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Jean-Charles Naouri

homme d'affaires français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Naouri.
Jean-Charles Naouri
Jean Charles Naouri, mai 20013.jpg
Jean Charles Naouri en 2013.
Biographie
Naissance
(70 ans)
Bône maintenant Annaba - Algérie
Nationalité
Formation
Activités
Fratrie
Enfant
Autres informations
A travaillé pour
Distinctions

Jean-Charles Naouri, né le à Bône (Algérie), est un homme d'affaires et chef d'entreprise français. Il est l'actionnaire majoritaire — à travers les sociétés Euris SAS, Finatis, Foncière Euris et Rallye —[1],[2] et le président-directeur général du Groupe Casino, qui regroupe les enseignes de grande distribution éponymes, ainsi que les enseignes Monoprix, Franprix et Leader Price, sans compter le site de commerce en ligne Cdiscount. En 2019, sa fortune est estimée à 150 millions d'euros.

Jeunesse et étudesModifier

FamilleModifier

Jean-Charles Naouri est le fils d'un pédiatre né en Algérie et d'une agrégée d'anglais. Sa mère l'a élevé seule[3]. « Un oncle maternel, qui eut une certaine influence sur son orientation, était professeur d’université »[3]. C'est le frère de l'homme d'affaires Jean-Yves Naouri et le père de Gabriel Naouri, lui aussi homme d'affaires.

FormationModifier

À quatorze ans, il participe au concours général et termine premier tant aux épreuves de latin qu'aux épreuves de grec[4],[réf. à confirmer]. À quinze ans, il obtient son baccalauréat avec la mention Très bien[4]. Après des classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand[5], il est admis 1er en 1967 au concours d'entrée à l'École normale supérieure (section Sciences)[6],[4]. Il en sort en 1970 docteur en mathématiques[7], en une seule année[4]. Il passe deux années à l'université Harvard (de juin 1970 à juin 1972) où il étudie l'économie et les finances publiques[7],[8]. En 1971 il revient en France pour soutenir sa thèse sur l'analyse factorielle des correspondances continues, à la faculté des sciences de l'Université de Paris[9]. Il est étudiant à l'École nationale d'administration (ENA) de 1974 à 1976 (promotion Guernica) et sort dans "la Botte".

Débuts professionnelsModifier

Au service de l'ÉtatModifier

Jean-Charles Naouri intègre le corps de l'Inspection des finances en 1976. En Juin 1980, il accède à la direction du Trésor[7]. Directeur de cabinet de Pierre Bérégovoy de 1982 à 1986, successivement au ministère des Affaires sociales puis au ministère de l'Économie et des Finances, il est le père de la réforme des marchés financiers entre 1984 et 1986 (création du MATIF, du MONEP, des certificats de dépôt, des billets de trésorerie et des O.A.T.[10]).

Il est, à travers le « rapport Naouri »[11], l'architecte principal de la dérégulation des marchés financiers en France en allégeant le contrôle des changes et en supprimant l'encadrement du crédit[12],[13]. Il lance les produits dérivés[14]. Ces mesures ont notamment pour conséquence la suppression des réserves obligatoires sur les crédits accordés par les établissements bancaires et sont aujourd'hui considérées par nombre d'économistes comme partiellement à l'origine du gonflement incontrôlé de la masse monétaire et de la dette à l'origine de la crise bancaire et financière de l'automne 2008[15]. Cette réforme a permis toutefois de moderniser l’économie et le système financier français, qui enregistrait un décalage croissant avec les grandes places financières internationales[16]. Le « rapport Naouri » a permis d’orchestrer l’ouverture du système bancaire et de faciliter l’accès direct des entreprises aux marchés financiers[11]. Selon une étude de la Banque de France « un assouplissement de la réglementation et une ouverture des marchés étaient nécessaires »[17] pour faciliter la mise en concurrence des réseaux bancaires qui s’exerce désormais sur l’ensemble des crédits. La gestion financière des entreprises aura par « ailleurs été profondément modifiée et sera ainsi devenue source de rentabilité »[18] affirme Françoise Renversez, pour permettre un financement de l’économie française et préparer l’entrée dans l’Union économique et monétaire.

Rothschild & Cie BanqueModifier

En 1987, Jean-Charles Naouri, marginalisé au ministère des Finances depuis la victoire de la droite en 1986, quitte la fonction publique et rejoint Rothschild & Cie Banque en tant qu'associé-gérant[19]. C'est le premier associé-gérant à ne pas appartenir à la famille Rothschild[20]. Pour cela la banque est transformée en société à commandite dont tous les associés-gérants sont responsables sur leur biens personnels[21]. Il crée parallèlement un fonds d'investissement, Euris SAS, qui prend des participations minoritaires dans des entreprises industrielles et accroît rapidement ses capacités d’intervention.

En 1988, il est l'un des principaux protagonistes de l'affaire de la Société générale[22], raid lancé par Georges Pébereau et initié par Pierre Bérégovoy contre la Société générale. Il est accusé de délit d'initiés, mais l'affaire se soldera pour lui par un non-lieu[23].

Grande distributionModifier

Il rachète, en 1991, le distributeur breton Rallye[24], en proie à de graves problèmes de trésorerie. Il apporte Rallye au Groupe Casino, dont il devient le premier actionnaire en 1992.

En 1997, l'OPA hostile de Promodès sur le groupe Casino[25] est mise en échec par la contre-offre menée avec succès par Jean-Charles Naouri, la famille Guichard et les équipes de Casino[26]. L'indépendance du groupe est ainsi préservée.

Il prend la présidence opérationnelle de Casino en mars 2005[27] revendant ses activités peu rentables en Pologne, aux États-Unis, à Taïwan et aux Pays-Bas et renforçant sa présence dans des pays en forte croissance. Casino devient ainsi le premier distributeur alimentaire en Amérique du Sud (Brésil et Colombie notamment), dans l’Océan Indien, au Viêt Nam et le deuxième en Thaïlande.

En France, à partir de la fin des années 1990, Jean-Charles Naouri mise sur le commerce de proximité, qui représente le cœur de métier du Groupe Casino.

Il prend ainsi en septembre 1997 une participation majoritaire dans le réseau Franprix-Leader Price[28],[29]. Ce double investissement a donné lieu à une bataille juridique de plus de trois ans avec la famille Baud et François Fiat, les anciens propriétaires[30]. Cette procédure s’est finalement soldée par une condamnation de Robert Baud[31],[32],[33].

La reprise de Leader Price lui permet notamment de positionner le groupe Casino sur le secteur du discount. Cette même année, il reprend l’enseigne SPAR en France[34], puis rachète en 1998 l’enseigne Vival, premier franchiseur alimentaire de France[35].

En 2012, Casino prend le contrôle du groupe brésilien Pão de Açúcar[36],[37],[38], principal employeur privé du pays. Le Groupe acquiert également les 50 % restants de Monoprix et en devient le propriétaire exclusif[39],[33].

En mai 2019, surendettée avec une dette globale de 3,3 milliards d'euros, la société Rallye, holding de contrôle des groupes de distribution Casino et Go Sport, est contrainte de se placer sous la protection du tribunal de commerce de Paris et obtient l'ouverture d'une procédure de sauvegarde. Casino avait terminé l'année 2018 avec une perte de 54 millions d’euros. Si, selon le quotidien Libération, c’est la stratégie d’endettement du groupe pratiquée de très longue date par Jean-Charles Naouri, qui a entraîné la situation actuelle, « de nombreux observateurs jugent que la crise du modèle des hypermarchés est en réalité le véritable déclencheur de la crise »[40].

Mandats actuelsModifier

  • Président-directeur général de Casino[41], Guichard-Perrachon
  • Président de Euris SAS
  • Président du conseil d'administration de Rallye[42]
  • Président du conseil d'administration de la Companhia Brasileira de Distribuição (CBD)
  • Président-directeur général de Casino Finance
  • Administrateur de F. Marc de Lacharrière (Fimalac)
  • Membre du conseil consultatif de la Banque de France
Mandats exercés au sein de fondations
Mandats exercés dans des organisations d'intérêt général
  • Président d’honneur et administrateur de l’Institut de l’École normale supérieure
Mandats exercés pour le compte de l'État
  • Le , à la demande de Laurent Fabius (ministre des Affaires étrangères), Jean-Charles Naouri a accepté de devenir le représentant spécial du ministre des Affaires étrangères pour les relations économiques avec le Brésil. Il a remis son rapport de fin de mission en septembre 2015[45].

Prix et récompensesModifier

Vie privéeModifier

Jean-Charles Naouri est remarié[47] et père de trois enfants : Gabriel Naouri (d’un premier mariage[47]), Emmanuelle Naouri et Mickaël Naouri.

Evolution du montant de sa fortuneModifier

Année Rang Montant de l'estimation de la fortune professionnelle de Jean-Charles Naouri par le magazine Challenges (en millions d'euros)
2003 637[48]
2004 26 946[49]
2007 57 772[48]
2011 883[50]
2014 1156[50]
2016 100 675[51]
2018 500[52]
2019 n.c. 150[50]

Exemple de lecture du tableau : Jean-Charles Naouri est classé par le magazine Challenges 57e sur 500 pour sa fortune professionnelle avec un montant de 772 millions d’euros.

OuvragesModifier

Christian Stoffaës, Jacques Victorri, Nationalisations, Paris, Flammarion, , 434 p. [8]Jacques Victorri est en fait le pseudonyme de plusieurs auteurs : Jean-Charles Naouri, Baudouin Prot et Michel de RosenNaouri, Jean-Charles, dir., Livre blanc sur la réforme du financement de l'économie, Paris, ministère de l'Économie, des Finances et du Budget, La documentation française, 1986

Notes et référencesModifier

  1. « Le groupe FINATIS », sur www.finatis.fr (consulté le 14 août 2019)
  2. Rapport Annuel 2018 de Finatis Page 20 [1]
  3. a et b Michel Pinçon et Monique Pinçon-Chariot, Nouveaux patrons, nouvelles dynasties, Calmann-Lévy, , 272 p. (ISBN 978-2702130391), p. I-I-4
  4. a b c et d (en-US) « Jean-Charles Naouri Biography », sur Groupe Casino (consulté le 15 août 2019)
  5. « Louis-le-Grand a le chic pour former des millionnaires », sur www.journaldunet.com (consulté le 11 octobre 2015)
  6. Le total des points qu'il obtient au concours dépasse le record précédent, atteint en 1883 par Lucien Poincaré, le cousin du mathématicien Henri Poincaré
  7. a b et c « M. Naouri est nommé directeur du cabinet de M. Bérégovoy », Le Monde ,‎ (lire en ligne, consulté le 16 août 2019)
  8. a et b « L'État et son jeune champion », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 16 août 2019)
  9. Jean-Charles Naouri, « Analyse factorielle des correspondances continues », Thèse, Faculté des sciences de l'Université de Paris,‎ , p. 101 (lire en ligne, consulté le 4 septembre 2018)
  10. Sophie Coignard et Romain Gubert, L'Oligarchie des incapables, Albin Michel, , 368 p. (ISBN 978-2226238603), ch7
  11. a et b Nicolas Colin, « Pour un nouveau rapport Naouri », sur L'Obs,
  12. Le PDG de Casino Jean-Charles Naouri devient représentant spécial de la France pour le Brésil, latina-eco.com, 20 juin 2013
  13. The Left's Dirty Job: The Politics of Industrial Restructuring in France and Spain, W. Rand Smith, University of Toronto press, 1998, p. 255
  14. 20 février 1986 : le Matif, la folle histoire du marché à terme, Pascale Besses-Boumard et Christèle Fradin, latribune.fr, 26 juillet 2013
  15. Et si on revenait à l'encadrement du crédit, Alexandre Kateb, Les Échos.fr, 28 juin 2012
  16. Ministère de l'Économie et des Finances, Livre blanc sur la réforme du financement de l'économie, Notes Bleues no 268, 24 février-2 mars 1986 (extrait), Le texte fondateur de la réforme financière française, CRDP Montpellier
  17. André ICARD et Françoise DRUMETZ, Développement des marchés de titres et financement de l'économie française, Banque de France, juin 1994
  18. Françoise Renversez, De l’économie d’endettement à l’économie de marchés financiers, Cairn, 2008
  19. Le carnet des décideurs -Jean-Charles Naouri, LSA conso, 26 septembre 2013
  20. Tristan Gaston-Breton, La saga des Rothschild : L'argent, le pouvoir et le luxe, Editions Tallandier, , 333 p., p. Ch 21
  21. Martine Orange, Rothschild, une banque au pouvoir, Albin Michel, , 368 p. (ISBN 978-2226243836), p. Ch7
  22. Delits d'initiés : 2,2 millions d'amende requis, tempsreel.nouvelobs.com, 15 novembre 2002
  23. Procès du raid boursier sur la Société Générale : le tribunal correctionnel de Paris prononce une condamnation et deux relaxes, legalnewspublic.fr, 24 décembre 2002
  24. La bonne fortune de Jean-Charles Naouri, L'Express - L'Expansion, 4 mars 1993
  25. « Casino: le coup de poker de Promodès », sur LExpress.fr, (consulté le 15 août 2019)
  26. Rallye remporte la bataille de Casino. Promodès abandonne son OPA sur l'enseigne stéphanois, Libération, 30 décembre 1992
  27. http://www.groupe-casino.fr/fr/Jean-Charles-Naouri-devient.html?annee=2005
  28. « Comment Jean-Charles Naouri a bâti son groupe », Les Echos,‎ (lire en ligne)
  29. Bertrand Bissuel, « Mort à 92 ans de Jean Baud, père du hard discount à la française », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  30. Hervé Liffran, « La Soirée "Casino" du procureur Courroye », Canard enchaîné,‎
  31. « Procès Casino-Baud : Robert Baud condamné », sur www.challenges.fr, (consulté le 14 février 2019)
  32. « La guerre de Casino », (consulté le 14 février 2019)
  33. a et b Michel Deléan, « La guerre économique version Casino », sur Mediapart (consulté le 15 août 2019)
  34. « Spar, l’enseigne méconnue qui rapporte un milliard à Casino France », sur www.lsa-conso.fr/, LSA Conso, (consulté le 14 février 2019)
  35. « Casino perd le dernier dirigeant de la famille Guichard », sur www.lsa-conso.fr, LSA Conso, (consulté le 14 février 2019)
  36. Jean-Charles Naouri prend la présidence de GPA, Capital, 9 octobre 2013
  37. « "Le Brésil a un potentiel immense" », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 15 août 2019)
  38. « Brésil : Casino prend les commandes de Pao de Açucar », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  39. Feu vert au rachat de Monoprix par Casino, Le Monde, 10 juillet 2013
  40. Christophe Alix, Casino : comment Naouri a joué et perdu avec son empire, liberation.fr, 24 mai 2019
  41. Les Barons de la Bourse - Jean-Charles Naouri, Zonebourse
  42. Les Échos no 17621 - Jean-Charles Naouri est nommé président du conseil d'administration de Rallye
  43. (en-US) « Jean-Charles Naouri | Fondation Euris » (consulté le 15 août 2019)
  44. Vice-président de la Fondation Casino
  45. Nomination de Jean-Charles Naouri, représentant spécial pour la relation économique avec le Brésil, France Diplomatie, 20 juin 2013
  46. Jean-Charles Naouri LSA, 26 septembre 2013
  47. a et b Sophie Lecluse, « Qui est vraiment Jean-Charles Naouri, le patron de Casino au coeur de la tourmente ? », sur Capital.fr, (consulté le 15 août 2019)
  48. a et b « FINATIS - Jean-Charles Naouri - Fortunes 2007 - Challenges.fr », sur web.archive.org, (consulté le 15 août 2019)
  49. « Palmarès 2004 : les 500 premières fortunes professionnelles de France », sur web.archive.org, (consulté le 15 août 2019)
  50. a b et c « La fortune de Jean-Charles Naouri - Les 500 plus grandes fortunes de France », sur Challenges (consulté le 15 août 2019)
  51. Jean-Charles Naouri #100, Challenges, 2016
  52. « La fortune de Jean-Charles Naouri - Les 500 plus grandes fortunes de France - Challenges », Challenges,‎ (lire en ligne, consulté le 4 septembre 2018)

Liens externesModifier