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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Petit.
Jacob Petit
Portrait gravé de Jacob PETIT.jpg
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Jacob Mardochée[1] (dit Jacob Petit), né et mort à Paris (-), est un fabricant de porcelaine français du XIXe siècle. Son nom reste attaché à l'originalité de sa production. Abondantes et diverses, naguère jugées d'une exubérance de mauvais goût, ses pièces sont aujourd'hui recherchées pour leur originalité, la qualité de leur finition et la richesse de leur polychromie.

Sommaire

Origines familialesModifier

L'état civil de Jacob Petit n'a jamais pu être établi de manière assurée pour deux raisons :

  • l'incomplète reconstitution des anciens registres parisiens - détruits par la Commune en mai 1871 ;
  • la tardive stabilisation des patronymes juifs en France d'autre part - c'est seulement le qu'un acte législatif de Napoléon 1er, dit décret de Bayonne, obligea les Israélites à porter un nom de famille.

Le seul acte d'état civil incontestable concernant Jacob Petit est celui rédigé après son décès[2] : 1704 - Du six Décembre mil huil cent soixante huit à onze heures du matin - Acte de décès de Jacob Mardoche (sic), marchand de porcelaine, âgé de soixante douze ans[3], marié à Adélaïde Petit, sans profession, âgée de soixante dix neuf ans[4], fils de Moïse Mardoche & de Sarah (nom patronymique ignoré des déclarants), son épouse ; le dit défunt né à Fontainebleau (barré) [5] Paris, demeurant à Fontainebleau (Seine & Marne), rue du Chemin de fer, et décédé à Paris, rue du faubourg St honoré, n° 208, hier, à huit heures du matin. Constaté par Nous, Adjoint au Maire du huitième arrondissement de Paris, (Elysée), officier de l'Etat civil, délégué, sur la déclaration de Léonard Pannetier, employé, âgé de trente neuf ans, et de Louisette Gatineau, concierge, âgé (sic) de quarante sept ans, demeurant tous deux rue du faubourg St honoré, n° 208, lesquels ont signé avec Nous, après lecture faite. Signé : Pannetier, Gatineau, A. Grouvelle adj.

À ce jour, le contrat de mariage (datant de 1816 ou environ) de Jacob Mardochée avec Adélaïde Petit, fille d'un boulanger[6] de Chantilly, n'a pu être trouvé. Jacob Petit adopte le patronyme de son épouse comme pseudonyme, et c'est sous ce dernier que son nom est passé à la postérité.

Un examen exhaustif des actes d'état civil parisiens reconstitués au nom de Mardoché(e) et un recoupement des informations qu'ils fournissent établissent que le couple Moïse Mardochée / Sarah Simon a eu au moins quatre fils :

  • Bernard (Paris 1793 - 1855), sous-lieutenant d'infanterie puis rentier[7] ;
  • Jacob, (Paris 1796[8] - 1868), fabricant de porcelaine ;
  • Bironi (Paris 1797 - avant juin 1840)[9], brouettier, marié le 28 juin 1836 au Havre avec Élise Eugénie Auger (Le Havre 1815-1842)[10] ;
  • Armand Moyse (Paris 1798 - avant juin 1840), enrôlé en mai 1816 dans les Cuirassiers du Berry[11].

Le recensement parisien des Juifs de 1809[12] cite le couple (famille n° 1761. Le père bijoutier, né en 1754 à Avron - pour Avon ? ; la mère née en 1766 à Mutterscholtz), auteur de neuf enfants :

  • Élise, née en 1792 ;
  • Abraham, né en 1795 ;
  • Heluf, né en 1796 ;
  • Jacob, né en 1796 (jumeau du précédent ?) ;
  • Bironi, né en 1797 ;
  • Hayem, né en 1799 ;
  • Élie, né en 1800 ;
  • Minette, née en 1801 ;
  • Esther, née en 1807.

Sans l'expliquer, on remarque l'absence de deux fils : Bernard (né en 1793) et Armand Moyse (né en 1798).

Moïse Mardochée meurt à Paris, rue des Archives, le . Il est rentier, âgé de 89 ans (né vers 1751)[13]. Ses deux fils, Bernard et Jacob Mardochée, renoncent à sa succession le [14].

Sarah Simon, son épouse, décède rue Pecquay le , à l'âge de 73 ans (née vers 1765)[15].

BiographieModifier

Après avoir appris seul le dessin, Jacob Petit entre comme élève dans l'atelier du peintre Antoine-Jean Gros, disciple de Jacques-Louis David. Précocement attiré par la porcelaine, il rejoint la Manufacture de Sèvres dès 1822.

 
Jacob Petit - Flacon à parfum représentant une Chinoise (le bouchon n'est pas d'origine) - Collection particulière.

Passionné d'arts décoratifs, il effectue plusieurs voyages en France et en Europe (en Italie, en Suisse, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Angleterre) pour approfondir ses connaissances et perfectionner sa technique.

Revenu en France, il publie en 1830-1831 un Recueil de décorations intérieures, comprenant tout ce qui a rapport à l'ameublement, comme vases, trépieds, candélabres, lustres, girandoles, lampes, chandeliers, cheminées, faux poëles, pendules, tables, secrétaires, commodes, canapés, lits, draperies de croisées, fauteuils, chaises, tabourets, miroirs, et tout ce qui a rapport à l'orfèvrerie, menuiserie, serrurerie, etc.. Cet ouvrage - dont on remarquera le désir d'exhaustivité - connaîtra un vif succès. L'auteur y puisera constamment ses futures inspirations.

Jacob Petit possède une manufacture de porcelaine à Fontainebleau employant 80 ouvriers et un atelier à Paris (26 rue de Bondy - actuelle rue René-Boulanger, puis rue Paradis-Poissonnière - actuelle rue de Paradis).

Créateur indéniable animé par l'esprit d'entreprise, il semble par contre n'avoir été qu'un homme d'affaires malheureux. Il fait faillite en 1848. À la fin de sa vie, la malchance le poursuit : l'un de ses ateliers est détruit par un incendie, ce qui précipite sa ruine.

Admis pour fièvre à l'hôpital Beaujon[16],[17] le , il y décède 4 jours plus tard, le [2], d'une hémorragie cérébrale[18]. Mort dans la misère, il est inhumé le en fosse commune, au cimetière du Père-Lachaise[19].

Son épouse, Anne Adélaïde Petit, meurt à l'hospice[17] de Fontainebleau le [20], dépourvue du moindre bien ; un certificat d'indigence est délivré à l'administration fiscale le [21].

Le couple ne semble pas avoir eu d'enfants, comme le laisse supposer son dénuement final.

ŒuvreModifier

 
Jacob Petit - Marque bleue JP
(flacon ci-dessus).
 
Jacob Petit - Brûle-parfum (vers 1830).

Jacob Petit produit un grand nombre d'objets décoratifs en porcelaine : vaisselle, vases, tisanières, flacons à parfum, brûle-parfum, encriers, presse-papiers, vide-poches, pendules, luminaires d'intérieur, et même des cheminées[22].

Ses créations se caractérisent par une audace inventive. Empreintes d'éclectisme, elles puisent à tous les répertoires décoratifs :

Si Jacob Petit fut naguère critiqué pour ses couleurs jugées criardes, il s'avère pourtant un coloriste remarquable. Il n'hésite pas à juxtaposer teintes franches et rares, tons mats et brillants, pour créer une chatoyante polychromie aux combinaisons presque infinies. Il cherche à rendre la matière avec réalisme (étoffes, bijoux, pierreries, carnations, pelage d'animaux, pétales et feuillages de fleurs, troncs d'arbre...). Répandu généreusement, l'or souligne socles et éléments saillants ou décoratifs. L'ensemble produit une impression de gaieté.

 
Jacob Petit - Personnage galant (vers 1835) - Honolulu, Museum of Art.

Sa créativité empreinte de fantaisie s'exprime, par exemple dans des flacons à parfum conçus par paires : un couple composé d'un homme et d'une femme en costumes de diverses époques ou civilisations (Écossais, Espagnols, nobles médiévaux, Turcs, Chinois, Indiens d'Amérique...).

Esprit perpétuellement en éveil, Jacob Petit dépose plusieurs brevets de fabrication. Il aime relever des défis techniques, telle la réalisation de corbeilles en minces filets de porcelaine imitant l'osier tressé. Il s'intéresse, entre autres, au procédé difficilement maîtrisable de la dorure sur porcelaine.

Dès 1834, il participe à de nombreuses expositions, où il recueille diverses récompenses en reconnaissance de son esprit pionnier mêlant audace et créativité. Le Rapport du jury central de l'exposition des produits de l'industrie nationale de 1834 lui accorde une mention honorable, non pour les contours bizarres et difficiles qu'il donne à la plupart de ses pièces ; mais pour la hardiesse d'exécution par laquelle sont vaincues de telles difficultés. Il ajoute que tous les décorateurs avouent que les innovations de M. Jacob-Petit ont rendu l'essor au commerce de la porcelaine d'ornement[23].

Celui de 1839, qui lui décerne une médaille de bronze, indique : La fabrication de M. Jacob-Petit, à Fontainebleau, a, dans le commerce, une assez grande vogue, fondée sur l'imagination inépuisable de ce fabricant pour faire les pièces de fantaisie les plus variées : il sort toujours du nouveau de ses fours. Nous dirons que, quand l'imagination n'est maîtrisée par aucune réflexion sur ce qui est approprié à l'objet qu'on prétend faire, que lorsqu'on se permet les formes et les ajustemens (sic) les plus grotesques, il est facile de produire tous les jours du nouveau. Il est malheureux que la mode encourage un tel dévergondage de forme et d'ajustemens grotesques, et force pour ainsi dire le fabricant à s'écarter de ce qu'il considère lui-même comme meilleur. C'est donc une question de commerce, et c'est sous ce premier point de vue que le jury doit d'abord envisager la fabrication de M. Jacob-Petit ; mais, s'il l'examine sous le rapport réellement industriel, on remarquera que M. Jacob-Petit sait choisir, employer et diriger des ouvriers habiles, qui font réussir la plus grande partie de ces pièces si compliquées. On remarquera aussi des corbeilles, non pas moulées, mais tissées en baguettes de porcelaine, qui se sont prêtées à ce tissage comme le ferait l'osier. Or ce travail de la porcelaine dure, qui imite si bien celui qu'on a déjà fait en porcelaine tendre, est nouveau pour nous, quoiqu'il ne le soit pas tout à fait pour la fabrication actuelle, puisque M. Margaine[24] a présenté aussi des petites corbeilles faites par le même procédé. Le jury accorde à M. Jacob-Petit, pour l'application de ce procédé et pour sa fabrication en général, une médaille de bronze[25].

L'abondante production de Jacob Petit révèle un souci permanent de recherche et de renouvellement, mais aussi de qualité technique comme d'effet décoratif. Aujourd'hui, son inventivité et son savoir-faire sont reconnus et les pièces portant sa signature suscitent l'admiration des collectionneurs.

Voir aussiModifier

Notes et référencesModifier

  1. on rencontre indifféremment les graphies Mardoché et Mardochée. Cette dernière orthographe, comportant un E final, semble préférable car c'est la forme officielle francisée du personnage biblique éponyme.)
  2. a et b Archives de Paris - 8e arrondissement - Acte de décès n° 1704 MARDOCHE (sic) Jacob du 6 décembre 1868 (V4E 937).
  3. donc né vers 1796.
  4. donc née vers 1789.
  5. Fontainebleau est barré dans l'acte, la rature étant approuvée en marge.
  6. voir infra, note 21.
  7. Archives de Paris - Actes :
    - de naissance MARDOCHÉE Bernard du 15 juillet 1793 (5 Mi 1/86) ;
    - de mariage MARDOCHÉE Bernard / RAPHAËL Esther du 2 juillet 1818 (V2E 8.259). Cet acte est précieux : il précise les nom et prénom de la mère de l'époux (Sara SIMON) ; l'époux a pour premier témoin son frère, Jacob MARDOCHÉE ;
    - de décès MARDOCHÉE Bernard du 7 janvier 1855 (V2E 13.967).
  8. l'acte de naissance d'un Jacob (dit Eugène) MARDOCHÉE, le 15 septembre 1791, fils d'Élie MARDOCHÉE, mercier, et de Brunette BERNARD, mariés à Brody (Pologne) en 1768 selon le rite hébraïque (Archives de Paris - Naissance MARDOCHÉE Jacob (Eugène) du 15 septembre 1791 - 5 Mi 1/82), est souvent avancé comme étant celui du futur Jacob PETIT. Cette affirmation ne peut être acceptée car elle contredit l'acte de décès sur deux points essentiels : l'année (même approximative) de naissance et le nom des parents. Par ailleurs, la succession de Moïse MARDOCHÉE, mort en 1840 (voir infra, note 16), atteste une filiation qui ne peut rattacher Jacob MARDOCHÉE à un père prénommé Élie.
  9. Archives de Paris - Acte de naissance MARDOCHÉE ci-devant MOYSE Bironi du 18 juin 1797 / 30 prairial an V (5 Mi 1/99).
  10. Archives départementales de Seine-Maritime - Acte de mariage n° 131 MARDOCHÉE/AUGÉ du 28 juin 1836 - 4E 08689 - 1836 - Vue 134/266.
  11. Archives de Paris - Acte de naissance MARDOCHÉE Armand Moyse du 20 décembre 1798 / 30 frimaire an VII (5 Mi 1/105). Armand Moyse MARDOCHÉE n'est pas cité lors de la succession de son père en juin 1840 (voir infra, note 16), ce qui indique qu'il est mort avant cette date.
  12. source : Geneanet.
  13. Archives de Paris - Acte de décès MARDOCHÉ Moyse du 1er juin 1840 (V2E 12.128).
  14. Archives de Paris - Enregistrement après décès - DQ8 810 - Folio 23 v°. Bernard et Jacob MARDOCHÉE, héritiers, demeurent alors respectivement 28 rue de la Folie Méricourt et 26 rue de Bondy.
  15. Archives de Paris - Acte de décès SIMON Sara du 3 décembre 1838 (V2E 12.038).
  16. inauguré comme orphelinat en 1785 dans le faubourg du Roule, ouvert aux malades en juillet 1794, l'hôpital Beaujon ferma ses portes le 31 décembre 1936 pour être transféré à Clichy (Hauts-de-Seine).
  17. a et b mourir à l'hôpital était alors considéré comme une fin honteuse, réservée aux plus pauvres.
  18. Assistance publique des Hôpitaux de Paris - Archives en ligne - Hôpital Beaujon ancien - Registres :
    - des entrées du 26 août au 31 décembre 1868 - 1 Q 2/100 - Vue n° 59/77 (dans la colonne Observations, il est indiqué Israélite) ;
    - des décès de 1868 - 3 Q 2/51 - Vue n° 75/81.
  19. précision obtenue de la Conservation du Cimetière parisien du Père-Lachaise - Courrier du 15 novembre 2013.
  20. elle était née à Chantilly (Oise) le , fille de Jean-Baptiste PETIT (boulanger né à Noyon vers 1734 et mort à Chantilly le 28 mars 1804 / 7 germinal an XII) et d'Anne Julie BARBIER.
  21. Archives de Seine-et-Marne - Enregistrement après décès - 143 Q 16.
  22. voir http://www.insecula.com/contact/A008150.html
  23. voir http://cnum.cnam.fr/CGI/fpage.cgi?8XAE17.3/391/80/526/0/0.
  24. père d'Alpinien MARGAINE (1826-1878), fabricant de porcelaine qui s'associa, à Limoges, avec Pierre-Justin GIBUS (1821-1897) et Martial REDON (1826-1891).
  25. voir http://cnum.cnam.fr/CGI/fpage.cgi?8XAE19.3/239/80/568/0/0.