Indigénisme

mouvement politique et littéraire d'Amérique du Sud

L'indigénisme est un mouvement politique et littéraire d'Amérique latine ayant comme fondement une préoccupation particulière pour la condition des Amérindiens. Son versant politique désigne l'ensemble des politiques de gestion des populations indigènes mises en œuvre dans les États américains. L’indigénisme répond à une problématisation de la question indienne sous l’angle de l’intégration des populations indigènes à la « communauté nationale », conçue sur le modèle de l'État-nation occidental qui se caractérise par l’exclusion des populations autochtones de la définition des politiques les concernant[1].

À certains égards, il converge vers des considérations compatibles avec celles de l'anarchisme politique, au point où on peut parler d'anarcho-indigénisme[2].

Littérature et arts visuelsModifier

Un exemple emblématique de roman indigéniste est le roman La Fosse aux Indiens de Jorge Icaza, qui décrit dans un style extrêmement cru et réaliste la vie des employés indigènes dans une hacienda en Équateur (pays).

Le courant indigéniste est également représenté dans la littérature péruvienne par Enrique Lopez Albujar (notamment auteur des Nouvelles andines), César Vallejo, Eleodoro Vargas Vicuna et Carlos Zavaleta. En poésie, on peut notamment citer Luis Gustavo Valcarcel (Tempête sur les Andes, 1920), Uriel Garcia, Alejandro Romualdo Valle et Washington Delgado[3].

PolitiqueModifier

L'indigénisme représente une prise de conscience de la spécificité des peuples amérindiens et de leur passé. Il présente à ce titre la qualité de prendre la défense des peuples et de leur culture autochtone, mais présente pour certains auteurs le défaut de le faire souvent de manière paternaliste, en continuant d'exclure l'Indien du processus de décision politique[4].

Au Pérou où l'indigénisme apparaît, notamment en raison du débat culturel à la recherche de l'identité latino-américaine par rapport à l'Europe, et à la diffusion d'idées socialisantes parmi les intellectuelles qui les conduit à poser la question du statut des Amérindiens. Les écrits de Manuel González Prada, considéré comme l'un des pères de l'indigénisme moderne, exercent une importante influence sur le mouvement de la réforme universitaire et sur l'Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA, parti politique nationaliste latino-américain et indigéniste).

Pour José Carlos Mariátegui, penseur indigéniste et fondateur du Parti communiste péruvien, socialisme et indigénisme sont indissociables au Pérou :

« les masses — la classe des travailleurs — sont pour quatre cinquième indigènes. Notre socialisme ne sera pas péruvien, ni même socialiste, s'il ne se solidarise pas avec les revendications indigènes[3]. »

Postérité et sens contemporainModifier

En France, depuis les années 2000, le terme « indigénisme » est utilisé pour qualifier un pan de l'antiracisme, en particulier celui défendu par le Parti des Indigènes de la République[5]. Il désigne la pensée selon laquelle il existerait une catégorie de citoyens, issus de l'immigration post-coloniale, dont le statut social et symbolique subalterne dériverait de l'indigénat historique en vigueur au Maghreb et en Afrique Noire[6]. Dans cette acception, l'utilisation du mot a le plus souvent une connotation critique voire péjorative.

Dans le reste de la francophonie, l'usage du terme varie sensiblement, en fonction des réalités locales.

Notes et référencesModifier

  1. Antonio Carlos de Souza Lima, « L'indigénisme au Brésil : migration et réappropriation d’un savoir administratif », Revue de synthèse, 4e semestre, no 3-4, juillet-décembre 2000, p. 381-410.
  2. « Compte rendu de L’anarcho-indigénisme (s.l.d. de F. Dupuis-Déri et B. Pillet) », sur Lux Éditeur, (consulté le 16 mars 2020)
  3. a et b Leslie Manigat, L’Amérique latine au XXe siècle, 1889-1929, Points, , p. 314-319.
  4. (en) Marc Becker, « Indigenismo and Indian Movements in Twentieth-Century Ecuador », University of California, Berkeley,‎ (lire en ligne).
  5. Julien Damon, « Sciences sociales en perdition », sur Les Échos, .
  6. Sami Biasoni et Anne-Sophie Nogaret, Français Malgré Eux, Paris, L'Artilleur, , 304 p. (ISBN 2810009376)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Francis Dupuis-Déri et Benjamin. Pillet (s.l.d.). L’Anarcho-indigénisme. Montréal, Lux Éditeur, 2019, 208 p.
  • Henri Favre, L’Indigénisme « Que sais-je », no 3088, Paris, Presses universitaires de France, 1996, 128 p.
  • Anne Doremus Indigenism, Mestizaje, and National Identity in Mexico during the 1940s and the 1950s, Mexican Studies, 2001, vol. 17, no 2, p. 375-402
  • A. Collorafi, « État, indigénisme et mouvement indigène dans le Mexique du XXe siècle », 1993, thèse, Paris, université de Paris-3. 179 p.
  • Françoise Morin, Indianité, Ethnocide, Indigénisme en Amérique Latine, Paris, éditions du CNRS, 1982, 263 p.
  • Henri Favre, L’Indigénisme mexicain. Naissance, développement, crise et renouveau, Problèmes d’Amérique latine, , no 42, p. 67-84
  • Camille Legrandois. L’émergence des Indiens du Brésil au XXe et XXIe siècle : étude des rapports sociaux entre les Indiens Kayapo et l’État brésilien : entre conflits et compromis. Sciences de l'Homme et Société, 2017. Lire en ligne

Article connexeModifier

  • Racialisme - paragraphe « Racialisme aux XXe – XXIe siècles »