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Jean-Louis Gergorin

diplomate et homme d'affaires français

Jean-Louis Gergorin (né en 1946) est un ancien diplomate et homme d'affaires français. Polytechnicien et énarque, il était, avant l'affaire Clearstream 2 dont il est l'un des deux principaux protagonistes et pour laquelle il sera condamné, directeur de la coordination stratégique du groupe EADS.

Sommaire

BiographieModifier

Affaire Clearstream 2Modifier

Article détaillé : Affaire Clearstream 2.

Jean-Louis Gergorin et l'informaticien Imad Lahoud ont été présentés dans des notes d'analyse de la DST (Direction de la surveillance du territoire) comme les possibles délateurs dans l'affaire Clearstream 2 sans que des preuves soient apportées. La DST évoque comme motif un conflit entre Jean-Louis Gergorin et Philippe Delmas, alors numéro deux d'Airbus. L'avocat de M. Gergorin, Paul-Albert Iweins, dénonce l'exploitation de ces notes « basées sur des rumeurs et des articles de presse » et évoque également « l'hypothèse d'une manipulation montée contre son client ».

Familier des milieux du renseignement, M. Gergorin aurait présenté Imad Lahoud au général Philippe Rondot. Il l'aurait également fait recruter à EADS en mars-juin 2003.

Enquête et procédureModifier

Dans le cadre de cette affaire, son bureau à EADS et son domicile font l'objet d'une perquisition début . Son domicile a déjà été perquisitionné une première fois en . D'autres dirigeants d'EADS ont vu leur bureau perquisitionné début , comme Noël Forgeard, vice-président du groupe, et Gustav Humbert, PDG d'Airbus.

En , Jean-Louis Gergorin aurait remis les listings Clearstream à Dominique de Villepin, alors ministre des Affaires étrangères, Ce dernier aurait alors commandé une enquête au général Philippe Rondot, proche conseiller de Michèle Alliot-Marie. Les démarches de M. Gergorin intervenaient alors qu'une guerre de succession se déroulait à EADS entre Philippe Camus, son supérieur, et Noël Forgeard.

Dans son édition du , l'hebdomadaire satirique Le Canard enchaîné affirme que le numéro deux d'EADS (Jean-Louis Gergorin) est l'auteur de la première lettre anonyme adressée au juge Renaud Van Ruymbeke en . Celle-ci ne contenait pas de noms de personnalités politiques.

M. Gergorin et l'avocat Thibault de Montbrial ont rencontré secrètement le le juge Van Ruymbeke pour lui livrer les pseudo-informations sur les listings informatiques. Selon lui, des personnalités du monde entier détenaient des comptes chez Clearstream, crédités de sommes d'origine frauduleuse. M. Gergorin aurait refusé que l'entretien avec le juge soit enregistré en procédure et que les listings lui soient remis officiellement, en prétextant qu'il craignait pour sa vie. Quelques jours plus tard, le , le juge recevait une lettre des mains de Thibault de Montbrial reprenant les informations livrées par Gergorin.

En , deux autres courriers et un CD-ROM réellement anonymes ceux-là, reprennent les pseudo-informations livrées lors de l'entretien et livrent de nombreux noms de personnalités : politiques (dont Nicolas Sarkozy), haute police, industrie de l'armement, ministère de la Défense. Le Canard enchaîné dit ignorer si ces lettres proviennent de la même main.

M. Gergorin est, le déchargé à sa demande de ses fonctions au sein du groupe EADS afin, dit-il, de pouvoir mieux se défendre dans cette affaire. Les 18 et 19 mai 2006, dans des interviews parus dans la presse, il reconnaît avoir rencontré le juge Renaud Van Ruymbeke et lui avoir adressé deux lettres sous le couvert de l'anonymat en accord avec celui-ci. À la suite de ses déclarations, Noël Forgeard, président exécutif d'EADS, demande qu'une procédure de licenciement soit engagée à l'encontre de Jean-Louis Gergorin.

Selon Airy Routier[3], Jean-Louis Gergorin est allé fin rencontrer l'intermédiaire anglo-irakien Nadhmi Auchi à Londres quelques jours avant sa garde à vue et sa mise en examen, le  ; il est laissé en liberté sous contrôle judiciaire. Selon le Parisien du , tous les magistrats[4] du pôle financier, en particulier son chef, Catherine Pignon, s'étaient prononcés pour son incarcération. Pour les magistrats, il était en effet nécessaire que M. Gergorin soit écroué « au moins le temps de la garde à vue d'Imad Lahoud », permettant une confrontation « à chaud » des deux protagonistes de l'affaire Clearstream 2.

C'est le procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, qui ordonne au parquet de requérir pour un simple contrôle judiciaire. De ce fait, François Foulon, son adjoint, a dû soutenir cette ligne alors que Catherine Pignon aurait refusé de soutenir cette option devant le juge des libertés. « Un ordre est-il venu de plus haut pour ne pas envoyer Gergorin à la Santé ? », s'interroge Le Parisien. En effet, le procureur de la République de Paris est soumis à la hiérarchie politique de la Chancellerie, c’est-à-dire la direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice et du Garde des Sceaux Pascal Clément.

Au cours d'auditions qui ont lieu en , et à la suite de la reconstitution de notes ayant transité sur l'ordinateur du général Rondot, M. Gergorin dévoile n'avoir agi que sur ordre de Dominique de Villepin, celui-ci se réclamant alors d'instructions du Président de la République Jacques Chirac. Il en résulte un recentrage de l'enquête autour de l'ex-Premier ministre, passé depuis peu du statut de membre du gouvernement à celui de simple citoyen avec la formation d'un nouveau gouvernement consécutif à l'élection de Nicolas Sarkozy — lui-même constitué partie civile dans ce dossier —, et aboutissant dans des délais extrêmement rapides à la mise en examen de l'ancien Premier ministre sous pas moins de quatre chefs d'accusation différents. Lundi 27 août 2007, ce dernier annonce renoncer au bénéfice de son audition par la Cour de Justice de la République.

JugementsModifier

Le , le procureur de la République requiert 18 mois de prison ferme et 45 000 € d'amende à l'encontre de Jean-Louis Gergorin. Le , il est reconnu coupable de dénonciation calomnieuse, usage de faux, recel d'abus de confiance et vol, et condamné à 3 ans de prison dont 15 mois de prison ferme et 40 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris[5]. Il fait appel de la décision. Le 14 septembre 2011, il est condamné à 6 mois ferme[6]. Son pourvoi a été rejeté par la Cour de cassation le 27 février 2013[7].

EssayisteModifier

Rapacités (2007)Modifier

Jean-Louis Gergorin publie en mars 2007 un livre intitulé Rapacités, dans lequel il revient sur son rôle dans les affaires Clearstream, démonte un mécanisme financier sophistiqué qui aurait pu servir à effectuer à une certaine époque des transactions douteuses au sein de la chambre de compensation (mécanisme qui n'a plus cours aujourd'hui).

Il y relate les résultats de l'enquête personnelle qu'il a menée avec la collaboration de Sophie Coignard sur le rôle de l'argent sale dans l'économie[8] et la géopolitique mondiale, tant lors du blanchiment d'argent que lors d'opérations qui consistent à noircir de l'argent propre (noircissement d'argent), c’est-à-dire à extraire celui-ci de circuits économiques transparents pour financer les activités illégales, comme la corruption politique, le terrorisme ou la prolifération nucléaire. Il attire notamment l'attention sur la criminalisation avérée de pans entiers du système financier contemporain via le recours extrêmement fréquent aux services des paradis fiscaux dans le but de combiner souplesse, intraçabilité et anonymat des transactions illicites.

Selon l'auteur, ces pratiques se répandent à un point tel qu'elles représentent aujourd'hui un risque de déstabilisation pour les démocraties et leurs économies. La maîtrise de la corruption endémique qui gangrène le système financier mondial serait donc l'un des enjeux majeurs de la géopolitique du XXIe siècle.

Cyber. La guerre permanente (2018)Modifier

En novembre 2018 est publié Cyber. La guerre Permanente, un essai co-écrit par Jean-Louis Gergorin et le consultant en transformation numérique Léo Isaac-Dognin. Dans cet ouvrage, les deux auteurs décrivent un nouveau type de conflit "permanent, sans front et sans règles de d'engagement" utilisant tout l'arsenal cyber a disposition non seulement des acteurs étatiques mais aussi des cybercriminels, et comment les derniers travaillent parfois de façon dissimulée pour les premiers afin de déstabiliser "de l'intérieur" les puissances ennemies.

Le numérique, vu comme "un facteur de rupture stratégique", permet en effet selon les auteurs à des acteurs étatiques plus faibles en termes de moyens stratégiques conventionnels, de s'en prendre avec succès aux intérêts de puissances qui apparaissaient jusque là comme intouchables, sauf à recourir à des techniques d'espionnage conventionnelles extrêmement risquées et difficiles à mettre en place. Dans ce contexte, une véritable "troisième guerre mondiale" serait déjà à l’œuvre, mettant aux prises des puissances ayant pris une avance certaine dans leur "cyberarmement", comme la République Populaire de Chine ou la Russie, mais aussi Israël, la Corée du Nord ou l'Iran, et d'autres qui luttent pour rattraper leur retard et prendre conscience de ces nouvelles menaces comme les Etats-Unis, la France, l'Allemagne ou le Japon. Parmi les confits émanant de cette guerre, sont cités l'ingérence des hackers (notamment de Cozy Bear) dans l'élection présidentielle américaine de 2016, la "révolution orange" ou le "printemps arabe" mais aussi des cyberattaques contre des multinationales comme les studios Sony Pictures Entertainment , la Saudi Aramco (qui a du "remplacer 35 000 ordinateurs victimes d'un bug"[9]) ou des médias comme TV5 Monde.

Selon Jean-Louis Gergorin et Léo Isaac-Dognin, seule la création d'une "organisation internationale ayant vocation à superviser la sécurité globale (du cyberespace), et à faciliter par le dialogue, le règlement pacifique des litiges" peut permettre d'éviter une escalade dramatique dans ces nouveaux conflits. Cette organisation serait composée d'une "commission Cyber du Conseil de Sécurité des Nations-Unies", pour la résolution des litiges, et d'une "Agence Internationale de la Cybersécurité", pour la définition de normes internationales.

La première étape vers "un accord de cybermodération qui accompagnerait une détente entre l’Occident et la Russie, d’une part, et les Etats-Unis et la Chine, d’autre part", serait selon Jean-Louis Gergorin de créer un espace de discussion au "format P5+1, comprenant les cinq membres du Conseil de sécurité et l’Allemagne"[10].

PublicationsModifier

Notes et référencesModifier

  1. http://french-american.org/index.php/statuts/.
  2. Philippe Madelin, « Ce que je comprends de l'affaire Clearstream », L'Obs,‎ (lire en ligne, consulté le 28 juillet 2017)
  3. Le Complot des paranos, Albin Michel, 2006.
  4. Dont le procureur de la République adjoint chargé des affaires financières, François Foulon, qui avait exprimé son accord sur l'option de la détention.
  5. Flore Galaud, « Dominique de Villepin relaxé dans l'affaire Clearstream », Le Figaro, 28 janvier 2010.
  6. Voir lefigaro.fr.
  7. Clearstream : rejet des pourvois de Lahoud et Gergorin, lemonde.fr, 27 février 2013
  8. Lahoud et Gergorin se mettent à table, liberation.fr, 5 mars 2007
  9. Yves Bourdillon, « Plongée dans les conflits du cyberespace », Les Echos,‎
  10. Paris Match, « Défense : Guerres sur le Web », sur parismatch.com (consulté le 19 décembre 2018)

Liens externesModifier