Jean Erard de Belle-Isle

Jean Érard
Comte de Belle-Isle
Surnom Belle-Isle-Érard
Naissance 1637
à Alençon
Décès (à ~67 ans)
à la bataille de Vélez-Málaga
Mort au combat
Origine Français
Allégeance Drapeau du royaume de France Royaume de France
Arme Pavillon de la marine royale française Marine royale française
Grade Chef d'escadre
Années de service 1665-1704
Conflits Guerre de Candie
Guerre de Hollande
Guerre de la Ligue d'Augsbourg
Guerre de Succession d'Espagne
Famille Famille Erard

D'or, à une tige de trois feuilles de laurier sinople, accompagnée de trois merlettes de sable[1]

Jean Érard, seigneur puis comte de Belle-Isle, seigneur de Fontaine et de Badouère, dit Belle-Isle-Érard[2], né en 1637 à Alençon (Basse-Normandie) et tué à la bataille de Vélez-Málaga le , est un officier de marine français des XVIIe et XVIIIe siècles. Il sert dans la Marine royale durant la deuxième moitié du XVIIe siècle et prend part aux principaux conflits du règne de Louis XIV.

BiographieModifier

Jean Érard naît dans une famille de la noblesse de robe normande d'origine huguenote. Il hérite de la seigneurie de Belle-Isle, peut-être s’agit-il de la seigneurie bretonne de Fouquet ? Rien ne le prédispose à servir dans la Marine royale dans laquelle il ne dispose d'aucune « protections »[3].

Jeunesse et débuts dans la Marine royaleModifier

En 1665, il est promu lieutenant de vaisseau, il commande en cette qualité le vaisseau Le Sainte-Anne lors de l'expédition conduite en Méditerranée par le duc de Beaufort contre les pirates algériens[4]. Le , il est maintenu dans sa noblesse par jugement[1]. En 1669, il est aide-major, il est l'un des commandants du bataillon du chef d'escadre à la sortie des Français contre les Turcs devant Candie le 1er juin[5].

Guerre de Hollande (1672-1678)Modifier

Il reçoit un brevet de capitaine de vaisseau en 1673 et, la même année, il est commandant en second de L'Orgueilleux lors de la campagne navale qui a lieu au large des côtes de Hollande.

Il prend part à la campagne de Sicile en 1676, dans la flotte d'Abraham Duquesne. Le , à la bataille de Palerme, Belle-Isle commande le vaisseau Le Joly, et participe à la victoire remportée par le maréchal de Vivonne sur la flotte combinée d'Espagne et des Provinces-Unies[6].

L'année 1678 est marquée par de nouveaux succès. Capitaine de vaisseau, il monte Le Saint-Louis et est le 17 mars, dans l'escadre de six vaisseaux et trois brûlots commandée par marquis de Châteaurenault. La flotte française attaque une flotte de vingt et un bâtiments de guerre hollandais commandée par l'amiral Cornelis Evertsen, au large de l’Espagne. Malgré la disproportion des forces et l'habileté de son adversaire, le chef d'escadre français prend l'avantage en ne laissant pas au Hollandais le temps de former son ordre de bataille. Maltraitée, la flotte hollandaise profite d'un vent favorable pour fuir le combat.

Missions en MéditerranéeModifier

Il fait partie des capitaines qui servent dans l'expédition conduite par Duquesne devant Alger entre juillet et [7]. II commande à cette occasion le vaisseau Le Cheval Marin, armé de 44 canons. Au printemps suivant, il commande à nouveau un des vaisseaux du Roi, à bord duquel il combat et poursuit un vaisseau algérien qu'il contraint à s'échouer sur la côte d'Afrique.

Le , il commande un corps de troupes à la descente devant Gênes bombardement de Gênes. Il monte L’Assuré, 60 canons. Dans son Histoire de la République de Gênes, le chevalier de Mailly écrit : « Belle-Isle Erard fit rétablir un retranchement que les ennemis avoient abandonné, et s'en servit avec succès. Il les repoussa ensuite, accompagné du Comte des Goustes, du Chevalier de Feuquières, de S. André, Montmejan, Blenac, Lomé, & Julien de maniere, qu'ils furent contraints de passer la Riviere. Il laissa ces mêmes Officiers pour garder ce poste, & le Chevalier de Bussi dans un autre, qu'il défendit avec beaucoup de fermeté, quoi qu'il eût reçu un coup de mousquet à la jambe[8]. »

En 1686, commandant Le Marquis, il poursuit longtemps un vaisseau hollandais qui s'était écarté de sa route. Comme le lui avait prescrit le maréchal d'Estrées, vice-amiral de France, il est obligé de le combattre, et après une vigoureuse résistance de la part du capitaine hollandais qui est tué, il ramène le vaisseau à l'escadre française[9].

La question et la religion et la conversion au catholicismeModifier

Avant même la proclamation de l'Édit de Fontainebleau en 1685, qui révoque l'Édit de Nantes, les officiers de marine sont pressés par le ministre de la Marine Seignelay de se convertir au catholicisme. Ces incitations sont d'autant plus fortes que le ministre connait la valeur de ces officiers et de Belle-Isle-Erard en Particulier. Dans Abraham Du Quesne et la marine de son temps (1873), Auguste Jal écrit:

« M. Jean de Belle-Ile-Érard était un des officiers auxquels M. de Seignelay voulait le plus de bien, un des bons serviteurs qu'il espérait retenir dans la marine et auxquels un bel avenir était promis. »

Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1688-1697)Modifier

En 1693, le comte de Tourville est chargé d’intercepter le « Convoi de Smyrne », un convoi de navires marchands qui tous les ans quitte Smyrne pour se rendre en Angleterre. Dans la flotte de Tourville, Belle-Isle-Erard commande Le Saint-Esprit et participe à la capture de la flotte marchande, escortée par les vaisseaux du Vice-Admiral Rook, au large de Lagos les 17 et . Belle-Isle-Erard « y donne de grandes preuves de conduite et de courage[10]. »

Dans une lettre au duc de Gramont, datée du , le ministre de la Marine Pontchartrain en fait l'éloge : « Il est brave homme et fort entendu dans son mestier[11]. »

Guerre de Succession d'EspagneModifier

 
La bataille de Vélez-Málaga, huile sur toile par Isaac Sailmaker, v. 1704

En 1699, Belle-Isle-Erard est fait chevalier de Saint-Louis[12].

En , il est élevé au rang de chef d'escadre des armées navales pour la province de Provence. Il remplace le comte d'Esnots de Forbonest, gouverneur général des île françaises d'Amérique, décédé l'année précédente en Guadeloupe. Il est dans la même promotion que le Commandeur de Bellefontaine, le comte de Sepville, le marquis de la Galissonière[13] et le Bailli de Lorraine[14].

Le , au combat de Vélez-Málaga, il commande le vaisseau Le Magnifique, 90 canons, contre les escadres réunies d'Angleterre et de Hollande qui a lieu entre Malaga et Gibraltar. Il se trouve dans le corps de bataille, commandé par la comte de Toulouse, Amiral de France. Au cours du combat, Le Magnifique est pris entre six bâtiments ennemis, Belle-Isle-Erard est tué et son navire - trop endommagé pour être manœuvré - est pris en remorque par les galères, et sort de la ligne de feu, évitant ainsi de couler.

Notes et référencesModifier

  1. a et b Viton de Saint-Allais 1815, p. 86
  2. L'orthographe des noms propres n'ayant pas encore été définitivement fixé au XVIIe siècle, on trouve parfois son nom orthographié Bellisle-Erard ou Belle-isle-Errard.
  3. Peltier 2002, p. 273.
  4. Gazette de France du 16 septembre 1665
  5. Gazette de France du 25 août 1669
  6. Gazette de France du 23 juin 1676
  7. Gazette de France du 13 octobre 1682
  8. Chevalier de Mailly 1697, p. 379
  9. Marquis de Sourches 1836, p. 90
  10. Gazette de France du 1er août 1693
  11. Archives nationales de la Marine. B2 107 f.353.v
  12. d'Aspect 1780, p. 247
  13. Rolland Barrin de La Galissonière (1646-1736), père du comte de La Galissonière.
  14. Louis Alphonse Ignace de Lorraine (1675-1704) dit le bailli de Lorraine. Chevalier de Malte. Chef d'escadre des armées navales du Roi, il sert sur mer de 1690 à 1692. Il est tué lors de la bataille navale de Malaga le 24 août 1704.

Voir aussiModifier

Sources et bibliographieModifier

Ouvrages récentsModifier

Ouvrages anciensModifier

  • M. d'Aspect, Histoire de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis, vol. 3, Paris, chez la veuve Duchesne, (lire en ligne), p. 247
  • Marie-Thérèse Peltier, « Le chef d’escadre de Belle-Isle-Erard (1637-1704) : La conversion d'un officier de marine protestant au temps du Roi Soleil », Revue d’Histoire maritime, nos 2-3,‎ (ISBN 978-2-84050-219-7, lire en ligne)
  • Théophraste Renaudot, Gazette de France, vol. 1, (lire en ligne), p. 148
  • Chevalier de Mailly, Histoire de la république de Gênes depuis l'an 464 de la fondation…, vol. 3, (lire en ligne)
  • Marquis de Sourches, Mémoires secrets et inédits de la cour de France sur la fin du règne de Louis XIV, Beauvais, (lire en ligne), p. 90
  • Nicolas Viton de Saint-Allais, Nobiliaire universel de France ou Recueil général des généalogies…, vol. 6, au bureau du Nobiliaire universel de France, (lire en ligne), p. 86
  • Onésime Troude, Batailles navales de la France, t. 1, Paris, Challamel aîné, 1867-1868, 453 p. (lire en ligne)
  • Charles La Roncière, Histoire de la Marine française : La Guerre de Trente Ans, Colbert, t. 5, Paris, Plon, , 822 p. (lire en ligne)
  • Charles La Roncière, Histoire de la Marine française : La crépuscule du Grand règne, l’apogée de la Guerre de Course, t. 6, Paris, Plon, , 674 p. (lire en ligne)

Article connexeModifier

Liens externesModifier