Isabelle est un nom de couleur ancien, désignant une gamme de jaunes-orangés grisâtres. Il a surtout cours dans le domaine de l'hippologie pour désigner la robe isabelle, bien que l'on parle aussi de robe isabelle pour les chiens de race Carlin dont le pelage n'est pas entièrement noir.

Étymologie et terminologieModifier

Le nom de couleur isabelle est attesté en français depuis 1595. Son origine est obscure. Pour A. Dauzat[1], elle serait arabe[2].

Un récit légendaire explique comment un prénom comme Isabelle peut désigner une couleur[3]. Une Isabelle, dirigeant les armées durant un siège, aurait fait le vœu de ne pas changer de chemise tant que la place ne serait pas prise. Le siège durant, cette chemise aurait pris une couleur gris-jaunâtre. « En attendant les preuves diplomatiques de cette étymologie, je rapporte l'historiette pour ce qu'elle vaut ; si non è vero, è ben trovato », écrit Auguste Scheler en 1862 dans son Dictionnaire d'étymologie française. C'est que pour certains, à partir du XVIIIe siècle, il s'agit de l'archiduchesse Isabelle d'Autriche, fille du roi d'Espagne Philippe II et gouvernante générale des Pays-Bas espagnols, célèbre pour avoir participé au siège d'Ostende (1601-1604)[4],[5],[6]. Cette version résiste mal à l'examen, le terme étant attesté avant l'anecdote[7]. Une autre version publiée à partir de 1829 attribue la même action à la reine Isabelle la Catholique, lors du siège de Grenade en 1491[8]. Aucune source d'époque n'atteste les faits[9].

DescriptionModifier

Le nom de couleur isabelle est attesté avant de s'appliquer à une robe de cheval. Furetière la définit comme un « un jaune bien lavé », et commente : « les jupes isabelles ont été longtemps à la mode, parce que c'est une couleur douce[10] ».

En 1861, Michel-Eugène Chevreul l'inclut dans sa liste des « Noms de couleur le plus fréquemment usités dans la conversation et dans les livres », le cote 1 orangé-jaune du 1 au 2 ton et rend compte de la très sérieuse investigation qu'il a faite de la légende de son origine dans le linge souillé uniquement par la sueur, d'où il tire sa cotation de la couleur[11]. « La couleur de la prune de mirabelle, qu'on rapproche de la couleur Isabelle, est le 3 orangé-jaune »   9 10 et 11 tons. Mais isabelle de garance est aussi un nom de couleur de l'Instruction pour la teinture des laines de 1671, qu'il a pu aussi étudier, en tant que directeur de la Manufacture des Gobelins. Ce nom de nuances classées parmi les couleurs de chair, désigne dans la classification de Cheveul des 2 à 5 orangé du 5 au 9 ton, plus ou moins rabattus, c'est-à-dire plus ou moins grisâtres[12].

Isabelle de garance de la Manufacture des Gobelins (sans les nuances rabattues)
ton 2 orangé 3 orangé 4 orangé 5 orangé
5        
6        
7        
8        
9        

Le Répertoire de couleurs de la Société des Chrysanthémistes donne en 1905 quatre nuances entre fauve et pitchpin que suit mastic[13].

Voir aussiModifier

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Notes et référencesModifier

  1. Dictionnaire étymologique & historique du français, Jean Dubois, Henri Mitterand, Albert Dauzat. Larousse, 2007[source insuffisante].
  2. L'Intermédiaire des chercheurs et curieux[source insuffisante]
  3. Trésor de la langue française.
  4. Petites ignorances de la conversation, Charles Rozan, Lacroix-Comon, 1856.
  5. La Géographie universelle, Volume 1. Jean Hubner, Jean Rodolphe Im-Hof, 1746.
  6. Catherine Ancelet, Les fondamentaux de l'équitation: galops 1 à 4, éditions Amphora, 2006, (ISBN 2851807072 et 9782851807076), p. 58 ;
  7. D'autant plus que le nom de couleur Isabella, désignant les mêmes teintes est attesté en Anglais en 1600, selon l'Oxford English Dictionnary.
  8. Dictionnaire de l'Académie française, 9e édition, « Isabelle », sur www.cnrtl.fr.
  9. « Nulle allusion à l'origine du nom, touchant l'histoire d'Isabelle la catholique ou celle de l'Infante Isabelle », voir Madame d'Aulnoy et Philippe Hourcade, Contes: Contes nouveaux, ou Les fées à la mode, Société des textes français modernes, 1998, (ISBN 2865032515 et 9782865032518), p. 554
  10. Antoine Furetière, Dictionnaire universel, (lire en ligne).
  11. Michel-Eugène Chevreul, « Moyen de nommer et de définir les couleurs », Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, t. 33,‎ , p. 133 (lire en ligne). La longueur d'onde dominante pour le 1 orangé-jaune est, selon les indications p. 29 et p. 48, λ = 585 nanomètres ; le ton correspond à la clarté en niveaux visuellement régulièrement espacés de 0 (blanc) à 21 (noir) ; 1 ton vient donc L* = 95,2% (luminance Y = 0,882) et 2 ton L* = 90,5% (Y = 0,773) ; éclairant soleil direct (D55)
  12. Chevreul 1861, p. 117.
  13. Henri Dauthenay, Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits : publié par la Société française des chrysanthémistes et René Oberthür ; avec la collaboration principale de Henri Dauthenay, et celle de MM. Julien Mouillefert, C. Harman Payne, Max Leichtlin, N. Severi et Miguel Cortès, vol. 2, Paris, Librairie horticole, (lire en ligne), p. 309.