Islam en Bosnie-Herzégovine

L'islam est l'une des deux principales religions pratiquées en Bosnie-Herzégovine, l'autre étant le christianisme. Cette doctrine a été introduite aux XVe et XVIe siècles à la suite de la conquête ottomane de la Bosnie-Herzégovine. Les musulmans constituent la plus grande communauté religieuse de Bosnie-Herzégovine (51 %) (les deux autres grands groupes étant les chrétiens orthodoxes orientaux (31 %), qui s'identifient presque tous comme Serbes, et les catholiques romains (15 %), dont la quasi-totalité s'identifient comme Croates[1]. Presque tous les musulmans de Bosnie s'identifient comme étant des Bosniaques ; jusqu'en 1993, les Bosniaques de culture ou d'origine musulmane (indépendamment de la pratique religieuse) étaient définis par les autorités yougoslaves comme des Muslimani (musulmans) dans un sens ethno-national (d'où le M majuscule), bien que certaines personnes d'origine bosniaque ou musulmane aient identifié leur nationalité (au sens ethnique plutôt que strictement en termes de citoyenneté) comme « yougoslave » avant le début des années 1990. Une petite minorité de musulmans non bosniaques en Bosnie-Herzégovine comprend des Albanais, des Roms et des Turcs. Bien qu'adhérant traditionnellement à l'islam sunnite de l'école de jurisprudence hanafite, une enquête de 2012 a révélé que 54 % des musulmans de Bosnie-Herzégovine se considéraient comme de simples musulmans, tandis que 38 % se disaient musulmans sunnites[2]. Il existe également une petite communauté soufie, située principalement en Bosnie centrale[3]. Une petite communauté musulmane chiite est également présente en Bosnie[4]. Presque toutes les congrégations musulmanes de Bosnie-Herzégovine se réfèrent à la Communauté islamique de Bosnie-Herzégovine comme étant leur organisation religieuse. La Constitution de Bosnie-Herzégovine garantit la liberté de religion[5], qui est généralement respectée dans tout le pays.

Part des musulmans au sein des municipalités de Bosnie-Herzegovine en 2013.

HistoireModifier

L’ère ottomaneModifier

L'islam a été introduit pour la première fois dans les Balkans à grande échelle par les Ottomans à partir du milieu du XVe siècle, ceux-ci prirent le contrôle de la majeure partie de la Bosnie en 1463 et conquis l'Herzégovine dans les années 1480. Au cours du siècle suivant, les Bosniaques – composés de dualistes et de tribus slaves vivant dans le royaume bosniaque sous le nom de Bošnjani[6] – ont embrassé l'islam en grand nombre. À l'époque ottomane, le nom Bošnjanin a été définitivement transformé en l'actuel Bošnjak (« Bosniak »), le suffixe -ak remplaçant le traditionnel -anin. Au début des années 1600, environ les deux tiers de la population de Bosnie étaient musulmans[7]. La Bosnie-Herzégovine est restée une province de l'Empire ottoman et a obtenu son autonomie après le soulèvement bosniaque de 1831. Un grand nombre de mosquées ont été construites dans toute la province. La plupart des mosquées érigées à l'époque ottomane étaient de construction relativement modeste, souvent avec un seul minaret et une salle de prière centrale avec quelques foyers attenants.

Domination de l’empire Austro-hongroisModifier

Après le Congrès de Berlin de 1878, la Bosnie-Herzégovine passe sous le contrôle de l'Autriche-Hongrie. En 1908, l'Autriche-Hongrie a officiellement annexé la région. Contrairement à l'Espagne post-Reconquista, les autorités austro-hongroises ne s'intéressaient plus à la christianisation et n'ont fait aucune tentative pour convertir les citoyens de ce territoire nouvellement acquis car la Constitution de décembre 1867 garantissait la liberté de religion, et la Bosnie-Herzégovine est donc restée musulmane. La Bosnie, avec l'Albanie et le Kosovo, étaient les seules parties de l'Empire ottoman dans les Balkans où un grand nombre de personnes se sont converties à l'islam et y sont restées après l'indépendance. Dans d'autres régions de l'ancien Empire ottoman où les musulmans formaient la majorité ou commençaient à former la majorité, ceux-ci ont été soit expulsés, assimilés c’est-à-dire christianisés, massacrés ou ont fui ailleurs (Muhajirs). [citation nécessaire]

Guerre civile en Bosnie-HerzégovineModifier

 
Construite en 1579, la Ferhadija mosque à Banja Luka a été complétement rasée par des extrémistes serbes durant la guerre. Reconstruite puis inaugurée le 7 mai 2016.

Le nettoyage ethnique des musulmans de Bosnie pendant la guerre de Bosnie (1992-95) a provoqué un profond déplacement interne de cette population à l'intérieur de la Bosnie-Herzégovine, entraînant la ségrégation presque complète des communautés religieuses du pays en zones ethno-religieuses distinctes. Le taux de retour des réfugiés a considérablement ralenti en 2003-2004, laissant la majorité des orthodoxes serbes vivant en Republika Srpska et la majorité des musulmans et des catholiques vivant toujours dans la Fédération de Bosnie-Herzégovine. Au sein de la Fédération, des zones à majorité musulmane ou catholique distinctes subsistent. Cependant, le retour des adeptes orthodoxes serbes et des musulmans dans leurs foyers d'avant-guerre dans le canton de Bosnie occidentale et des musulmans dans leurs foyers d'avant-guerre dans l'est de la Bosnie, près de Srebrenica, a modifié la composition ethno-religieuse dans les deux régions[pas clair]. Dans toute la Bosnie, les mosquées ont été systématiquement détruites par les forces armées serbes et croates pendant la guerre de Bosnie dans les années 90. De nombreux bâtiments ont été endommagés ou détruits, avec jusqu'à 80% de plus de 4 000 bâtiments islamiques différents d'avant-guerre[8]. Parmi les pertes les plus importantes figuraient deux mosquées de Banja Luka, Arnaudija et Ferhadija, qui figuraient sur le registre de l'UNESCO des monuments culturels mondiaux. Aujourd'hui, ils font partie, avec de nombreux autres, du patrimoine protégé de la Bosnie-Herzégovine.

Destruction d'édifices religieux islamiques en Bosnie durant la guerre civile (1992-1995)[8]
Édifice Détruit Endommagé Total
par des extrémistes serbes par des extrémistes croates par des extrémistes serbes par des extrémistes croates Total des bâtiments détruits durant la guerre Total des bâtiments endommagés durant la guerre Total Nb. total d'avant guerre Pourcentage des bâtiments détruits ou endommagés durant la guerre
mosquée (Džamija) 249 58 540 80 307 620 927 1.149 81%
petite mosquée de quartier (Mesdžid) 21 20 175 43 41 218 259 557 47%
écoles coraniques (Mekteb) 14 4 55 14 18 69 87 954 9%
Dervish lodges (Tekija) 4 1 3 1 5 4 9 15 60%
Mausoleums, lieux de pélerinage (Turbe) 6 1 34 3 7 37 44 90 49%
Bâtiments de bienfaisance religieuse (Vakuf) 125 24 345 60 149 405 554 1.425 39%
Total 419 108 1,152 201 527 1,353 1,880 4,190 45%

Période d'après-guerreModifier

De nombreux édifices religieux islamiques ayant été endommagés ou détruits durant la guerre, plusieurs mosquées ont été cependant reconstruites avec le soutien financier de l'Arabie saoudite et d'autres pays du Moyen-Orient et d’Asie musulmane. Historiquement, les musulmans bosniaques ont toujours pratiqué une forme d'islam fortement teintée par le soufisme. Depuis la guerre de Bosnie, cependant, certains membres de groupes de combattants djihadistes du Moyen-Orient alliés de l'armée bosniaque sont restés pendant un certain temps et ont tenté de répandre le wahhabisme parmi les habitants. Avec un succès très limité, ces étrangers n'ont fait que créer des frictions entre eux et la population musulmane locale, ancrée dans sa propre pratique traditionnelle de la foi, et sans aucun contact préalable avec cette faction de l'islam[9]. Bien que ces communautés soient relativement petites et pacifiques, limitées à un certain nombre de villages autour du centre et du nord de la Bosnie, la question a été fortement politisée par des nationalistes et des responsables locaux, ainsi que par des responsables et des diplomates de pays comme la Croatie, la République tchèque et la Serbie, au point de pure fiction[10],[11]. Le ministre de la Sécurité de la Bosnie-Herzégovine de l'époque, Dragan Mektić du parti démocratique serbe de Bosnie (SDS), a vivement réagi à ces mensonges en soulignant la gravité de ces allégations de conspiration et a mis en garde contre la possibilité d'une politisation plus dangereuse et même d'actes de violence dans le but de qualifier les musulmans de Bosnie de radicaux[10],[12]
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DémographieModifier

Lors du recensement de 2013, l'appartenance religieuse déclarée de la population à l’islam était de 1 790 454 personnes. Ainsi, l'islam compte environ 1,8 million d'adhérents, soit 51 % de la population de Bosnie-Herzégovine. Les municipalités de Bužim (99,7%) et Teočak (99,7%) ont la plus forte proportion de musulmans en Bosnie-Herzégovine.

Canton Population (2013) Nombre de musulmans[13] %
Fédération de Bosnie-Herzégovine 2,219,220 1,581,868 71.3%
Tuzla Canton 445,028 395,921 89.0%
Zenica-Doboj Canton 364,433 303,994 83.4%
Sarajevo Canton 413,593 350,594 84.8%
Una-Sana Canton 273,261 252,758 92.5%
Central Bosnia Canton 254,686 147,809 58.0%
Herzegovina-Neretva Canton 222,007 91,395 41.2%
Republika Srpska 1,228,423 172,742 14.1%
Brčko District 83,516 35,844 42.9%
Bosnian-Podrinje Canton Goražde 23,734 22,372 94.3%
Posavina Canton 43,453 8,341 19.2%
Canton 10 84,127 7,904 9.3%
West Herzegovina Canton 94,898 780 0.8%
Bosnie-Herzegovine 3,531,159 1,790,454 50.7%

Relations contemporaines entre les différentes confessionsModifier

 
Tekija de Pehare, Zenica

Pour une majorité de Bosniaques qui s'identifient comme musulmans, la religion sert souvent de lien communautaire, et la pratique religieuse se limite à des visites occasionnelles à la mosquée (en particulier pendant le Ramadan et les deux aïds) et à d'importants rites de passage tels que la 'aqiqah, le mariage, ou la mort. [citation nécessaire] Les foulards pour les femmes, ou le hijab, ne sont portés que par une minorité de femmes bosniaques, ou autrement principalement à des fins religieuses (comme le çarşaf pour la prière ou pour se rendre à la mosquée). Les chefs religieux des trois principales confessions affirment que l'observance augmente chez les jeunes comme l’expression d'une identification accrue avec leur héritage ethnique, en grande partie en raison de la renaissance religieuse nationale qui s'est produite à la suite de la guerre de Bosnie[14]. Les dirigeants des trois principales communautés religieuses ont observé qu'ils bénéficient d'un plus grand soutien de leurs croyants après la fin de la guerre[14]. D'un autre côté, cependant, la violence et la misère causées par ce conflit et les crimes commis à forte consonnance religieuse ont conduit un petit nombre de Bosniaques à rejeter complètement la religion. Cette communauté athée ou agnostique est confrontée à la discrimination et est fréquemment attaquée verbalement par les chefs religieux comme « des personnes corrompues, sans morale ». Selon le dernier recensement, les athées représentent 0,79% de la population bosniaque[15]. Dans un sondage d'opinion de 1998, 78,3 % des Bosniaques de la Fédération de Bosnie-Herzégovine se déclaraient religieux[16]. En Bosnie-Herzégovine, il existe huit muftis répartis dans les principales municipalités du pays : Sarajevo, Bihać, Travnik, Tuzla, Goražde, Zenica, Mostar et Banja Luka. Le chef de la Communauté islamique de Bosnie-Herzégovine est Husein Kavazović[17].

Voir égalementModifier


RéférencesModifier

  1. « CIA – The World Factbook – Bosnia and Herzegovina », sur Cia.gov (consulté le )
  2. « The World's Muslims: Unity and Diversity », Pew Research Center, (consulté le ), p. 30
  3. « EKSKLUZIVNO- N1 sa dervišima: Pogledajte rijetko viđene snimke mističnih obreda », sur Ba.n1info.com (consulté le )
  4. https://balkaninsight.com/2016/11/09/concerns-grow-of-sunni-shia-divide-in-bosnia-11-02-2016/
  5. « Freedom of religion Law..., Official Gazette of B&H 5/04 » [archive du ], sur Mpr.gov.ba (consulté le )
  6. Denis Bašić, The roots of the religious, ethnic, and national identity of the Bosnian- [sic] Muslims, University of Washington, (ISBN 9781109124637, lire en ligne)
  7. Malcolm 1995, p. 71.
  8. a et b Maya Shatzmiller, Islam and Bosnia: Conflict Resolution and Foreign Policy in Multi-Ethnic States, Queens University School of Policy, , 100 p.
  9. « Radical Islamists Seek To Exploit Frustration In Bosnia », sur Rferl.mobi (consulté le )
  10. a et b (en) « Bosnia War Victims Slam Croatia President's Terror Claims », sur www.balkaninsight.com (consulté le ) : « Bosnia’s Security Minister Dragan Mektic even told local news site Klix on Tuesday that there was a possibility that a terrorist act might be staged by “para-secret-service agencies” close to certain politicians in order to legitimize false claims of increased Islamic radicalism in Bosnia. »
  11. (en-GB) « Bosnian Security Minister Rejects Claims by Croatian President », sur www.total-croatia-news.com (consulté le )
  12. (bs) « Mektić: Paraobavještajne strukture bi mogle inscenirati napad da bi BiH prikazale kao radikalnu », sur Klix.ba (consulté le )
  13. [1]
  14. a et b « Bosnia and Herzegovina: International Religious Freedom Report 2006 », U.S Department of State—Bureau of Democracy, Human Rights, and Labor,
  15. Joyce S. Dubensky, Peacemakers in Action: Profiles in Religious Peacebuilding, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 9781107152960, lire en ligne), p. 391
  16. Mitja Velikonja, Religious separation and political intolerance in Bosnia-Herzegovina, Texas A&M University Press, , 261 p. (ISBN 1585442267, lire en ligne)
  17. « Islamska zajednica u Bosni i Hercegovini - Početna », sur Rijaset.ba (consulté le )

BibliographieModifier

Autres ouvragesModifier