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Isabelle d'Este

figure de la Renaissance italienne
Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Isabelle d'Este (1635-1666).
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres membres des familles, voir : Maison d'Este et Maison Gonzague.
Isabelle d'Este
Gian-cristoforo-romano-portrait-medal-of-isabella-deste.jpg
Identification assurée : Gian Cristoforo Romano 1495 – Portrait médaille d’Isabella d’Este (version d’or 1505).
Fonction
Régente
Titres de noblesse
Duchesse
Duchesse (d)
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Église de Santa Paola (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Famille
Père
Mère
Fratrie
Béatrice d'Este
Giulio d'Este (en)
Sigismondo d'Este (en)
Ferrante d'Este (en)
Alphonse Ier d'Este
Hippolyte Ier d'EsteVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Enfants
Parentèle
Marguerite de Bavière (belle-mère)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Domaine
Instrument
Influencée par
Blason Nicolas III d'Este (1383 - 1441).svg
blason

Isabelle d'Este (née le 20 mai 1474 à Ferrare et morte le 13 février 1539 à Mantoue ), est une noble qui fut, comme sa sœur cadette la duchesse de Milan Béatrice, une des femmes les plus importantes de la Renaissance et une figure à la fois culturelle et politique de tout premier plan. Elle est restée célèbre dans l'histoire comme la Première dame de la Renaissance.

BiographieModifier

Isabelle d'Este est la fille aînée d'Hercule Ier d'Este, duc de Ferrare, de Modène et de Reggio, et de son épouse Éléonore de Naples, elle-même fille de Ferdinand Ier de Naples et d'Isabelle de Tarente. Sa plus jeune sœur est Béatrice d'Este, qui épouse le duc de Milan, Ludovic Sforza. Son frère Alphonse devient duc de Ferrare, et Hippolyte est un cardinal influent de la curie[1].

Elle n'a que six ans lorsqu'un contrat de mariage est signé, le 28 mai 1480, entre les Este et les Gonzague, contrat qui la « fiance » au fils aîné du marquis Frédéric Ier de Mantoue et de la belle Marguerite de Bavière, François, alors lui-même âgé de treize ans. Le négociateur mantouan trouva que plus que sa beauté, son intelligence et son talent sont admirables (più che la bellezza è mirabile l'intelletto e l'ingegno suo).
Elle épouse donc, à Mantoue même, le 12 février 1490, âgée de quinze ans, François II de Mantoue, âgé de vingt-trois ans, qui est, depuis 1484, marquis de Mantoue.
De leur union naissent huit enfants.

Dès son entrée dans la ville de Mantoue, les Mantouans sont éblouis par son raffinement. De son côté, elle tombe sous le charme de la petite cour mantouane. Un mois seulement après son arrivée, elle écrit à son père : « J'ai déjà pris tant d'amour à cette ville, que je ne peux pas ne pas prendre soin du respect et des intérêts des citadins (Io ho già preso tanto amore a questa città, che non posso fare che non piglia cura de li honori et utilitate[N 1] de li citadini) ». Sa contribution fut absolument déterminante pour l'avènement d'un nouveau climat culturel très fécond. D'un goût parfaitement sûr, elle fut l'exigeante mécène d'une importante cour d'hommes de lettres, mais aussi de musiciens ou de peintres comme Andrea Mantegna (pour son studioletto).

Elle fut également fort habile et avisée en politique, ayant plusieurs fois à assumer la régence de l'État pendant les nombreuses absences de son mari, notamment durant la très délicate période de la captivité de François II à Venise.

Son adresse charismatique dans la sollicitation lui permit d'obtenir, en 1527, la pourpre cardinalice pour son fils bien-aimé Hercule et, en 1533, la dignité ducale pour son fils aîné Frédéric.

En réalité, derrière cette façade toute en beauté et en féminité, se cachait un cœur impavide qu'aucun obstacle ne pouvait arrêter. Elle écrivait d'elle-même à son propre sujet : « Même dans notre sexe se trouve une nature virile (Etiam[N 2] nel nostro sesso[N 3] si ritrovano animi virili[N 4]). » Elle sut user de ses relations familiales, faisant montre d'une volonté forte. Son mari la décrit comme une « femme d'opinion » et dit avoir parfois honte d'une « épouse de cette sorte qui veut toujours en faire à sa manière et à sa tête »[1].

François II décéda en 1519, à l'âge de 52 ans à peine et elle lui survécut encore vingt ans. Elle mourut en 1539, âgée de 64 ans.

DescendanceModifier

De son mariage avec François II, naquirent huit enfants :

Isabelle et les beaux-artsModifier

Article détaillé : Portrait d'Isabelle d'Este.

Le mécénatModifier

Isabelle est considérée comme le mécène le plus important de la Renaissance. Son influence est documentée par de nombreuses correspondances (environ 28 000 originaux et près de 12 000 copies) conservées à Mantoue[2],[3].

Les collections d'antiquités d'Isabelle d'EsteModifier

Suite aux importantes découvertes archéologiques, l'art classique à cette époque se diffusait dans toute l'Italie et suscitait l'engouement des artistes et des princes. Bien que dépourvue de larges ressources financières et éloignée de Rome, la duchesse fut une grande collectionneuse d'antiquités, le plus souvent acquises à Rome. Elle se rendit pour la première fois dans la ville éternelle entre 1514 et 1515 avec d'abord l'envie de découvrir les antiquités et les ruines.

En février 1506, elle acquit en premier un Cupidon attribué à Praxitèle, après d'âpres négociations car l'œuvre véritablement antique était fortement disputée entre collectionneurs. Le Cupidon endormi, œuvre du jeune Michel-Ange et prétendument antique, lui fut offert en 1502 par César Borgia[1].

Monnaies et médailles antiques, fragments de statues et autres objets lui furent offerts ou bien achetés par ses soins. Jusqu'à sa mort, elle fit des nombreux achats, directement ou par l'intermédiaire d'agents, dans toute l'Italie. Il lui arriva de se fournir à l'étranger, comme entre 1505 et 1508, lorsque Sabba Castiglione, un chevalier de Jérusalem, lui fit parvenir un bateau entier de statues depuis Rhodes[1].

Elle fit aussi réaliser des reproductions de marbres célèbres de l'Antiquité, notamment par le sculpteur Pier Iacopo Alari-Bonacolsi, plus connu sous le nom de l'Antico, qui souvent les agrémenta de dorures ou de socles recouverts de pièces d'or antiques[1].

Pour installer ses collections, elle fit notamment aménager des pièces de son appartement de Corte Vecchia du château Saint-Georges où elle s'installa à la mort de son époux, à partir de 1520. Elle y fit faire un décor qui confondait antique et moderne en une unité caractéristique de ses collections[1].

Isabelle d’Este et «La Joconde»Modifier

 
Léonard de Vinci 1499 – Isabelle d'Este/ Léonard de Vinci (atelier) 1502-1506 – La Joconde Le Prado, nettoyé en 2012 / Léonard de Vinci 1502-1506 – La Joconde

Outre Lisa del Giocondo (l'épouse d'un marchand florentin dont Leonardo avait fait un portrait[10] — comme le cite Giorgio Vasari — bien qu'aujourd'hui il ne soit pas encore certain qu'il s'agisse bien de «la Joconde»), Isabelle d'Este est une candidate plausible[11] pour le tableau le plus célèbre de Léonard de Vinci (1502-1506). Les similitudes frappantes avec son Portrait d'Isabelle d’Este et leurs correspondances entre 1501 et 1506 demandant l'exécution du portrait comme promis[12] sont quelques indices solides pour corroborer l'hypothèse. D'autres arguments bien connus sont les montagnes en fond [13] et l'accoudoir comme caractéristique dans les portraits de souverain de la Renaissance.

L’hétérogénéité et très peu de portraitsModifier

 
La personne d’Isabella d’Este en portraits (extraits de tableaux): Gian Cristoforo Romano – Médaille / Léonard de Vinci – Dessin / Titien (connu par copie Peter Paul Rubens) – ‘Isabelle en rouge’ / Titien 1536 (rajeunissant) – ‚Isabelle en noir’ versus ‚La Bella’ / Inconnu – Ambras miniature

Malgré son activité de mécène et son penchant pour l'autoreprésentation — aucune autre personnalité de son temps n'a fait aussi souvent l'objet de description écrites de son apparence physique[14] — on dispose de peu d'identifications formelles de sa personne sur des représentations picturales. Ces rares identifications sont de plus hétérogènes (la couleur des yeux et des cheveux ainsi que la forme des sourcils divergent dans les deux portraits de Titien)[14] et il n'y a pas d'images d'elle entre 26 et 54 ans. On sait que la coquette Isabelle en s'éloignant de la jeunesse préférait des peintures idéalisées et répugnait à poser comme modèle[15]. Elle détestait poser mais voulut être représentée par les plus grands artistes de l'époque. C'est ainsi qu'elle refusa un portrait peint par Mantegna[1].Cependant, on a des raisons de penser qu’elle n'allait pas jusqu'à renoncer aux traits particuliers de son physique[16].

C'est ainsi que plusieurs musées ont retiré leurs rares identifications par crainte d'erreur[17]. Les trois portraits en couleur restants demeurent très hétérogènes (tous au Kunsthistorisches Museum / KHM, Vienne)[18] :

  1. Isabelle en rouge par Titien, c. 1529 (copie de Peter Paul Rubens c. 1605)
  2. Isabelle en noir de Titien, 1536
  3. Ambras miniature du XVIe siècle

La Bella (Palazzo Pitti, Florence) est souvent avancé comme alternative plausible au portrait de Titien 1536 à Vienne, sachant qu'Isabelle avait commandé un portrait rajeunissant et flatteur alors qu'elle était déjà âgée de plus de 60 ans ; et la couleur des yeux, des cheveux et des sourcils et surtout la sensualité apparente correspondent parfaitement à ce que l'on sait d'elle[19].

La médaille de Gian Cristoforo Romano (1495) est la seule identification fiable en raison de la signature originale gravée (plusieurs copies)[20]. Elle en conserva elle-même l'exemplaire monté avec de l'or et des pierres précieuses qui est conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne. Léonard de Vinci, qui fut de passage à Mantoue fin 1499, fit deux dessins à l'effigie d'Isabelle à partir de cette médaille, dont l'un est aujourd'hui conservé au Louvre[1].

AnecdotesModifier

  • Les ambassadeurs, en visite à Mantoue, recevaient la mission de leurs rois de faire des dessins des vêtements et des bijoux que portaient Isabelle. Ces dessins étaient destinés à être reproduits, à leur retour, à l'usage des rois qui les mandataient.
  • Isabelle fut une des premières femmes à porter des caleçons ! Elle raconte, dans une lettre aux Castiglione, une mésaventure survenue à la cour alors qu'une estrade sur laquelle se trouvent les dames de la cour s'écroule lamentablement et que tout ce beau monde se retrouve « les jambes en l'air (gambe all'aria) » ; elle écrit : « toutes les autres firent un superbe spectacle, qui étaient sans pantalon ; nous, par chance, nous les avions. (tutte le altre fecero uno bellissimo vedere, che erano senza calzoni; noi per fortuna li avevamo.) »
  • L'Arétin, son implacable ennemi, la décrit : « archi-malhonnêtement maquillée, dents d'ébène et cil d'ivoire (arcidisonestamente imbellettata, i denti d'ebano et le ciglia d'avorio). »

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Honori et utilitate est une expression latine signifiant respect (considérations) et intérêts. Donc en italien Honori ne doit pas être traduit par honneur et utilitate par utilité, ce serait un faux-ami.
  2. Etiam, mot latin signifiant aussi, même ou encore.
  3. Il ne s'agit pas du sexe au sens propre, mais de sa féminité.
  4. Viril ici au sens de fort

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g et h Barbara Furlotti et Guido Rebecchini, L'art à Mantoue, Paris, Hazan, , 270 p. (ISBN 978-2-7541-0016-8)
  2. (en)Shemek, Deanna: Phaethon's Children: The Este Court and its Culture in Early Modern Ferrara. Medieval and Renaissance Texts and Studies (Arizona) 2005, p. 277
  3. Pour un documentations des lettres liés d'art, confer: (it)Luzio, Alessandro: La Galleria dei Gonzaga - Appendice B: I ritratti d'Isabella d'Este. Casa Editrice L. F. Cogliati (Milan) 1913
  4. (de)Ferino, Sylvia: Isabella d’Este – Fürstin und Mäzenatin der Renaissance. Kunsthistorisches Museum Wien (Vienna) 1994, p. 86-425
  5. Ferino (1994), p. 106, 315, 321; (en)Cartwright, Julia: Isabella d’Este. Murray (London) 1907, table des matières
  6. Cartwright (1907), table des matières
  7. Ferino (1994), p. 429-432
  8. Ferino (1994), p. 18
  9. (en)Marek, George R. (1976). The Bed and the Throne: The Life of Isabella d'Este. New York: Harper and Row Publishers (New York) 1952, p. 159
  10. (de)Vasari, Giorgio: Lebensläufe der berühmtesten Maler, Bildhauer und Architekten. 1550 / Manesse Verlag (Zurich) 2005, p. 330
  11. (de)Zöllner, Frank: Leonardo da Vinci – Sämtliche Werke. Taschen Verlag (Cologne) 2007, p. 241 (notificative catalogue raisonné)
  12. (en)Lewis, Francis-Ames: Isabella and Leonardo. Yale University Press (New Haven) 2012, Appendix Letters p. 223-240 (les lettres originales en italien et anglais)
  13. Florence/Toscane versus Mantoue/Dolomites
  14. a et b Ferino (1994), p. 86
  15. Ferino (1994), p. 94
  16. Plusieurs correspondances sont la preuve de plaintes d'Isabelle vis-à-vis des peintres pour refaire la couleur des yeux et des cheveux, i.e. (it)Luzio, Alessandro: Federico Gonzaga ostaggio alla corte di Giulio II. Societa Romana di storia patria (Rome) 1887, p. 59: "... pregandolo tuttavia a ritoccare il ritratto ne' capelli, che il pittore aveva fatti troppo biondi" et Luzio (1913), p. 213: "... a commutar gli occhij de nigri in bianchi"
  17. Confer:
  18. KHM Vienna: Inv. 83, Inv 1534, Inv 5081
  19. (it) Leandro Ozzola, « Isabella d’Este e Tiziano », Bolletino d’Arte del Ministero della pubblica istruzione, Rome, no 11,‎ , p. 491-494 (lire en ligne, consulté le 18 avril 2019).
  20. KHM Vienna, Inv 6.272bß et Ferino (1994), p. 373-378

AnnexesModifier