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Jacques Roux (1752-1794)

prêtre révolutionnaire français
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Jacques Roux et Roux.
Jacques Roux
Jacques Roux - gravure de J.-Frédéric Cazenave.jpg
Vue d'artiste de Jacques Roux rédigeant le compte rendu de l'exécution de Louis XVI, le .
Détail d'une gravure de J.-Frédéric Cazenave d'après Charles Benazech, BnF, 1795.
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Jacques Roux, né le à Pranzac et mort par suicide dans la prison de Bicêtre le , est un prêtre catholique et une personnalité de la Révolution française, pionnier d'une certaine forme de socialisme en France et précurseur de l'anarchisme, surnommé « le curé rouge » ou encore « le petit Marat ».

BiographieModifier

Des origines bourgeoisesModifier

Issu d'une famille bourgeoise, son père était lieutenant juge assesseur au marquisat de Pranzac et ancien officier du régiment de Hainaut sa mère fille d'un médecin du Périgord. Il bénéficiera de la protection du Seigneur de Pranzac, le Comte de Peyrusse des Cars qui lui conféra le titre de chanoine et le dota d'une pension lui permettent de financer ses études au séminaire d’Angoulême, études sans doute brillante , il y devient en effet à l'âge de 20 ans professeur de philosophie et de physique avant d’être ordonné prêtre en 1779[1].

Pendant cette période il sera mêlé à une affaire de meurtre, le 18 juillet 1879 un frère subalterne de l’établissement fit feu une nuit sur des jeunes qui avaient pris l'habitude de lancer des pierres contre les fenêtres du séminaires et tua l'un d'eux le jeune chanoine Mioulle. Tous les prêtres furent arrêtes, à l'exception de Roux qui fut arrêté plus tard à Pranzac et du frère Ancelet auteur du coup de feu qui ne fut jamais retrouvé. De nombreux témoins affirmèrent que les jeunes séminaristes, excédés de la sévérité de certains professeurs et particulièrement de celle Jacques Roux, lançaient des pierres contre les fenêtres de leurs professeurs. les frères lazaristes postèrent Ancelet en surveillance qui tira et tua. Le supérieur et plusieurs prêtres dont jacque Roux furent emprisonnés mais après trois mois de détention, ils feront finalement l'objet d'une grâce royale[1] Sans être davantage inquiété Roux servira au séminaire jusqu'en 1784.

Un ecclésiastique atypiqueModifier

En 1785, avec d'excellentes références, il est nommé aumônier du Château de Montozier.[2] Il y servira un an auprès du Comte de Crussol d'Uzes qu'il quitte en mai 1786 avec une attestation flatteuse « sur ses mœurs irréprochables et la régularité de sa conduite ecclésiastique »

L'année suivante il est vicaire à Jonzac où il ne fait pas parler de lui. En juillet 1787 il devient vicaire de Cozes. Il se fait déjà remarquer en fréquentant les milieux protestants nombreux dans la région; mais surtout il va faire paraître dans le journal de Saintonge et d'Angoumois un poème "délirant " [3] [4]Cette publication va déclencher une polémique ou les lecteurs du journal vont fustiger pendant des mois « le poétereau et le rimailleur, craignant qu'il ne se soit fêlé le cerveau »

Bien entendu cela provoqua des réponses cinglantes de Jacques Roux se plaignant d'être incompris et persécuté. Il contre attaque violemment et dès septembre 1788, sa hiérarchie le nomme à Saint-Thomas-de-Conac. Y compris pendant la Grande Peur , alors que des troubles éclatent en certains points de Saintonge, Jacques Roux ne se fait pas remarquer et il ne se passe rien à Saint-Thomas de Conac en 1789.

Le dimanche 25 avril 1790 des troubles très grave éclatent à propos de l'abolition des droits féodaux. La réaction d'autorité du Seigneur Paty de Bellegarde sera l'étincelle mettant le feu aux poudres, des centaines de paysans des communes voisines se joignent à ceux de Saint-Thomas. La maison du notaire, les trois châteaux du seigneur du Paty sont pillés incendiés et détruits; d'autres son menacés. Les villes de Saintes, Pons et Saint Genis envoient un détachement de soldats et de Gardes nationaux pour mater la révolte, 120 personnes sont arrêtées. Très vite le nom de jacques Roux circula comme étant l’instigateur de ce mouvement . C'est Turpin de Jouhé, commissaire du Roi pour la formation du département de la Charente inférieure qui en est à l'origine « Le sieur Roux, vicaire de cette paroisse, a une grande part à cet événement, il est généralement accusé d'avoir prêché la doctrine dangereuse qui annonçait aux peuples que les terres appartenaient à tous également, qu'on ne devait plus se soumettre au paiement des droits seigneuriaux; on assure encore que non content d'en avoir parlé dans quelques uns de ses prônes, il s'est occupé sourdement par la séduction de faire soulever les peuples contre les hommes favorisés de la nature »[5]

Cette affirmation, reprise souvent comme une certitude par certains exégètes, doit être prise avec prudence. S'il n'est pas impossible que les idées progressistes qui étaient les siennes aient pu transpirer dans certains passages de ses sermons, pour les débordements spontanés du 25 avril , il n'est pas possible de les lui imputer. En effet depuis le 20 avril précédent il effectuait un remplacement à Ambleville situé à 45 km du lieu de l'émeute dont le curé venait de mourir[5].

Sur le contenu de ses sermons André Berland fait état de celui intitulé « Le triomphe des braves parisiens sur les ennemis du bien public » il n'y parlait pas du partage des terres , ni du refus des droits féodaux; il y célébrait la Prise de la Bastille , voulue par Dieu et louait le roi « monarque de bonté de justice et de paix »[5] Ce prêche n'est pas daté

Il n'est pour autant pas possible d'exclure qu'il en ait prononcé d'autres plus virulents, encore que simple vicaire un tel discours aurait appelé l'attention du curé et donc de sa hiérarchie.

Toujours est-il que les vicaires généraux de Saintes prononcèrent à son encontre la sanction la plus grave et qu'il fut frappé d’interdit. Ne pouvant plus exercer il quitte la région en mai 1790 pour Paris où il ne réapparaîtra que six mois plus tard pour être l'un des tout premiers prêtres (« curé rouge » selon Maurice Dommanget) à prêter serment à la Constitution civile du clergé.

Ses débuts politiquesModifier

 
Louis XVI au pied de l’échafaud. En bas à gauche Jacques Roux rédigeant le compte rendu de l'exécution

Il arrive à Paris en mai / juin 1790 et y vit dans un premier temps sous un nom d'emprunt Renaudi. À la fin de 1790 il reprend son identité et s'inscrit au Club des Cordeliers. Il est l'un des premiers à prêter serment à la Constitution Civile du Clergé le 16 janvier 1791.

Il devient ainsi le vicaire constitutionnel de l'église Saint Nicolas des Champs, à l'époque une des paroisses les plus pauvres de la capitale; l’église Saint Nicolas est la principale église de la section des Gravilliers où se déroule l'essentiel de sa vie politique.

Membre du conseil général de la commune de Paris, il sera chargée par elle d'accompagner Louis XVI à la guillotine avec Jacques-Claude Bernard. l'attitude à l'égard du Roi qu'on lui prête à cette occasion pèsera de tout son poids dans l'image négative qu'il laissera à la postérité.

Il va rapidement acquérir une grande notoriété auprès des sans-culottes par son action dans la section des Gravilliers, ses prises de position généreuses, ses discours de plus en plus appuyés contre les émigrés, les tyrans et surtout les agioteurs et les accapareurs de denrées trouvent un écho certains auprès des sans-culottes femmes. Il sera un des premiers féministes et aura auprès d'elles une aura certaine. Ses brochures et ses prêches patriotiques ont de plus en plus d'audience.


Roux : Principale figure d'un groupuscule dérangeantModifier

 
Emblème de la section des Gravilliers - Liberté - Égalité    Vaincre ou Mourir

L'action de Jacques Roux se situe entre février et septembre 1793. Sans en être un des mes meneurs les discours qu'il tient depuis déjà plusieurs mois trouvent un écho auprès des Sans-culottes, particulièrement les femmes. Le renchérissement des denrées, notamment du sucre et le savon les rendent sensibles aux propositions de taxation (ce qui deviendra le maximum) Les manifestants des femmes mais aussi des hommes se font livrer le savon, la cassonade le sucre , les chandelles au prix qu'elles on fixé. Les épiciers qui refusent voient leur boutiques pillées. Jacques Roux justifie ces actions « Je pense que les épiciers ne font que restituer au peuple ce qu'ils lui faisaient payer beaucoup trop cher depuis longtemps »[6] Derrière ce discours économique les propositions politiques qui les sous tendent sont aussi largement approuvées qu'il s'agisse de l'expulsion des Girondins, la peine de mort pour les agioteurs et les accapareurs de comestibles. Sans qu'il y ait pour autant de groupe réellement constitué dont Roux aurait été le meneur, il n'est pas seul et d'autres poursuivent mes mêmes buts. Marat, dans son journal Le Publiciste de la République française du 4 juillet 1793, décrivait les enragés de la façon suivante : « Ces intrigants ne se contentent pas d’être les factotums de leurs sections respectives, ils s’agitent du matin au soir pour s’introduire dans toutes les sociétés populaires, les influencer et en devenir enfin les grands faiseurs. Tels sont les trois individus bruyants qui s’étaient emparés de la section des Gravilliers, de la Société fraternelle et de celle des Cordeliers : je veux parler du petit Leclerc, de Varlet et de l’abbé Renaudi soi-disant Jacques Roux »[7]. En plus de ces trois hommes, on peut aussi citer Pauline Léon et Claire Lacombe, toutes deux membres des républicaines révolutionnaires. Leur action dans la Révolution se situe entre mars et octobre 1793.

L'Adresse du 25 juin : une critique cinglante du pouvoirModifier

Le 25 juin, après qu'elle eut été chaudement approuvée par le club des Cordeliers dans sa séance 23, Jacques Roux expose à la barre de la Convention l'adresse du Club des Cordeliers. C'est un procès des représentants du peuple d'une grande violence. Dès les premiers mots le ton est donné « Cent fois cette enceinte sacrée a retenti des crimes des égoïstes et des fripons ; toujours vous nous avez promis de frapper les sangsues du peuple. L’acte constitutionnel va être présenté à la sanction du souverain ; y avez-vous proscrit l’agiotage ? Non. Avez-vous prononcé la peine de mort contre les accapareurs ? Non. Avez-vous déterminé en quoi consiste la liberté du commerce ? Non. Avez-vous défendu la vente de l’argent monnayé ? Non. Eh bien ! Nous vous déclarons que vous n’avez pas tout fait pour le bonheur du peuple. » [8] Cette déclaration provoque une vive réaction de toutes les sensibilités de la Convention. La séance est présidée par Thuriot, qui déclare à la fin de l'intervention « Vous venez d'entendre professer dans cette enceinte les principes monstrueux de l'anarchie [...] Cet homme est un prêtre digne émule des fanatiques de la Vendée »[9] mais, comme le fait remarquer Eric Hazan, en pleine contradiction avec ses propos il termine sa diatribe par une proposition en plein accord avec le discours de Jacques Roux en demandant « que les comités d'agriculture et du commerce soient chargés de faire un prompt rapport sur la motion qu'il [jacques Roux] a faite de taxer les denrées » [9] Face à ces réactions un des accompagnateurs de Jacques Roux déclare que le texte qui vient d'être lu n'est pas celui qui a été approuvé par la section des Gravilliers. Tous les pétitionnaires, sauf Jacques Roux, sont admis aux honneurs de la séance. Robespierre, puis Billaud-Varenne et Legendre demandent qu' soit chassé de la barre où il est resté. Cette proposition est adoptée[10]

Dès le 28 juin à la tribune des Jacobins, Robespierre est plus menaçant, y compris et surtout, pour tous ceux qui pourraient se laisser séduire par la discours du prêtre « S'il est vrai que l'on ait rendu à cet homme [Jacques Roux] la justice qu'il mérite, alors mon attente est remplie ; mais je ne puis que présumer mal de ceux, qui sous l'ombre de s'attacher plus fortement aux intérêts du peuple, voudraient donner de la suite aux vociférations délirantes de ce prêtre forcené »[11]

Marat poursuivra cette critique, quelques jours avant sa mort dans le N° 233 du 4 juillet 1793 du Journal de la République française qui succède à l'Ami du peuple, il encore fustige leur action« Ces intrigants ne se contentent pas d’être les factotums de leurs sections respectives, ils s’agitent du matin au soir pour s’introduire dans toutes les sociétés populaires, les influencer et en devenir enfin les grands faiseurs. Tels sont les trois individus bruyants qui s’étaient emparés de la section des Gravilliers, de la Société fraternelle et de celle des Cordeliers : je veux parler du petit Leclerc, de Varlet et de l’abbé Renaudi soi-disant Jacques Roux » [12]

Quelques jours après l’assassinat de Marat, Roux réfute son argumentaire dans une adresse a Marat[13] qu'il rend responsable de son exclusion du Club des Cordeliers après son adresse à la convention le 25 juin ; mais il est déjà trop tard et de plus cette réplique dans le contexte de la mort de l'Ami du Peuple non seulement est de nul effet mais de plus est une lourde maladresse.

Un dénouement sans surpriseModifier

Le 27 juillet 1793 Robespierre entre au Comité de Salut Public. Il s'agit désormais de faire accepter le fait accompli de l'élimination des Girondins par les classes moyennes et possédantes. Dès lors les rapports du Gouvernement avec les mouvements populaires vont rapidement se tendre. Dans un premier temps sectionnaires , sans-culottes, membres de clubs y compris cordeliers et jacobins, soutenus par les commissaires des assemblées primaires représentants les patriotes des départements imposèrent à la Convention la levée en masse et réclamèrent la terreur et le maximum. La proposition de Danton de transformer le Comité de Salut Public en comité de gouvernement déclencha une nouvelle offensive où l'on retrouva Leclerc en première ligne « C'est un Capet à neuf têtes que l'on crée à la place de celui qui n'est plus » écrit-il dans l'Ami du peuple du 4 août 1793[14] Il est rejoint par François-Nicolas Vincent , secrétaire général du département de la guerre, qui jouit d'une forte influence au ministère de la Guerre mais qui n'a pas grande audience auprès des sans-culottes. C'est à Leclerc, mais aussi à Jacques Roux, qui pourtant n'a pas pris position dans ce débat, que s'en prend Robespierre« Deux hommes salariés par les ennemis du peuple, deux hommes que Marat dénonça, ont succédé ou cru succéder à cet écrivain patriote [...] pour pouvoir tomber sur les patriotes vivants avec plus de fureur » [15] En août la polémique s'envenime, nourrie au Jacobins par Robespierre, Roux est toujours silencieux. Le 8 août, coup de théâtre: La veuve de Marat, Simone Evrard s'éleva contre "les écrivains scélérats" qui usurpent le nom de l'Ami du Peuple, dénonça tout à la fois Roux et Mercier leur prêtant les pires intentions pour les prochaines journées des 10 août [16] et[17].

Les attaques se poursuivent toute la deuxième quinzaine d'août de Leclerc avec le soutien de la Société des Républicaines Révolutionnaires,de Roux avec celui de ses soutiens de la section des Gravilliers. Hébert, qui ne veut pas leur laisser le champ libre, intervient avec son journal et au Jacobins le 21 août en prenant soin de masquer son attaque du pouvoir par une diatribe à l'encontre de Jacques Roux,mais il critique néanmoins l'organisation du pouvoir exécutif[18]

Dés le 22 août Roux est arrêté, il est l'objet de dénonciation multiples, auxquelles il peut répondre avec succès au cours des trois interrogatoires qu'il subit. Il fut décidé le 27 août de le traduire devant le tribunal de police correctionnel et en l'attente de prononcer sa mise en liberté conditionnelle sous la caution de deux citoyens. Dans des conditions pour le moins confuses il est arrêté le 5 septembre; le lendemain le Comité de Salut public du département de Paris décide son internement à Sainte Pélagie « Considérant ... que Jacques Roux ..., déjà suspect dans l'opinion publique, est très suspects aux yeux de tous ceux qui ont suivi ses manœuvres et que le jugement unanime de la Société des Jacobins est une preuve irrésistible contre lui »[19]

Jacques Roux, continue de sa prison à publier son journal et en durcit même le ton « On ne fait pas aimer et chérir un gouvernement par La Terreur écrit-il dans le N° 265 du Publiciste » Il en vient a se faire adepte de la légalité et blâme les excès du pouvoir « Si l'on ne met un frein à ces emprisonnements qui souillent l'histoire de la Révolution et dont on ne trouve pas d'exemples dans les annales des peuples les moins civilisés la guerre civile ne tardera pas à s’enflammer. » écrit-il dans le N° 265 de son journal. Dans le numéro suivant il est encore plus menaçant « Encore quelque jours le masque sera arraché aux ennemis de la liberté, nous verrons s'ils se perpétueront dans leur place, s'ils nous ont fait une Constitution sublime que pour l'enfreindre à chaque instant, que pour violer les propriétés et les personnes »

Varlet, Leclerc, sa femme Pauline Léon, Claire Lacombe animatrice de la Société des républicaines révolutionnaires, tous et toutes seront arrêtés au cours de la période qui précède la mort de Jacques Roux, mais tous et toutes passeront entre les mailles du filet. Restait Jacques Roux, le vrai chef du parti selon Albert Mathiez, une dernière tentative de ses soutiens des Gravilliers auprès de la Commune pour le faire libérer échouera le 23 septembre. Les derniers numéros de son journal sont de véritables brûlots. Il perd ses derniers soutiens. Le 26 novembre le Comité Révolutionnaire des Gravilliers décidait de mettre en prison les partisans de Jacques Roux dans la section qui sont conduit dès le 3 décembre à la prison de La Force.

Le 12 janvier 1794 Jacques Roux devait être déféré au tribunal correctionnel du Châtelet, mais le tribunal de déclara incompétent et le renvoya devant le Tribunal Révolutionnaire. A la lecture du jugement il se blesse de plusieurs coups de couteau au coté gauche de la poitrine. Soigné par un chirurgien, Jacques Roux est transporté à l'infirmerie de Bicêtre. Mais il n' a pas renoncé au suicide et employait tous les moyens pour épuiser sa santé comme l'écrivait le 4 février l'officier en charge de sa surveillance à Fouquier-Tinville. La tentative du 10 février sera la bonne. Il meurt dans la journée à Bicêtre et est enterré au cimetière de Gentilly.

Quel Jugement sur Jacques RouxModifier

La grandeur de sa mort, ne saurait masquer les excès du personnage, ses contradictions lorsqu'il réclame dans ses derniers écrits tout ce qu'il avait combattu depuis sa montée sur Paris et même avant. Par contre sa sincérité n'est pas contestable. Chrétien convaincu, il aime et assiste les pauvres, à un point tel qu'il fait figure d'anarchiste aux yeux des plus engagés. Roux n'est pas un théoricien, il voit la misère, il dénonce les abus, propose des solutions empiriques que lui suggèrent les faits. A la différence de ses alliés de circonstance,qui ont trop souvent, par leurs excès, caricaturé son action, il ne se dérobera pas et ira au bout de la logique qu'impose ses convictions. Il mesure sans doute parfaitement quand il se donne la mort que non seulement les gouvernants de l'heure ne se souviennent plus des services qu'il a rendu, notamment dans l'élimination des Girondins, mais que de surcroît, alors que dans le même temps on vote les lois qu'il réclamait , on tourne contre lui la loi des suspects destinée à combattre les accapareurs et les agioteurs. Il sera une des premières victimes de cette Terreur qui est l'oeuvre des Enragés. Qu'aurait-il fait si son entreprise avait réussie ? Les contraintes économiques et sociales sont si fortes que les autorités en place qui pourtant l'injurient sont amenées entre mars et octobre 1793 à céder et adopter une à une à toutes les mesures qu'il propose. Sans doute la mise en oeuvre ne fut pas d'enthousiasme, mais il est de fait qu'elles n’apportèrent pas les remèdes escomptés.

L'utopie défendue par Jacques Roux était sans doute trop forte dans sa défense du droit concret « à la vie et à la sécurité, au pain et au travail »[20]

FlorilègeModifier

« La liberté n'est qu'un vain fantôme, quand une classe d'hommes peut affamer l'autre impunément. L'égalité n'est qu'un fantôme, quand le riche, par le monopole, exerce le droit de vie et de mort de son semblable. La république n'est qu'un vain fantôme, quand la contre-révolution s'opère de jour en jour par le prix des denrées auquel les trois quarts des citoyens ne peuvent atteindre sans verser des larmes. »[21]

« Le despotisme qui se propage sous le gouvernement de plusieurs, le despotisme sénatorial est aussi terrible que le sceptre des rois, puisqu'il tend à enchaîner le peuple, sans qu'il s'en doute, puisqu'il se trouve avili et subjugué par les lois qu'il est censé dicter lui-même[22]. »

« De tout temps, on s'est servi des hommes de caractère pour faire les révolutions. Quand on n'a plus besoin d'eux, on les brise comme du verre. »

« Les lois ont été cruelles à l'égard du pauvre parce qu'elles n'ont été faites que par les riches et pour les riches[23]. »

« Par quelle fatalité après avoir décrété la liberté indéfinie de la presse, le respect des propriétés et des personnes, quelques intrigants insultent-ils dans leur frénésie sanguinaire, précipitent-ils dans des cachots obscurs celui qui met au grand jour, leur orgueil, leur insolence, leur cupidité, l’abus de leur autorité consulaire, et de leur puissance tribunitionnelle ? Eh quoi ! il n’est plus permis d’émettre son opinion sur le compte de ceux qui tiennent les rênes du gouvernement ! Scélérats, qui n’avez du républicanisme que le masque, apprenez que vous n’avez aucun droit pour enchaîner la pensée de l’homme. Elle appartient à toute la nature. Le génie de la liberté que vous voulez étouffer, franchira malgré vous les montagnes et les mers, et la foudre que vous appelez sur l’homme de bien, vous écrasera bientôt. La onzième heure est sonnée… ! Tremblez, usurpateurs… ! »Jacques Roux, « Le Publiciste N° 268 », (consulté le 23 novembre 2019)

Notes et référencesModifier

  1. a et b Andrè Berland, « Jacques Roux en Saintonge Les débuts d'un grand révolutionnaire (1752-1790) », Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie en Saintonge maritime,‎ n°11 - année 1990, Pages 14 et suivante (lire en ligne)
  2. Ancien fief des comtes d’Angoulême Taillefer, confisqué en 1793 et largement détruit sur la commune de Baignes-Sainte-Radegonde
  3. Jacques Roux, « La fête manquée ou la hure de sanglier portée du Château de M près Baigne à Barbezieux », Journal de Saintonge et d'Angoumois,‎ 30 décembre 1787 n°52, pages 409 à 410
  4. les 12 premiers vers de ce poème sont reproduits par W; Markow dans Annales historiques de la Révolution Française 1963 N° 4 page 464
  5. a b et c Andrè Berland, « Jacques Roux en Saintonge Les débuts d'un grand révolutionnaire (1752-1790) », Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie en Saintonge maritime,‎ n°11 - année 1990, Pages 16 (lire en ligne)
  6. François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution Française, vol. 2 acteurs, Paris, Flammarion, 2017 (3e édition), article "Enragès" par Denis Richet pages 331 à 339)
  7. Marat in Le publiciste de la République française, Paris, n°233, 4 juillet 1793
  8. « Manifeste des Enragés - Wikisource », sur fr.wikisource.org (consulté le 9 novembre 2019)
  9. a et b Eric Hazan, Une histoire de la Révolution française, Paris, La Fabrique Editions, , pages 218-219
  10. Maximilien Robespierre et École pratique des hautes études (France) Société des études robespierristes, Oeuvres de Maximilien Robespierre, Paris, PUF, (lire en ligne), Tome IX - Discours, 4e Partie, page 593
  11. Jacques de Cock, Les Cordeliers dans la Révolution française: Textes et documents - Volume 2, fantasques éditions, (ISBN 9782913846081, lire en ligne), p. 1233
  12. François Furet et Mona Ozouf, Dictionnaire critique de la Révolution Française, vol. 2 acteurs, Paris, Flammarion, 2017 (3e édition), article "Enragès" par Denis Richet page 337)
  13. l'imprimeur prend soin d'affirmer que la réponse de Jacques Roux était imprimée avant avant l’assassinat commis sur la personne de l'ami du peuple, Jacques Roux à Marat - 1793
  14. Société d'histoire moderne et contemporaine (France) Auteur du texte, « Revue d'histoire moderne et contemporaine / Société d'histoire moderne », sur Gallica, (consulté le 12 novembre 2019)
  15. Journal de la Montagne, 7 août 1793, cité par Albert Soboul, « Robespierre et la formation du gouvernement révolutionnaire 27 juillet - 10 octobre 1793 », Revue d'histoire moderne et contemporaine,‎ , p. 284 (lire en ligne)
  16. Albert Mathiez (1874-1932), La vie chère et le mouvement social sous la Terreur. Tome 1, Paris, Payot- Le regard de l'histoire, (lire en ligne), page273
  17. Albert Soboul, « Robespierre et la Formation du Gouvernement Révolutionnaire (7 juillet -10 octobre 1793) », sur Gallica, Revue d'Histoire Moderne et Contemporaine, (consulté le 12 novembre 2019)
  18. Le 20 août avait lieu la désignation du Ministre de l'intérieur, Hébert était candidat, Paré lui fût préféré. Dès le lendemain, alors qu'il n'avait rien écrit depuis le 10 août, Hébert reprend sa campagne contre le gouvernement.
  19. Albert Mathiez, La vie chère et le mouvement social sous la Terreur. Tome 1, Paris, Payot - Le Regard de l'Histoire, (lire en ligne), p. 336
  20. Walter Markov (trad. Stéphanie Roza), Jacques Roux - Le curé Rouge, Paris, Libertalia et Société des études Robespierristes, (ISBN 978-2-37729-013-0), page 401
  21. « Manifeste des Enragés », sur wikisource.org
  22. Albert Mathiez, p. 148, La révolution française.
  23. Maurice Dommanget, p. 74, Enragés et curés rouges en 1793 : Jacques Roux et Pierre Dolivier.

Articles connexesModifier

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Voir AussiModifier

Sources impriméesModifier

  • Jacques Roux, Scripta et acta : textes présentés par Walter Markov, Berlin, Akademie Verlag, 1969, VIII-688 p.
  • Jacques Roux, Jacques Roux à Marat, Paris, De l'Imprimerie de la Société typographique, rue et collége des Cholets, (lire en ligne)

BibliographieModifier

  • André Berland, Un grand révolutionnaire charentais, l'abbé Jacques Roux : les débuts en Angoumois et en Saintonge du futur chef des Enragés, 1752-1794, Libr. B. Sepulchre, 1988.
  • Serge Bianchi, « Les curés rouges dans la Révolution française », Annales historiques de la Révolution française, no 249,‎ , p. 364-392 (JSTOR 41913631).
  • Maurice Dommanget, Les Enragés dans la Révolution française, Paris, Spartacus, coll. « Spartacus. Série B » (no 139), , 132 p. (ISBN 2-902963-19-X).
  • Maurice Dommanget, Enragés et curés rouges en 1793 : Jacques Roux, Pierre Dolivier, Paris, Spartacus, coll. « Spartacus. Série B » (no 149), , 171 p. (ISBN 2-902963-31-9).
  • François Furet La Révolution, avec Denis Richet, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1965 ; 2e éd., La Révolution française, Paris, Hachette Littératures, 1999, coll. « Pluriel » (ISSN 0296-2063) nº 950, 944 p. (ISBN 2-01-278950-1).
  • François Furet Dictionnaire critique de la Révolution française (dir. avec Mona Ozouf), Paris, Éditions Flammarion, 1988, 1 154 p. (ISBN 2-08-211537-2) ; nouvelle éd., coll. « Champs » (ISSN 0151-8089) nº 735-738 et 746, 2007, 5 vol., 2 017 p.
  • (en) Geoffrey Ellis, « The « Marxist Interpretation » of the French Revolution », The English Historical Review, Oxford University Press, vol. 93, no 367,‎ , p. 353-376 (JSTOR 567066).
  • David Gilles, « Représentation et souveraineté chez les Enragés (1792-1794) », dans Le concept de Représentation dans la pensée politique : actes du colloque d'Aix-en-Provence (mai 2002), Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, coll. « Histoire des idées politiques » (no XV), , 493 p. (ISBN 978-2-7314-0367-1, lire en ligne), p. 253-286
  • Roland Gotlibéd.), « Jacques Roux et les Jacquesroutins », Annales historiques de la Révolution française, no 221 « La Fête révolutionnaire »,‎ , p. 478-485 (lire en ligne).
  • Daniel Guérin, La lutte de classes sous la Première République : bourgeois et « bras nus » (1793-1797), vol. 1 et 2, Paris, Gallimard, coll. « La Suite des temps » (no 16),
    Nouvelle édition, Paris, Libertalia, 2013, 443 p (ISBN 978-2-9180-5929-5)
  • Jacques Guilhaumou, « « Moment actuel » et processus discursifs : le Père Duchesne d'Hébert et le Publiciste de la république française de J. Roux (14 juillet – 6 septembre 1793) », Bulletin du Centre d'Analyse du Discours de l'Université de Lille III, no 2,‎ , p. 147-173.
  • Claude Guillon, Notre patience est à bout, 1792 - 1793 : les écrits des enragés, Paris, IMHO, coll. « Radicaux Libres », , page10
  • Jean-Marc Le Guillou, Jacques Roux, 1752-1794 : l'annonce faite à la gauche, Paris, Éditions des Écrivains, , 242 p. (ISBN 2-84434-350-3, présentation en ligne).
  • Walter Markov, « Les Jacquesroutins », Annales historiques de la Révolution française, no 160,‎ , p. 163-182 (JSTOR 41926264).
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  • Albert Mathiez, La révolution française, Volume 1, Armand Colin, 1922.
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  • Albert Soboul, La Civilisation de la Révolution française, Arthaud, 1988.
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NoticesModifier

Ces notices biographiques montrent assez clairement Les différentes sensibilités dans l'approche du rôle de Jacques Roux.


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