Japonologie

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Les études japonaises, parfois appelées « japonologie », sont une discipline de l'orientalisme scientifique (voir également Études Asiatiques (en) et Études de l'Asie de l'Est) qui étudie le Japon, son histoire et sa culture à travers diverses disciplines scientifiques[1] telles que la linguistique, la sociologie ou l'anthropologie. Elles ont été créées par le voyageur et médecin allemand Engelbert Kaempfer (1651-1716).

Plusieurs termes existent pour désigner les personnes spécialistes du Japon : japonisant[2], japonologue[3] ou encore japoniste. Depuis le XIXe siècle, ces termes ont des définitions variables[4]. Les termes « japonisant » et « japoniste » désignent parfois des amateurs d'arts japonais.

Les études japonaises en FranceModifier

Les prémices des études japonaises (début XIXe siècle - 1930)Modifier

A la suite d'une longue fermeture, le Japon procède au milieu du XIXe siècle à une ouverture rapide, qui permet la diffusion d’objets japonais en France. Cet événement marque la naissance de l’intérêt pour la culture japonaise qui s’exporte dans la société française, auprès du public et des cercles japonisants, notamment durant les Expositions Universelles de Paris. De nombreux artistes et hommes de lettres, comme Claude Monet, Pierre Loti ou encore les Frères Goncourt, s'intéressent à l'art japonais, notamment les estampes japonaises et les arts décoratifs. Parallèlement, des érudits commencent à étudier la civilisation japonaise, notamment la littérature et la langue écrite. Des spécialistes comme Léon de Rosny ou Léon Pagès apparaissent et participent à l’émergence des toutes premières études japonaises en France, caractérisées par la création et l’institutionnalisation de cours de japonais à Paris. L’acquisition de connaissances sur la langue japonaise s’effectue également au sein de sociétés savantes, des organisations qui se multiplient au cours du XIXe siècle. Dans le domaine des arts japonais, des chaires d’enseignement sont également fondées mais seulement à partir du début du XXe siècle, notamment la chaire d’art de l’Extrême-Orient au Louvre en 1925, celle d’art japonais en 1927 occupée par Serge Eliseeff un orientaliste français d’origine russe, puis celle de l’histoire des religions du Japon à la Ve section de l’École pratique des hautes études en 1932[5].

Le rôle des sociétés savantesModifier

À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, des sociétés savantes, plutôt portées sur les humanités ou civilisations que les sciences naturelles, se multiplient et recoupent des mouvements et des domaines intellectuels variés, comme l’orientalisme, l’américanisme ou l’ethnographie. La plupart des japonistes du XIXe siècle sont membres de ces organisations. La fondation de la Société d’Ethnographie américaine et orientale en 1859 en est un exemple. Elle est créée par quarante-deux personnes dont douze membres de l’Institut de France, sous l’égide de Léon de Rosny. Rapidement, la Société d’Ethnographie se subdivise en sous-sociétés ou « sociétés filles », en sections spécialisées. On en compte trois en 1887 : la Section de l’Extrême-Orient, la Société américaine de Paris et le Comité oriental et africain[6]. Ces sociétés sont à l'origine de congrès et de rencontres scientifiques portant sur les civilisations orientales et extrême-orientales. Parmi eux, les Congrès internationaux des orientalistes, dont le premier se tient en septembre 1873 à Paris, constituent un moyen de réunir des études orientalistes du monde entier. Parallèlement à ces rassemblements organisés dans des grandes villes (Londres en 1874, Saint Pétersbourg en 1876, Florence en 1878, Leyde en 1883, Lisbonne en 1892, Rome en 1899) se développent des congrès provinciaux d’amateurs[4]. Le premier Congrès, focalisé sur la civilisation japonaise, marque une véritable collaboration scientifique entre le Japon et la France avec une dizaine de Japonais présents lors des séances, et est un succès[4]. Quelques mois plus tard, la société des études japonaises, chinoises, tartares et indochinoises est créée.

Dans le domaine institutionnel se développent également diverses sociétés intellectuelles, consacrées spécifiquement à la civilisation japonaise, ou des sociétés de collaboration entre la France et le Japon. Une des plus fameuses est le Société franco-japonaise de Paris, fondée le 16 septembre 1900 par les Amis de l’art japonais. Le Bulletin de la Société franco-japonaise de Paris est publié jusqu’en 1932, on compte soixante-quatorze numéros. Cette revue permet de publier les articles et les conférences des membres de la Société. Celle-ci compte environ un millier de membres sur une trentaine d’années. Ces membres sont des hommes d’affaires, des diplomates, mais également des amateurs d’art et des collectionneurs, dont Émile Guimet, un industriel et collectionneur d’art, Siegfried Bing ou Raymond Koechlin, journaliste et collectionneur[7]. D’autres foyers de collaboration entre la France et le Japon apparaissent au début du XXe siècle : la Maison franco-japonaise en 1924, la Maison du Japon à Paris en 1929, l’Institut d’études japonaises de l’université de Paris en 1934. Les intérêts pour le Japon sont multiples, ils restent artistiques mais deviennent de plus en plus politiques, à la suite des victoires japonaises de la guerre sino-japonaise (1894 – 1895) et de la guerre russo-japonaise (1904 – 1905)[8].

Les études sur la langue japonaiseModifier

La pratique et l'étude de la langue japonaise en France au XIXe siècle est un apprentissage qui s’acquiert tout d’abord au contact des textes et de la traduction, puis grâce au développement de l’enseignement.

Les premiers savants à se pencher sur la langue japonaise reprennent d’anciens dictionnaires des missionnaires portugais ou des Hollandais qu’ils traduisent en français. La traduction n’est pas directe, du japonais au français. En 1825, Ernest Landresse traduit en français, l’Abrégé grammatical portugais du Père Rodriguez[9]. De même, en 1862, Léon de Pagès conçoit son Dictionnaire français-japonais en traduisant le Dictionnaire portugais-japonais des Pères de la Compagnie de Jésus[10], il traduit également l’Essai de grammaire japonaise de J. H. Donker Curtius. Cette pratique de la traduction entre langues européennes permet une première approche de la langue japonaise. Parallèlement, une traduction directe, du japonais au français se développe dès les années 1820, avec l’arrivée d’ouvrages japonais anciens dans les collections publiques et privées françaises. Les nouveaux missionnaires envoyés au Japon au milieu du XIXe siècle jouent également un rôle dans l’élaboration de ressources sur la langue japonaise. L’abbé Mermet de Cachon, envoyé aux îles Ryūkyū, apprend le japonais et publie en 1866 un dictionnaire japonais-anglais-français incluant pour la première fois des caractères sino-japonais, avec la collaboration de Léon Pagès.

Ces méthodes d’acquisition et d’apprentissage de nature plutôt écrites sont au cœur de l'enseignement du début des années 1860 à Paris et permettent de voir apparaître les premières grammaires japonaises et manuels d'apprentissage de la langue[11], particulièrement ceux de Léon de Rosny[4] :

  • Introduction à l’étude de la langue japonaise, 1856
  • Grammaire japonaise, accompagnée d’une notice sur les différentes écritures japonaises, d’exercices de lecture et d’un aperçu du style sinico-japonais, 1865
  • Versions faciles et graduées de langue japonaise vulgaire, 1864
  • Thèmes faciles pour l’étude de la langue japonaise (2e édition), 1892
  • Cours pratique de langue japonaise, 1903

Chercheurs francophones contemporainsModifier

Parmi les francophones contemporains, quelques spécialistes reconnus sont le journaliste Philippe Pons, le sociologue Jean-François Sabouret, les géographes Philippe Pelletier et Augustin Berque ou encore Christian Sautter, la spécialiste de littérature classique Jacqueline Pigeot, les bouddhologues Jean-Noël Robert et Bernard Faure. En Suisse romande, on mentionnera Jérôme Ducor, bouddhologue, conservateur (1995-2019) du département Asie du Musée d'ethnographie de Genève.

Parmi les chercheurs enseignant à l'université en France :

La Maison Franco-Japonaise de Tokyo accueille également quelques chercheur(e)s habituellement en poste pour quelques années.

Notes et référencesModifier

  1. Éditions Larousse, « Définitions : japonologie - Dictionnaire de français Larousse » (consulté le 9 janvier 2016)
  2. « Japonisant », sur CNRTL (consulté le 19 décembre 2019).
  3. Éditions Larousse, « Définitions : japonologue - Dictionnaire de français Larousse » (consulté le 9 janvier 2016)
  4. a b c et d Bénédicte Fabre-Muller et Philippe Rothstein, Léon de Rosny 1837-1914 : de l'Orient à l'Amérique, (ISBN 978-2-7574-0848-3 et 2-7574-0848-8, OCLC 898458306, lire en ligne)
  5. Christophe Marquet, « Le développement de la japonologie en France dans les années 1920 : autour de la revue Japon et Extrême-Orient », Ebisu. Études japonaises, no 51,‎ , p. 35–74 (ISSN 1340-3656, DOI 10.4000/ebisu.1388, lire en ligne, consulté le 5 avril 2021)
  6. Annuaire de la Société d'Ethnographie de Paris, Paris, Ernest Leroux Editeur, , p.67
  7. « Le Japonisme - Les cercles et réunions d’amateurs d’art japonais », sur Meiji 150ème anniversaire, (consulté le 5 avril 2021)
  8. « Face à l'expansionnisme japonais », sur gallica.bnf.fr (consulté le 5 avril 2021)
  9. Minako Debergh, « Les débuts des contacts linguistiques entre l'Occident et le Japon (premiers dictionnaires des missionnaires chrétiens au Japon au XVIe et au XVIIe siècles) », Langages, vol. 16, no 68,‎ , p. 27–44 (DOI 10.3406/lgge.1982.1131, lire en ligne, consulté le 5 avril 2021)
  10. Eugène Emmanuel Mermet de Cachon, Léon Pagès, Dictionnaire français-anglais-japonais, Paris, Société Asiatique,
  11. On trouve également parmi eux, un manuel manuscrit nommé "manuel de langue japonaise :méthode pratique" de l'abbé Jules Pipart, un ecclésiastique de Touraine et membre de la Société d'Ethnographie de Paris, écrit en 1873.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Annuaire de la Société d’Ethnographie de Paris, Paris, Ernest Leroux Editeur, 1887
  • Eugène-Emmanuel Mermet de Cachon, Léon Pagès, Dictionnaire français-anglais-japonais, Paris, Société Asiatique, 1866
  • Patrick Beillevaire, le Japon en langue française, ouvrages et articles publiés de 1850 à 1945, Paris, Editions Kimé, Publications de la Société Française des Etudes Japonaises, 1993
  • Henri Bernard-Maître, Pierre Humbertclaude et Maurice Prunier, Présences occidentales au Japon. Du « siècle chrétien » à la réouverture du XIXe siècle, édition établie et présentée par Christophe Marquet, Paris, éditions du Cerf, 2011
  • Minako Debergh, « Les débuts des contacts linguistiques entre l'Occident et le Japon (premiers dictionnaires des missionnaires chrétiens au Japon au XVIe et au XVIIe siècles) », Langages, 16ᵉ année, n°68, 1982. La linguistique japonaise, sous la direction d'André Wlodarczyk. pp. 27-44.
  • Bénédicte Fabre-Muller et Philippe Rothstein, Léon de Rosny 1837-1914 : de l'Orient à l'Amérique, 2014
  • Bernard Frank, « Cinquante ans d’orientalisme en France (1922-1972). Les études japonaises », Journal asiatique, 1973.
  • Christophe Marquet, « Le développement de la japonologie en France dans les années 1920 : autour de la revue Japon et Extrême-Orient », Ebisu, 51, 2014. [lire en ligne].
  • Christian Kessler et Gérard Siary, « France - Japon : histoire d’une relation inégale », La Vie des idées , . (ISSN 2105-3030). [lire en ligne]
  • Angélique Saadoun, « Les cercles et réunions d’amateurs d’art japonais », 2018  
  • Yvonne Thirion, « Le japonisme en France dans la seconde moitié du XIXe siècle à la faveur de la diffusion de l'estampe japonaise », Cahiers de l'Association internationale des études françaises, 1961, n°13. pp. 117-130

Liens externesModifier

Associations :

Instituts d'Études japonaises :