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Jean Catelas
Illustration.
Fonctions
Député de la Somme 1936-1939
Gouvernement IIIème République
Groupe politique communiste
Prédécesseur Lucien Lecointe
Successeur René Lamps
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Puisieux (Pas-de-Calais)
Date de décès (à 47 ans)
Lieu de décès Prison de la Santé (Paris)
Nationalité français
Parti politique Parti communiste français
Profession ouvrier des chemins de fer
homme politique
Résidence Somme

Jean Catelas, né le à Puisieux (Pas-de-Calais), mort guillotiné le à la prison de la Santé (Paris), est un homme politique français, membre du Parti communiste, député de la Somme. Il est exécuté en représailles à l'assassinat d'un officier de la Kriegsmarine, l'aspirant Moser, par le colonel Fabien.

Sommaire

BiographieModifier

Jean Joseph Catelas[1] est issu d'une famille modeste, septième d'une fratrie de neuf enfants. À douze ans, après avoir obtenu le Certificat d'études primaires, il devint ouvrier bonnetier comme son père. De 1914 à 1918, il participa aux combats de la Grande Guerre dans l'infanterie, obtint plusieurs citations à l'ordre de l'armée et fut grièvement blessé. Il fut décoré de la Croix de guerre 1914-1918 et de la Médaille militaire.

En 1919, il entra à la Compagnie des chemins de fer du Nord en tant que garde-frein puis fut promu chef de train en 1924.

Il adhèra au Parti communiste français en 1921, peu après sa création lors de la scission de la SFIO au Congrès de Tours en 1920. Il fut secrétaire du syndicat CGTU des cheminots du Nord de 1922 à 1932.

Un élu du Front populaireModifier

Bon orateur, il fut un ardent propagandiste et après avoir échoué aux élections législatives de 1932, il est élu député de la Somme (première circonscription d'Amiens) en 1936 en tant que candidat unique du Front populaire battant, au second tour, le député-maire d'Amiens, Lucien Lecointe, ancien membre de la S.F.I.O, soutenu par la droite. Il entra au comité central du P.C.F. en 1937.

Au Palais Bourbon, il fut membre du groupe communiste et se consacra principalement à l'hygiène populaire, à la défense de l'enfance, aux classes moyennes et à toutes les questions ouvrières. Il rédigea plusieurs rapports sur des opérations électorales et demanda, le , au nom du Parti communiste - mais sans succès - l'invalidation de Jacques Doriot, député de la Seine qui n'avait obtenu, à Saint-Denis, que 698 suffrages de plus que le candidat communiste Grenier. Il fit partie des commissions: de l'hygiène, de la santé publique, des douanes et conventions commerciales et du commerce et de l'industrie. En 1938, il combattit la « régionalisation » des services des assurances sociales et de demanda le retour à une organisation départementale.

Un membre des Brigades internationalesModifier

Jean Catelas fut, en France, l'un des soutiens les plus actifs aux républicains espagnols. Il joua un rôle important auprès de Maurice Tréand dans l'organisation des Brigades internationales lors de la guerre civile d'Espagne. À cette occasion, il participa aux tractations avec le ministre de l'Air Pierre Cot pour obtenir de l'armement.

Il alla, fréquemment en Espagne, pour se rendre compte sur place - souvent en première ligne - des besoins de l'armée républicaine. À la veille de la Bataille de l'Ebre, Jean Catelas participa, le 14 juillet 1938, parmi les volontaires français de la brigade « La Marseillaise », à la préparation de l'attaque qui fut déclenchée onze jours plus tard. Après la défaite des républicains, il organisa l'accueil de réfugiés républicains espagnols et de leur famille, en France, notamment dans le département de la Somme. Il accueillit à Paris en compagnie de Maurice Thorez, Dolores Ibarruri, la Pasionaria.

Un proscritModifier

Au début de la Seconde Guerre mondiale, il défend le pacte germano-soviétique en 1939 et entre dans la clandestinité, après l'interdiction du Parti communiste le . Il est l'un des rares députés communistes à échapper aux arrestations du début octobre 1939. Il est déchu de son mandat le et condamné par contumace le par le 3e tribunal militaire de Paris à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques et politiques pour reconstitution de ligue dissoute[2].

En octobre 1939, Jean Catelas participe à la réorganisation clandestine des syndicats de cheminots d'obédience communiste, dissous en septembre 1939.

En juillet 1940 il préside à Clichy une réunion de la direction clandestine du P.C.F. et organise la mise en œuvre de comités populaires. Il exerce également des responsabilités au quotidien communiste L'Humanité, interdit par le gouvernement et publié clandestinement ainsi qu'à l'hebdomadaire, Le Travailleur de la Somme, lui aussi interdit.

Après l'entrée des Allemands dans Paris le , il participe, aux côtés de Maurice Tréand, aux négociations visant à faire reparaître L'Humanité, sans succès. Jean Calelas a participé à la délégation malgré ses réticences au départ, dans l'espoir d'obtenir la libération des cadres du parti communiste français, bien qu'étant à titre personnel en désaccord avec cette initiative. Ces hésitations lui valurent d'être l'objet d'une suspicion au sein du parti.

En octobre 1940, suivant la ligne adoptée par le P.C.F. clandestin, il adresse à ses camarades cheminots d'Amiens une lettre pour les inciter à rester groupés dans leur syndicat et à y poursuivre la lutte : « Accrochez-vous, écrivait-il. Restez-y envers et contre tous, pour en refaire contre les traîtres et contre les lâches, votre moyen de défense des revendications et de libération des Français ».

Il fut l'un des membres de la direction du Parti communiste clandestin restés à Paris. Toujours actif, il agissait dans l'ombre mais il était surveillé par la police.

Une victime de la justice d'exceptionModifier

Jean Catelas était arrêté le à son domicile clandestin d'Asnières avec son gendre Jean Arrachart, à la suite d'une filature. Le lendemain Gabriel Péri fut à son tour appréhendé. Ils furent tous deux incarcérés à la prison de la Santé à Paris.

Les charges retenues contre lui concernaient sa « Lettre aux cheminots d'Amiens » par laquelle, en octobre 1940, il les incitait à la lutte « contre les traîtres et les lâches » et pour « la défense des revendications et la libération des Français ».

Le 7 septembre 1941, le régime de Vichy créait le « Tribunal d'État », juridiction d'exception comme les Sections spéciales, pour juger les opposants politiques dans l'esprit de collaboration avec les Allemands[3] qui, à la suite de l'attentat du contre l'aspirant Moser, réclamaient l'exécution de six communistes.

Passant devant le Tribunal d'État, Jean Catelas est condamné à mort le et guillotiné le 24, à 6H49 du matin, à la prison de la Santé[Note 1]. Il fit preuve jusqu'à ses derniers instants d'une fermeté d'âme et d'un courage qui frappa les bourreaux qui rapportèrent que Jean Catelas gravit l'échafaud, dressé dans la cour de la Santé, en chantant La Marseillaise, qu'il jeta lui-même sa tête sous la lame en criant : « Vive la France »[2]. Il avait 47 ans.

La fidélité au hérosModifier

  • Le Préfet de la Somme dans son rapport au Ministre de l'Intérieur fit mention de la vive émotion suscitée par l'exécution de Jean Catelas; il écrivit : « Des tracts communistes continuent à être distribués. En particulier, à l'annonce dans la presse que l'ancien député communiste d'Amiens, Jean Catelas avait été condamné à mort par le Tribunal d'État siégeant à Paris, un tract intitulé: "Sauvez Jean Catelas" […] a été distribué à Amiens. Il est à noter que l'exécution de l'ancien député d'Amiens, membre du Comité central du P.C.F., animateur de toute la propagande clandestine jusqu'à son arrestation, a produit une grande émotion dans les milieux ouvriers et en particulier parmi les travailleurs de la SNCF[…] »
  • L'exécution de Jean Catelas condamné par la justice de Vichy, le souvenir de son combat et de son martyre, contribuèrent à renforcer l'action des mouvements de Résistance dans le département de la Somme.

Hommage posthumeModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le même jour et dans les mêmes conditions sont exécutés Jacques Woog, architecte, et Adolphe Guyot, plombier-couvreur, tous deux communistes. Voir leur notice sur Dictionnaire biographique des fusillés, guillotinés, exécutés, massacrés, 1940-1944 (site du Maitron des fusillés)

RéférencesModifier

  1. Jean, Joseph Catelas, site de l'Assemblée nationale
  2. a et b Biographie de Jean Catelas, Claude Pennetier, maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr
  3. Bruno Leroux, « La justice des années sombres. 1940-1944, Journées régionales d'histoire de la justice », sur fondationresistance.org (consulté le 10 novembre 2018).

Pour approfondirModifier

BibliographieModifier

  • « Jean Catelas », dans le Dictionnaire des parlementaires français (1889-1940), sous la direction de Jean Jolly, PUF, 1960 [détail de l’édition]
  • Francine Delauney, René Lamps, itinéraire d'un élu communiste, Amiens, 1995, Encrage Édition (ISBN 2 906 389 668).
  • Marie-Louise Goergen, Cheminots et militants, un siècle de syndicalisme ferroviaire, Paris, Éditions de l'Atelier, collection Jean Maitron.
  • Gérald Maisse, Occupation et Résistance dans la Somme, 1940-1944, Abbeville, F. Paillart, , 474 p., chap. 7 (« Le destin de Jean Catelas »), p. 167 et suiv. (ISBN 9 - 782 853 - 140 195)
  • René Vérard, Bataille pour un titre, 1944 Le Courrier picard, enfin la vérité, Corsaire, 1989, 240 p. (ISBN 2-9503957-0-8) [présentation en ligne].

FilmographieModifier

  • Jean Catelas, film documentaire réalisé par Jean-Pierre Denne, coauteurs Daniel Arrachart et Pascal Crépin, production: Mine de rien, 2008, 54 min [présentation en ligne]

Articles connexesModifier

Liens externesModifier