le hassidisme ou encore par les mouvements révolutionnaires, notamment le Bund (Union générale des travailleurs juifs).

 
Tombe d'une jeune femme juive (symbolisée par les chandelles brisées), Kazimierz Dolny, près de Lublin, XIXe s.

Haskalah et HalakhaModifier

L’éveil juif ou Haskala se développe au cours du XIX siècle, mettant l’accent sur des idées et des valeurs laïques. Les leaders du Haskalah, les Maskilim, militent pour l’assimilation et l’intégration des Juifs à la culture russe.

Au même moment, une autre doctrine juive, le mouvement du Mussar préconise quant à elle la mise en avant des études traditionnelles et une réponse juive au problème ethnique de l’antisémitisme. Les politiciens juifs étaient globalement peu influencés par l’Haskala et préconisaient une poursuite stricte de la vie religieuse basée sur l’Halakha (Loi juive) suivant ainsi les mouvements juifs orthodoxes, le hassidisme, puis se tournant vers le sionisme du Mizrahi.

Les partis politiquesModifier

À la fin du XIX siècle, la Haskala et le débat qu’elle génère, entraîne l’apparition de nombreux mouvements politiques au sein de la communauté juive, développant de nombreux points de vue et de vives rivalités lors des élections régionales. Le sionisme devint très populaire avec l’avènement du parti socialiste Poale Zion et la branche polonaise du Mizrahi ainsi que par la renommée grandissante des sionistes généraux.

Des Juifs adoptent également les idées socialistes, et créent l’Union générale des travailleurs juifs (Bund) qui prône l’assimilation et milite pour les droits sociaux.

Le Folkspartei (Parti du Peuple) quant à lui défendra l’autonomie culturelle et s’opposera à l’assimilation.

En 1912, Agoudat Israel, un parti religieux, voit le jour.

L’entre-deux-guerres (1918-1939)Modifier

Les Juifs et l'indépendance polonaiseModifier

 
Après le pogrom, peinture de M. Minkowski, v. 1910

La nouvelle Pologne fondée le 11 novembre 1918, avec à sa tête Józef Piłsudski (1867-1935), connaît une situation politique délicate. Elle entreprend d’unifier trois territoires séparés pendant le XIXe siècle, et de moderniser une économie à dominante agricole ; elle forme une administration et une armée, tout en étant engagée par six conflits à ses frontières, notamment avec la Russie bolchevique. Dévastée par la Première Guerre mondiale dont elle était un des principaux terrains de manoeuvre, la Pologne doit faire face à des tensions internes avec les minorités.

La guerre ne s'arrêtent pas en 1918. Les frontières orientales sont âprement disputées entre 1919 et 1921 : conquête de Vilnius, guerre soviéto-polonaise et guerre polono-ukrainienne.

Selon Nicolas Werth, « on estime à 150.000 environ le nombre de victimes juives de pogroms (125.000 en Ukraine, 25.000 en Biélorussie) entre 1918 et 1922. La pire année est sans conteste 1919. Les pogroms sont commis par les unités armées les plus diverses » : par les Armées blanches, par les troupes de la République populaire ukrainienne, par les détachements des différents « atamans », par les détachements de « Verts » (paysans insurgés), et par certaines unités de l’Armée Rouge.

Juste après la fin de la Première Guerre mondiale, l’Europe de l’Ouest s'émeut de pogroms massifs à l'Est. Les pressions exercées par les gouvernements atteignent leur objectif lorsque le président Woodrow Wilson missionne une commission pour enquêter sur le sujet. Cette commission, dirigée par Henry Morgenthau Sr. qui n'enquête que sur le territoire polonais puisque la Russie bolchevique ne la reconnait pas, conclut que les informations sur les pogroms sont exagérées, voire dans certains cas montées de toutes pièces.

 
Quartier juif de Lwów après le pogrom en novembre 1918

Ils identifient néanmoins huit incidents majeurs pour 1918–1919 et estiment le nombre de victimes à deux à trois cents Juifs. Quatre de ces pogroms sont attribués aux exactions de déserteurs ou de soldats indisciplinés dont aucun n'a été inquiété par la police gouvernementale. Parmi ces incidents, un officier de l’armée polonaise accusa un groupe de sionistes de Pińsk de comploter contre les Polonais et abattit 35 d’entre eux. À Lwów, en 1918, des centaines de personnes, dont 72 Juifs sont massacrées au cours d'un pogrom perpétré par l’armée polonaise pendant la guerre polono-ukrainienne pour la Galicie. À Varsovie, des soldats de l’Armée bleue (unités de l’armée polonaise formées en France) attaquent des Juifs dans les rues, mais sont condamnés par les autorités militaires. D’autres incidents en Pologne se révèlent avoir été exagérés par la suite, en particulier par les journaux de l’époque comme le New York Times, alors que des exactions contre les Juifs, dont de nombreux pogroms, se déroulent dans les régions annexées par la Russie soviétique[7]. Les conséquences de cette situation sont une série de clauses particulièrement claires dans le traité de Versailles, protégeant les droits des minorités polonaises.

En 1921, la constitution polonaise (connue sous le nom de Constitution de Mars) accorde aux Juifs les mêmes droits qu’aux autres citoyens et leur garantit la liberté de culte.

Les partis politiques juifs aussi bien socialistes comme le Bund que les tenants du sionisme (qu’ils soient de droite ou de gauche) ou les partis religieux conservateurs sont représentés aussi bien à la Diète (le parlement polonais) que dans les diétines régionales.

Démographie de la population juiveModifier

En 1918 réapparaît un état polonais indépendant après 123 ans d'occupation par les empires russe, austro-hongrois et allemand.

 
Pourcentage de la population juive dans les villes de Pologne en 1931

La nouvelle Pologne abrite alors la plus forte population juive d’Europe et la seconde dans le monde après celle des États-Unis. Selon le recensement de 1921, 2 845 400 personnes se déclaraient de confession juive et selon le recensement de 1931 - 3 130 581 personnes. 80% de ces citoyens polonais ne parle pas ou peu polonais.

Entre les deux guerres, environ 400 000 Juifs (dont la moitié au cours des années 1921-1925) quittent la Pologne en direction principalement des États-Unis et de la Palestine, mais également vers l'Argentine, le Brésil et les pays d'Europe occidentale[8]. En tenant compte de l’accroissement de la population et de la forte émigration de Pologne entre 1931 et 1939, on peut estimer que la Pologne comptait 3 474 000 Juifs, soit 10 % de la population totale[9], à la veille de la Seconde guerre mondiale. La Pologne est alors un pays multiethnique et multiculturelle et les Polonais représentent 70% de la population.

Les villes présentant la proportion la plus importante de population juive en 1931 sont : Białystok (43% de la population), Lublin (34,7%), Łódz (33,5%), Radom (32,3%), Lwów (32%), Varsovie (31%), Vilnius (28,2%), Cracovie (25,8%). La population juive est la plus faible est sur les territoires polonais qui étaient sous la domination allemande. Suite à la germanisation, les Juifs y représentent moins de 1% de la population.

Les Juifs vivent majoritairement dans les grandes et moyennes villes : 77 % de citadins alors que les trois quarts de la population de la Pologne habite dans les villages. Plus du quart des Juifs vivent dans sept villes : Varsovie (352.600 = 34,7%), la seconde ville juive du monde après New York , Łódź (202 000), Lwów (99 600), Cracovie (56 500), Vilnius (55 000), Białystok (39 500 = 38,7%) et Lublin (38 600=42,9%), Stanisławów (34,8%) Les régions où la population juive est la plus importante sont : Polésie (49,2%) et Volhynie (49,1%).

La culture juive et polonaiseModifier

 
Pourcentage de la population dont le Yiddish ou l'hébreu sont la langue maternelle, 1931

Environ 85% des Juifs polonais pratiquent la religion de manière traditionnelle (hassidique) et déclarent yiddish la première langue.

Seulement les 15% restants sont des Juifs assimilés (environ 10%), des adeptes du judaïsme réformé ou des Juifs indifférents sur le plan religieux, pour la plupart d'un statut élevé et parlant polonais dans la vie quotidienne.

Malgré la pauvreté de beaucoup de communautés juives, l'analphabétisme est moindre que la moyenne, en partie du fait d'un accès plus facile aux écoles dans les villes. Les données statistiques de 1931 indiquent que 79,7% des Juifs de plus de cinq ans maîtrisent la lecture et l'écriture, la moyenne nationale n'étant que de 69,6%.

Le système scolaire permet aux Juifs de fréquenter les écoles publiques dont certaines sont adaptées : enseignement de deux heures par semaine de la religion juive, observation du shabbat et des fêtes juives dans le calendrier scolaire. Les écoles privées sont soit religieuses, soit laïques. La plupart de ses écoles enseignaient en yiddish. Deviennent par la suite de plus en plus populaires les écoles avec un enseignement bilingue (yiddish-hébreu, polonais-yiddish, polonais-hébreu). Dans les cheder religieux, l'enseignement dure huit ans et était axé sur la religion (entre 27 et 37 heures par semaine) au détriment des enseignements laïcs (12 à 14 heures). Cet enseignement est réservé aux garçons. Progressivement quelques écoles de filles ouvrent grâce au mouvement Bejs Jakow fondé par Sarah Schenirer, mais leur enseignement est limité. Les écoles laïques sont ouvertes en partie grâce au CISZO (Centrale Jidysze Szul Organizacje), largement soutenu par le Bund. Le programme, 34 heures par semaine, comprend l'enseignement du yiddish (première langue), du polonais (seconde langue) et de l'hébreu (troisième langue). Les écoles de l'association Unzere Kindern enseignent également en yiddish[10]. Toutefois le réseau le plus important est créé par l'Association éducative et culturelle Tarbut, d'obédience sioniste, qui enseigne en hébreu. En 1937, ces réseaux scolaires juifs totalisent 1 275 écoles avec 180 000 élèves (25 % pour Tarbut, 20% pour Bejs Jakow et un peu moins de 10% pour le CISZO), suivi de peu par les écoles du réseau Jawne fondé par le parti Mizrachi[8].

Durant l’année scolaire 1937-1938 on comptait 226 écoles primaires et douze lycées[réf. souhaitée]où l’enseignement était dispensé en yiddish ou en hébreu.

 
Élèves d’obédience hassidique à Łódź, dans les années 1910

La scène culturelle juive est particulièrement active. On compte de nombreuses publications juives et plus de 116 périodiques. Les auteurs de langue yiddish, dont un des plus connus, Isaac Bashevis Singer, se virent attribuer une renommée internationale et classés parmi les auteurs classiques juifs, avec pour Singer la consécration par le Prix Nobel en 1978. Bruno Schulz, Julian Tuwim, Jan Brzechwa et Bolesław Leśmian apportèrent une importante contribution à la littérature polonaise.

 
Page du journal « Haynt », 17 janvier 1915

Le théâtre yiddish était également florissant : la Pologne comptait 15 théâtres yiddish. Varsovie était le fief de la plus importante troupe yiddish de l’époque, la Troupe Vilna qui joua la première du Dybbuk en 1920 à l’Elyseum Théatre.


Vie économique de la population juiveModifier

La structure économique de la population juive résulte de leur caractère urbain. Les Juifs vivent principalement des activités artisanales, commerciales et libérales. Selon le recensement de 1931, par branche d'activités, 42,4 % des Juifs sont employés dans l'industrie et l'artisanat (occupant 21,3% des emplois du pays), 36,6% dans le commerce, la banque et les assurances (les Juifs occupaient 71% du commerce de détail du pays, 41,6% du commerce de gros et 81% du colportage).

Si la proportion des Juifs dans les activités libérales est relativement faible, 2,3% dans les activités éducatives et culturelles, 2,1% dans les activités d'hygiène et de santé, 0,4% dans les activités du droit, leur part dans les emplois du pays sont respectivement de 21,5%, de 24,3% et de 34,2%. C'est dans ces catégories socio-professionnelles que se trouvent la plus grande proportion de Juifs assimilés ou en voie d'assimilation[8].

La recrudescence de l’antisémitismeModifier

 
Tampons roumain et palestinien sur le passeport d'un couple de Polonais ayant décidé d'émigrer en Palestine mandataire pour rejoindre leurs enfants à Tel Aviv, 1934

Les communautés polonaise et juive se mélangent peu. Les mariages mixtes sont rares. La majorité des Juifs fréquentent des écoles juives où l’enseignement est dispensé en yiddish, en hébreu, plus rarement en polonais. Les communautés vivent à côté l’une de l’autre. Portés par la renaissance de leur Etat, certains Polonais se méfient de cette communauté non assimilée dont la langue germanique la rapproche de la Prusse et dont l’engagement politique va pour beaucoup vers le communisme de l’URSS. Les deux ennemis héréditaire de la Pologne.

Lors du recensement de 1931, 88 % des Juifs polonais déclaraient comme langue maternelle le yiddish (80%) ou l’hébreu (8%)Après la vague d'antisémitisme et de pogroms au cours de la guerre soviéto-polonaise, les relations entre chrétiens et Juifs s'améliorent en particulier sous les gouvernements de Józef Piłsudski (1926-1935) qui s’oppose à l’antisémitisme. Mais après sa mort, alors que la Seconde République s’affirme, les actes antisémites augmentent sous la poussée des partis nationalistes d'opposition comme le Parti national-démocrate. Augmentation des vexations dans l’enseignement, émeutes anti-juives dans les universités, quotas (semi-officiels ou officieux) appliqués à partir de 1937 dans certaines universités et politique des bancs ghetto, réduisent de moitié le nombre de Juifs inscrits (9694 étudiants juifs inscrits année universitaire 1932-1933, soit 18,7% du total[11], 4790 en 1937-1938[12]). En 1937, le syndicat professionnel des médecins et avocats polonais n’accepte plus que les chrétiens polonais, alors que de nombreux emplois gouvernementaux restent fermés aux Juifs pendant toute cette période.

Ces discriminations s’accompagnaient de violences physiques, et entre 1935 et 1937, 79 Juifs sont tués et 500 blessés dans des incidents anti-juifs[13]. Les magasins juifs sont également la cible de ces attaques et beaucoup d’entre eux furent pillés. En mars 1936, l'émeute antisémite de Przytyk est l'aboutissement de tensions entre agriculteurs chrétiens et juifs, à la suite du boycott des magasins juifs. D'autres émeutes anti-juives se déroulent entre 1935 et 1937 à Czestochowa, Lublin, Bialystok et Grodno et contribuent à l'émigration de Juifs hors du pays[14]. À cette époque, des boycotts d’ordre économique et des attaques contre les biens, combinés aux effets de la Grande Dépression qui sont particulièrement forts dans les pays agricoles comme la Pologne réduisirent le niveau de vie des Juifs polonais à un point tel qu’ils devinrent une des plus pauvres communautés du monde. Le résultat de cette situation est qu’au début de la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive bien que forte numériquement et riche de sa vie culturelle intense est aussi significativement (à l’exception de quelques professionnels) plus pauvre et moins bien intégrée que les Juifs d’Europe de l’Ouest.

De nombreux Juifs émigrent après 1935, lorsque la politique de discrimination de l’Etat polonais s’intensifie.

La seconde guerre mondiale et la destruction de la communauté juive polonaise (1939-1945)Modifier

L'invasion allemandeModifier

 
Concernant l’accueil de Juifs échappés. Rappel - conformément au paragraphe 3 du décret du 15 octobre 1941 sur les limitations de résidence du Gouvernement général (page 595 du code du Gouvernement général) - les Juifs quittant le quartier juif sans permission encourent la Peine capitale. Conformément à ce décret, les personnes aidant ces Juifs à trouver un abri, de la nourriture ou leur vendant des biens de consommation seront également condamnées à la peine capitale. Il s’agit d’un avertissement catégorique aux populations non juives contre : 1/ L’offre d’un abri à un Juif, 2/ La fourniture d’aliments, 3/ La vente d’aliments. Dr Franke - Commandant - Częstochowa 9/24/42

Durant l'agression hitlérienne en septembre 1939, près de 120.000 citoyens polonais d’origine juive ont pris part aux combats contre les Allemands dans les rangs de l'armée polonaise. On estime qu’au cours de la Seconde Guerre mondiale, 32 216 soldats et officiers juifs ont péri et 61 000 furent faits prisonniers par les Allemands, et dont la très grande majorité n’a pas survécu. Malgré l'invasion soviétique de la Pologne le 17 septembre 1939, 300 000 Juifs sont allés s'installer du côté de l'agresseur soviétique[15].

Les Juifs polonais sous l’occupation soviétiqueModifier

Selon le nouveau partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'Union Soviétique, correspondant aux accords du pacte germano-soviétique, 61,2 % de Juifs polonais résidaient dans la partie de la Pologne annexée par l’Allemagne nazie, alors que 38,8 % se trouvaient sur le territoire polonais annexé par les Soviétiques. Cependant, si l’on se base sur les flux migratoires est-ouest observés après la campagne polonaise de septembre 1939, le nombre de Juifs présents dans la zone d’occupation soviétique était probablement supérieur aux chiffres du recensement de 1931. Ainsi entre 1939 et 1941 198 000 Juifs polonais se sont réfugiés dans la zone d’occupation soviétique. Les communistes polonais d’origine juive comme Jakub Berman se sont eux aussi réfugiés dans la zone d’occupation soviétique.

 
Destruction de la vieille synagogue de style Renaissance de Przemyślu (Przemysl) en 1941 - précédemment profanée et détruite en 1746 puis démantelée en 1956 ; aujourd'hui, un parking la remplace.

L’Union soviétique intégra la partie orientale de la Pologne dans la république socialiste soviétique d'Ukraine et la République socialiste soviétique de Biélorussie et en organisa la soviétisation.

150 000 hommes sont incorporés de force dans l'Armée rouge et 100 000 dans des bataillons de construction spéciaux (strojbatami).

Quatre vagues de déportations vers la Sibérie furent organisées par le NKVD entre l’hiver 1939-1940 et l’été 1941. La première concerne l’intelligentsia et les fonctionnaires polonais d'au moins 140.000 personnes a lieu le 10 février 1940, dont 70 % de Polonais, et des Ukrainiens et Biélorusses, avec une mortalité élevée aggravée par les conditions météorologiques du moment et les envois vers le nord de l'URSS. Environ 111.000 sont emprisonnées de 1939 à 1941 dont 40.000 seront déportées dans des camps de travail de la Vorkuta, 7 305 exécutées en marge de Katyń et environ 10.000 ont été assassinées lors de l'évacuation des prisons à la suite de l'invasion allemande de l'été 1941. Parmi les officiers polonais internés par l'Armée rouge et abattus par le NKVD en 1940 lors du massacre de Katyń, on comptait 500 à 600 Juifs.

En Lituanie occupée par les Soviétiques des Juifs polonais qui s’était réfugiés dans ce pays furent arrêtés et déportés vers les goulags de Sibérie[16].

Seul un petit nombre de Juifs polonais (6 000) a été autorisé par les soviétiques à rejoindre l’armée de Władysław Anders et quitter le territoire de l’URSS, dont le futur premier ministre d’Israël, Menahem Begin. Alors que ce Deuxième Corps de l'Armée polonaise stationnait dans la zone du mandat anglais en Palestine, 2 972 hommes soit 67 % des soldats juifs désertèrent et rejoignirent l’Irgoun.

La ShoahModifier

Article détaillé : Shoah en Pologne.
 
Carte de la Pologne occupée lors de la Deuxième guerre mondiale, indiquant les principaux ghettos, les camps de concentration et d'extermination répartis sur le pays.

Le temps des ghettosModifier

 
Principaux ghettos en Pologne et Europe de l’Est

Dès le début de l'occupation, les Allemands ont comme objectif de regrouper les Juifs dans des ghettos en vue de leur déportation ultérieure dans des réserves juives[15]. Les entreprises juives sont confisquées et offertes à des industriels allemands ou des Allemands ethniques. Les Juifs ne peuvent emporter dans les ghettos que peu de leurs biens[17]. Le ghetto de Varsovie fut le plus important des ghettos créés avec 380 000 résidents, le second est le ghetto de Łódź qui compta jusqu'à 160 000 personnes. Des ghettos moins importants sont créés dans toute la Pologne comme Białystok, Częstochowa, Kielce, Cracovie, Lublin, Lwów et Radom. Ils sont créés assez rapidement. Les Juifs doivent quitter leurs habitations pour s'entasser souvent dans le quartier le plus pauvre de la ville[18].

 
Ghetto de Grodno, novembre 1941

Dans les territoires occidentaux de la Pologne annexés par le Reich, les SS ont cherché à expulser les Juifs. Cent mille Juifs ont ainsi été déportés de territoires annexés vers l'Est de la Pologne en 1939-1940. Beaucoup se sont installés dans le ghetto de Varsovie. Les habitants des ghettos sont isolés du reste de la population. Ainsi, dans le ghetto de Varsovie, les Allemands isolent le ghetto du reste du monde le 16 novembre 1940 en construisant un mur aux frais des Juifs sous prétexte "d'isoler les maladies contagieuses véhiculées par ces derniers".

Dans les grands ghettos, les Juifs connaissent un sous ravitaillement chronique et des débuts d'épidémie. La situation est « moins terrible »[15] dans les villes et les petites bourgades. Les ghettos sont dirigés par des Judenräte ou conseils juifs qui servent de courroie de transmission entre les Allemands et la population du ghetto. Ce sont eux qui doivent choisir les Juifs à déporter[19].

 
Juifs de Sępólno Krajenskie (Sępólna Krajeńskiego) arrêtés par les Allemands et pensant se rendre en Palestine, automne 1939. En fait, tous les Juifs de Sępólno seront assassinés dans le camp d'internement de Radzim,

Après l'invasion de l'URSS en juin 1941, la situation change. Dans un premier temps, la Pologne apparaît, comme un lieu de transit des Juifs de l'Ouest avant leur déportation vers le territoire soviétique où ils seraient exterminés par le travail dans des camps[20]. Mais, à cause des retards pris dans l'invasion de l'URSS, il devient vite évident que les Juifs de Pologne ne pourront pas être déportés rapidement vers l'Est. Hans Frank commence alors à planifier la destruction d'une partie des Juifs polonais. Lors de l'opération Barbarossa, le massacre de Jedwabne est perpétré par la seule population polonaise. Entre 300 (selon l'Institut national du souvenir[21]) et 1 600 (selon Jan T. Gross) Juifs sont torturés et mis à mort par une partie des habitants de ce village.

Le temps de l'exterminationModifier

Article détaillé : Opération Reinhard.
 
Chaussures de victimes de l'opération Reinhard, mortes dans le camp de Majdanek, Lublin (Pologne)

En août 1941, la Galicie orientale, auparavant annexée par l'URSS est rattachée au Gouvernement général de Pologne. Les fusillades de Juifs se multiplient et deviennent même systématiques à partir du mois d'octobre. Les nazis préfèrent cependant se tourner vers des points fixes d'extermination comme les camions à gaz ou les chambres à gaz. La densité relativement élevée par rapport à l'URSS de voies ferrées permet d'envisager le rassemblement des Juifs en un petit nombre de points d'extermination[20]. Le premier centre d'extermination, Chelmno, commence à fonctionner en décembre 1941. 200 000 Juifs, venus pour la plupart des territoires annexés du nord de la Pologne y sont assassinés. Belzec, qui sert de centre d'extermination pour les Juifs de Galicie, est en fonction de la mi-mars 1942 jusqu'en décembre de la même année. 400 000 Juifs polonais y trouvent la mort. En février 1942, à la suite de la Conférence de Wannsee, les nazis commencent la construction de Sobibor. Le camp de mort immédiate commence à fonctionner en mai 1942. On y assassine aussi les Juifs venus d'Europe de l'Ouest, de Slovaquie ou d'URSS[20], soit environ 250 000 personnes tuées entre mai 1942 et octobre 1943. Treblinka commence à fonctionner en juillet 1942. 900 000 Juifs polonais y trouvent la mort.

 
L'extermination massive des Juifs en Pologne occupée par les Allemands, livret envoyé aux Alliés, 1942

En mars 1942, commence l'aktion Reinhard qui a comme objectif d'exterminer tous les Juifs du Gouvernement général de Pologne. Le , l’évacuation massive du ghetto de Varsovie commence. Elle se poursuivra durant 52 jours jusqu’au 12 septembre 1942, le temps pour 300 000 personnes d’être déportées en train jusqu’au camp d’extermination de Treblinka. Les déportations furent organisées par 50 soldats SS, 200 soldats de Lituanie du bataillon Schutzmannschaften et 200 ukrainiens. Les employés du Judenrat, incluent la « police » du ghetto (en réalité une organisation juive créée de toutes pièces par les SS et censée faire régner l'ordre dans les quartiers dévastés par la faim et les maladies). Les plus jeunes adultes du ghetto de Varsovie dont les membres de l'ŻZW tentèrent de s'opposer aux Allemands. Ils voulaient mourir en combattant et "le peuple juif" déclara la guerre au Reich allemand. Ils se rapprochèrent de la résistance polonaise qui leur refusa les armes qu'ils demandaient.

 
Liquidation du ghetto de Białystok (Lublin), 15–20 août 1943

En 1942, la main d’œuvre juive est encore tolérée quand elle travaille à l'effort d’armement. En 1943, les ghettos sont vidés de ce qu'il reste de population. Les nazis sont alors surpris par la résistance des ghettos : soulèvement du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943, attentat contre un café mené par les résistants juifs à Cracovie en décembre 1942[22], révoltes des derniers Juifs des ghettos de Mazowiecki et de Białystok , révolte des sonderkommandos à Treblinka en août 1943 et de Sobibor en octobre de la même année. À la fin du mois d'octobre les nazis organisent l'Aktion Erntefest pour assassiner les derniers Juifs de la région de Lublin en particulier dans les camps de travail comme celui de Maïdanek. En 1944, les nazis calculent qu'il ne reste plus que 200 000 Juifs en Pologne. Auschwitz ne sert à tuer les Juifs polonais que lorsque les autres camps de mort immédiate ont fermé[22]. Trois cent mille Juifs polonais y sont assassinés, dont notamment ceux du ghetto de Łódź.

BilanModifier

 
Henryk Wolinski, juriste et soldat polonais de l'Armia Krajowa, cofondateur de Żegota, qui a caché 25 juifs à son domicile et en a aidé 290 autres

La communauté juive polonaise a été quasiment anéantie lors de la Shoah. Sur les 6 millions de Juifs tués pendant la guerre, près de la moitié sont originaires de Pologne (environ 2,7 millions d'après le dictionnaire de la Shoah[23]). Ils disparaissent notamment dans les camps d'extermination nazis, meurent de faim dans les ghettos[24] ou fusillés par les groupes d'extermination nazis baptisés Einsatzgruppen qui ont été particulièrement actifs en 1941. Très peu des Juifs ont survécu en Pologne même. Ceux qui sont restés en vie avaient pu fuir en URSS, hors de portée de nazis.

Malgré le comportement parfois hostile de sa population, comme dans nombre d'autres pays occupés, la Pologne est le pays qui compte le plus grand nombre de Justes parmi les Nations, titre décerné par le musée de Yad Vashem, grâce notamment aux actions du colonel Henryk Woliński, du lieutenant-colonel Henryk Iwański ou de l'enseignante Krystyna Adolnhowa. Il est vrai que le nombre d’israélites y était beaucoup plus important que partout ailleurs en Europe. Le gouvernement polonais en exil fut également le premier à diffuser (en novembre 1942) des informations sur les camps d’extermination nazis à la suite des rapports de Jan Karski (voir plus haut) et de Witold Pilecki, membres d’Armia Krajowa[25]. Le gouvernement polonais en exil est aussi le seul gouvernement à avoir mis en place une cellule de résistance (Żegota) dont l’objectif unique a été d’aider les Juifs en Pologne occupée.

En 2007, le ministre polonais Sikorski a été critiqué pour avoir suggéré dans une interview avec Adar Primor du journal israélien Haaretz que « l'Holocauste qui a eu lieu sur notre sol a été menée contre notre volonté par quelqu'un d'autre »[26]. Les déclarations de Sikorski, a conclu un représentant du Congrès Juif Mondial, ont démontré un mépris des conclusions des historiens polonais qui avaient découvert des preuves considérables de la participation locale dans la destruction des Juifs polonais[27].

La période communiste (1945-1989)Modifier

L'Après-guerreModifier

Entre 40 000 et 100 000 Juifs polonais survécurent à l’Holocauste en se cachant ou en rejoignant des groupes de résistants polonais et soviétiques. Cinquante mille à 170 000 autres furent rapatriés d’Union soviétique et 20 000 à 40 000 d’Allemagne et des pays voisins. À l'été 1946 le nombre maximum de Juifs en Pologne atteint 240 000 personnes[1], principalement dans les villes : Varsovie, Łódź, Cracovie et Wrocław.

 
Plaque commémorative sur la tombe des victimes du pogrom de Kielce de 1946

Juste après la fin de la seconde guerre mondiale, les Juifs commencèrent à émigrer de Pologne, sans opposition du gouvernement. Ce phénomène fut encore accéléré par le renouveau de violences dirigées contre les Juifs, en particulier le Pogrom de Kielce en 1946, le refus du régime communiste de restituer les biens confisqués aux Juifs avant guerre et le souhait de quitter les communautés détruites par l’Holocauste pour entamer une nouvelle vie en Palestine mandataire. Cent mille à cent vingt mille Juifs quittent ainsi la Pologne entre 1945 et 1948. Leur départ était en grande partie organisé par des activistes sionistes en Pologne comme Adolf Berman et Icchak Cukierman avec la protection d’une organisation semi-clandestine Berihah. Cette dernière était également impliquée dans l’organisation de l’émigration des Juifs de Roumanie, Hongrie, Tchécoslovaquie et de Yougoslavie estimée au total (Pologne incluse) à 250 000 personnes. Une seconde vague d’émigration aura lieu entre 1957 et 1959 lors de la libéralisation du régime communiste et concernera environ 50 000 personnes.

Pour ceux qui décidèrent de rester en Pologne, la reconstruction d’une vie juive en Pologne sera organisée entre 1944 et 1950 par le Comité central des juifs polonais (Centralny Komitet Żydów Polskich, CKŻP) dirigé par un ancien activiste du Bund, Szloma Herszenhorn. Le CKŻP fournissait des services dans les domaines légal, de l’éducation, social, culturel et de la propagande. Une communauté religieuse juive, couvrant le pays entier et menée par Dawid Kahane, qui faisait office de grand rabbin des forces armées polonaises, fonctionna de 1945 à 1948 avant d’être intégrée par le CKŻP. Onze partis juifs indépendants (dont huit déclarés) existèrent en Pologne jusqu’à leur dissolution en 1949.

Un certain nombre de Juifs polonais participèrent à la mise en place du régime communiste amenant à la création de la République populaire de Pologne. beaucoup d’entre eux occupèrent des postes importants au bureau politique du Parti ouvrier unifié polonais (comme Jakub Berman - responsable de la sécurité ou Hilary Minc – responsable de l’établissement d’une économie de type communiste) ainsi que de l’appareil de sécurité Urząd Bezpieczeństwa (UB) et dans les domaines de la diplomatie/espionnage (comme Marcel Reich-Ranicki). Après 1956, pendant la déstalinisation en Pologne sous le régime de Władysław Gomułka certains officiers de l’Urząd Bezpieczeństwa (UB) dont Roman Romkowski (alias Natan Grunsapau-Kikiel), Jacek Różański (alias Jozef Goldberg), et Anatol Fejgin seront poursuivis pour "abus de pouvoir" comportant des actes de torture sur des Polonais anti-communistes (dont Witold Pilecki). Ils furent condamnés à de lourdes peines de prison. Un agent de l’UB, Józef Światło, (alias Izak Fleichfarb), après être passé à l’Ouest en 1953 communiqua sur Radio Free Europe les méthodes employées par l’UB, ce qui entraînera sa dissolution en 1954.

Quelques institutions culturelles juives sont (re)créées à cette période dont le Théâtre national yiddish en 1950 et dirigé par Ida Kamińska, l’Institut de l’histoire juive, une académie spécialisée dans la recherche historique et culturelle sur les Juifs de Pologne ou le journal en yiddish Fołks Sztyme (pl) (פֿאָלקס שטימע, La Voix du peuple).

1967-1989Modifier

Le 10 juin 1967, jour de la fin de la guerre des Six Jours entre Israël et les pays arabes, la Pologne rompt ses relations diplomatiques avec Israël. Mais, les États arabes étant considérés par beaucoup de Juifs polonais comme des États satellites du régime de Leonid Brejnev, beaucoup de Juifs Polonais soutiendront les Israéliens. En 1967, la très grande majorité des 40 000 Juifs résidents en Pologne sont parfaitement assimilés dans la société polonaise. Malgré cela, ils furent l’année suivante la cible d’une campagne menée par le pouvoir central assimilant des origines juives à des sympathies sionistes et donc à une trahison envers la Pologne.

En mars 1968, des manifestations d'étudiants à Varsovie (Mars 1968) fournissent une excuse au gouvernement Gomułka pour canaliser les sentiments anti-gouvernementaux sur une autre cible. Ainsi, le chef de la sécurité Mieczysław Moczar, utilisa la situation comme prétexte pour lancer une campagne de presse antisémite (bien qu’officiellement, seul le sionisme soit attaqué). Cette campagne antisémite soutenue par le parti et le gouvernement entraînera l’éviction des Juifs du Parti ouvrier unifié polonais et des postes d’enseignants dans les lycées et les universités. À cause de la pression, politique et policière, quelque 25 000 Juifs vont émigrer entre 1968 et 1970. La campagne qui visait plus particulièrement les Juifs ayant exercé de hautes fonctions pendant la période stalinienne, atteignit l’ensemble des Juifs polonais, quel que soit leur milieu.

Il y eut de graves conséquences à la suite des évènements de mars 1968. La campagne antisémite laissa une très mauvaise image de la Pologne à l’étranger, en particulier aux États-Unis. Certains intellectuels polonais révoltés à l’idée d’une campagne antisémite menée par l’État s’opposèrent. Certaines des personnes étant passées à l’Ouest à cette période fondèrent des mouvements anti-communistes qui encouragèrent l’opposition en Pologne. En mars 2018, pour les soixante ans de ces événements, le président polonais Duda demanda pardon aux Juifs chassés à cette occasion[28].

À la fin des années 1970, certains militants d'origine juive étaient engagés dans des groupes anticommunistes. Le plus connu d’entre eux, Adam Michnik (ultérieurement fondateur en 1989 de la Gazeta Wyborcza) était également membre fondateur du KOR (Comité de défense des ouvriers). À la chute du communisme en Pologne en 1989, seuls 5 000 à 10 000 Juifs résidaient encore dans le pays et la grande majorité ne préférait pas faire état de ses origines juives.

Depuis 1989Modifier

Société civileModifier

Avec la chute du communisme en Pologne, la vie culturelle, sociale et religieuse juive connaît un renouveau. Certains évènements historiques, datant en particulier de la Seconde Guerre mondiale et de la période communiste, et occultés par la censure du régime, ont été réévalués et publiquement débattus (comme le massacre de Jedwabne, le massacre de Koniuchy, le pogrom de Kielce ou la croix d'Auschwitz et plus généralement les relations entre juifs et chrétiens pendant la guerre, et la contribution de certains Polonais aux exactions nazies). Des crimes perpétrés contre des Juifs juste après la guerre ont également été rendus publics.

CommemorationsModifier

On recense de nombreuses commémorations de l'Holocauste en Pologne ces dernières années. En septembre 2000, des dignitaires de Pologne, d'Israël, des États-Unis d'Amérique et d'autres pays (dont le prince Hassan de Jordanie) se sont retrouvés dans la ville d'Oświęcim (site du camp d'Auschwitz) pour célébrer la rénovation de la synagogue Chevra Lomdei Mishnayot et l'ouverture du centre juif d'Auschwitz (pl). La synagogue (la seule de la ville à être restée debout après la guerre) et le centre culturel et éducatif adjacent permettent aux visiteurs de prier et d'en apprendre plus sur la communauté juive d'Oświęcim avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette synagogue est également le premier bien communal du pays à avoir été restitué à la communauté juive selon une loi de 1997. De plus, tous les ans en avril, se déroule la Marche des Vivants, reliant Auschwitz à Birkenau à la mémoire des victimes de l'Holocauste qui attire des marcheurs de Pologne, d'Israël et de bien d'autres pays.

 
Ronald S. Lauder, Président du WJC, s'exprimant sur le thème du Moyen-Orient, octobre 2013

Le gouvernement polonais a aussi financé la construction d'un Musée de l'Histoire des Juifs polonais (Polin) à Varsovie. Lors d'une cérémonie en novembre 2007, l'Allemagne a offert cinq millions d'euros pour la construction de ce musée, prévu alors pour 2009 ou 2010. L'ambassadeur d'Allemagne Michael H. Gerdts a déclaré à cette occasion que « le gouvernement fédéral veut ainsi apporter une nouvelle contribution aux réparations des souffrances incommensurables infligées dans ce pays aux Juifs, et donc à la Pologne en général, au nom des Allemands ». Ce musée a été construit dans l'ancien quartier juif de Varsovie, site du ghetto pendant la Shoah[29], en face de Monument aux héros du ghetto qui s'y dresse depuis 1946. Ce Musée de l'Histoire des Juifs polonais, officiellement inauguré le 19 avril 2013 et ouvert au grand public en octobre 2014, retrace la longue histoire de la présence des Juifs en Pologne, trop souvent réduite à la période de la Seconde Guerre mondiale. Le musée abrite aussi un centre culturel très actif.

Le ghetto de Varsovie aura bientôt son musée aussi. Le gouvernement polonais a annoncé la création d'un mémorial, là où les Allemands nazis avaient enfermé près de 500.000 Juifs, morts plus tard de faim et de maladies ou exterminés dans les camps de concentration. L'un des lieux des pires atrocités commises par la barbarie nazie. Le musée sera installé dans un bâtiment qui au temps du ghetto a servi d'hôpital pour enfants. Il sera établi en collaboration avec l'Institut historique juif. Le Musée sera dirigé par Albert Stankowski, ancien employé du Musée de l’Histoire des juifs polonais Polin qui est en outre membre de la Fondation pour la protection du patrimoine juif et créateur du portail Shtetl virtuel présentant le patrimoine juif en Pologne. Le Musée doit être inauguré avant le 19 avril 2023, jour du 80ème anniversaire de l’Insurrection du Ghetto de Varsovie.

 
Juifs polonais à la Marche des Vivants, Auschwitz, 2000.

Communauté juive en Pologne aujourd'huiModifier

Selon le recensement de 2011[30], 7 508 personnes se déclarent juives. Selon le démographe Sergio DellaPergola, 4 500 personnes se déclaraient juives en 2018 et 13 000 personnes seraient éligibles à la loi du retour de l'État d'Israël[31].

Selon le cinquième rapport (2015) concernant la situation des minorités nationales et ethniques ainsi que des langues régionales[32], la quasi-totalité d'entre elles parlent polonais ; 321 personnes parlent hébreu et 90 personnes parlent yiddish à la maison. Ces chiffres sont minorés du fait de sous-déclarations lors des recensements et certains spécialistes affirment qu'il y aurait entre 20 à 25 000 personnes conscientes de leur origine juive[33].

La vie religieuse juive connaît un renouveau avec l'aide de la Fondation Ronald Lauder qui permet à deux rabbins venus de l'étranger d'officier, la mise en place d'un petit réseau d'écoles et de colonies de vacances ainsi que le soutien à de nombreux périodiques et à l'édition de livres. En 1993, l'Union des communautés religieuses juives de Pologne est créée avec comme objectif l'organisation de la vie religieuse et culturelle des communautés polonaises. Huit communautés juives font partie de l’Union: Varsovie, Wrocław, Cracovie, Lodz, Szczecin, Katowice, Bielsko-Biała et Legnica. Il existe bien des groupuscules parajudaïques et des associations culturelles à caractère religieux. L’Union met tout en œuvre pour maintenir et perpétuer la vie juive traditionnelle en organisant quotidiennement de véritables offices, en offrant aux Juifs de Pologne tous les services communautaires classiques tels que cimetière, bain rituel, cantine cachère et surtout en finançant un minimum de vie juive dans de petites communautés ainsi qu’un service d’aide sociale très actif.

En février 2008, s'est tenue la première assemblée de rabbins de Pologne en présence du grand rabbin ashkénaze d'Israël, Yona Metzger. De plus des centaines de Polonais retrouvent leurs origines juives. Certains sont les descendants d'"enfants cachés" qui ont survécu à la Shoah. D'autres découvrent qu'ils sont issus d'une famille juive assimilée, qui, sous le coup des campagnes antisémites du régime communiste, avait tiré un trait sur son identité[34].

 
Musée de l'histoire des Juifs polonais, Varsovie

Un programme d'études juives a été créé à l'université de Varsovie ainsi qu'à l'Université Jagellonne de Cracovie. Cracovie abrite aussi la fondation Judaica qui soutient un grand nombre de programmes culturels ou éducatifs sur des thématiques juives à destination des Polonais.

Depuis 1988, fin juin, début juillet dans l'ancien quartier juif de Kazimierz à Cracovie se déroule Festival de culture juive de Cracovie.

Liens avec IsraëlModifier

La Pologne fut le premier pays du bloc communiste à reconnaître l'existence de l'État d'Israël en 1986 et à reprendre les relations diplomatiques en 1990. Les relations gouvernementales entre la Pologne et Israël se renforcent à la suite des visites mutuelles des présidents des deux États ou des ministres des Affaires étrangères.

NotesModifier

  1. a et b Audrey Kichelewski, Les survivants - Les Juifs de Pologne depuis la Shoah, Paris, Editions Belin, , 444 p. (ISBN 978-2410014334), pp. 21, 336, 405
  2. Histoire des Juifs en Pologne, Daniel Tollet, PUF, 1992 (ISBN 978-2-13-044084-0)
  3. François de Fontette, Histoire de l'antisémitisme, Que sais-je ?, 1982, chapitre 4, III "Un peuple humilié, rejeté, séparé", lire en ligne
  4. « EXPOSITION - Aleksander Gierymski au Musée National », sur Le petit journal,
  5. (en) Klier, John, « Pogroms », YIVO Encyclopedia of Jews in Eastern Europe,‎ (lire en ligne)
  6. (pl) Michał Kurkiewicz, Monika Plutecka, « Rosyjskie pogromy w Białymstoku i Siedlcach w 1906 roku (Les pogroms russes de Białymstok et Siedlce en 1906) », IPN Biuletyn,‎ (lire en ligne)
  7. [PDF] article d’Andrzej Kapiszewski sur la situation des Juifs
  8. a b et c (pl) Robert Szuchta, 1000 lat historii Żydów polskich, Varsovie, Muzeum Historii Żydów Polskich POLIN, , 364 p. (ISBN 978-83-938434-6-6, lire en ligne), p 157 à 192
  9. Histoire universelle des Juifs, sous la direction d’Élie Barnavi, 1992, pages 206-207.
  10. (pl) Kawalec, Gabriela, Szkolnictwo żydowskie w Drugiej Rzeczypospolitej (1918-1939), Rocznik Komisji Nauk Pedagogicznych, , 38 p. (lire en ligne)
  11. (pl) Zofia Przybysz, « Żydowscy studenci na polskich uczelniach wyższych w Drugiej Rzeczypospolitej – próba statystycznego ujęcia » [« Les étudiants juifs dans les écoles supérieures polonaises de la Seconde République - tentative d'appréhension statistique »], sur academia.edu,
  12. (pl) Zofia Trębac, « Antysemityzm uniwersytecki w dwudziestoleciu międzywojennym » [« L'antisémitisme à l'université dans l'entre-deux guerres du XXe siècle (en Pologne) »], sur jhi.pl
  13. The Routledge Atlas of the Holocaust by Martin Gilbert, p. 21. page disponible sur Google book
  14. http://www.ushmm.org/outreach/en/article.php?ModuleId=10007689
  15. a b et c Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent », , 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 416
  16. L’Union soviétique a-t-elle sauvé des Juifs, Laurent Rucker, 2002
  17. Dictionnaire de la Shoah, p 519.
  18. http://1942.memorialdelashoah.org/histoire_pologne_1939_1941.htm
  19. http://polonia.histegeo.org/dossiers%20pedagogiques/dossier%20juifs%20en%20Pologne.pdf
  20. a b et c Georges Bensoussan, Jean-Marc Dreyfus et Édouard Husson 2009, p. 417
  21. (en) Rapport final de l'IPN sur le pogrom de Jedwabne
  22. a et b Georges Bensoussan, Jean-Marc Dreyfus et Édouard Husson 2009, p. 418
  23. Georges Bensoussan, Jean-Marc Dreyfus et Édouard Husson 2009, p. 419
  24. Commentaire sur les conclusions de l'IPN
  25. Note du 10 décembre 1942 du gouvernement polonais, adressée aux gouvernements des Nations unies concernant l’extermination de masse des Juifs
  26. Adar Primor "Polish FM to Haaretz: Nazi Germany carried out the Holocaust against our will" Haaretz, February 27, 2011, additional text.
  27. « Laurence Weinbaum "Warsaw Can do Better," Haaretz, April 8, 2011 », Spiegel.de,‎ (lire en ligne)
  28. « Pologne: le président demande pardon aux Juifs chassés en 1968 », Paris Match,‎ (lire en ligne)
  29. « L'Allemagne offre 5 millions d'euros pour un musée des Juifs de Pologne »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), dépêche AFP du 12 novembre 2007
  30. (pl) « Struktura narodowo-etniczna, jezykowa i wyznaniowa ludnosci Polski (2011) », sur stat.gov.pl, GUS, (consulté le 18 août 2019)
  31. Sergio DellaPergola, « World Jewish Population, 2018 », Berman Jewish Data Bank, (consulté le 8 septembre 2018)
  32. (pl) « PIĄTY RAPORT DOTYCZĄCY SYTUACJI MNIEJSZOŚCI NARODOWYCH I ETNICZNYCH ORAZ JĘZYKA REGIONALNEGO W RZECZYPOSPOLITEJ POLSKIEJ », sur mniejszosci.narodowe.mswia.gov.pl, (consulté le 18 août 2019)
  33. (pl) « Demografia społeczności żydowskiej w Polsce po Zagładzie », sur polin.pl (consulté le 18 août 2019)
  34. Célia Chauffour, « La création d'une assemblée de rabbins confirme le renouveau du judaïsme polonais », Le Monde, 26 février 2008

Articles connexesModifier

Bibliographie - RéférencesModifier

(par ordre chronologique)

en français
en anglais
  • M. J. Rosman, The Lord's Jews: Magnate-Jewish Relations in the Polish-Lithuanian Commonwealth During the Eighteenth Century, Harvard University Press, 1990, (ISBN 0-916458-18-0)
  • William W. Hagen, Before the « Final Solution »: Toward a Comparative Analysis of Political Anti-Semitism in Interwar Germany and Poland, The Journal of Modern History, Vol. 68, No. 2 (Jun., 1996), 351–381.
  • Iwo Cyprian Pogonowski, Jews in Poland. À Documentary History, Hippocrene Books, Inc., 1998, (ISBN 0-7818-0604-6).
  • David Vital, A People Apart: A Political History of the Jews in Europe 1789-1939, Oxford University Press, 2001.
  • Antony Polonsky et Joanna B. Michlic, The Neighbors Respond: The Controversy over the Jedwabne Massacre in Poland, Princeton University Press, 2003 (ISBN 0-691-11306-8). (The introduction is online)
  • Marek Jan Chodakiewicz, After the Holocaust, East European Monographs, 2003, (ISBN 0880335114).
  • Marek Jan Chodakiewicz, Between Nazis and Soviets: Occupation Politics in Poland, 1939–1947, Lexington Books, 2004, (ISBN 0-7391-0484-5).
  • Gershon David Hundert, Jews in Poland-Lithuania in the Eighteenth Century: A Genealogy of Modernity, University of California Press, 2004, (ISBN 0-520-23844-3) Google Print
  • Alvydas Nikzentaitis, Stefan Schreiner et Darius Staliunas (dir.), The Vanished World of Lithuanian Jews, Rodopi, 2004, (ISBN 90-420-0850-4) Google print
  • POLIN : 1000-Year History of Polish Jews, Barbara Kirshenblatt-Gimblett (ed.) et Antony Polonsky (ed.), 2017, 432 pages, (ISBN 8393843456) [1] (édition en polonais disponible en ligne)
en polonais
  • August Grabski, Andrzej Rykała, Witold Sienkiewicz, Jacek Wijaczka, Marcin Wodziński, Hanna Zaremska, Andrzej Żbikowski, Jolanta Żyndul, Atlas historii Żydów polskich (Atlas d'histoire des Juifs polonais), Demart, 2009, 424 pages avec 166 cartes (ISBN 978-83-7427-453-1) [2]

Liens externesModifier

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CartesModifier

Histoire des Juifs polonaisModifier

La Seconde Guerre mondiale et la ShoahModifier

Vie et organisation des Juifs polonais aujourd’huiModifier