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Juan d'Autriche

Prince espagnol ayant vécu au XVIe siècle.
(Redirigé depuis Juan d'Autriche (1545-1578))
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Juan José d'Autriche et Juan d'Autriche (homonymie).

Juan d'Autriche
L'infant don Juan d'Autriche (1547-1578).
L'infant don Juan d'Autriche (1547-1578).

Grade militaire capitaine général
Gouvernement militaire Pays-Bas des Habsbourg
Conflits Révolte des Alpujarras, guerre de la Sainte-Ligue, guerre de Quatre-Vingts Ans
Faits d'armes Bataille de Lépante, bataille de Gembloux
Distinctions Ordre de la Toison d'or
Autres fonctions Gouverneur général des Pays-Bas (1576-1578)
Biographie
Dynastie Habsbourg (illégitime)
Nom de naissance Jeromín
Naissance ou 1547
Ratisbonne (Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire)
Décès
Namur (Drapeau des Pays-Bas des Habsbourg Pays-Bas des Habsbourg)
Père Charles Quint
Mère Barbara Blomberg
Enfants María Ana de Austria y de Mendoza (illégitime)

Coat of Arms of John of Austria (1545-1578).svg

L'infant don Juan d'Autriche, né le ou 1547[1] à Ratisbonne (Allemagne) et mort le à Bouge, près de Namur (Belgique), est un prince espagnol de la famille des Habsbourg – fils illégitime de Charles Quint – qui fait une carrière militaire dans les armées de son demi-frère Philippe II et est gouverneur des Pays-Bas de 1576 à 1578. Il est notamment le commandant de la flotte européenne à la célèbre bataille de Lépante, victoire navale décisive des puissances chrétiennes regroupées en une Sainte Ligue contre l'Empire ottoman.

Sommaire

BiographieModifier

OrigineModifier

Fruit de la relation illégitime de Charles Quint et de Barbara Blomberg, une femme issue d'une famille de notables de Ratisbonne, en 1547, don Juan d'Autriche est baptisé, en réalité, sous le prénom de Jérôme (Jerónimo ou Jeromín). En 1550, l'empereur charge un de ses proches, son majordome Luis Méndez Quijada, de l'éducation du jeune garçon. Pendant cette période, Quijada est tenu de faire croire que l'enfant est son propre bâtard. Il est élevé en Castille, dans la ville – proche de Madrid – de Leganés, dans la rue qui porte actuellement son nom (Jeromín), puis à Villagarcía de Campos à côté de Valladolid et enfin à Cuacos de Yuste.

Il ne connaît pas son père jusqu'à l'âge de neuf ans, lorsque celui-ci le fait venir en 1556 – après son abdication – au monastère de Yuste (Estrémadure), où il s'est retiré. L'empereur avait déjà inséré, en 1554, un codicille à son testament, demandant à son fils légitime, Philippe II, de recevoir le jeune bâtard comme son propre frère de sang. Philippe II, respectant la volonté de leur père, le reconnaît comme membre de la famille royale et lui attribue le nom de « don Juan d'Autriche », avec les honneurs et les revenus dignes de son rang (1559). Don Juan est en outre doté d'une maison en 1562, c'est-à-dire d'une suite de familiers et de domestiques chargés de sa vie quotidienne. Luis Quijada, son ancien tuteur, en est désigné comme gouverneur. Il ne reçoit cependant ni titre, ni terre, ni le prédicat d'altesse. Il n'est donc que son excellence Don Juan d'Autriche, ce qui le met davantage au rang d'un Grand d'Espagne que d'un infant. Il vit son adolescence à la cour d'Espagne avec son demi-frère Philippe II. Il fait ses études à la prestigieuse université d'Alcalá de Henares, mais refuse de se consacrer à la carrière ecclésiastique à laquelle on l'avait destiné.

En 1566, son frère lui octroie un des cinq colliers de l'ordre de la Toison d'or que le chapitre général avait laissé à sa disposition en 1559.

Carrière militaireModifier

Ayant manifesté son désir de faire une carrière militaire, il est nommé par le roi au commandement d'une escadre chargée de combattre les pirates barbaresques en Méditerranée (1568). Il démontre dans cette expédition de réelles capacités militaires, aussi est-il chargé, l'année suivante, de diriger la répression de la révolte des morisques, ces descendants des musulmans du royaume de Grenade – restés en Espagne après la fin de la Reconquête en 1492 – convertis officiellement au catholicisme, mais qui continuaient à pratiquer leur religion (1569). Ce soulèvement – commencé en 1567 – contre la violation des droits qui avaient été accordés à l'époque aux morisques – encore appelé guerre des Alpujarras – dure quatre ans et se termine par leur défaite devant don Juan d'Autriche.

Ces succès lui permettent aussi d'obtenir – ce qui est le sommet de sa carrière militaire – le commandement suprême de la flotte de la Sainte Ligue formée par l'Espagne, Venise et le pape Pie V contre les Turcs (1570). Face à la stratégie défensive que préconisent ses conseillers plus prudents, don Juan d'Autriche impose son choix d'aller à la rencontre de la flotte turque d'Ali Pacha et de la vaincre, ce qu'il fait à la bataille de Lépante (). Lors de cette expédition il a sous ses ordres, parmi les soldats, un certain Miguel de Cervantès – le futur auteur de Don Quichotte – qui y perd l'usage de la main gauche, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de « manchot de Lépante ». Cette victoire vaut à Don Juan de recevoir du pape, en 1576, la rose d'or, d’abord réservée exclusivement au préfet de Rome, puis, plus tard offerte à un fidèle catholique qui avait rendu un service important à l'Église.

 
Représentation de la bataille de Lépante en 1571.

Gouverneur des Pays-BasModifier

 
Don Juan

Le retentissant succès de Lépante accroît les ambitions de don Juan d'Autriche. Philippe II a prudemment rejeté les plans de son demi-frère, qui proposait de profiter de la situation pour se lancer dans une grande expansion territoriale en Méditerranée, ainsi que ses demandes d'être officiellement reconnu comme infant, avec traitement d'altesse. Peut-être est-ce pour mettre fin à ces ambitions que le roi l'envoie comme gouverneur aux Pays-Bas (1576), poste extrêmement difficile dans lequel ont déjà échoué le duc d'Albe et Luís de Zúñiga y Requesens, incapables de mettre fin à la rébellion protestante. Pour convaincre son demi-frère d'accepter ce poste périlleux, où Don Juan va remplacer le gouverneur Requesens, mort au siège de Zierikzee, Philippe II insinue la possibilité de lui confier plus tard le commandement d'une invasion de l'Angleterre destinée à placer sur le trône britannique une reine catholique, Marie Stuart.

Arrivée de Don Juan d'Autriche aux Pays-Bas (1576)

Pour gagner son poste à Bruxelles, Don Juan n'hésite pas à traverser une France hostile, déguisé en valet. Mais, arrivé à Marche-en-Famenne, il est empêché d'aller plus loin par la présence des forces des états généraux.

" II vint en poste par la France accompagné de deux hommes seulement. Il avait feint d'être esclave d'un de ceux qui l'accompagnaient. C'était Octavio Gonzague, frère du prince d'Amalfi et pour n'être point reconnu, il s'était noirci le visage et avait les cheveux frisés à la manière des Maures. Arrivé dans la ville de Luxembourg, il se dépouilla de ce personnage et déclara qu'il était envoyé par le Roi pour gouverner les Pays-Bas ".

Très rapidement, Don Juan comprend le caractère irréaliste des projets du roi d'Espagne Philippe II. À son arrivée, il trouve toutes les provinces rassemblées, sinon contre le pouvoir, du moins contre les armées espagnoles qui ravagent le pays. Profitant de la vacance du pouvoir entraînée par la mort du gouverneur Requesens, les états généraux ont pris l'initiative de se réunir et de proclamer la pacification de Gand. Cet acte, d'abord accepté par le nouveau gouverneur, est rapidement remis en cause par le noyau dur des orangistes qui prennent alors le nom de « Patriots ». Réunis à Bruxelles, ils concluent l'Union de Bruxelles établissant les modalités pratiques de la pacification de Gand. Il s'agit de suspendre les édits du roi d'Espagne, de rendre les biens spoliés aux rebelles et d'établir la liberté religieuse en Zélande et en Hollande, exigences incompatibles avec celles du roi d'Espagne.

Don Juan d'Autriche croit pourtant qu'il peut parvenir à amadouer ses adversaires en offrant un compromis, l'Édit perpétuel de Marche-en-Famenne de (1577) par lequel il offre de retirer les forces espagnoles et de respecter les libertés dans les dix-sept provinces. Pour le reste, Don Juan continue à maintenir les exigences fondamentales de la couronne d'Espagne. En vertu de quoi les rebelles sont sommés de reconnaître la foi catholique, ainsi que la souveraineté espagnole, tout en renonçant au protestantisme. Mais ces exigences sont rejetées par le duc d'Orange et les états généraux des Dix-Sept Provinces. La continuation de la guerre devient donc inévitable.

Don Juan se retire dans la citadelle de Namur (1577)

Après avoir fait une entrée triomphale à Bruxelles (1er mai), le prince d'Orange orchestra une campagne d'hostilité contre Don Juan qui a licencié les troupes à la solde du Roi et en particulier les Tercios espagnols. Se sentant en danger, Don Juan décide de se retirer dans la citadelle de Namur.

" Ainsi, il jeta les yeux sur le château de Namur qui était fort par son assiette et sa fortification et où il pouvait facilement faire entrer les troupes étrangères ".

" II vint d'abord au devant de la sœur du roi de France, Marguerite de Valois, reine de Navarre (La Reine Margot) qui allait aux eaux de Spa (si toutefois ce voyage ne cachait pas quelque dessein plus important) et il se rendit à Namur avec une grande suite de noblesse ". (La rencontre de Don Juan et de la reine Margot à Namur été exposée en détail par Félix ROUSSEAU, historien namurois, dans les numéros 12, p. 49-58; et 13, p. 1-14, de la revue NAMUR-CUM.)

" Le lendemain (24 juillet), comme s'il eut voulu chasser dans la forêt de Marlagne ( sur les hauteurs de Namur ), il passa à dessein proche du château de Namur et loua hautement cette place qui n'avait pas été auparavant estimée. Les enfants de Berlaymont, gouverneur de la province, (Gilles de Hierges, Lancelot, comte de Megem, Florent, seigneur de Floyon, Claude de Hautepenne), le prièrent de le voir au dedans ".

" II entra donc avec sa suite, du consentement du Gouverneur de la Place, et aussitôt s'en étant rendu maître, il changea la garnison, commanda au Gouverneur de ne rien craindre et lui dit qu'il ne s'emparerait point du bien d'autrui, mais qu'il reprenait seulement ce qui appartenait au Roi. II dit alors aux siens qu'il ne commençait que ce jour à être gouverneur des Pays-Bas et qu'auparavant il n'en avait que le titre. Il avait seulement voulu se mettre en sûreté ".

Guillaume d'Orange prit prétexte de l'occupation de la citadelle de Namur pour proclamer que l'Edit de Marche-en-Famenne était rompu, et entraîna les États généraux dans la voie de la révolution ouverte au nom du droit supérieur des gens du commun à la participation au gouvernement. Pour la seconde fois, il crut le moment venu de réaliser son programme : " Vers l'Union par la Tolérance ".

D'autre part, les intrigues qu'organise à la Cour Antonio Pérez placent Don Juan dans une situation délicate envers le roi. Les ressources dont il a besoin (tant en hommes qu'en argent) arrivent avec parcimonie. Mais si la monarchie espagnole se montre insuffisante dans l'emploi des moyens matériels, elle croit pouvoir l'emporter sur le plan diplomatique et Philippe II charge Don Juan d'établir des contacts avec la France, les Anglais et les factions rebelles en vue de régler la situation insurrectionnelle, tâche bien trop grande pour le piètre diplomate qu'il est.

Le , Don Juan bat l'armée des états généraux à Gembloux près de Namur, préservant notamment le catholicisme dans les Pays-Bas du sud.

Le , son secrétaire et plus proche collaborateur, Juan de Escobedo, est assassiné à la suite des menées d'Antonio Pérez, secrétaire de Philippe II, qui a obtenu l’autorisation de cet assassinat pour raison d’État, en accusant Juan Escobedo de complot avec les révoltés.

Don Juan meurt du typhus, maladie contractée au cours d'une campagne militaire, le .

Mort de Don JuanModifier

 
Tombeau à l'Escurial.

Suite à la "prise" de Namur en 1577, Don Juan se trouve l'année suivante sur les hauteurs de Bouge (Namur). Mourant, et vraisemblablement atteint par le typhus, c'est là qu'il s'éteindra le 1er octobre 1578.

" Le 1er octobre 1578, qui est un mois où il avait accoutumé de renouveler par des fêtes et par des réjouissances la mémoire des victoires de Lépante et de Tunis, il recouvra le jugement quand on l'espérait le moins et s'étant une autre fois confessé, il rendit l'âme sur le midi avec de grands témoignages de piété ".

Funérailles de Don JuanModifier

" Les colonels des diverses nations se disputèrent l'honneur de porter son corps. Alexandre Farnèze dut intervenir et imposa l'ordre de préséance. Ainsi, Don Juan fut porté du camp de Bouge jusques Namur entre la cavalerie et l'infanterie qui était rangée en ordre de bataille".

Il était revêtu de ses armes (armure complète), de son collier de la Toison d'or et l'on plaça à ses doigts dix-sept bagues avant de les couvrir de ses gantelets. Le nombre de dix-sept a fait croire à certains qu'il s'agissait d'une évocation des dix-sept provinces des Pays-Bas, mais la légende la plus tenace raconte qu'elles sont un hommage à ses dix-sept maîtresses. Ses soldats en larmes insistèrent pour lui déposer sur la tête une couronne (selon la coutume que l'on observait dans les funérailles des princes de la Maison de Bourgogne) de drap d'or ornée de pierreries, signe qu'ils estimaient avoir perdu leur prince.

" Les colonels et les capitaines portèrent le corps à la tête de leurs troupes et succédèrent les uns aux autres sous cet honorable fardeau jusques à ce qu'il eut été reçu par le Magistrat de Namur. Quatre grands seigneurs vêtus de deuil marchèrent autour du corps, savoir Pierre-Ernest, comte de Mansfeld, maréchal de camp général, Octayio Gonzague, général de cavalerie, Pierre de Tolède, marquis de Ville-Franche et Jean de Croï... comte de Rœux... Ils soutenaient les coins du poêle. À la tête, marchait un régiment d'infanterie, les enseignes et armes traînantes et avec tout l'équipage de deuil et de tristesse. Le prince de Parme le suivait, témoignant plus de douleur au dedans que de deuil au dehors ".

(Ajout de notes issues d'un article de Jh. Roland, in "Le Guetteur Wallon", 1977, no 4, qui puise principalement ses informations dans l'œuvre du père Famien STRADA, s.j., qui fut quasi contemporain des faits).

Son corps est déposé ainsi paré à la cathédrale Saint-Aubain de Namur.

La cathédrale de Namur conserve le souvenir de Don JuanModifier

Après qu'on eut achevé les cérémonies des funérailles de Don Juan, dans la cathédrale de Namur et qu'on eut enterré ses entrailles, Alexandre Farnèze laissa en dépôt le corps de son oncle, en attendant qu'il eut reçu d'Espagne les ordres du Roi sur ce sujet, car avant de mourir, Don Juan avait exprimé le désir que son corps fût mis auprès de celui de son père. Sur le maître-autel de la cathédrale de Namur, où son oncle avait été mis en dépôt, Alexandre fit graver cette épitaphe, dont voici la traduction :

- D. O. M. S. -

Au très illustre Juan d'Autriche fils de l'Empereur Charles.

Sous son commandement, après avoir soumis en Bétique les Maures révoltés et mis en fuite l'immense flotte turque, anéantie Patras, alors qu'il gouvernait la Belgique au nom du Roi, la fièvre ne cessa de monter, il s'éteignit à la fleur de l'âge [31 ans], dans le camp de Bouge, après qu'Alexandre Farnèze, prince de Parme et de Plaisance, eut été désigné par son oncle bien aimé comme successeur au gouvernement [des Pays-Bas], par mandat de Philippe (Philippe II), très puissant Roi des Espagnes et des Indes.

Cette table d'autel tient lieu de cénotaphe.

- 1578 -

Un an plus tard, les autorités espagnoles décident de transférer ses restes à l'Escurial, à Madrid. Pour faciliter le convoi, on démembre le cadavre et on fait passer les ossements par la France, dans trois coffrets. Arrivés en Espagne, on fiche les os sur des tiges de métal avant de les revêtir de l'armure et des signes du commandement. Le corps ainsi mis est exposé debout quelques jours à Burgos avant d'être finalement placé dans un cercueil et transféré en grande pompe à l'Escurial. Après une nouvelle cérémonie funèbre, il est placé dans une crypte dédiée, à part du panthéon des souverains et de la salle des infants.

" Le Roi consentit à faire transporter en Espagne le corps de Don Juan, par le chemin et la façon qu'Alexandre prescrirait. Il en donna la charge à Gabriel Nino de Zuniga, maître de camp espagnol, qui avait été grand-écuyer de Don Juan. Ainsi, ayant été résolu de le faire passer par la France, il obtint du Roi Henri, par l'entremise de l'ambassadeur d'Espagne, qui était à Paris, la permission pour quelques domestiques de Don Juan, qui s'en retournaient en Espagne. Mais on ne fit aucune mention du corps, parce qu'on voulait le faire transporter sans qu'on le sut, pour éviter les grandes dépenses et les contestations qui ont accoutumé de naître entre les Magistrats et le clergé à l'entrée des villes dans le passage des princes morts ou vivants. C'est pourquoi il fit courir le bruit que le corps de ce prince était déjà passé par l'Italie avec le reste de sa maison et afin d'ôter tout soupçon, on sépara tous les membres du corps et l'on remplit trois bougettes des ossements des bras, des cuisses et des jambes, de la tête, dont on avait ôté la cervelle et toutes les autres parties. On attacha ces trois bougettes à la selle d'un cheval, parmi le reste du bagage et Nino et les principaux de l'équipage, qui consistait environ quatre-vingts personnes, les portèrent en Espagne. Aussitôt qu'ils furent arrivés, on rejoignit ensemble les ossements avec du fil d'archal, on remplit le squelette de bourre et la structure en ayant été comme rétablie, on la revêtit de ses armes et de ses ornements militaires en cet état, Don Juan parut debout, comme vivant devant le Roi, appuyé sur son bâton de général de sorte qu'il semblait qu'il respirait encore. La vue d'un mort si illustre excita quelques larmes et on le porta ensuite dans l'Escurial à l'Eglise Saint-Laurent, comme il l'avait souhaité, où il fut enterré auprès de l'Empereur Charles, son père ".

Son tombeau se compose d'un gisant plus grand que nature reposant sur une vasque de marbre blanc. Le prince est figuré en armure, portant les fameuses bagues aux mains, fermées sur une épée de bronze. Le gisant, œuvre du sculpteur Giuseppe Galeotti (en) date du XVIIIe siècle.

(Ajout de notes issues d'un article de Jh. Roland, in "Le Guetteur Wallon", 1977, no 4, qui puise principalement ses informations dans l'œuvre du père Famien STRADA, s.j., qui fut quasi contemporain des faits).


La cathédrale de Namur conserve-t-elle toujours les restes de Don Juan

La question peut se poser, car la cathédrale actuelle, construite de 1751 à 1767, a remplacé la collégiale fondée en 1047 (et démolie suite aux inondations successives qui avaient fortement ébranlé ses fondations), devenue cathédrale lors de la création de l'évêché de Namur, en 1560. D'autre part, en 1797, pendant l'occupation française de notre pays, il fut question de vendre et même de démolir la cathédrale qui eut à subir de graves déprédations (La cathédrale, occupée par les révolutionnaires, était alors devenue un "Temple de la Raison"). Enfin, les archives qui auraient pu nous instruire du sort des restes de Don Juan, si elles ont existé, sont perdues.

Les seuls renseignements sérieux sont ceux relatés dans un ouvrage intitulé "Notice sur la Cathédrale de Namur", par un membre du clergé attaché cette église, - Namur, 1851 -. L'auteur a utilisé les notes de Bernard-Henri-Maximilien de Varick, chanoine gradué noble, décédé en 1745. Ce chanoine décrit le cénotaphe dans l'état où il se trouvait quelques années avant la démolition de l'ancienne cathédrale. Ses notes sont présentées par l'auteur anonyme :

" Du maître autel qui avait été érigé dans l'ancienne cathédrale par la munificence de Philippe II, roi d'Espagne et comte de Namur, pour servir de monument funèbre à la mémoire de Don Juan d'Autriche, son frère consanguin, fils naturel de Charles Quint, il ne restait avant la révolution française que la table en forme de sarcophage de marbre de massacarrarran ( Massa-Carrara, Italie ) surmontée d'un rang de gradins et d'un petit temple à colonnettes qui servait de tabernacle ouvert, et qui formait un autel dit "à la romaine" placé au bout du chœur dans l'endroit même où se trouve celui d'aujourd'hui. Sur le mur du fond, entre les deux pilastres, était une peinture à fresque s'élevant jusqu'à l'architrave et représentant le martyre de Saint Aubain. L'ornement de l'autel se ressentant du style de simplicité dominant l'époque, consistait tout simplement en six grands chandeliers d'argent. Dans la masse de cet autel, la face postérieure, se trouvait dans une urne de cuivre les entrailles, et dans une corbeille en bois les gantelets, le baudrier, le ceinturon, la cotte d'armes de soie verdâtre mêlée d'or et d'argent, des bas de soie et des bottines du prince décédé dont le susdit roi avait fondé l'anniversaire à célébrer dans ladite église, et la niche qui renfermait ces objets était fermée par une pierre carrée sur laquelle est gravée l'épitaphe suivante :

- D. O. M. S. -

Au très illustre Juan d'Autriche fils de l'Empereur Charles.

Sous son commandement, après avoir soumis en Bétique les Maures révoltés et mis en fuite l'immense flotte turque, anéantie Patras, alors qu'il gouvernait la Belgique au nom du Roi, la fièvre ne cessa de monter, il s'éteignit à la fleur de l'âge [31 ans], dans le camp de Bouge, après qu'Alexandre Farnèze, prince de Parme et de Plaisance, eut été désigné par son oncle bien aimé comme successeur au gouvernement [des Pays-Bas], par mandat de Philippe (Philippe II), très puissant Roi des Espagnes et des Indes.

Cette table d'autel tient lieu de cénotaphe.

- 1578 - ".

Ce qui suit est de la main de l'auteur anonyme qui écrit en 1851, mais, chanoine gradué noble, il a peut-être été un témoin direct de ce qui s'est passé depuis le début du siècle. Il continue ainsi :

" Cet autel ayant été démoli avec les autres [par les révolutionnaires français], il n'en est resté que la table ou sarcophage, placée à présent à l'autel de l'Immaculée et celui qui le remplace provient de l'ancienne abbaye de La Ramée (sic) (1804 ou 1805). Mgr Pisani l'a fait remonter en ménageant une loge dans son intérieur pour remettre les entrailles etc. du prince et la pierre tumulaire conservée intacte, telle qu'elle est encore maintenant ".

Cette notice publiée en 1851 par un membre du clergé attaché à la cathédrale est un témoignage précieux, car l'auteur a certainement connu Mgr. Pisani et d'autres témoins des événements du début du siècle, de sorte que l'on peut faire confiance à son récit. Grâce à Mgr Pisani, les restes de Don Juan sont toujours conservés dans la Cathédrale de Namur.

( Ajout de notes issues d'un article de Jh. Roland, in "Le Guetteur Wallon", 1977, no 4, qui puise principalement ses informations dans l'œuvre du père Famien STRADA, s.j., qui fut quasi contemporain des faits)

(N.B. : Il est à noter qu’entre-temps, deux guerres mondiales sont passées par là, avec leur cortège de malheurs et de déprédations, que ledit cénotaphe a fait l'objet d'une étude archéologique au siècle dernier, et a été trouvé vide à son ouverture. On semble donc avoir perdu définitivement toute trace des restes du célèbre défunt, celles-ci ayant été perdues, volées ou dispersées au cours du temps... Ou peut-être a t-on cherché au mauvais endroit ? ...)

DescendanceModifier

  • De sa liaison avec Marie de Mendoza (1545-1570), fille du prince de Melito et demoiselle d'honneur de Jeanne d'Autriche (veuve de Jean de Portugal), il a une fille, Marie-Anne (1569-1629) qui deviendra abbesse de Santa María la Real de Las Huelgas en 1611.
  • De sa liaison avec Diana Falagona (née en 1556), fille de Scipione Falagona, seigneur de Fagnano, il a une fille, Jeanne d'Autriche, née en 1573 à Naples et morte en 1630. Elle épouse en 1603 à Palerme, Francesco Branciforte, 2e prince de Pietrapersia, dont elle a une fille survivante (aînée de quatre sœurs mortes en bas-âge), Marguerite (1605-1659), qui épouse le prince Frédéric Colonna, duc de Tagliacozzo.

RéférencesModifier

  1. La date de sa naissance est inconnue, dans certaines sources, il est né en 1545 et dans d'autres, telles celles de G. Parker et de P. Pierson, en 1547. Pierson affirme que certains contemporains parlent de 1545, mais que les premières preuves en France dans les cérémonies publiques, appuient la date de 1547. Il a probablement été conçu en mai 1546, tandis que l'empereur est à Ratisbonne, ce qui rend plausible la date du 24 février 1547, mais le jour, qui est le même que celui de son père Charles Quint, pourrait n'être qu'un hommage à celui-ci.

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Jean-Chrysostome Bruslé de Montpleinchamp, L'histoire de Don Jean d'Autriche fils de l'Empereur Charles Quint, Amsterdam, Le Brun, 1683 (2e éd., Amsterdam, 1690).
  • Marguerite Yeo, Don Juan d'Autriche - 1547-1578, Éditions Payot, 1935.
  • Henri Cambon, Don Juan d'Autriche, le vainqueur de Lépante, Librairie Hachette, 1952.
  • Edmonde Charles-Roux, Stèle pour un bâtard - Don Juan d'Autriche, 1545-1578, 246 pages, Grasset, Paris, 1992.
  • Edmonde Charles-Roux, Don Juan d'Autriche : Bâtard de Charles Quint, Éditions Racine, Coll. Les racines de l'histoire, Paris, 2003, 230 pages.
  • Jean-Pierre Bois, Don Juan d'Autriche (1547-1578). « Le héros de toutes les nations », Taillandier, Paris, 2008, 409 p.
  • Franz Zeise, L'Armada, 10/18, Paris, 1988, 279 p. Roman.
  • Article de Jh. Roland, in "Le Guetteur Wallon", 1977, no 4, article qui puise principalement ses informations dans l'œuvre du père Famien STRADA, s.j., qui fut quasi contemporain des faits).

Liens externesModifier