Juan-José Espana

Juan-José Espana
pseudonyme : Molina
Juan-José Espana

Surnom Molina
Nom de naissance Juan José Eugénio Espana
Naissance
Paris (20e)
Décès (à 90 ans)
Châteaubriant
Allégeance Drapeau de la France France libre
Drapeau de la France France
Arme artillerie
Unité 35e RAD
1re division française libre
2e régiment d'artillerie
Grade Colonel de réserve honoraire
Commandement Place forte de Nouméa
Service du chiffre en Libye
Conflits Seconde Guerre mondiale
Distinctions Compagnon de la Libération
Croix de Guerre 1939-1945
Médaille de la Résistance
Officier de la Légion d’honneur
Autres fonctions Ingénieur Supélec,
PDG Éts. Huard-UCF

Emblème
Liste des compagnons de la Libération

Juan-José Espana (1909-2000) (utilisant pendant la guerre le pseudonyme de « Molina ») est un Ingénieur Supélec français qui devient militaire dans l'artillerie pendant la Seconde Guerre mondiale, de lieutenant à chef d'escadron, avant de redevenir un entrepreneur. Il est l'un des 1 038 compagnons de la Libération.

Cité dès le début du conflit pour son attitude lors de l'opération Dynamo, il est blessé et fait prisonnier avant de s'évader pour rejoindre le Général de Gaulle en Angleterre. Engagé dans les Forces françaises libres, il participe à des missions sur de nombreux théâtres d'opérations, notamment dans le Pacifique : Nouméa, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna ; en Libye ; dans les campagnes de Tunisie et d'Italie ; et enfin dans la bataille de France, à Toulon, Belfort, Strasbourg, et dans les Alpes.

Redevenu civil en 1945, il retrouve un poste de direction dans l'entreprise Huard-UCF de Châteaubriant qu'il avait quitté lors de la mobilisation de 1939 et en 1967 il est nommé président-directeur général.

BiographieModifier

Enfance et formationModifier

Juan-José Espana est né le dans le 20e arrondissement de Paris. Son père, Jean-Manuel Espana, est ingénieur et administrateur de société et sa mère est née Marie Jeunot. Il fait ses études secondaires à l'Institution Franchot de Choisy-le-Roi[1].

Plus tard, il est envoyé à Lille pour suivre une formation d'ingénieur à l’Institut catholique d'arts et métiers. Devenu ingénieur généraliste, il poursuit sa formation en intégrant l’École supérieure d'électricité de Paris[2]. En 1932, l'ingénieur Espana a 23 ans, lorsqu'il est volontaire pour effectuer son service militaire comme élève officier de réserve (EOR) à l'École de l'artillerie de Poitiers[3].

Ingénieur chez Huard à ChâteaubriantModifier

En 1936, Juan-José Espana rejoint la Loire-Atlantique, à Châteaubriant, pour un emploi d'ingénieur dans la « société anonyme des établissements Huard »[4], qui produit du matériel agricole et notamment la charrue brabant dont elle est le plus grand producteur français[5]. Son patron, Paul Huard (1901-1996[6]), est le fils de l'industriel Jules Huard (1868-1933) qui a développé le petit atelier créé, en 1863, par son père le « constructeur-mécanicien »[7] Jean-François Huard (1838-1899)[5].

Évoluant dans cette entreprise, il est nommé adjoint au directeur technique en 1939, peu de temps avant le début de la Seconde Guerre mondiale[2].

Militaire pendant la Seconde Guerre MondialeModifier

D'Espana à Molina : cité, blessé, prisonnier, évadéModifier

Après l'invasion allemande de la Pologne, la mobilisation générale française est décidée le et applicable le lendemain. Juan-José Espana est mobilisé en tant qu'officier de réserve[8], comme lieutenant au 35e régiment d’artillerie divisionnaire (RAD)[3].

 
Le lieutenant Espana participe à la bataille de Dunkerque en 1940 (illustration du film Divide and Conquer, 1943).

En , le lieutenant Espana est engagé dans bataille de Dunkerque. Le il reçoit une citation militaire pour son comportement au combat à Téteghem : « sous des feux intenses d'artillerie et d'aviation ennemies, il exécute avec le plus grand calme un changement de position difficile »[3]. Le , le lieutenant avec sa huitième batterie est à Rosendaël chargé de couvrir les opérations d'embarquement des alliés. Il fait tirer ses canons et ses mitrailleuses jusqu'au moment, dans la journée du , où il est blessé à la cuisse par un éclat d'obus et une balle, alors que se batterie était la dernière encore en action. Gravement blessé, Espana est envoyé à l'hôpital de Zuydcoote pour y subir une opération urgente. Ce même jour, il y est fait prisonnier. Plus tard, les allemands le transfèrent au Touquet puis dans un camp à Lille[9].

Lorsqu'il va mieux, le , il en profite pour se soustraire à la surveillance de ses gardes et rejoindre son ancienne école d'ingénieur lilloise où un père jésuite lui fournit une fausse carte d'élève espagnol au nom de « Molina ». Il lui donne également un vieux vélo et après un long périple, en partie à pied « en boîtant et se cachant »[10], où il a traversé Paris et la ligne de démarcation, Molina rejoint l'Espagne, après trois tentatives, de passage de la frontière[11]. Pris pour une déserteur, ou un républicain[a] il est arrêté et emprisonné au camp de Figueras avant d'être transféré à Reus puis Madrid. Après trois mois d'internement il est libéré[3],[b] le [11], ce qui lui permet de rejoindre Cadix et d'embarquer sur un navire pour la Grande-Bretagne[9].

Officier de la France libreModifier

Le , il arrive en Angleterre. Le lendemain, il « rencontre le Générale de Gaulle »[9], puis s'engage sous le nom de Molina dans les Forces françaises libres. Son souhait d'aller dans une unité combattante n'est pas exaucé car sa blessure n'est pas encore parfaitement cicatrisée. Le lieutenant Molina est nommé instructeur, poste qu'il partage avec deux sous-lieutenants, au peloton d'artillerie, sous les ordres du commandant Maurice Vermeil de Conchard, de l'école des élèves officiers de Camberley[3],[12].

Thierry d’Argenlieu, le [13], est nommé haut-commissaire de la France libre pour le Pacifique. Argenlieu quitte l'Angleterre en avec les membres de sa mission, dont Molina[14], ils arrivent à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, le [15]. Molina, qui a été promu capitaine[9], est chargé d'évaluer et organiser la défense côtière de l'île et d'assurer le commandement de la « place forte de Nouméa », ce qui lui donne l'autorité sur l'artillerie présente sur ce territoire[16].

Le , le commandement des forces terrestres de l'île rend opérationnel le plan, du capitaine Molina, intitulé « projet d'action au moment d'une attaque avec répartition des effectifs et de l'armement aux points forts »[17]. Le , le Capitaine Molina participe au ralliement de Wallis-et-Futuna à la France libre, en dirigeant un corps expéditionnaire, débarqué du Chevreuil, qui reçoit la reddition du résident Vrignaud (resté fidèle à Vichy) sans violence[18].

Il rejoint le la 1re division des Français Libres en Libye, où il dirige le service du chiffre. Il est affecté le au 2e régiment d’artillerie et participe aux campagnes de Tunisie, d’Italie, de Toulon, de la trouée de Belfort, de Strasbourg, jusqu’aux dernières campagnes des Alpes en .

Il termine la guerre comme Chef d'escadron.

Retour à la vie civile en 1945Modifier

Mariage, directeur et PDG de Huard-UFCModifier

Après la fin de la guerre, démobilisé, redevenu Juan-José Espana, il retourne à Châteaubriant où il épouse, le , mademoiselle Denise Dislaire (1920-1999). Le couple aura trois enfants : Colette, Jean-Louis et Bernard[1].

 
Affiche Huard de 1911.

Des son retour, Juan-José Espana réintègre l'entreprise qu'il avait quittée lors de la mobilisation de 1939. Il est nommé directeur commercial de la société qui est maintenant dénommée société anonyme Huard-UCF (Union Charrues France)[1],[3]. Il est ensuite nommé directeur de l'entreprise en 1958. Neuf ans plus tard, en , il est nommé Président-directeur général[3].

En 1969, un mécontentement prend de l'ampleur à la fonderie Huard, une filiale établie également à Châteaubriant. Le , les ouvriers se mettent en grève, les négociations échouent. Le directeur de la fonderie, Jacques Bardot, se retranche derrière le fait qu'il n'a pas la possibilité de prendre ces décisions puisqu'il dépend de sa maison mère. Le , les ouvriers vont manifester devant l'usine de machines agricoles, ils obtiennent une entrevue avec le PDG du groupe, Juan-José Espana. La discussion s'éternisant sans résultats probants, au bout de trois heures les grévistes rentrent dans le hall et indiquent qu'ils ne quitteront ce lieu qu'avec un résultat. Espana répond qu'il se considère comme séquestré, ce que réfutent les syndicats. La situation dure, toutes les initiatives syndicales, y compris soutenues par l'inspection du travail, échouent. Les grévistes finissent par quitter les lieux le . Après d'autres négociations un compromis est accepté et le travail reprend, mais la direction porte plainte pour séquestration. Une enquête est diligentée et aboutit à un non-lieu[19].

En 1970, le volume des ventes de l'entreprise Huard est important : en France ce sont 21 500 machines, soit plus de la moitié du marché et à l'exportation le chiffre de 4 000 unités de charrues de motocultures fait toujours figurer Huard à la première place en Europe pour les charrues brabant. En 1971, Juan-José Espana est toujours le PDG du groupe, il dispose d'un directeur assistant Jean Huard, fils de Paul Huard qui est président honoraire[20].

D'un caractère plutôt réservé, Juan-José Espana est perçu comme « glacial » par ses salariés qui le surnomment « le colonel » en référence a son parcours militaire[2].

Décès et sépultureModifier

Juan-José Espana meurt à Châteaubriant le . Ses obsèques ont lieu le avec un hommage remarqué rendu par l'Armée française[3],[21]. Il est inhumé, comme son épouse Denise l'année précédente, au cimetière de Béré à Châteaubriant[22].

DistinctionsModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Suivant les sources il est pris pour un « déserteur » ou un « républicain ».
  2. Les sources alternent entre « libéré » et « de nouveau évadé ».

RéférencesModifier

  1. a b et c Lafitte et Taylor 1969, p. 647.
  2. a b et c Alliot et al., p. 162.
  3. a b c d e f g h i j k l m n et o Ordre de la Libération 2018, p. fiche web.
  4. Bouvet 2007, p. 296.
  5. a et b Bouvet 2007, p. 281.
  6. Avril 2002, p. 203.
  7. Bouvet 2007, p. 282.
  8. Roumeguère 2014, p. 11.
  9. a b c et d Alliot et al., p. 163.
  10. Lestrade 1997, p. 199.
  11. a et b Roumeguère 2014, p. 18.
  12. Cornil 2008, p. web.
  13. Vaisset 2009, § 21.
  14. J. 2000, p. 15.
  15. Vaisset 2009, § 27.
  16. Daly 2002, p. 85.
  17. Daly 2002, p. 110.
  18. Regnault 2004, p. 198-199.
  19. La-Mée 1988, p. web.
  20. CNEEMA 1971, p. 34.
  21. Alliot et al., p. 164.
  22. Mairie-Châteaubriant 2018, p. fiche web.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jean-Baptiste Mattei, « Le ralliement des îles Wallis », Revue de la France Libre, no 99,‎ (lire en ligne, consulté le 23 novembre 2018).
  • Jacques Lafitte et Stephen Taylor, « Espana, Jean, José, ingénieur industriel », dans Qui est qui en France, J. Lafitte, (lire en ligne), p. 647.  .
  • CNEEMA, « Les usines Huard UFC de Châteaubriant (Loire-Atlantique) », Bulletin d'information du CNEEMA,‎ , p. 33-37 (lire en ligne, consulté le 25 novembre 2018).
  • Claude Lestrade, « Quelques souvenirs de Tahiti de 1942 à 1945 (2e partie) », Journal de la Société des Océanistes, no 95,‎ , p. 251-274 (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2018).
  • Claude Lestrade, « Le ralliement de Wallis à la « France libre » (1942) », Journal de la Société des océanistes, no 105,‎ , p. 199-203 (lire en ligne, consulté le 21 novembre 2018).  .
  • J. J., « Juan-José Espana : Compagnon de la Libération », Le Monde,‎ , p. 15 (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2018).
  • Jean-Loup Avril, « Paul Huard », dans 1000 bretons : dictionnaire biographique, Rennes, Les Portes du Large, (ISBN 9782914612074, lire en ligne), p. 203.  .
  • Henri Daly, Nouvelle-Calédonie : porte-avions américain dans les mers du Sud, Société d'études historiques de la Nouvelle-Calédonie, coll. « Publication » (no 60), , 321 p. (ISBN 9782951723009, lire en ligne).  .
  • Jean-Marc Regnault, « La France Libre, Vichy et les Américains : Des relations difficiles dans le Pacifique en guerre. L'exemple des îles Wallis et Futuna (1940-1942) », Outre-Mers. Revue d'histoire, vol. 91, no 344,‎ , p. 181–200 (DOI 10.3406/outre.2004.4118, lire en ligne, consulté le 17 janvier 2019).  .
  • Christian Bouvet, « Jules Huard, pionnier et industriel de la charrue (1868-1933) », dans Actes du congrès de Concarneau : La Bretagne de l'Aven à l'Odet - Novateurs et innovations - Comptes rendus bibliographiques - Chroniques des sociétés historiques, t. LXXXV, Rennes, Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, coll. « Mémoires », (lire en ligne), p. 281-299.  .
  • Guy Alliot, Paulette et Jacques Averbuch et al., « Jean José Espana : Compagnon de la Libération », dans Telles furent nos jeunes années : 1939-1945, le pays castelbriantais sous l'Occupation, Châteaubriant, La Mée, coll. « Les dossiers de La Mée », , 2e éd., 256 p. (ISBN 978-2-9520381-1-9, notice BnF no FRBNF42262140, lire en ligne).  .
  • Thomas Vaisset, « Une défense sous influence : L’amiral Thierry d’Argenlieu et la dépendance de la France libre à l’égard des alliés dans les territoires français du Pacifique (1940-1942) », Revue historique des armées, no 257,‎ , p. 101-121 (lire en ligne, consulté le 24 novembre 2018).  .

WebographieModifier

Articles connexesModifier