John Brown

Activiste abolitionniste américain

John Brown, né le à Torrington dans le Connecticut et mort par pendaison le à Charles Town, en Virginie (maintenant en Virginie-Occidentale), est un abolitionniste américain qui en appela à l'insurrection armée pour abolir l'esclavage[1]. Il est l'auteur des assassinats de Pottawatomie en 1856 au Kansas et d'une tentative d'insurrection à Harpers Ferry en 1859 qui se termine par son arrestation, sa condamnation à mort pour trahison contre l'État de Virginie et par sa pendaison.

John Brown
1846-47 John Brown by Augustus Washington (without frame).jpg
Portrait de John Brown par Augustus Washington, c. 1846-47
Fonction
Commandant en chef
Armée provisionnelle (d)
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
John BrownVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnoms
Osawatomie
Isaac SmithVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Domiciles
Formation
Activités
Père
Owen Brown (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Ruth Mills (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Frederick Brown (d)
Owen Brown
Oliver Brown
Watson Brown
John Brown Junior (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religion
Arme
Armée provisionnelle (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conflits
Commandement
Armée provisionnelle (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Archives conservées par
Louis Round Wilson Library (en) (94-z)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvres principales
signature de John Brown
signature

Le président Abraham Lincoln le décrivit comme un « fanatique »[2]. L'activisme sanglant de John Brown, son raid sur Harpers Ferry et sa fin tragique sont parmi les causes de la guerre de Sécession[3]. Personnalité contemporaine et historique très controversée, John Brown est ainsi décrit à la fois comme un martyr ou un terroriste, un visionnaire ou un fanatique, un zélote ou un humaniste[4],[5].

La chanson John Brown's Body (titre original de The Battle Hymn of the Republic) devint un hymne nordiste durant la guerre de Sécession.

Genèse d'un engagementModifier

John Brown est le fils de Owen Brown, un tanneur, et de Ruth Mills Brown, couple de confession calviniste[6],[7]. Il est amené à l'âge de douze ans à parcourir le Michigan où il séjournera chez un homme qui possédait un esclave noir. Les scènes de violences que l'on fait subir à l'esclave devant ses yeux fondent son engagement au même titre que les convictions transmises par son père[8]. En 1837, après l'assassinat d'un de ses amis directeur d'un journal abolitionniste, Brown se donne pour mission d'éradiquer l'esclavage.

Brown est entrepreneur de métier, mais il rencontre de grosses difficultés professionnelles et fait faillite[9] plus de vingt fois dans six États différents. Il est criblé de dettes mais pense être l'envoyé de Dieu sur Terre[10],[11].

Du militantisme abolitionniste à l'activismeModifier

 
Le premier portrait connu de John Brown c. 1846 est un daguerréotype d'Augustus Washington[12].

En 1847, il rencontre Frederick Douglass[13], ancien esclave noir devenu orateur et futur homme politique (sa colistière Woodhull le brigua contre son gré à la vice-présidence des États-Unis en 1872). Il s'installe en 1849 dans une communauté noire de l'État de New York[14].

Son action devient plus violente à partir de 1855 : aidé de cinq de ses fils, il part dans le Kansas, alors que l'acte Kansas-Nebraska vient de rouvrir la question de l'esclavage[15]. Il est aidé pour cela, financièrement, par de nombreux abolitionnistes. Il rencontre le philosophe Henry David Thoreau qui lui voue, par la suite, une admiration sans bornes et qui prend une part active contre l'esclavage, par le biais de nombreuses conférences et d'aide aux fugitifs. Il va être l'un des protagonistes des confrontations entre pro-esclavagistes et abolitionnistes, qui seront appelées Bleeding Kansas.

En 1856, à Pottawatomie Creek, lui et ses hommes tuent cinq colons esclavagistes à coups de sabre au motif qu'ils font partie des « légions de Satan ». Il s'agit pour lui de répondre au massacre du Kansas de 1856, où des groupes organisés par le sénateur esclavagiste du Michigan David Atchison ont harcelé des colons non esclavagistes puis mis à sac Lawrence[16]. Lors de la bataille d'Osawatomie, au Kansas, il défendit le village contre 400 hommes armés[17].

En 1858, à Chatham, dans l'Ontario, il réunit dans une convention ses partisans et d'anciens esclaves réfugiés là. Ils adoptent lors de cette convention une constitution interdisant l'esclavage aux États-Unis, dite Provisional Constitution and Ordinances for the People of the United States.

En 1859, avec l'aide de dix-huit hommes[18], il s’empare d’un arsenal fédéral à Harpers Ferry, en Virginie pour lancer l’insurrection ()[19]. Le raid de John Brown contre Harpers Ferry tourne au désastre : aucun esclave ne le rejoint, Brown est grièvement blessé de plusieurs balles, et deux de ses fils sont tués. Il est jugé à Charleston pour meurtre et trahison[20] envers l'État de Virginie ; condamné à mort, il est exécuté par pendaison le [18],[21]. Avant son exécution, il affirme que « Si j'avais fait ce que j'ai fait pour les Blancs, ou pour les riches, personne ne me l'aurait reproché »[16].

John Brown deviendra un symbole de la lutte pour l’abolition de l’esclavage. La bataille d'Osawatomie lui vaudra une statue dans la ville, dont le nom sera repris par le Weather Underground dans les années 1970 pour son journal.

RéactionsModifier

 
John Brown, dessin de Victor Hugo.

Victor Hugo, depuis son exil à Guernesey, tentera d’obtenir sa grâce : il adressera une lettre ouverte qui paraîtra dans la presse européenne et américaine[22],[23]. Ce texte, qui annonce comme une prémonition la guerre civile, vaudra au poète bien des critiques aux États-Unis.

« [...] Au point de vue politique, le meurtre de Brown serait une faute irréparable. Il ferait à l’Union une fissure latente qui finirait par la disloquer. Il serait possible que le supplice de Brown consolidât l’esclavage en Virginie, mais il est certain qu’il ébranlerait toute la démocratie américaine. Vous sauvez votre honte, mais vous tuez votre gloire.

Au point de vue moral, il semble qu'une partie de la lumière humaine s’éclipserait, que la notion même du juste et de l’injuste s’obscurcirait, le jour où l’on verrait se consommer l’assassinat de la Délivrance par la Liberté. [...]

Oui, que l'Amérique le sache et y songe, il y a quelque chose de plus effrayant que Caïn tuant Abel, c’est Washington tuant Spartacus. »

— Victor Hugo, Hauteville-House, 2 décembre 1859

L'édition des œuvres complètes de Victor Hugo parue chez Jean-Jacques Pauvert indique que cette lettre n'arriva toutefois à destination qu'après l'exécution de John Brown.

Henry David Thoreau écrivit un long Plaidoyer pour John Brown et prononça un éloge funèbre, lors d'un office à Concord, le , date de son exécution[24].

Le futur président Abraham Lincoln, dans un contexte tendu (le pays est alors au bord de la guerre de Sécession), quoique abolitionniste comme Brown, ne s’opposera pas à l’exécution et prendra même ses distances avec l’action de ce dernier, dont il condamnera la violence.

Cyprian Norwid, grand artiste et penseur polonais du XIX° siècle ami de Chopin et poète favori de Jean Paul II, a écrit un poème en hommage à John Brown dont voici un extrait (traduction de Krzystof Jezewski)[25],[26] :

(...) Que l’on rabatte ton chapeau sur ton visage

Afin que l’Amérique ayant reconnu son fils

Ne s’écrie point sur ses douze étoiles:

« Éteignez les feux d’artifice de ma couronne,

La nuit descend — la nuit noire au visage de Nègre!» (...)

SymboleModifier

La condamnation à mort de John Brown fournit à la cause abolitionniste un martyr auquel se rallier. Dorénavant, celui-ci deviendra la référence de son combat, et inspirera une chanson qui deviendra l'hymne de la cause chez tous les abolitionnistes de l'Union :

John Brown's body lies a-mold'ring in the grave
His soul goes marching on
(Le corps de John Brown gît dans la tombe.
Son âme, elle, marche parmi nous.)


Notes et référencesModifier

  1. (en) « John Brown | Biography, Harpers Ferry, & Pottawatomie Massacre », sur Encyclopedia Britannica (consulté le 6 novembre 2019)
  2. Frederick J. Blue in American Historical Review (avril 2006) v. 111 p. 481-2.
  3. David Potter, The Impending crisis, pages 356-384.
  4. David S. Reynolds, John Brown, Abolitionist : The Man Who Killed Slavery, Sparked the Civil War, and Seeded Civil Rights (2005) ; Ken Chowder, The Father of American Terrorism, American Heritage (2000) 51(1) : 81+ en ligne à http://files.blog-city.com/files/M06/158072/b/chowder.pdf « Copie archivée » (version du 8 août 2007 sur l'Internet Archive) et Stephen Oates http://www.nps.gov/archive/hafe/jbrown/oates-text.htm
  5. (en-US) « John Brown: The Abolitionist Who Gave His Life To End Slavery And Helped Start The Civil War », sur All That's Interesting, (consulté le 6 novembre 2019)
  6. (en-US) « John Brown Biography - life, family, children, name, death, history, son, old, information, born, house », sur www.notablebiographies.com (consulté le 6 novembre 2019)
  7. (en-US) « John Brown », sur Biography (consulté le 6 novembre 2019)
  8. (en-US) Robert J. McNamara, « The Hanging of Abolitionist John Brown Helped Hasten the Civil War », sur ThoughtCo, (consulté le 6 novembre 2019)
  9. (en) « John Brown », sur American Battlefield Trust, (consulté le 6 novembre 2019)
  10. Documentaire : La guerre de Sécession - États-Unis, 1989 - Réalisateur : Ken Burns
  11. (en-US) « John Brown - Ohio History Central », sur ohiohistorycentral.org (consulté le 6 novembre 2019)
  12. (en) « John Brown by Augustus Washington », sur www.civilwar.si.edu.
  13. (en-US) « John Brown | Encyclopedia.com », sur www.encyclopedia.com (consulté le 6 novembre 2019)
  14. (en-US) « John Brown », sur www.pbs.org (consulté le 6 novembre 2019)
  15. (en) History com Editors, « John Brown », sur HISTORY (consulté le 6 novembre 2019)
  16. a et b Frank Browning, John Gerassi, Histoire criminelle des États-Unis, Nouveau monde, , p. 239
  17. (en-US) « Brown, John | Civil War on the Western Border: The Missouri-Kansas Conflict, 1854-1865 », sur civilwaronthewesternborder.org (consulté le 6 novembre 2019)
  18. a et b Foner, Eric. 2012. Give me liberty! :An american history. Seagull 3 ed. New York: W.W. Norton. p. 494
  19. (en-US) Fergus M. Bordewich, « John Brown’s Day of Reckoning », Smithsonian Magazine,‎ (lire en ligne)
  20. Trial of Brown. The Liberator, Vol. XXIX, No. 43, Oct. 28 1859, p. 3. [1]
  21. « Brown, John (1800–1859) », sur www.encyclopediavirginia.org (consulté le 6 novembre 2019)
  22. Lettre sur John Brown, reprise dans les Actes et paroles. Pendant l'exil (1859) (lire sur wikisource).
  23. Léon-François Hoffmann, « Victor Hugo, John Brown et les Haïtiens », Nineteenth-Century French Studies, Vol. 16, No. 1/2,‎ hiver 1987/1988, p. 47-58 (12 pages) (lire en ligne)
  24. (en-US) Michael Meyer, « Thoreau's Rescue of John Brown from History », Studies in the American Renaissance,‎ , p. 301-316 (16 pages) (lire en ligne)
  25. (en-US) George Kliger & Robert C. Albrecht, « A Polish Poet on John Brown », The Polish Review, Vol. 8, No. 3,‎ , p. 80-85 (6 pages) (lire en ligne)
  26. (en) « To Citizen Johna Brown », sur www.mission.net (consulté le 9 août 2020)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

EssaisModifier

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  • (en-US) W.E.B. Du Bois, John Brown, International Publishers, septembre 1909, rééd. 1974, 324 p. (OCLC 894779456, lire en ligne),
  • (en-US) Eve Marie Iger, John Brown, his soul goes marching on., New York, Young Scott Books, , 168 p. (OCLC 84667, lire en ligne),
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ArticlesModifier

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  • (en-US) Stephen B. Oates, « John Brown's Bloody Pilgrimage », Southwest Review, Vol. 53, No. 1,‎ , p. 1-22 (23 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) John J. McDonald, « Emerson and John Brown », The New England Quarterly, Vol. 44, No. 3,‎ , p. 377-396 (20 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Michael Meyer, « Thoreau's Rescue of John Brown from History », Studies in the American Renaissance,‎ , p. 301-316 (16 pages) (lire en ligne)
  • (en-US) Stuart Knee, « John Brown and the Abolitionist Ministry », Negro History Bulletin, Vol. 45, No. 2,‎ second trimestre 1982, p. 36-37, 42 (3 pages) (lire en ligne),
  • Léon-François Hoffmann, « Victor Hugo, John Brown et les Haïtiens », Nineteenth-Century French Studies, Vol. 16, No. 1/2,‎ hiver 1987/1988, p. 47-58 (12 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Charles J. G. Griffin, « John Brown's "Madness" », Rhetoric and Public Affairs, Vol. 12, No. 3,‎ , p. 369-388 (20 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) James Baldwin, Frank Shatz & Russell Banks, « John Brown's Body », Transition, No. 81/82,‎ , p. 250-266 (17 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Naton Leslie, « John Brown's Grave », The North American Review, Vol. 287, No. 3/4,‎ mai août 2002, p. 74-77 (4 pages) (lire en ligne),
  • (en-US) Paul Theerman, « John Brown's Body », West Virginia History, New Series, Vol. 5, No. 1,‎ , p. 75-80 (6 pages) (lire en ligne),

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Articles connexesModifier

  • Le Corps de John Brown est un poème épique sur la Guerre de Sécession de Stephen Vincent Benét, paru en 1928.
  • Pourfendeur de nuages (Cloudsplitter) est un roman historique américain de Russell Banks, paru en 1998, qui traite de l'histoire de l'abolitionniste John Brown.
  • L'oiseau du bon dieu (The Good Lord Bird) est un roman de James McBride paru en 2013 racontant l'action armée de John Brown des débuts au Kansas jusqu'à sa pendaison, vue par un jeune esclave libéré.

Liens externesModifier