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Ismaïl Kadaré

écrivain albanais
(Redirigé depuis Ismail Kadare)
Ismaïl Kadaré
Description de cette image, également commentée ci-après
Ismaïl Kadaré à Zurich en 2002.
Naissance (83 ans)
Gjirokastër
Drapeau de l'Albanie Albanie
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture albanais
Mouvement littérature postmoderniste
Genres

Œuvres principales

Ismaïl Kadaré (souvent orthographié Ismail Kadare) est un écrivain albanais, né le à Gjirokastër, dans le Sud de l'Albanie.

Kadaré étudie les lettres à l'université de Tirana et à l'Institut de littérature Maxime-Gorki de Moscou. En 1960, la rupture avec l'Union soviétique l'oblige à revenir en Albanie où il entame une carrière de journaliste. Il commence à écrire très jeune, au milieu des années 1950, mais ne publie que quelques poèmes dans un premier temps.

En 1963, la parution de son premier roman Le Général de l'armée morte lui apporte la renommée, d'abord en Albanie et ensuite à l'étranger grâce à la traduction française de Jusuf Vrioni. Dès lors, son œuvre est vendue dans le monde entier et traduite dans plus de quarante-cinq langues. Kadaré est considéré comme l'un des plus grands écrivains et intellectuels européens du 20ème siècle et, en plus, comme une voix universelle contre le totalitarisme[1],[2].

Il reçoit le prix international Man Booker en 2005, le prix Prince des Asturies de littérature en 2009, le Prix Jérusalem en 2015, et le Prix Park Kyung-ni en 2019.

Un écrivain engagéModifier

Kadaré a commencé de publier très jeune, en 1953. Au sortir du lycée, il suit des études de littérature à l'université de Tirana et obtient une bourse pour l'institut Gorki de littérature à Moscou. En raison du jeu des alliances, c'est un passage obligé pour tout intellectuel en herbe. A l'institut Gorki, les auteursde valeur côtoient les médiocres, les marginaux, les « écrivains officiels », sous le sceau unificateur du réalisme socialiste. Kadaré comprend ce qu'il ne faut pas écrire, ce qui n'est pas littérature. Rejetant les canons du réalisme socialiste, il s'engage intérieurement à faire le contraire de ce que les dogmatiques enseignent en matière de « bonne » littérature[3].

En 1963, Kadaré publie le roman Général de l'armée morte. Son roman suivant, Le Monstre, est fortement critiqué lors de sa publication, en 1965, dans une revue littéraire. Interdit, le texte ne paraîtra d'ailleurs pas sous forme de livre avant la fin de 1990, après vingt-cinq années de patience. Entre-temps, l'écrivain lui-même n'aura pas le droit de parler de ce texte, qui ne sera plus cité nulle part. En 1967, l'Albanie lance sa Révolution culturelle, alors le régime oblige les écrivains à vivre dans les campagnes, à la rencontre du peuple. Kadaré passe ainsi deux années à Bérat, dans les montagnes du Sud, de 1967 à 1969[3]. Il continue pas moins sa lutte constante contre le totalitarisme. Il poursuit un temps sa carrière d'écrivain sans heurts, nonobstant la charge corrosive de ses textes contre la dictature[4]. Son œuvre est publiée et accueillie très favorablement à l'étranger[4].

Le Général de l'armée morte paru en France, en 1970. Après la parution de la poème Les Pachas Rouges, en 1975, Kadaré se voit interdire de publier des romans. La poème est interdit et son auteur accusé d'incitation à la rébellion. Kadaré vit ses heures les plus graves. L'écrivain doit se soumettre à une période de travail manuel, sorte de stage de rééducation à la chinoise, au fin fond des campagnes. C'est ainsi qu'il se retrouve dans une coopérative de village, dans la région de la Myzeqe. Après son retour a Tirana, il accumule dans ses tiroirs des manuscrits qu'il publiera par la suite sous le label « récits »[3].

En 1981, il a publié «Le palais des rêves», un roman anti-totalitaire écrit et publié au cœur d'un pays totalitaire[5]. Le "récit" a été sévèrement critiqué et interdit. Kadaré finit par être qualifié d'« ennemi » lors du Plénum des écrivains en 1982[4]. La presse mondiale réagit aux condamnations visant le roman et des protestations s'élèvent pour défendre son auteur, qui échappe aux sanctions[3]. Entré en disgrâce pour ses écrits subversifs, conçus comme une critique détournée du régime, il est finalement contraint d'éditer ses romans à l'étranger[6]. Se sentant menacé, il émigre en France où il obtient l'asile politique en octobre 1990[4]. Aujourd'hui, il partage sa vie entre la France et l'Albanie[4].

Ismail Kadaré a publié ses fables au centre même de la dictature. Il a réussi le tour de force que n'auraient jamais pu réussir, dans l'URSS stalinienne, des Pilniak ou des Mandelstam. Avec ses romans à double fond, il a porté la critique plus loin que les dissidents soviétiques qui écrivirent après la mort de Staline, alors que le totalitarisme était déjà sur le déclin. La dénonciation de l'œuvre kadaréenne vise l'essence même du système et non sa périphérie. L'analyse de l'écrivain surpasse souvent en pessimisme et en visions macabres celles des maîtres du genre[3].

Une œuvre considérableModifier

Son œuvre considérable, reconnue par le public et la critique comme une pièce maîtresse de la littérature contemporaine[réf. nécessaire], concentre romans, nouvelles, essais, poésie et pièces de théâtre. Ses thèmes essentiels sont l'histoire des Balkans et de l'Albanie et la dénonciation du totalitarisme à travers des métaphores habiles et des légendes anciennes. Avec le souci d'un observateur scientifique et d'un ethnographe, il puise ses images romanesques dans le passé yougoslave et ses souvenirs d'enfance[4]. Kadaré revisite les grandes étapes historiques, le folklore et les mythes de son pays natal dans une prose dramatico-bouffonne d'une ironie mordante. Son talent de conteur volubile se double d'un rôle de moraliste corrosif et percutant dans la dénonciation du totalitarisme à travers des fictions situées à des époques révolues. Son style puise son inspiration dans les grands classiques de l'histoire littéraire : Homère, Eschyle, Dante Alighieri, William Shakespeare, Miguel de Cervantès ou encore Nicolas Gogol[7].

Depuis 1996, il est membre associé (à vie) de l'Académie des sciences morales et politiques, où il a remplacé le célèbre philosophe Karl Popper.

En 1992, il reçoit le prix mondial Cino del Duca.

En 2005, il devient lauréat du premier prix international Man Booker.

En 2009, il remporte le prix Princesse des Asturies, une des plus prestigieuses récompenses littéraires internationales[8]. «Écrivain, essayiste et poète, Ismail Kadaré, l’une des plus grandes figures de la littérature albanaise, a traversé les frontières pour s’ériger en voix universelle contre le totalitarisme», a souligné le jury du prix. La même année, il a reçu un diplôme honorifique en sciences sociales et de la communication institutionnelle de l'université de Palerme, en Sicile, demandée et vivement souhaitée par les Arbëresh de Piana degli Albanesi.

En 2015, il remporte le prix Jérusalem.

Il est l'auteur albanais le plus lu à l'étranger. Kadaré est considéré comme l'un des plus grands écrivains contemporains et son nom a d'ailleurs été plusieurs fois cité comme favori au prix Nobel de littérature sans jamais l'obtenir toutefois, à l'instar de Philip Roth, Amos Oz, Milan Kundera, Yves Bonnefoy, Adonis, Haruki Murakami et Claudio Magris[9].

En 2019, il remporte le prix Neustadt[10].

ŒuvreModifier

Les œuvres complètes (à l'exception des essais) d'Ismaïl Kadaré ont été publiées par les éditions Fayard, simultanément en français et en albanais, entre 1993 et 2004. Depuis 2000, la traduction française est assurée par le violoniste albanais Tedi Papavrami.

Les dates de publication données ici sont celles de la première publication en albanais, sauf mention contraire. Kadaré a souvent remanié ses écrits, et les nouvelles éditions peuvent comporter des différences importantes avec le texte d'origine.

  • Le Général de l'armée morte (1966), adapté au cinéma par Luciano Tovoli en 1983 avec Marcello Mastroianni Michel Piccoli, Anouk Aimée
  • La Peau de tambour (1967, sous le titre albanais La Noce)
  • Chronique de la ville de pierre (1970)
  • Les Tambours de la pluie (1970, sous le titre albanais La Citadelle)
  • L'Hiver de la grande solitude (1973, aussi publié comme Le Grand Hiver), évoque la rupture des relations avec l'Union soviétique en 1960
  • Novembre d'une capitale (1975)
  • Le Palais des rêves (1981)
  • Le Crépuscule des dieux de la steppe (1978)
  • La Commission des fêtes (1978)
  • Le Pont aux trois arches (1978) adapté au théâtre en 2018 par Simon Pitaqaj avec Redjep Mitrovitza, Arben Bajraktaraj et Cinzia Menga
  • La Niche de la honte (1978)
  • Avril brisé (1980) adapté au cinéma en 1987 par Liria Begeja avec Jean-Claude Adelin
  • Qui a ramené Doruntine ? (1980)
  • Clair de lune (1985)
  • L'Année noire (1985)
  • Le cortège de la noce s'est figé dans la glace (1985), qui a pour cadre la répression des manifestations de 1981 au Kosovo
  • Eschyle ou le grand perdant (1985, essai) adapté au cinéma en 2009 par Fanny Ardant sous le titre Cendres et Sang
  • Concert en fin de saison (1988, aussi publié comme Le Concert), rédigé en 1978-1981 mais censuré pendant sept ans, évoque les relations sino-albanaises dans les années 1970
  • Le Dossier H. (1989)
  • Le Monstre (1990), une version courte a d'abord paru en 1965, aussitôt censurée
  • Le Firman aveugle (1991), rédigé en 1984
  • Invitation à l'atelier de l'écrivain (1991, essai)
  • La Pyramide (1992)
  • La Grande Muraille (1993)
  • L'Ombre (1994), rédigé en 1984-1986, a paru en français avant d'être enfin publié en albanais
  • L'Aigle (1995)
  • Spiritus (1996)
  • Le Printemps albanais (1997)
  • Trois Temps (1997)
  • L'Albanie, visage des Balkans (1998)
  • Trois Chants funèbres pour le Kosovo (1998)
  • La Ville sans enseignes (1998), œuvre de jeunesse rédigée à Moscou en 1959
  • Mauvaise Saison sur l'Olympe (1998, théâtre)
  • L'Envol du migrateur (1999), rédigé en 1986
  • Froides Fleurs d'avril (2000)
  • Il a fallu ce deuil pour se retrouver (2000), journal de la guerre du Kosovo
  • Le Chevalier au faucon (2001)
  • Histoire de l'Union des écrivains albanais telle que reflétée dans le miroir d'une femme (2001)
  • La Fille d'Agamemnon (2003), rédigé en 1985
  • Le Successeur (2003)
  • Vie, jeu et mort de Lul Mazrek (2003)
  • Dante l'incontournable (2006)
  • Hamlet, le prince impossible (2007)
  • L'Accident (2008)
  • Le Dîner de trop (2009)
  • La Discorde (2013)
  • La Poupée (2015)
  • Matinées au Café Rostand (2017).

Kadaré a également publié des poésies et une vingtaine de nouvelles.

CitationsModifier

« Les nuages nagent comme des enveloppes géantes, Comme des lettres, que s’enverraient les saisons. » (Dans Poème d’automne.)

« La vraie littérature a son propre calendrier, sa propre liberté qui n'a rien à voir avec la liberté extérieure. » (Extrait d'une interview publiée dans le journal Libération le 25 octobre 1999.)

« L'explication semblait impossible à fournir, surtout lorsque la conversation tournait, fût-ce de manière indirecte, autour des rapports père-fils. Peut-être la seule chose que j'avais retenue de lui était la conscience de la difficulté à saisir si la tyrannie était bien réelle, ou façonnée par nous. » (Dans La Poupée.)

« Vos livres, votre art, sentent tous le crime. Au lieu de faire quelque chose pour les malheureux montagnards, vous assistez à la mort, vous cherchez des motifs exaltants, vous recherchez ici de la beauté pour alimenter votre art. Vous ne voyez pas que c'est une beauté qui tue. » (Dans Avril brisé.)

L'engagement politiqueModifier

La mise en forme de cette section ne suit pas les recommandations concernant la typographie, les liens internes, etc. (octobre 2017). Découvrez comment la « wikifier ».

Il se concentre essentiellement sur deux points :

  1. sa lutte constante contre le totalitarisme (voir supra);
  2. les rapports de l'Albanie avec la Serbie.

DécorationsModifier

AnnexesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

BibliographieModifier

  • Michel Métais, Ismaïl Kadaré et la nouvelle poésie albanaise, édition Pierre Jean Oswald, 1973.
  • Éric Faye :
    • Ismaïl Kadaré, Prométhée porte-feu, José Corti, 1991.
    • Entretiens avec Ismaïl Kadaré, Paris, José Corti, 1991.
  • Alain Bosquet, Dialogue avec Alain Bosquet (sq), Fayard, 1995.
  • Ariane Eissen & Véronique Gély (dir.), Lectures d’Ismail Kadaré. Presses universitaires de Paris Ouest, collection "Littérature et poétique comparées", 2011, 372 pp.
  • Alexandre Zotos, De Scanderbeg à Ismaïl Kadaré, Publication de l'Université de Saint-Étienne, 1997.
  • Les Belles Étrangères, 13 écrivains d'Albanie, ministère de la Culture et de la Communication, CNL, 1998.
  • Gilles de Rapper et Ismaïl Kadaré, L'Albanie entre la légende et l'histoire, Actes Sud, 2004.
  • Maks Velo, La Disparition des « Pachas rouges » d'Ismaïl Kadaré, enquête sur un crime littéraire, Fayard, 2004.
  • Mariam M'raihi, Ismaïl Kadaré ou l'inspiration prométhéenne, Paris, L'Harmattan, 2004, (ISBN 2-7475-7544-6)
  • Shaban Sinani et Stéphane Courtois, Le Dossier Kadaré, suivi de La Vérité des souterrains, Odile Jacob, 2006.
  • Jean-Paul CHAMPSEIX - ISMAÏL KADARÉ : UNE DISSIDENCE LITTÉRAIRE, Honore Champion, 2019

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Fundacion Princessa de Asturias, « Ismaíl Kadare, Prince of Asturias Award Laureate for Literature », Fundacion Princessa de Asturias, (consulté le 24 septembre 2019)
  2. Jose Carlos Rodrigo Breto, Ismail Kadare: La grand estratagema, Barcelona, Ediciones del Subsuelo, , 317-318 p. (ISBN 978-84-947802-0-2)
  3. a b c d et e Éric Fayé, œuvres completes: tome 1, Editions Fayard, , 10-20 p.
  4. a b c d e et f « Ismaïl Kadaré : un écrivain national sur la sellette » par Jean-Paul Champseix sur le site de l'encyclopædia Universalis, consulté le 17 mai 2014.
  5. Ag Apolloni, Paradigma e Proteut, Prishtinë, OM, , p. 24
  6. Ismaïl Kadaré sur l'encyclopédie Larousse, consulté le 17 mai 2014.
  7. Ismaïl Kadaré sur l'Encyclopædia Universalis, consulté le 17 mai 2014.
  8. « Le Prix Princesse des Asturies », sur Fondation Princesa-de-Asturias, (consulté le 8 décembre 2014).
  9. Voir l'article qui lui est consacré sur courrierdesbalkans.fr/
  10. (en-US) « Ismail Kadare Wins Prestigious 2020 Neustadt International Prize for Literature », sur Neustadt Prizes, (consulté le 17 octobre 2019)
  11. Décret du 31 décembre 2015 portant promotion
  12. Archives des nominations et promotions dans l'ordre des Arts et des Lettres.