Juan Antonio Samaranch

homme politique et responsable sportif espagnol

Juan Antonio Samaranch
Illustration.
Fonctions
Président du Comité international olympique

(20 ans, 11 mois et 13 jours)
Prédécesseur Michael Morris
Successeur Jacques Rogge
Président de la Députation de Barcelone

(4 ans, 3 mois et 6 jours)
Prédécesseur Josep Maria de Muller i d'Abadal
Successeur Josep Tarradellas
Ambassadeur d'Espagne en Union soviétique et en Mongolie

(3 ans, 3 mois et 7 jours)
Prédécesseur Poste suspendu
Successeur Luis Guillermo Perinat y Elío
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Barcelone
Date de décès (à 89 ans)
Lieu de décès Barcelone
Sépulture Cimetière de Montjuïc
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagnol
Diplômé de Institut d'études supérieures de commerce
Profession Politicien, administrateur

Juan Antonio Samaranch Juan Antonio Samaranch

Juan Antonio Samaranch Torelló, marquis de Samaranch, né le à Barcelone et mort dans cette ville le [1], est un homme politique et un responsable sportif espagnol. Sous la dictature franquiste il est notamment secrétaire aux sports, président de la députation catalane et ambassadeur en URSS. De 1980 à 2001 il est président du Comité international olympique (CIO) .

BiographieModifier

Carrière politiqueModifier

Samaranch est issu d’une riche famille bourgeoise barcelonaise, son père a fait fortune dans l'industrie du textile. Il vit une jeunesse dorée : au cours de ses soirées catalanes, il multiplie les conquêtes féminines et fréquente des gens qui feront bientôt partie de la fine fleur du franquisme[2]. Peu intéressé par les études, il est tout de même diplômé de l'école de commerce IESE de l'Université de Navarre, puis s'affilie dès sa prime jeunesse dans les rangs de la Phalange espagnole traditionaliste (FET) et des Juntes offensives national-syndicalistes (JONS)[3],[4].

Samaranch pratique le football, participe à quelques combats de boxe et s'illustre dans le rink hockey (hockey sur patins à roulettes) en tant que gardien de but puis entraîneur et sélectionneur national[5]. Il fait remporter à son équipe la médaille d'or du championnat du monde en 1951 et 1954, ce qui lui permet d'écrire des articles sur ce sport confidentiel dans la presse franquiste et d'être repéré par Franco qui lance sa carrière politique dans l'administration sportive : conseiller aux Sports à la municipalité de Barcelone (1955-1962) ; président de la Fédération espagnole de patinage ; chef de mission pour l'équipe espagnole aux Jeux Olympiques de Cortina d’Ampezzo en 1956, de Rome en 1960 et de Tokyo en 1964. Il est nommé au gouvernement espagnol secrétaire des sports par Franco en 1967. Il est membre, vice-président puis président du comité national olympique espagnol de 1962 à 1970. Parallèlement à sa carrière au Comité international olympique, il abandonne la politique intérieure espagnole et se fait nommer ambassadeur d'Espagne en Union soviétique et en Mongolie de 1977 à 1980. Il a en effet négocié avec le premier ministre Adolfo Suarez ce poste d'ambassadeur à Moscou où se déroulent les prochains Jeux olympiques et où il pourra briguer la présidence du CIO grâce aux relations qu'il tisse avec les dirigeants du bloc de l'Est et le réseau de son ami Horst Dassler, patron d'Adidas[4].

De1964 à 1977, durant trois législatures, il est procureur aux Cortes (député) du régime franquiste et conseiller national du Movimiento Nacional[2]. En 1973, il devient président de la Diputacio catalane (gouvernement régional de la province de Barcelone). Cette ascension sous le régime franquiste lui fait déclarer en 1967 « Je suis franquiste à cent pour cent » et à la mort du Caudillo Franco en 1975 « Je considère que la figure et l'œuvre réalisée par le Caudillo s’inscrira dans l’histoire comme l’un des plus grands Chefs d’Etat du XXe siècle. La prise en main de l’Espagne par Francisco Franco durant 39 ans a signifié pour elle l’ère de prospérité et de paix la plus longue que notre pays ait connue depuis bien des siècles ». D'ailleurs, il crée en 1975 la Concordia catalana, parti franquiste local[5]. Son passé franquiste ressort en 2009 lorsque la presse espagnole ressort une photo de 1974 le montrant exécuter le salut fasciste[6].

Sa réussite politique ne l'empêche pas de se construire un petit empire dans le textile, la banque et l'immobilier, en Espagne et en Amérique latine[7].

À Moscou, selon l’historien russe Yuri Felshtinsky et l’ex-lieutenant colonel du KGB Vladimir Popov, Juan Antonio Samaranch tombe sous la coupe du KGB. Le service d'espionnage soviétique l'a surpris tentant de faire passer illégalement des icônes russes en Espagne par la valise diplomatique. Il est alors utilisé non comme espion mais comme agent d'influence. Pour défendre les intérêts russes dans le domaine sportif, Samaranch s’avère efficace. Ainsi, en 1980, il sauve partiellement les Jeux olympiques de Moscou mis à mal par la consigne de boycott donnée par les États-Unis. Il s'abstient autant que faire se peut de lutter efficacement contre le dopage, ce qui favorise le bloc de l'Est (et les États-Unis) ; il couvre des dirigeants sportifs de l'ancien bloc de l'Est, impliqués dans un scandale de corruption aux JO de Salt Lake City, il fait jouer ses réseaux pour obtenir que la ville russe de Sotchi accueille les Jeux olympiques d'hiver de 2014[8]. Néanmoins Mark Adams, directeur de la communication du CIO déclare qu'il ne s'agit que de « pure spéculation » et que Monsieur Samaranch ne souhaite pas les commenter[9].

Le roi d'Espagne lui attribue le titre de marquis de Samaranch le en remerciement du rôle majeur joué dans l'attribution en 1986 des JO de Barcelone (au détriment de Paris principalement).

Président du CIOModifier

 
Cérémonie d'ouverture de la 112e session du CIO à Moscou avec Juan Antonio Samaranch et Vladimir Poutine.

En 1965, il pose sa candidature au Comité international olympique alors dirigé par Avery Brundage. Ses chances sont faibles car l'Espagne, « petite nation olympique », a déjà un représentant au Comité. Samaranch entame une cour assidue, il invite les époux Brundage dans sa villa sur la Costa Brava. C’est payant, le Président du CIO impose sa candidature malgré l'hostilité de plusieurs membres et il est coopté en 1966 à une très faible majorité. Il devient membre du Comité exécutif en 1970. Brundage lui confie l'organisation des cérémonies d'ouverture et de fermeture des JO (chef du protocole de 1968 à 1975 et de 1979 à 1980) : à cette occasion, Samaranch édicte de nombreux règlements (interdiction aux membres des défilés d'agiter des mouchoirs ou de prendre des photographies par exemple). Grâce à ses relations, cet homme de réseaux (Samaranch est surnommé « Ça m'arrange » dans le milieu sportif français) est élu vice-président du CIO de 1974 et le reste jusqu'en 1978[2].

Après les Jeux d'été de 1980, le président Lord Killanin ne se représente pas au terme de son mandat alors Samaranch – avec l'aide notamment de deux hommes d'influence précurseurs en matière de sponsoring, Horst Dassler (Adidas) et André Guelfi (Le coq sportif) – lui succède le 17 juillet 1980, jour de son anniversaire. Son principal concurrent,  Willi Daume (de), président du Comité national olympique ouest-allemand voit ses chances anéanties par le boycott par son pays des Jeux olympiques de Moscou en 1980. À l'inverse les voix des membres des pays du bloc de l'est vont à Samaranch qui est parvenu, grâce à son influence au sein du comité olympique espagnol, à faire en sorte que son pays y soit présent, malgré la consigne de boycott donnée par les États-Unis à tous les pays du « monde libre » (en protestation contre l'invasion de l'Afghanistan par l'Armée rouge).

Durant son mandat, se produit ce que certains appellent « la révolution Samaranch » : poursuite de l'abandon de l’amateurisme et de commercialisation de ce spectacle planétaire que sont les JO par le développement du sponsoring, du merchandising et par la négociation des droits télévisuels[10]. La charte olympique de Coubertin indique : « L’emploi du drapeau, de la flamme, du symbole et de la devise olympique ne peut donner lieu à des opérations de nature commerciale », Samaranch y ajoute 4 mots : « sauf pour le CIO »[2]. Avant lui, il y avait déjà eu de nombreuses entorses à cette charte, Samaranch officialise son abandon total.

Après 21 ans de règne sur le CIO (le plus long règne après celui de Pierre de Coubertin) au cours duquel il est réélu par acclamation en 1985, 1989, 1993 et 1997, il est remplacé en 2001 à la tête du CIO par Jacques Rogge, le successeur qu'il a lui-même désigné, mais reste président d'honneur à vie et fait coopter son fils, Juan Antonio junior la même année.

Le bilan de son mandat est contrasté : le CIO était à l'origine un petit club privé, formé pour l'essentiel d'aristocrates européens désintéressés, il a vite grandi – dès 1904 les JO avaient lieu aux États-Unis – pour devenir sous Samaranch une organisation puissante, influente et indépendante des états, si ce n’est des multinationales. Les JO sont devenus la seconde compétition sportive mondiale, après la coupe du monde de football. Surnommé le « seigneur des anneaux » – et le « saigneur des anneaux par un journaliste de Télérama » –, il aurait contribué à donner une stature internationale aux Jeux qui, selon certains, n'intéressaient que les passionnés pendant la guerre froide[réf. nécessaire] et étaient souvent déficitaires. Le déficit financier des Jeux olympiques de Montréal étaient de 172 millions de dollars. Les JO de Los Angeles étaient rentables[réf. souhaitée]. Le déficit est réglé par les comités olympiques des villes hôtes et in fine par celles-ci. La rentabilité comptable immédiate n'est pas l'objectif de ces villes, ce qui leur importe c'est le gain en termes d'image. Les jeux olympiques sont des opérations de marketing politique. Cependant leur coût, toujours plus élevé, est devenu démesuré pour certains économistes du sport, la question divise[11]. Samaranch accorde une représentation aux femmes au sein du CIO, multiplie les épreuves olympiques féminines, met en place le Tribunal arbitral du sport et, tardivement, l'Agence mondiale antidopage. Toutefois en matière d’épreuves féminines, Samaranch et les JO sont généralement à la traine : en athlétisme, par exemple, le marathon et le 400 mètres haies ne sont ouverts aux femmes qu’en 1984 et le saut à la perche en 2000.

Il crée le Musée olympique à Lausanne et fait de la ville suisse la capitale olympique en y placant le siège du CIO dans le château de Vidy[12]. Sur le mur d’honneur du hall d’entrée de ce musée sont gravés les noms Coca-cola, Hitachi, Kodak, Toshiba, IBM et Adidas. Œuvre d'art sponsorisée, coût 41,8 millions de dollars[2].

Accusé de népotisme régentant le Comité par le système de cooptation intuitu personnae – peu démocratique mais préexistant – , le « saigneur des anneaux » est soupçonné de corruption par les États-Unis lors des JO de Salt Lake City mais bénéficie d'un non-lieu grâce à son statut[13] ; à cette occasion, il perd son poste de président de la Caixa[14], la première caisse d'épargne espagnole. Voulant les pleins pouvoirs au siège de Lausanne, il démet de ses fonctions la directrice générale Monique Berlioux en 1985[15]. Favorisant l'argent au détriment de « l’idéal olympique », le CIO de Samaranch attribue les jeux de 1996 à la ville d’Atlanta au détriment d’Athènes qui semblait être l’hôte évidente pour célébrer le centenaire des JO de l'ère moderne. Ces Jeux d’Atlanta seront appelés « Jeux Coca-Cola » à cause du parrainage quasi exclusif accordé à cette marque. L'ère Samaranch est également marquée par des affaires de dopage, notamment celle du Canadien Ben Johnson aux JO de Séoul en 1988[16]. L'académicien Maurice Druon s'adresse à lui en ces termes : « Le cœur de Pierre de Coubertin se trouve à Olympie, est-ce à Wall Street qu’il conviendra de déposer l’urne contenant le vôtre. »[2]

FamilleModifier

Samaranch s'est marié le à Maria Teresa Salisachs-Rowe (), héritière de la plus grosse fortune industrielle d'une grande dynastie du textile de la Catalogne et grande amie de Carmen Franco, la fille unique de Franco. Connue sous le surnom de "Bibí", elle lui donne deux enfants, Maria Teresa Samaranch Salisachs (née en 1956, elle est élue présidente de la fédération espagnole de hockey) et Juan Antonio Samaranch i Salisachs, (né le , élu au CIO en 2011, chargé de la coordination pour JO d’hiver à Sotchi en 2014)[5].

MortModifier

 
Musée de l'Olympisme et du Sport Juan Antonio Samaranch à Barcelone.

Le , il est victime d'un malaise cardiaque alors qu'il assistait au Sportel à Monaco. À l'hôpital Princesse-Grace, on lui découvre une « insuffisance coronarienne aiguë »[17]. Ayant été hospitalisé à plusieurs reprises, il avait essuyé une première alerte cardiaque en 2001, ce qui avait précipité son départ de la tête du CIO.

Le , il est hospitalisé à Barcelone en raison d'un nouvel incident cardiaque. Le 20, ses médecins déclarent son état « grave et irréversible », il meurt quelques heures plus tard. Sa messe de funérailles dans la cathédrale de Barcelone a lieu en présence du roi d'Espagne Juan Carlos Ier, du prince Albert II de Monaco et de nombreuses personnalités, notamment Rafael Nadal qui porte son cercueil avec d'autres sportifs espagnols. Il est ensuite incinéré dans l'intimité. Il repose désormais au cimetière de Montjuïc.

En , le Museu Olímpic i de l'Esport est rebaptisé en son honneur le Musée de l'Olympisme et du Sport Joan Antonio Samaranch (en). La même opération est réalisée en 2001[18] pour le stade rénové de Vidy[19].

DistinctionsModifier

PrixModifier

DécorationsModifier

Nationaux (  Espagne) :

Etrangers :

HonneursModifier

Il a obtenu plusieurs Doctorats honoris causa :

Notes et référencesModifier

  1. Juan Antonio Samaranch, Le JDD
  2. a b c d e et f Patrick Pesnot, « Samaranch » dans Rendez-vous avec X, 7 mai 2011
  3. Vyv Simson et Andrew Jennings, Main basse sur les J.O., éd. Flammarion, 1992
  4. a et b Sylvain Cypel, « Juan Antonio Samaranch, ancien président du Comité international olympique », Le Monde, 23 avril 2010
  5. a b et c « Mort de Juan Antonio Samaranch, le marchand du temple olympique », Libération, 22 avril 2010
  6. Photo de Samaranch faisant le salut fasciste
  7. « Juan Antonio Samaranch, Le maître des sports », L'Express, 14 août 1997
  8. Vladimir Popov et Boris Gulko, Quand le KGB joue aux échecs, éd. Terra Moscou, 2009
  9. Woodward et Newtonn, « Samaranch de bosser pour le KGB », Bakchich.info, 23 novembre 2009
  10. Le CIO touche ainsi 3 % de chaque contrat commercial lié aux JO et 10 % des bénéfices constatés à l’issue des Jeux.
  11. « La course aux Jeux olympiques 2012 : le coup de Trafalgar », sur France inter (Affaires sensibles),
  12. Le château de Vidy, un siège permanent pour le CIO
  13. Ayant obtenu en 1981 le statut d'organisation internationale non-gouvernementale de droit privé suisse, les membres du CIO sont irresponsables judiciairement.
  14. Poste rémunérateur alors que celui de sa présidence du CIO est bénévole, bien qu'il bénéficie de frais de représentations illimités.
  15. Pierre Morath, Le CIO à Lausanne : 1939-1999, Cabedita, (lire en ligne), p. 110
  16. Raymond Pointu, Jaume Boix et Arcadio Espada, Juan Antonio Samaranch, 1894-1994, l’héritage trahi, éd. Romillat, 1994
  17. (en) « Juan Antonio Samaranch victime d'un malaise cardiaque », le , sur lematin.ch.
  18. « Le stade de Vidy rénové prend le nom de Juan Antonio Samaranch », .
  19. La Municipalité rend hommage à Juan Antonio Samaranch, Communiqué de la Municipalité de Lausanne, .
  20. http://www.slovak-republic.org/symbols/honours/
  21. https://www.olympic.org/fr/monsieur-juan-antonio-samaranch
  22. https://tf.hu/dijak-kituntetesek/honoris-causa-doktor
  23. https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_no_site=217&owa_no_fiche=23
  24. http://www.upm.es/UPM/SalaPrensa/Noticias?fmt=detail&prefmt=articulo&id=83f702d2aa428210VgnVCM10000009c7648a____
  25. (en) « Doctor Honoris Causa », sur UniBuc, (consulté le ).
  26. Arrêté du 3 mars 1995 conférant le titre de docteur honoris causa

Voir aussiModifier

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Liens externesModifier